VII. — Périodes de la vie parasitaire
Le parasitisme n’est point une condition nécessaire de toutes les périodes de la vie, je l’ai déjà dit plusieurs fois. Beaucoup d’animaux, parasites dans la jeunesse, deviennent libres h l’âge adulte; d’autres, libres au sortir de l’œuf sont parasites dans leur vieillesse. Cependant chez un très grand nombre d’animaux le parasitisme existe pendant toute la durée de leur existence.
Les familles auxquelles ces derniers appartiennent se distinguent par une organisation tout à fait particulière. Tels sont les insectes épizoïques qui vivent sur les téguments, les vers cestoïdes qui habitent les profondeurs de l’organisme. Autant par leur genre de vie que par leur organisation, ils pourraient être appelés des parasites parfaits.
Bien qu’un grand nombre de ces parasites passent les diverses
PARASITES
périodes de leur vie à l’intérieur des autres animaux, ils doivent cependant pour la plupart changer d’hôte et d’organe pour ' accomplir leur évolution totale. Chacune de leurs transmigrations est marquée par un progrès dans l’organisation et souvent même par une métamorphose. Or ce fait n’est point une particularité du parasitisme, comme quelques auteurs semblent le croire, car un grand nombre d’animaux non parasites qui accomplissent les diverses phases de leur évolution dans des milieux différents s’y montrent avec des attributs organiques, avec des mœurs tout autres, par exemple, les larves des libellules, du fourmilion, par rapport à leurs insectes à 1 état parfait.
La transmigration chez les parasites coïncide donc avec une phase nouvelle du développement; ces phases le plus souvent au nombre de trois sont en général bien distinctes. La pr emièr e est celle de l’embryon qui se termine avec l’éclosion, mais qui, chez certains parasites, peut se prolonger au-delà. Ainsi l’embryon du bothriocéphale de l'homme, par exemple, nage dans l’eau, sans éprouver aucune modification pendant plusieurs heures. Ceux des tænia solium , T. echinococcus, T. cœnurus , etc., accomplissent à travers les parois intestinales et les tissus organiques de leur hôte une pérégrination, ordinairement très longue pour un si petit être ; il ne perd ses attributs embryonnaires, c’est-à-dire ses crochets et sa forme qu’après son arrivée dans l’organe où il se transformera en larve. Il en est de même de l’embryon de la trichine, qui conserve ses attributs primordiaux jusqu’à ce qu’il arrive dans une fibrille musculaire, où il prend une organisation nouvelle.
A la première transmigration correspond une métamorphose ou un changement dans l’organisation, qui persiste jusqu’à ce qu’une nouvelle transmigration amène la formation des organes sexuels et leurs produits.
Ces périodes de développement sont de la sorte : Ie la phase embryonnaire, qui, chez certains parasites, se prolonge au delà de l’éclosion ; 2e la phase de larve, qui se passe ordinairement dans un organe parenchymateux ; 3“ enfin celle de
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l'état adulte, qui s’accomplit généralement dans une cavité communiquant avec l’extérieur.
J’ai la conviction que les différents domiciles du parasite sont pour lui d’une nécessité aussi absolue que pour le développement des têtards en grenouilles amphibies, de la larve des libellules, vivant dans l’eau, tandis que l’adulte vit dans l’air. Le milieu, sans que nous puissions le prévoir, est une condition nécessaire du développement de l’animal ainsi que du parasite. Nous constatons que la trichine embryonnaire quitte l’intestin où elle revient larve, que le tænia embryon quitte aussi l’intestin où il revient pareillement larve. La nécessité, pour l’évolution organique, d’un séjour en rapport avec les diverses phases de cette évolution, me paraît une loi universelle; les exceptions qu’on a citées chez les entozoaires seront reconnues pour des faits mal interprétés ou erronés.
Lorsque le parasite, dans son jeune âge, arrive chez un hôte ou dans un organe qui ne lui donne point les conditions nécessaires à son développement ultérieur, le plus ordinairement il est expulsé ou il périt ; parfois cependant il y vit dans un état plus ou moins rudimentaire. Nous l’appellerons un parasite égaré. Il peut se faire aussi qu’un parasite adulte quitte l’organe qui est son séjour normal et qu’il pénètre dans un autre organe, comme l’ascaride lombricoïde (parasite de l’intestin), qui se porte accidentellement dans les canaux biliaires ou dans la trachée artère. Ce parasite peut parfois vivre quelque temps dans son nouveau séjour, mais il occasionne ordinairement des accidents en rapport avec les fonctions de l’organe envahi. Nous le désignerons sous le nom de parasite erratique.
Nous nommerons hâte transitoire celui dans lequel l’embryon se développe naturellement et acquiert la condition de larve, mais jamais son développement total; hôte naturel celui que le parasite habite à l’état de larve lorsque l’adulte vit indépendant. Enfin nous appellerons hôte étranger ou accidentel l’individu qui loge le parasite égaré.