LA COMTESSE, M^^ DE RASÏÂRD
Ah ! ah !
M""' DE RAST VRD
Oui, vraiment, c'est moi-même! Je viens savoir si \ous avez bien dormi, si mon petit souper d'iiier ne vous a point incommodée.
LA COMTESSE
Moi! point du tout. Il y a onze heures que je dors; je ne me suis jamais mieux portée. Votre souper était exquis ! Je n'en ai point fait de plus délicat ni de plus friand.
m"" de hASTARD
11 est vrai que mon cuisinier est bon : je le paie pour tel.
LA comtesse
Vous lui donnez sûrement de gros gages?
M'"" DE RASTARD
M. de Rastard me le paie cinq cents livres, mais moi, je lui donne mille francs de gratification par delà, secrètement.
LA COMTESSE
A propos de votre mari, savez-Aous (jue je suis presque
254 l"(i:cvi\e de cukbillon le fils
honleusc d'avoir soupe déjà deux l'ois chez vous sans le connaîlre, sans l'avoir jamais vu ni rencontré?
M'"" DE U.VSTAUD
]îon ! bon! qu'est-ce que cela fait? Il y a bien d'autres personnes qui viennent chez moi souvent, et qui ne le connaissent pas mieux; et c'est de quoi je vous assure qu'il s'embarrasse fort peu. Il a ses amis comme j'ai les miens; il dîne, moi je soupe ; il se lève quelquefois quand je me couche. Nous passons des jours entiers sans nous rencontrer, et cela de la meilleure amitié du monde. Nos appartements sont trop séparés pour que ma vie dérange la sienne. 11 a môme sur cela toutes sortes d'attentions. C'est un fort lionnêle homme que M. de Rastard, et, en vérité, un liomme de mérite, pour son métier. Aussi, j'avoue franchement que je l'aime fort. Je ne suis point là-dessus comme nombre de femmes que je vois, qui se font un plaisir de tourner leurs maris en ridicule. '
LA COMTESSE
Vous avez grand'raison.
M"'° DE RASTAUD
Et j'aurais grand tort! Il n'est point de bons procédés qu'il n'ait pour moi; il me donne tout ce que je lui demande : il possède une grosse fortune, et j'en jouis beaucoup plus que lui. Il est bien vrai qu'en reconnaissance, je ne lui manque en rien.
LA COMTESSE
Vous ne lui voulez manquer en rien, dites-vous?
M'"" DE RASTAUD
Non, et tout ce qui vient chez moi peut me rendre cette justice.
LA COMTESSE
El... le chevalier de B... vous la rend-il?
M'"" DE KASTARD
Oh ! pour cela, oui, mieux que personne.
Mais... ce qu'on m'a dit de lui dans le monde n'est donc pas vrai?
M"'" DE RASTARD
Quoi ? qu'il vit avec moi ?
L \ COMTESSE
Vraiment, oui, si vous voulez que je vous dise, et qu'il y couche aussi.
51'"" DE RASTARD
Eh bien ! qu'est-ce que cela a de commun?...
LA COMTESSE
Oh! ma foi, ce serait à votre mari lui-même à vous répondre là-dessus.
M""" DE RASTARD
A moins qu'un mari ne soit assez fou pour vouloir être l'objet de l'inclination de sa femme, que peut-il lui demander autre chose que des attentions, des égards et des complaisances? Et quelle est la femme qui en a plus que moi pour le mien? Quand il va passer deux jours à la campagne, n'y vais-je pas avec lui? Quand il donne de certains dîners de cérémonie et qu'il me prie d'y paraître, est-ce que j'y manque? Quand il est incommodé, me voit-on sortir, comme mille autres femmes? Non, je ne le quitte point... Comptez, madame, que je sais sur tout cela remplir mes devoirs comme il convient... Mais... belle comtesse, dans votre façon de penser, vous qui parlez, vous convenez donc que vous manquez au vôtre?
LA COMTESSE
Moi! pourquoi cela?
Ah! ah! pourquoi cela? Celait à mon mari, disiez-vous.
256 l'œuvre ]>E CREHILLO.X I,E FILS
à me ré[)OTidre là-dossus; je ne vous renvoie pas au volie ainsi : Moiilade > répondra mieux que lui.