M. LE COMTE DE..., CHONCHETTE
Ah!
LE COMTE
Eh bien ! mademoiselle, vous fais-je peur?
CHONCHETTE
Comment vous avisez-vous de venir ici, monsieur? Je croyais que vous m'aviez quittée. Combien y a-t-il...? ud mois?... que je n'ai eu de vos nouvelles?
LE COMTE
Je vous ai écrit au commencement de mon mariage. Je vous ai expliqué les raisons...
CHONCHETTE
Je me soucie bien de vos lettres et de vos raisons quand je ne vous vois point.
LE COMTE
J'ai continué votre pension à l'échéance du mois.
CHONCHETTE
Je me soucie bien de votre argent quand je crois que vous ne m'aimez plus.
LE COMTE
Ah! Chonchctte !... me croyez-vous capable de vous quitter? Vous savez que je n'aime rien au monde autant que vous. Si j'ai été un mois sans vous voir, comptez qu'il m'en a coûté plus d'inquiétude et plus de peine que je ne puis dire. J'ai eu vingt fois la pensée de prendre un fiacre ou de venir à pied tout seul ici ; mais je me suis vu observé de toutes parts, et d'autant plus qu'on sait dans ma famille que j'ai une inclination et que ma femme me la reproche tous les jours.
CHO?*CnETTE
Quoi ! c'est donc vous qui avez une femme?
LE COMTE
Hélas ! oui ; par obéissance. Je n'ai pu refuser cela à mes parents.
CHOXCHETTE
Vous qui m'aviez tant promis que rien ne serait jamais capable de vous séparer de moi ; vous qui savez combien je vous aime et toutes les propositions que j'ai refusées pour vivre avec vous seul!... Que je suis malheureuse et qu'on est à plaindre d'être sensible et d'avoir le cœur fait d'une certaine façon ! Allez ! vous ne méritez pas tout ce que j'ai fait pour vous.
LE COMTE
Ma petite, je crois que tu pleures... Rends-moi plus de justice : tu verras que je suis incapable envers toi d'aucun mauvais procédé.
CUONCHETTE
Ingrat que vous êtes! Il y a un mois que je ne vous ai vu et que vous ne vous êtes occupé que de noces.
LE COMTE
Oui, et comme en un temps de noces on fait des galan-
LŒUVHE DE CHKHILLON hK FILS
tcrics aux amis que I'oti a, ma petite, je l'apporte Ion présent de noces aussi. Tiens, c'est ce diamant : mets-le à ton doigt, il ne le déparera pas.
Perfide que vous êtes ; pensez-y l)ien : si vous me faites ce présent pour me donner en même temps mon congé, je vous déclare (|ue je le jetterai dans le feu dès que vous serez parti.
LE COMTE
Non, ma clière petite : sois absolument sûre de moi, s'il est vrai (pic (u m'aimes toujours.
CHONGHETTE
Vous savez assez ma façon de penser et combien il faut que j'aime pour me résoudre à recevoir de quelqu'un. Mais moi, combien n'ai-je pas à craindre que vous ne deveniez amoureux de votre femme? On dit d'ailleurs qu'elle est si belle, si belle !
LE COMTE
Elle est, pour une femme, plus belle même qu'il ne faut : ne l'as-tu point vue ?
CHONCHETTE
Vraiment si, à l'Opéra, dans les premiers jours de ce beau mariage. Vous souvenez-vous comme je dansai ? Je ne savais pas un mot de mes entrées; j'étais toute distraite ; car voilà comme je suis quand j'aime bien : je n'en suis pas la maîtresse.