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TRAITEMENT

Persuadé que dans l’immense majorité des cas, il y a des phénomènes qui se rapprochent plus ou moins de l’intermittence, j’ai dû employer les moyens que l’on a généralement indiqués dans les maladies périodiques, en proportionnant toutefois leur activité à l’intensité du mal et à sa marche horriblement rapide.

Les déplétions sanguines et le sulfate de quinine, tels ont été nos deux grands agents ; viennent en seconde ligne les révulsifs dans les fièvres pernicieuses comateuses et algides.

En général, j’ai usé largement de la saignée ; pour peu que les congestions viscérales fussent intenses, j’ai pratiqué une ou plusieurs saignées de 15 à 20 onces chacune, et de larges applications de sangsues au thorax, à la tête, à l’abdomen, suivant le siège de l’irritation. Ces saignées suivaient presque immédiatement l’entrée du malade à l’hôpital et précédaient, sauf quelques cas, l’administration du sulfate de quinine.

Toutes les fois que j’ai pu saisir les moindres indices de rémittence, je n’ai pas craint de recourir au sulfate de quinine, que j’ai l’habitude de donner dans ce pays à la dose de 8 décigrammes en potion, quelques heures avant l’accès, dans les cas ordinaires.

Jusqu’à présent (6 juillet) je n’ai élevé cette dose que dans les fièvres oernicieuses, où l’imminence du danger fait un devoir de le prescrire à des quantités, que l’on ne peut déterminer. L’habitude apprend à manier cette arme, si nulle dans certaines mains, si puissante dans d’autres ; et ce n’est que par l’expérience qu’on arrivera à l’administrer à des doses vraiment effrayantes pour qui n’a pas vu.

Pour rassurer les esprits craintifs ou prévenus, je me contenterai de dire que dès 1822, à Rome, il avait été reconnu qu’il fallait donner le sulfate de quinine à la

dose de 40 grains au moins dans l’intervalle des accès d ejièvres pernicieuses souvent, je vais beaucoup au delà. Pourquoi non ? puisque j ai toujours eu à m’en féliciter.

C’est donc à prévenir le retour des accès ou des paroxysmes et à détruire les congestions viscérales qu’ils auraient déjà pu déterminer, ou à prévenir celles qu’ils développeraient inévitablement, que doit tendre le traitement des fièvres de ce pays..

En effet, si vous ne prévenez le retour des accès, la congestion irritative dont chacun d’eux s’accompagne s’ajoutant à celle des accès précédents, vous aurez bientôt des inflammations, puis des désorganisations de tissus. J’ai dit comment, selon moi, leur répétition donne des fièvres pernicieuses à cette époque, comment leur enchaînement donne naissance à des fièvres, rémittentes' ou pseudo-continues.

-C’est leur répétition également, on ne saurait trop le redire, qui à là longue est la source des engorgements chroniques des viscères abdominaux, de ces diarrhées, de ces œdèmes, de ces colites, de ces hydro- . pisies que l’on trouve si fréquemment à la suite des épidémies de fièvres intermittentes.

Ces réflexions sur le traitement concernent également les fièvres rémittentes ; je dirai même plus, elles concernent l’immense majorité des nombreuses gastro-céphalitésque nous avons eu à traiter pendant les mois de mai ou juin. Cette dénomination que je leur ai donnée d’abord, parce qu’elles en ont toute l’apparence lorsque les malades entrent à l’hôpital, je la leur conserve pour bien appeler l’attention sur ce point fondamental de la doctrine des fièvres intermittentes.

Mais peut-on voir des affections vraiment continues;' dans ces gastro-céphalites à symptômes si violents et qui cependant cédaient en quelques heures à des déplétions sanguines ? Des accidents qui, dans le nord de la France, auraient annoncé des gastro-céphalites

redoutables, devenaient tout à coup nuis. Une convalescence excessivement prompte et franche en apparence s’établissait ; mais au bout de quelques jours un accès de fièvre révélait la nature intime de la maladie. Ces accès, qui avaient toujours été simples pendant les mois de mars, avril, mai ne l’étaient plus au mois de juin ; dès la première quinzaine de ce mois, plusieurs d’entre eux avaient été pernicieux, et étaient venus confirmer la justesse des observations que je trouve dans mes notes de clinique, où en parlant de ces gastro-céphàlites je disais, au mois d’avril : «.Elles avortaient ordinairement dans les pre¬

mières heures qui suivaient une déplétion sanguine.

» Je commençais à donner quelques aliments légers ; mais presque constamment un accès de fièvre venait enrayer au bout de quelques jours la convalescence qui paraissait devoir se faire franchement. Cet accès était suivi habituellement de plusieurs autres ; une véritable fièvre intermittente tantôt quotidienne, tantôt tierce s’était établie. Ces accès n’ont eu aucune suite fâcheuse ; mais en aurait-il été de même pendant les grandes chaleurs de l’été ? Plusieurs de ces accès aux mois de juillet et août n’eussent-ils pas été pernicieux, mortels ? Je n’en doute pas. » Au mois de mai, je disais : « Mais ici encore se représente le caractère que nous leur avons assigné, leur tendance à se convertir, sous l’influence de déplétions sanguines, en fièvres rémittentes distincteset plus souvent encore à donner naissance, après plusieurs jours d’apyrexie, à des accès plus ou moins simples qui manquaient rarement de se répéter, si on ne prévenait leur retour par le sulfate de quinine, retour que l’élévation de la température, la fréquence et l’intensité des congestions viscérales rendront toujours de plus en plus dangereux à mesure que nous approcherons du mois d’août — et que la prudence ordonne de prévenir. »

Résumant notre opinion sur l’épidémie actuelle de

Bône, nous dirons que les fièvres intermittentes sont de beaucoup les maladies dominantes ; que parmi elles beaucoup sont très graves et deviennent pernicieuses lorsqu’elles ne le sont pas de prime-abord. Nous croyons que les gastro-céphalites aiguës de cette époque sont, pour l'immense majorité, des fièvres intermittentes et rémittentes, passées à l’état de continues, mais conservant toujours au fond leur cachet spécial, quelquesuns des caractères propres aux maladies intermittentes .et en exigeant en partie le traitement. Nous ajoutons que si elles ne passent pas à l’état typhoïde, ce résultat est dû à ce que nous enrayons les accès ou les paroxysmes dès le début, de même qu’en France on voit aujourd’hui peu de fièvres adynamiques depuis les. découvertes de la doctrine physiologique. Nous pensons que nous éviterons cette redoutable dégénérescence pendant tout le cours de l’épidémie, si les malades peuvent être admis à temps dans les hôpitaux ; si, comme tout nous le fait espérer, nous parvenons à nous soustraire à l’encombrement.

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