‹ L'Œuvre de F. C. MaillotChapitre 13 sur 16 · STATISTIQUE MÉDICALE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE MÉDICALE

Morbidité et mortalité de l’armée en France et en Algérie (1)

J’ai publié, sous ce même titre, un article dans la Gazette Médicale de U Algérie, du 15 mars dernier. J’avais pris pour point de comparaison le gouvernement de Paris, parce que son effectif moyen et celui de l’armée d’Afrique, durant cette période de 1877 à 1880 qui avait été mon, sujet d’étude, avaient été à peu près les mêmes : 54,730 pour le premier, 54,270 pour l’Algérie ; parce que aussi, dans la circonscription de ce grand commandement, il n’y a pas de maladies endémiques graves, à moins que l’on attribue ce caractère, à la fièvre typhoïde qui, assez souvent, affecte certaines casernes de la grande cité; ce que, pour mon compte, je n’admets pas ; ce n’est pas là de l’endémicité.

Toutefois, cette objection possible m’a engagé à étendre les bases de mon travail, et à rechercher si de nouvelles investigations, établies sur des données fournies par d’autre corps d’armée, confirmeraient ou infirmeraient les conclusions auxquelles m’avaient conduit la première, savoir : que la proportion des morts au nombre des malades était plus avantageuse en Algérie qu’en France.

Dans cet esprit, j’ai interrogé la statistique médicale des 5 e , 7 e , 14 e et 15 e corps, dont les chefs-lieux sont :

(1 ) Gazette des Hôpitaux du 1 er juillet 1884.

Châlons-sur-Marne, Besançon, Lyon, Marseille. Pendant les 4 années précitées, l’effectif moyen de ces corps a été de 130,612 hommes ; 95,898 sont entrés dans les hôpitaux ; 4,151 morts ; 1 décès sur 33 et quelques minimes fractions.

C’est un résultat que l’on peut considérer comme tout-à-fait identique à celui que nous avait donné le gouvernement de Paris ; il rentre absolument dans les proportions que nous'avaient révélées comparativement et ce Gouvernement et l’armée d’Afrique.

L’intérêt que je prenais à ces questions croissant à mesure que j’avançais dans leur examen, j’ai été tout naturellement conduit à contrôler au même point de vue l’ensemble de l’armée - , tant en France qu’en Algérie. J’ai noté d’abord la moyenne annuelle des effectifs pendant le même laps de temps; elle a été de 479,214, dont 54,270 pour l’Afrique, comme nous venons déjà de le voir; le nombre des entrées aux hôpitaux a été de 408,264; celui des décès s’est élevé à 16,602 ; 1 mort sur un peu plus de 24.

Je décompose maintenant ce chiffre absolu des malades et des morts, pour faire la part qui revient aux garnisons de l’intérieur, et celle qui est afférente aux troupes de l’Algérie; celle-ci nous est connue, elle a été indiquée dans mon premier article : 86,298 malades, 2,747 décès, 1 mort sur 31 ; quant à celle qui incombe aux corps de troupe stationnés en France, j’ai constaté qu’elle est de 221,966 malades entrés dans les hôpitaux et de 13,855 morts ; 1 mort sur moins de 24.

Ces documents, qui embrassent toute l’armée française, tant en Algérie que dans la Mère-Patrie, concordent donc entièrement avec les propositions générales et les conclusions que j’ai énoncées dans ma première étude. Comme j’en ai déjà exprimé la pensée, ces faits ont une portée considérable, pour permettre d affirmer que la colonisation de l’Algérie semble sûre et ferme. Mais qu’on ne s’y trompe pas et qu’on ne se laisse pas séduire par un mirage qui pourrait conduire

à se briser sur de redoutables écueils ; je répète, une fois encore, ce que je crois la vérité et ce que j’ai souvent formulé : tant qu’on n’aura pas fait disparaître totalement les marais, l’Algérie n’aura pas une prospérité complète. Elle aura toujours un grand nombre de malades, que lamédecine arrachera plusieurs fois à la mort ; mais qui, de rechute en rechute, finiront par se heurter à des accidents pernicieux, ou par aboutir à la cachexie palustre, bien que cette dernière issue fatale soit devenue infiniment moins commune, depuis que l’on combat vite et énergiquement les premières atteintes du mal.

Ma conviction à ce sujet était faite, il y a un demisiècle, et elle est restée invariable ; aujourd’hui encore je crois que j’étais dans le vrai lorsque, en 1834, au moment même où je travaillais de mon mieux à éclairer la question des fièvres de l’Algérie, je disais tout haut dans mon entourage : « Je ne guéris pas les malades ; je les empêche de mourir. » En vérité, nous ne pouvions aller au-delà! Comment, en effet, avoir des prétentions plus élevées, alors que nos soldats et nos colons, à peine remis de leurs accès, étaient de nouveau plongés dans la malaria ? Qu’auraient même pu, contre cette terrible et permanente influence, une meilleure alimentation et une habitation plus saine, pour des hommes que, faute de place, nous ne pouvions garder dans nos salles jusqu’à un rétablissement assez complet pour aller reprendre, sans danger d’une, rechute toujours imminente, la vie des camps ou les rudes travaux de la colonisation ?. Lorsque, en 1853, je soumettais au Ministre mon opinion dont, au surplus, il n’a tenu aucun compte, sur le danger que le lac Fezzara faisait courir à la ville de Bône, l’ensemble du territoire de cette localité ne me donnait que trop raison ; car, sur une superficie de 54,405 hectares, 17,220 étaient couverts d’eau ; 18,600 constitués par des terrains insalubres ; 14,580 seulement, propres à la culture. (Rapport du sous-préfet Calendini).

De g ran ds trava ux, je le sais, ont largement amélioré cette situation géographique ; et, en première ligne, je place le dessèchement, à peu près. complet, du lac Fezzara ; mais cela ne suffit pas. Il faut non seulement' procéder, dans toute l’Algérie, à la disparition- des marais ; mais on doit aussi maîtriser les rivières, de telle sorte que leurs eaux ne croupissent plus pendant les chaleurs, 'et ne s’épandentpas dans les plaines et les prairies, pendantla saison des pluies. C’est àce prix, à ce prix seul, qu’on pourraretirer de l’Algérie les immenses richesses qu’elle porte dans son sein. Delenda est Carthage, disait le vieux Caton, dans sa haine contre la rivale de Rome ; moi, dans mon ardent désir d’être utile à T Algérie, je dis : Delendœ paludes ! Cette immense opération accomplie, notre grande colonie sera une des contrées les plus salubres du monde entier ; car elle n’a pas, comme les Indes, l’imminence toujours . présente du choléra ; comme les Antilles, la constante menace delà fièvre jaune ; elle n’a même pas ces affections spéciales, à certains pays chauds, et auxquelles beaucoup de praticiens donnent, à tort ou à raison, le nom de climatites. A l’œuvre donc ! Sursurn corda !

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