ÉPIDÉMIES
Documents pour servir à l’histoire des maladies de l’armée d’Afrique (1)
Je possède sur les maladies de l’Algérie des documents qui, bien que recueillis depuis plus de treize ans, me paraissent encore aujourd’hui de nature à élucider les questions les plus importantes de celles qui se rapportent à la pathologie de ce pays.
De ces documents, les uns sont des notes de mon journal clinique ; les autres sont des pièces de ma correspondance officielle. La plupart d’entr’eux n’étaient donc pas destinés à être publiés ; c’est un motif peutêtre pour qu’ils aient plus de valeur et offrent plus d’intérêt. Ils feront du moins connaître sur quelles bases reposent les propositions que j’ai émises dans des écrits que mes collègues de l’Armée d’Afrique aiment à consulter ; ils seront peut-être de quelque utilité aux jeunes médecins militaires qui se trouveront dans des positions analogues à celles où j’ai été placé ; et nos confrères de la vie civile y verront une partie des difficultés que nous avons souvent à surmonter aux armées, pour avoir un service bien organisé et pour pouvoir recueillir quelques matériaux profitables à la science. Il me semble de plus que ce travail prend une certaine importance d’actualité, en paraissant au moment où de nombreux colons vont sérieusement s’éta-
(1) Gazette médicale de Paris, 5 janvier 1850.
blir en Algérie, car on ne saurait trop appeler l’attention sur des faits que la nature des hommes, des lieux et des choses pourrait faire renaître d’un moment à l’autre, si l’on s’écartait des règles tracées par l’expérience.
Le voisinage des localités marécageuses, le délabrement de la ville, le mauvais casernement, telles avaient été., en 1832, les causes des maladies qui avaient sévi à Bône sur nos troupes., dès le premier mois de l’occupation. En 1833, ces mêmes causes s’amoindrissent, moins l’influence marécageuse qui devient au contraire plus active, parce qu’on emploie les soldats à la récolte des foins. Mais on élève des casernes en bois et en pisé. Au moment des épidémies, on les transformera désormais en salles de malades ; les baraques-casernes prendront alors le nom de baraques-Ad/nAma?. On avait ainsi créé les sautons,. les baraques de la cavalerie, de Vartillerie et de la légion étrangère. On avait aussi affecté à cette double destination des maisons réparées à la hâte ; mais plusieurs d’entre elles laissaient beaucoup à désirer. De simples toiles, souvent en lambeaux, y remplaçaient les carreaux de vitres, et les portes, sauf celles d’entrée, n’existaient pas ou n’étaient formées que de planches mal jointes, comme étaient la plupart de celles -des habitations mauresques.
. C’était appliquer une partie des préceptes que venaient de donner les officiers de santé en chef de l’armée ; car, pour se préserver du renouvellement de pareils malheurs (épidémie de 1832) ils avaient conseillé de régulariser le .cours de la Boudjima, de déblayer les décombres, de rétablir les égouts, d’enlever les immondices, de paver la ville, de construire des casernes et des baraques-hôpitaux, de rétablir l’aqueduc, de baraquer les troupes sur les hauteurs éloignées des marais, de ne pas y rester lors de la saison des pluies, enfin d’activer la culture, des terres,
afin de procurer des substances végétales à l’alimentation de la garnison et des malades. (1)
Ce rapport, daté du 26 janvier 1833, précédait de quelques mois le retour des mêmes maladies ; et l’on eut à déplorer des revers encore plus grands que ceux de l’année précédente, malgré le zèle admirable que l’autorité militaire avait apporté à exécuter les travaux d’amélioration que je viens d’exposer et qui étaient entièrement terminés en 1833. L’année suivante, on n’ajouta rien à ces constructions provisoires et l’on commença des constructions plus solides ; on jeta les fondations des casernes en pierre qui n’ont été terminées qu’au bout de plusieurs années ; on fit des remuements de terre dans la ville pour creuser des égouts, pour niveler les rues et aux environs pour dessécher les marais qui touchaient aux remparts.
On verra, au surplus, ce que l’on avait gagné, sur tous ces points, par l’extrait suivant d’un rapport,qu’au mois de janvier 1835 (un an après mon arrivée) le général commandant supérieur avait demandé sur les causes de la prolongation de l’épidémie : « Ce grand » nombre de rechutes, qui maintient le mouvement de » notre hôpital à un chiffre si élevé (environ 900) » tient : 1° à la nature elle-même des affections inter- » mittentes ; 2° à des conditions accidentelles, savoir : » les variations brusques de température que nous » éprouvons depuis deux mois, le mauvais état du » casernement, le manque de lits et par suite la » nécessité de faire coucher dans des hamacs et dans » des localités humides et malsaines, des convalès- » cents qui, sortant de l’hôpital faibles encore, sont » prédisposés à subir l’inüuence des causes morbides » qui déjà les avaient frappés.
» Il est en outre une circonstance qui a eu, selon » nous, une grande part dans la gravité qu’a présen-
(1) Recueil des Mémoires de Médecine, Chirurgie et Pliai macie militaires. XXXV.
» tëe l’épidémie d’hiver et qui n’est pas sans influence » encore aujourd’hui ; nous voulons parler des égoûts » de la ville, qui sont autant de foyers d'infection.
» Les émanations qui s’en dégagent sont extrêmement » dangereuses, et pourraient, si on se hâtait de tér- » miner ces travaux, faire éclater parmi nos troupes » des affections typhoïdes plus redoutables peut-être » que celles que nous venons de combattre.
» Si, à ces causes de maladies, les seules apprécia- » blés aujourd’hui, nous joignons le voisinage des » marais, la haute température du climat, l’occupation » des postes extérieurs pendant l'été, les travaux pour » la récolte des foins, ceux de dessèchement commen- » cés autour de la ville et l’encombrement des hôpi- » taux pendant la rigueur de l’épidémie, on connaîtra » tous les éléments, toutes les conditions d’existence » des maladies endémiques à Bône et des épidémies » : annuelles.. .......
« En présence de pareils faits, et la médecine » avouant son impuissance pour combattre efficace^ » ment des maladies aussi terribles lorsqu’elles sont' » développées,, que, faut-il faire sinon pour détruire » des causes qui agissent incessamment, du moins » pour prévenir le retour et les effets désastreux de ces » épidémies annuelles ? Etablir-de vastes et saines » casernes,’ fonder des hôpitaux proportionnés aux » besoins, améliorer autant que possible la nourriture » du soldat, régler les heures et la nature de ses tra- » vaux, abandonner les postes extérieurs pendant l’été, » tels sont les moyens d’une application urgente, plus » faciles sans doute à obtenir que la destruction des » marais, sans laquelle, cependant, on ne fera qu’atté- » nuer, nous le répétons, leur fatale influence. »
On peut juger, par là, quelles étaient nos conditions hygiéniques générales et combien peu, malgré les plus grands efforts, on avait progressé vers le bien ; voyons: maintenant quelles étaient nos ressources hospitalières.;
Dès les premiers temps de l'occupation, on avait converti une mosquée en hôpital ; en 1833, on avait construit dans la même enceinte des baraques que, pendant l’hiver de 1835, on avait cédées au casernement et que nous reprimes au mois de juin pour nos malades.
Combien cet établissement, ainsi agrandi, contenait-t-il de lits ? Par une lettre du 29 mai en réponse à la mienne du 21., M. le Sous-Intendant, chargé de la surveillance des hôpitaux, m’adresse Tétai des salies et porte le nombre des lits à. 510. Par une lettre du 31, je lui fais connaître que ce chiffre est trop élevé ; je lui disais : « J’aurai l’honneur de vous faire observer que » dans plusieurs salles, ainsi que je l’ai démontré à M. » l'officier comptable, on ne pourra mettre le nombre » de lits indiqués dans votre tableau. Loin de moi la » pensée de demander que l’on observe les distances » déterminées par les règlements. J’apprécie les diffi- » cultés de notre position et je sais que c’est chose » impossible ; mais il est bien important que les lits » ne se touchent pas, comme cela était l’an dernier : » ils doivent être assez espacés, pour que le médecin » puisse facilement passer entre les doux lits voisins. »
Le nombre des lits fut réduit à 435.; il était donc impossible, avec un hôpital de cette contenance, de faire face à une épidémie qui, le 19 juillet, allait élever à 1.262 le chiffre de nos malades présents à la visite du matin.
Que faire, en pareille occurence ? Il fallait recourir à la mesure qui avait été adoptée l’année précédente., bien qu’elle n’eût pas donné les résultats qu’elle promettait avant son application : c’était de prendre une partie des. casernes pour nos succursales. J’espérais, en effet, malgré cet insuccès, que nous en retirerions de grands avantages, si l’on mettait quelques baraques à notre disposition, aussitôt que le chiffre des malades approcherait de celui de nos lits, et avant que l’encombrement de l’hôpital ait mis de l’hésitation dans
l’admission journalière des entrants ; si - ensuite on continuait à agir de la sorte, à mesure que l’épidémie ferait des progrès, sans se laisser arrêter par ce prétendu envahissement des services hospitaliers, comme le murmuraient quelques personnes mal inspirées. Les lignes suivantes, adressées à l’autorité militaire, dénotent combien il nous fallut lutter pour obtenir ce que nous demandions : « Je ne vous dissimulerai pas,disais- » je, que je vois avec effroi arriver l’époque de l’épi- » démie. On vit aujourd’hui d’illusions ; mais le réveil » sera terrible et je vous prédis pour cette année » une partie des revers de l’année dernière, si on ne » se hâte de satisfaire aux besoins que les officiers de » santé en chef de l’hôpital de Bône ont signalés à » diverses reprises, si l’on ne met de vastes locaux à » leur disposition. »
Heureusement, l’Administration s’appuyant sur nos demandes réitérées se roidit contre les nombreux et puissants obstacles qu’elle rencontrait en raison des lieux et circonstances, et l’autorité non moins ferme que paternelle du général Monet d’Uzer lui venant en aide, elle put, dans le fort de l’épidémie, nous livrer plus de la moitié des locaux affectés au casernement. C’est, ainsi que nous parvînmes à faire face presque complètement aux besoins.
Mais le mois de juillet prouva combien nous étions à chaque instant sur le point d’être débordés. Chaque matin, pour avoir des lits vacants selon les besoins probables de la journée, nous étions forcés de faire sortir des malades qui n’étaient aux trois quarts que depuis deux ou trois jours. Dans son rapport sur le mois de juillet, un de mes adjoints me dit : « Je vous » ferai observer que du 10 au 15 ont été reçus chez moi » 130 malades venant des postes extérieurs, ayant tous » au moins huit jours de maladie et qui, pendant » trois ou quatre jours, ont été refusés à l’hôpital parce » que nous n’y avions pas de place. Vous vous rappele- » rez peut-être aussi que vers cette époque 19 malades
» venus très tard au camp ont été reçus dans mon >' service après avoir passsê la nuit dans la rue, sur » les marches de l'hôpital. » Effectivement, nous n’avions pas été prévenus de l’arrivée d’un convoi de malades qui nous venaient du camp ; ils se présentèrent à l’hôpital vers minuit. Il fut impossible de les y recevoir jusqu’au moment où, à la visite du matin, on put, à l’aide des sorties, leur créer des places. Ces faits démontrent de la manière la plus évidente que sans une médication qui, appliquée en 1834, a tant abrégé la durée des maladies, nous aurions eu le même encombrement que pendant les années précédentes.
Nos prévisions, s’étaient appliquées jusqu’ici aux dimensions des locaux ; il fallait voir, dans les limites de nos attributions, si les autres conditions hygiéniques s’y rencontraient, si de plus nous avions un matériel suffisant.
Par des lettres des premiers jours d’avril et du 15 mai, je vois que nous n’avions pas de salle de bains, pas de buanderie ; que nos cuisines ne pouvaient suffire ; qu’il nous restait dans les magasins à peine 150 matelas ; et cependant nous n’avions pas encore 300 malades. Grâce au zèle de tous, on activa les préparatifs de manière que la presque totalité des malades eut des matelas en temps utile. Je crois devoir, à cette occasion, prévenir les jeunes médecins, qu’en campagne et pour les maladies courtes, on peut sans crainte se contenter de paillasses bien conditionnées ; j’en ai fait l’expérience en 1834, dans ma division des Sautons, qui avait été ouverte avant la confection du nombre suffisant de matelas.
Nos ressources connues, il fallait distribuer le service de manière à les employer convenablement. J’écrivais, le 21 mai, à M. le Sous Intendant, pour le prier de nous faire connaître les localités qu’il nous destinait dès le début de 1 épidémie, afin de pouvoir organiser les diverses divisions de fiévreux. « Je désire, lui
» disais-je, que chacun de nous ait, dans l’hôpital » proprement dit, à peu près le même nombre de lits » pour y recevoir ses évacués lorsqu’on quittera les » succursales. Il est érîîinemment utile au service que . » chacun de nous continue à donner des soins aux » malades dont il a commencé le traitement. Rien de » plus nuisible, rien de plus dangereux que les muta- » tions de médecins ; ces changements comptent » toujours des victimes.
» Il est indispensable qu’à la fin du mois de juin » toutes les dépendances de l’hôpital cédées, à la » troupe nous soient rendues ; il faut que chaque » médecin, recevant tous les jours une portion des » entrants, voie à cette époque son service se former » peu à peu ; autrement, il arriverait qu’au moment » où un premier et un deuxième service ne suffiraient » plus aux besoins, le troisième serait de suite en- » combré par l’arrivée journalière de 60 à 80 malades » et, nécessairement, le traitement en-soufîxirait. Il est » impossible de bien connaître l’état de ses hommes » avec un pareil mouvement. »
Le 29 mai, le Sous-Intendant me répondait : « J’ai » lu, avec l’attention que la gravité de son sujet récla- » me, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de » m’écrire le 21 de ce mois. Je ne puis qu’approuver
» l’intention que vous m’exprimez.Le principe de
» répartition que vous me soumettez me paraît avoir » l’inconvénient d’obliger à des courses longues et » pénibles tous les médecins, lorsqu’un seul pourrait » être chargé des succursales. Je vous laisse cependant » toute la latitude à cet égard. Partagez d’abord avec » messieurs vos adjoints les salles de l’hôpital principal ; » on verra plus tard s’il ne conviendra pas de donner » les succursales à un aide-major. Je désire seulement » que vous ne cédiez pas, en cette occasion, à toutes » les exigences de votre zèle. J’ai eu plus d’une » occasion de regretter que le médecin en chef fût » absorbé à tel point par ses devoirs personnels, que
» toute distraction utile d’observations et de surveil- » lance lui devint interdite. Vous n’avez pas seulement » à combattre des effets, mais à rechercher leurs » causes pour en prévenir le retour. Tout reste à faire » sous ce rapport, et l’importance d’une si noble mission » éveillera nécessairement chez vous l’impatience de » l’accomplir. Sachez donc vous en réserver les » moyens.
» Je vous serai obligé de me faire connaître la .» répartition de votre service dès que vous l’aurez » arrêtée. Je vous remets, à cet effet, l’état des locaux » qui, âppartenant à l’hôpital,- peuvent être occupés » aussitôt que les besoins se manifesteront. On s’empa- ». rera des baraques-casernes au fur et à mesure qu’il » y-aura nécessité de le faire et nous aurons, avec ce » secours, place pour 1,200 lits environ. »
Le 31 mai, je rendais compte de cette répartition, que j’opérai d’après les principes renfermés dans ma lettre du 21 ; et je démontrais la nécessité de réduire le chiffre des lits qui, porté d’abord à 510, fut fixé à 435, comme je l’ai dit plus haut.
Le 1 er juin, nous n’avions que 237 malades ; et dans notre rapport officiel sur le mois de mai, nous n’avions absolument rien d’essentiel à signaler.
Au commencement du mois, on employa une partie des troupes à la récolte des foins, les unes pour faucher, les autres pour protéger les travailleurs. On avait pris des précautions hygiéniques très grandes, que sur l’invitation de l’autorité nous avions déterminées ; on . avait augmenté la quantité des aliments et des rations de vin ; - on entretenait des. feux pendant la nuit dans le camp et dans les postes extérieurs. Les factions de nuit avaient, été réduites à une heure, dans tout le corps d’armée. En parlant de ces. précautions hygié¬
niques au médecin en chef de l’armée, je disais : « Je fl ne sais si c’est à. elles que l’on doit d’avoir si peu de » malades jusqu’à présent.,.... Le camp n’en donne » pas plus que les autres points occupés par les troupes.
» Cependant, malgré cette belle apparence dans notre » état sanitaire, nous ne tarderons pas, je pense, à » voir notre mouvement s’élever à 800 ou 1,000 » malades. »
Le 14, nous demandions au Sous-Intendant de provoquer des mesures dont le besoin se faisait déjà sentir ; nous lui disions : « Nous avons l’honneur de vous prier » de demander au général commandant supérieur un » ordre du jour, par lequel il invitera de nouveau les » officiers de santé des corps à ne pas conserver de » malades dans les infirmeries, et à les envoyer à » l’iiôpital aussitôt que la maladie aura été constatée.
» La nature des affections de ce pays est telle qu’un » jour de retard donne souvent la mort.
» Nous pensons* M. l’Intendant, que tout homme » sortant des divisions de fiévreux doit avoir, par cela » seul, une exemption de huit jours. Les officiers de » santé des corps, dans les cas exceptionnels, prolon- » géraient autant qu’ils le jugeraient convenable la » durée de cette exemption. Plusieurs rechutes, déter- » minées évidemment par une trop prompte reprise » du service, nous font vivement désirer l’adoption de » la mesure que nous proposons.
» Vous savez, M. l’Intendant, que les salles de » l’hôpital seront entièrement occupées dans trois ou » quatre jours ; nous appelons votre attention sur en » point et sur le besoin que nous aurons de nos succur- » sales très probablement pour le 17.
» Aujourd’hui déjà, en attendant que les réparations a de la baraque 13 soient terminées, nous serons obligés » de mettre tous les entrants sous les galeries de la » cour d’entrée. »
Le 19, nous avions 472 malades et nous écrivions aux officiers de santé en chef de l’armée : « Notre mouve- » ment s’élève dans des proportions qui annoncent » que nous devons nous attendre à avoir incessam- » ment 1,000 à 1,200 malades.; nous vous adressons » celui de la quinzaine pour vous faire connaître la
» rapidité avec laquelle il s’accroît de jour en jour.
» Nous avons un grand nombre d’affections graves ; » déjà, depuis hier, nous avons ouvert une succursale » hors de la viile. Dans. quelques jours, d’autres le » seront. La dissémination des malades, dans différents » points éloignés les uns des autres, va rendre le service » très pénible, que la nature des maladies exige déjà si
» actif.Aussi, nous vous prions de nouveau de
» vouloir bien mettre au complet notre personnel....
» Nous croyons, aussi devoir, dans l’intérêt du service,
» vous prier de nous envoyer des sujets capables » et disposés à bien faire. Au moment d’une épidémie » qui peut avoir d’aussi affreux résultats que celle de » l’année dernière,. il serait douloureux de n’être » secondé que par des officiers de santé qui auraient » été envoyés ici par disgrâce, par punition. Ce n’est » pas comme un exil, mais comme un poste d’honneur » que l’on doit considérer Bône, en ce moment .... » Nous sommes les sentinelles avancées de la médecine » militaire....»
: Les officiers de santé en chef de l’armée nous accordèrent immédiatement les secours que nous leur demandions. Nous étions en mesure de répondre aux événements ; il fallait maintenant chercher à bien connaître la nature des maladies qui se présenteraient à notre observation.
Dans les mois de février et de mars, les maladies avaient été presque exclusivement des fièvres intermittentes bénignes, et les tierces avaient dominé de beaucoup.
En avril et en mai, on avait vu quelques fièvres rémittentes et quelques fièvres continues. Enfin, les fièvres intermittentes de ces deux mois étaient presque toutes compliquées, en même temps que le type quotidien y devenait plus fréquent et finissait même par prédominer, dans le dernier
Cependant, dans le mois de mai, nous n’avio ns eu
que 279 entrants ; mais voici venir l’épidémie ; et le mois de juin va nous en donner 935.
C’est alors qu’apparaissent épidémiquement ces gastro-céphalites qui, en 1833, avaient eu le triste privilège d’encombrer les hôpitaux et les amphithéâtres, pour me servir de l’expression de l’uri des médecins de l’époque. C’est aussi pour la première fois que je trouve dans mes notes les dénominations de fièvres pseudo-continues, de pseudo-continuité, dénominations qui, comme toutes les choses de ce monde, ont été accueillies par les uns et blâmées par les autres ; mais auxquelles, dans tous les cas, on ne peut refuser le mérite d’avoir fixé l’attention sur un point de pratique que les écoles de Pinel et de Broussais avaient complètement méconnu.
Je ne fais que mentionner cette nouvelle phase des maladies et la gravité des fièvres intermittentes du mois de juin relativement à celles des mois précédents, pour parler plus longuement d’un phénomène pathologique à peine signalé dans les travaux sur les maladies de l’Algérie, le mal de ventre sec. Voci ce que j,e trouve à ce sujet dans mes notes : « J’ai remarqué chez beaucoup d’hommes une constipation opiniâtre pendant la convalescence ; ceci s’observait surtout chez ceux placés aux Sautons où, du 19 au 22, j’ai reçu 113 fiévreux venant des différents points occupés par nos troupes ; je ne pus me rendre compte de cet épiphénomène que je retrouvais même chez les hommes à la demi-portion. Chez beaucoup d’entre eux je fus obligé d’employer les lavements, tantôt émollients, tantôt laxatifs.
» Quelques jours après, chez plusieurs sujets, qu’ils aient ou non cette constipation, j’observai des douleurs intestinales, parfois très violentes, sans sécheresse, sans rougeur de la langue, sans soif, avec constipation et une grande quantité de gaz dans les intestins.
» Quelle était la cause de ces douleurs, quelle en
était la nature ? Mon collègue et ami, M. Girardin, chirurgien en chef de l’hôpital, qui avait séjourné plusieurs années en Espagne et qui avait bien voulu nous venir en aide en se chargeant du Service d’une division de fiévreux, crut leur trouver la plus grande analogie avec la colique de Madrid. Il ne tarda pas lui-même à les observer dans l’une de ses salles, placée sur le bord de la mer, ouverte de tous côtés aux vents. qui s’y précipitaient avec violence. Ces conditions dé fraîcheur et de ventilation se retrouvaient aussi à un très haut degré aux Sautons, caserne bâtie sur une élévation, à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer, et où règne â peu près constamment une brise très marquée. J’en vis aussi quelques cas dans mes autres salles; mais il est à noter qu’elles sont également presque toutes voisines de la mer ; d’un autre côté, les variations de température du jour et de la nuit étaient très fortes, et nécessairement elles devaient avoir beaucoup d’action sur des hommes qui se couchaient nus sur leurs lits, pour y jouir plus complètement de delà fraîcheur du matin. Je ne pus croire, ajoutais-je dans mes notes, que le sulfate de quinine ait été pour quelque chose, dans ces légers quoique douloureux accidents ; et j’ai cette conviction, parce que je ne les ai jamais remarqués sur des milliers de malades que j’ai traités en Corse et à Alger. »
Quel a été le traitement de ces entéralgies particulières, quelle a été leur terminaison ? Le premier exemple que j’en eus dans mon service se présenta sur un homme très fort, qui n’avait pris que 12 décigrammes de sulfate de quinine en deux jours, pour des accès de fièvre quotidienne. Il lui restait de l’anoréxie etj cédant à ses instances, je lui administrai un grain d’émétique avec 25 grains d’ipécacuanha ; son embar ras gastrique se dissipa. L’appétit était revenu; lorsque, quelques-jours après, il se plaignit de douleurs abdominales que la pression n'augmentait pas. Il n’y avait ni soif, ni rougeur de la langue, ni chaleur de la
peau. Je pensai que les muscles abdominaux étaient restés endoloris à la suite des efforts du vomissement ; mais la persistance de l’augmentation de ces douleurs m’engagea à faire le lendemain une application de sangsues, qui fut réitérée à la visite du soir ; il n’y eut aucun soulagement. J’employai, dès ce moment, chez cet homme et- dans les autres cas qui se présentèrent dans le courant du mois, les préparations opiacées à fortes doses, par la bouche et par lavement.
» Ces coliques étaient généralement accompagnées d’un développement considérable de gaz dans les intestins. Dans plusieurs cas où elles étaient- très violentes, je fis retirer ces gaz par le rectum à l’aide d’une seringue ; elles cédèrent à l’instant même, et des selles considérables ne tardèrent pas à suivre leur cessation ; j’obtins de ce procédé de prompts et heureux résultats, que la continuation des opiacés rendit durables.
» Dans d’autres divisions on administra les purgatifs, en même temps que les opiacés ; celui qui procura le plus de soulagement fut l’huile de croton tiglium.
» Après tout, ces épiphénomènes furent des accidents fort peu graves qui ne retardèrent la convalescence que de quelques jours. Je crois en trouver la cause dans les variations atmosphériques et dans les écarts du régime auxquels se livrent, je ne dis pas nos convalescents, mais nos malades, dans des hôpitaux ouverts à tout le monde, où le commerce d’aliments se fait avec une audace inconcevable. »
Les lignes suivantes dénotent combien le système nerveux était compromis dans les affections du mois de juin. « Un phénomène que nous avons constaté souvent, c’est l’existence des crampes violentes dans les extrémités inférieures ; je le regarde comme un signe de mauvaise augure. Elles étaient excessivement intenses chez un homme qui a succombé à une fièvre algide, lë quatrième jour de son entrée à l’hôpital.
Ce qui nous frappe surtout, c’est la prostration extrême qui accompagne les fièvres intermittentes. Cette prostration est telle que nous sommes obligé d’employer l’éther en potions et en lavements, à la dose de 4 à 8 grammes par jour.... Ce qui nous inquiète le plus après cette prostration vraiment effrayante, c’est la rapidité avec laquelle éclatent les accidents qui constituent les accès pernicieux ; marche d’autant plus dangereuse que non seulement les malades avec . de fortes réactions sont ainsi frappés, mais encore ceux qui apparaissent atteints légèrement.... Déjà, il nous arrive un grand nombre d’hommes que des accès pernicieux ont surpris, soit dans leurs casernes, .soit dans les postes extérieurs. »
Le mois de juillet nous fournit 1,689 entrées ; je reçus 10 hommes venant des casernes., atteints des douleurs intestinales dont nous venons de parler et qui ne donnent lieu ici à aucune nouvelle observation, si ce n’est que j’employai plusieurs fois avec succès, à la dose de 2 ou 3 gouttes, l’huile de croton tiglium qui, le mois précédent, avait réussi dans d’autres services.
Toutes les fièvres pernicieuses de ce mois frappent le système nerveux. C’est par là qu’elles tuent ; toutes sont ou des délirantes, ou des comateuses, ou des algides. On n’en voit aucune amenèr la mort à la suite de secrétions abondantes ou de ruptures de la rate, ou d’apoplexie pulmonaire.
» Le caractère le plus saillant des maladies, surtout à la fin du mois, c’est la prostration extrême dont elles s’accompagnent, comme au mois de juin; c’est en plus la faiblesse que laissent à leur suite des affections peu graves. Chez plusieurs sujets, cette faiblesse est accompagnée de tremblement des membres, d’une semi-paralysie. La médication principale de ces . accidents secondaires m’a paru être le sulfate de quinine associé à l’opium. Chez quelques-uns, la persistance de la
douleur dans les membres et la continuité des tremblements m'ont engagé à faire plusieurs applications de sangsues aux lombes, à la région cervicale, à mettre des. vésicatoires volants le long de la colonne vertébrale, en même temps que j’administrais le sulfate de quinine.
» J’ai reçu également un grand nombre d’hommes atteints d’irritations gastro-céphalites, à peine fébriles et à rémittence très obscure, chez lesquels les idées étaient comme voilées, l’intelligence obtuse, le pouls petit. Chez ces hommes, en même temps que je prescrivais avec discrétion des applications de sangsues à l’épigastre, à la tête, je donnais le sulfale de quinine à haute dose, et je recourais de suite aux sinapismes et à des vésicatoires placés aux extrémités inférieures.
Quant aux affections continues, elles sont très nombreuses ; elles ont de plus une grande intensité, et pour prévenir l’objection que j’ai peut-être vu, par esprit de système, beaucoup de fièvres continues à quinquina là où d’autres auraient diagnostiqué des rémittentes, je dirai que je n’ai compté dans mon service que 97 gastro-céphalites sur 503 entrants, tandis qu’un médecin qui ne partage pas ma manière de voir, m’en signale, dans son mouvement, 110 sur 241 entrants. Et, à cette occasion, je déclare que tous les chiffres que je cite à propos des maladies d’Afrique m’ont été remis par tous les médecins de service euxmêmes et que je les ai encore en ma possession.
Vers la mi-juillet, les maladies prirent une marche moins grave, car je trouve ceci dans une lettre adressée, à la date du 20, au médecin en chef de l’armée :
« Je n’ose trop vous avancer que nous touchons peut- » être déjà à la décroissance de l’épidémie ; la nature » moins grave des maladies semblerait cependant » devoir le faire présumer. Nous avons eu un peu de
» mortalité, mais elle n’est pas considérable si on la » compare à celle de l’année dernière, si surtout on » tient compté des difficultés de notre position et des » entraves qu’éprouve continuellement un service » aussi morcelé que le nôtre. »
Le mois d’août, en ne nous donnant que 1037 entrées et 36 morts au lieu de 82 comme en juillet, confirma les espérances que j’avais communiquées au médecin en chef. Nous étions, comme on le voit, rassuré sur la marche de l’épidémie, lorsqu’une lettre adressée par le Sous-Intendant aux officiers de santé en chef de L’hôpital, vint le 1 er août, nous révéler les craintes et les sollicitudes de l’Administration :
« Messieurs, je me suis fait représenter l’état des » pertes éprouvées à l’hôpital de Bône pendant le mois » dernier, et il résulte de ces détails que les 82 décès » qu’il comprend appartiennent aux services suivants.. .» L’inégalité de ces contributions respectives faisant » naître des réflexions affligeantes, à quelques causes » que soient dues les différences que je vous signale, il » convient de les rechercher ; et je me repose à cet » égard sur le zèle éclairé dont vous .donnez de si » éclatantes preuves. Si le mal existe dans les choses, x ce qu’il est difficile d’admettre, puisque les mêmes » conditions offrent les mêmes anomalies, ainsi que » vous pouvez vous en assurer par l’examen du tableau » ci-joint, il faudrait se hâter d’y apporter remède, » soit en abandonnant les localités mal exposées, soit d en corrigeant leurs vices matériels. Dans une convic- » tion contraire, on ne devrait pas être moins » empressé à propager les médications heureuses, et » vous saurez faire choix des moyens à y employer. » Ce que demandait cette lettre était nettement exprimé et il fallait y répondre. En jetant aujourd’hui les yeux sur ce tableau, je comprends qu’un administrateur ait dû s’inquiéter des résultats étranges qu’il présente. Nous ne pouvions pas non plus les regarder comme un fait de peu d’importance ; car, si au lieu
d’être accidentels, ils tenaient à des conditions générales et persistantes, ils devenaient très graves. Je dus donc passer l’inspection des locaux et m’assurer de l’état des services. Ce fut une des occasions les plus remarquables où je pus juger, sur une large échelle,des modifications que des traitements divers apportent dans ces affections paludéennes ; j’écrivis au Sous Intendant :
. « J’ai communiqué à MM. les médecins attachés à l’hôpital de Bône votre lettre à la date du 1 er août.... J’ai engagé ces messieurs à me remettre leurs réflexions sur les points que vous signalez à notre sollicitude, et j’aurai l’honneur de vous remettre le travail de chacun d’eux aussitôt qu’il me sera parvenu... 11 me reste maintenant une tâche à remplir : c’est d’exprimer ma pensée sur la différence de la mortalité dans les divers services. Malgré la disproportion que j’avoue considérable, je ne crois pas que l’on puisse dès maintenant s’en inquiéter ou en tirer des conclusions qui, peut-être, avant quelques jours, seraient faussées. On ne peut, selon moi, juger de la supériorité d’un traitement que lorsque ce traitement a été appliqué à des masses; vouloir l’établir sur le mouvement d’un mois, c’est s’exposer à de graves mécomptes ; la chance peut tourner le mois suivant. L’expérience nous a appris que ces résultats souvent accidentels se présentent dans tous les hôpitaux. »
Je n’étais pas aussi rassuré, cependant, que je le disais. J’avais prévu que l’avenir assombrirait certains" points du tableau ; dès ce moment, mon opinion était faite sur les chances de la mortalité future dans les divers services, et elle était basée bien plus sur l’aspect général que ces services venaient de me présenter, que sur les faits révélés par le mois de juillet.
Le mois d’août s’était écoulé, nous donnant, comme je l’ai dit, moins de malades et des affections moins graves, lorsque le médecin en chef de l’armée vint luipième juger de notre position et de nos ressources, de
nos maladies et de notre thérapeutique. Il arriva à Bône dans les premiers jours de septembre, accompagnant M. T Intendant-Inspecteur, baron Ballyet, et le 7 je leurs remettais les rapports qu’ils m’avaient demandés sur l’épidémie.
Mon rapport au médecin en chef se terminait par ce résumé : « Les fièvres intermittentes ont été., de beau- » coup,, les maladies dominantes ; beaucoup ont été » très graves et même pernicieuses, tantôt primitive- » ment, tantôt consécutivement— Les gastro-cépha- » lites de cette époque sont pour nous des fièvres » rémittentes ou intermittentes, conservant toujours » au fond leur cachet spécial et en exigeant en partie » le traitement. Nous ajouterons que c’est là le point » le plus difficile dans le diagnostic et la thérapeu- » tique des maladies de ce pays ; nous croyons de » notre devoir de rappeler que c’est là la difficulté à » signaler à nos remplaçants. »
J’avais dit quelques lignes plus haut : « Le mouve- » ment dé l’hôpital était en décroissance marquée, » lorsque l’occupation forcée du camp et des postes » extérieurs, que l’on avait abandonnés pendant quel- » que temps, a donné une recrudescence qui retardera » de quelques jours la solution complète de l’épidémie. » Mais aujourd’hui que cette occupation n’ést plus » nécessaire et que déjà les troupes sont rentrées en » ville, nous avons lieu d’espérer qu’avant peu nous » verrous de nouveau les maladies décroître rapidement '» en nombre et en intensité ; et la fin de l’épidémie, à » cette époque où nous avons peu d’affections chroni- » ques, sera en harmonie avec les résultats des mois » précédents. »
Je trouve, à ce sujet, dans mes notes sur le mois de septembre : « Ce mois n’a pas offert les progrès d’amélioration qu’il aurait dû présenter sans une circonstance extraordinaire, l’occupation des postes et des avant-postes à l’approche du bey de Constantine, qui était venu lever des tribus jusqu’à deux journées
de marche de Bône. Pendant trois semaines environ, nos troupes ont été de nouveau replacées dans le foyer d’infection ; de là, la prolongation de l’épidémie ; de là, la recrudescence des accidents ; de là, de si nombreuses invasions nouvelles. C’est ainsi que les canonniers garde-côtes qui avaient toujours été cantonnés en ville, à la Casbah ou dans les postes voisins de la mer, avaient eu pendant les mois précédents fort peu de malades. Placés tout-à-coup aux avant-postes, presque tous furent atteints de gastro-céphalites ou de fièvres intermittentes graves ; ils présentèrent la plupart des phénomènes très inquiétants, une prostration extrême et une tendance si marquée à l’algidité que chez plusieurs, malgré leur vigoureuse constitution, nous ne pûmes recourir aux déplétions sanguines. »
Le 7 septembre, j’avais pu cependant supprimer une division de fiévreux ; et notre mouvement journalier était assez peu élevé pour permettre aux médecins de recevoir alternativement tous les entrants du jour de nouvelle invasion, ainsi que les rechutes du service supprimé.
« Çette mesure, leur écrivais-je, ne serait suspendue » que dans le cas où l’un de vous n’aurait pas de lits » vacants. Je vous engage, hors ce cas, à ne pas con- » server dans vos salles les entrants qu’on pourrait y » placer les jours où vous ne devez pas recevoir, si ces » entrants ne se trouvent pas dans l’une des deux » conditions indiquéès ci-dessus. Nous continuerons » chacun à recevoir les hommes sortis de nos services » respectifs qui entreront de nouveau à l’hôpital. »
Ce fut à peu près vers cette époque que^ pour mieux assurer ce roulement régulier, je fis créer un dépôt de convalescence à la Casbah ; nous y envoyions ceux de nos malades qui étaient arrivés rapidement à la demi portion. Là, ils étaient encore soumis au régime de l’hôpital ; on y faisait deux visites chaque jour ; et l’on renvoyait dans les services d’où ils provenaient ceux
d’entre eus qui avaient des rechutes autres que des accès simples, pour lesquels seulement on les traitait au dépôt. Cet-établissement nous fut d’un grand secours, et nous procura, à l’hôpital et dans les succursales, le nombre de lits nécessaires pour recevoir tous les. entrants.
Le mois de septembre nous avait donné 52 morts ; le mois d’octobre allait en compter 58 ; novembre, 61 ; décembre, 99.
Les entrées varient singulièrement pendant ces mêmes mois : en septembre, nous en avons 898 ; en octobre, 747 ; en novembre, 910 ; en décembre, 1796. Nous verrons tout à l’heure les causes de cette fluctuation.
Septembre, dans ses derniers jours, octobre et novembre, dans leur première quinzaine, se ressemblent par la décroissance rapide et soutenue de notre mouvement, par la diminution de l’intensité des accidents et par l’apparition des diarrhées et des dysenteries.
« N’oublions pas de noter' dans le mois d’octobre, ainsi que nous l’avons fait au mois de septembre, que cette apparition de ces iléo-colites, liées aux fièvres intermittentes, coïncide avec celle des mêmes affections à l’état continu. Elles se sont montrées, comme en septembre, et chez des hommes qui entraient à l’hôpital pour la première fois, et chez ceux qui avaient eu plusieurs récidives de fièvres intermittentes.... Plusieurs d’entr’elles se sont accompagnées de symptômes qui leur ont donné de grandes analogies avec le choléra (petitesse extrême du pouls, refroidissement général, crampes dans les extrémités supérieures, et inférieures, enfoncement des yeux, etc...) Cette gravité dans les accidents a coïncidé avec l’apparition du choléra à Oran. Nous avons dû, dans ces cas, nous abstenir des saignées, même locales, et recourir immédiatement aux révulsifs.
» Ce mois de novembre a été très remarquable par l’apparition, comme en 1832, d’une nouvelle épidémie, au moment où notre chiffre de malades était réduit à 470, le 10 novembre.
» Nous avons attribué celle-ci : 1° à l’élévation de ia température qui était arrivée à 20° et 24° ; 2° aux fatigues d’une expédition à laquelle une grande partie de la garnison avait pris part, et dans laquelle les troupes s’étaient battues et avaient fait plu,s de 28 lieues sans désemparer ; 3° au souffle du Sud-Ouest (siroco) qui nous tourmenta plusieurs jours de suite ; 4° enfin, à des travaux de dessèchement exécutés dans la plaine voisine de Bône. »
Ce fut effrayant de" voir des accidents en aussi grand nombre, et aussi graves qu’au mois de juillet, plus dangereux même, en ce qu’ils frappaient des hommes affaiblis par des récidives plus ou moins fréquentes ; c’est ainsi qu’en cinq jours, je' perdis 5 hommes, après un séjour de moins de 36 heures à l’hôpital.
Les accès comateux furent les plus communs ; et à aucune époque, il n’y eut une aussi forte prostration du système nerveux, même chez ceux qui entraient à l’hôpital pour la première fois.
Je fus obligé de reprendre, dans toute son activité, la médication que j’avais employée au mois de juillet et que j’appliquais plus mollement, depuis l’abaissement de la température qui avait donné momentanément un caractère bénin aux diverses affections.
■ Il nous arriva un assez grand nombre d’hommes atteints pour la première fois et d’hommes qui n’avaient pas été à l’hôpital depuis le printemps, ayant ainsi traversé l’épidémie sans récidive.
Pendant l’été, les habitants civils n’avaient pas été malades ; mais il n’en fut pas de même cette fois ; ils furent frappés comme nos soldats. Les personnes qui étaient à Bône depuis le commencement de l’expédition
sans avoir jamais été malades, furent atteintes à très peu d’exceptions près. Chez elles, les réactions circulatoires furent peu franches ; le système nerveux parut concentrer toute l’influence des causes morbides. C’était un bien triste démenti aux espérances d’acclimatement et un grand échec pour les projets de colonisation.
Ce fut un grand bonheur, au milieu de ces calamités, de voir diminuer le nombre des affections les plus redoutables peut-être dans ces pays, les diarrhées et les dysenteries qui s’étaient montrées fréquemment dans les deux mois précédents et dans les premiers jours de novembre.
Cette circonstance fut d’autant plus heureuse que je vois dans une lettre de service, à la date du 11 novembre que « nous manquions, depuis une douzaine de jours, d’œufs, de laitage, de pruneaux et presque toujours de mouton. »
Le 1 er Décembre, nous écrivions aux officiers de santé en chef de l’armée : « Vous verrez, par le mouvement » de la dernière quinzaine, avec quelle intensité l’épi- » démie sévit de nouveau.... C’est le pendant de » l’épidémie de 1832.... Nous avons eu pendant quel- » que temps des accidents aussi graves qu’au mois de » juillet.... Depuis quelques jours nous avons des » pluies, et les maladies commencent à devenir moins » intenses... »
La première quinzaine du mois marchait menaçante, nous fournissant encore des cas graves et nous donnant une moyenne de 69 entrants par jour. Nous avions, depuis plusieurs semaines, rendu aux casernements la plupart de nos succursales; il fallut les reprendre et les réorganiser à la hâte. C’est dans ce moment surtout qu’il fallut redoubler d’énergie et d’activité.
A la date du 14, nous écrivions aux officiers de santé en chef de l’armée : « Le mouvement des derniers jours « vous fera connaître notre malheureuse position. Le » caractère de ces affections est toujours le même ; et si
» nous avons un peu plus demortalité, depuis quelques » jours que dans les mois précédents, cela tient à ce » que maintenant elle est fournie et par les chroni- » ques et par les malades qui succombent à des accès » pernicieux de nouvelle invasion. Ces accidents ne ». nous inquiètent nullement ; ils n’ébranlent en rien » notre croyance médicale ; ils né sont que momentanés ' » et le résultat forcé des conditions dans lesquelles nous » nous trouvons. Bien plus, nous ne craignons pas de » vous annoncer que, malgré toutes les circonstances » défavorables que vous connaissez, nous sortirons » heureusement de cette crise, si vous nous envoyez le » personnel que nous vous avons demandé. Tous nos » collaborateurs sont épuisés par les fatigues et les » maladies. Le général commandant supérieur prie le » gouverneur d’envoyer de suite un bâtiment à vapeur •» pour nous amener ce personnel., et pour nous apporter » les médicaments dont le besoin se fait si vivement » sentir. Nous sommes aussi à la veille de manquer ' » de sulfate de quinine ; et si ce moyen héroïque ne » venait pas à notre secours, il faudrait nous attendre » à revoir les scènes de 1832. et de 1833. »
Les maladies, heureusement diminuèrent d’intensité, mais quelle affreuse endémie ! Nous traitâmes à l’hôpital pendant ce mois 2,494 malades, avec une garnison de 4,459 hommes.
Le 30 décembre, nous disions aux officiers de santé en chef de l’armée : « Nous avons l’honneur de vous '> adresser le mouvement de la dernière quinzaine. La » mortalité a été plus forte qu’elle ne l’avait été encore » cette année. La moyenne cependant n’est pas hors » de proportion avec le nombre de nos malades (1,642 » sortants et 99 morts), et ces résultats prouvent que' » si nous avions un service assuré, les épidémies de » Bône cesseraient d’être un sujet d’effroi pour l’armée.
» Aujourd’hui tout est terminé ou à peu près. Cette » épidémie laissera peu de chroniques, et à moins » d’accidents, notre mouvement sera au-dessous de
» 500 pour la fin du mois prochain. »
Depuis les derniers jours de novembre, nous avions tantôt des pluies diluviennes, tantôt de ces belles journées d’hiver que l’on ne rencontre que dans ces climats. Ces alternatives, qui nous donnaient un grand nombre de rechutes, maintenaient notre mouvement à un chiffre assez élevé qui avait, comme je l’ai dit dès les premières pages, entretenu les inquiétudes de l’autorité. Mais la mortalité avait considérablement diminué ; et si en janvier nous avions 1,236 entrées, nous ne comptions plus que 43 décès ; en février, nous n’avions plus que 18 morts bien que nous ayons encore 1,172 entrants. Quelques jours après, nous étions rentrés dans le mouvement ordinaire de l'hôpital. *
Tel fut le dénoûment heureux de ce drame dont le premier acte, en 1832, avait donné 4,083 malades et 449 morts; le deuxième, en 1833, 6,704 malades et 1,526 morts ; le troisième, le seul auquel j’ai assisté et qui fut le dernier, 11,593 malades et 538 morts.
Le 12 janvier 1835, nous écrivions aux officiers de santé en chef de l’armée : « Nous avons l’honneur de » vous transmettre le mouvement de la première », dizaine de janvier. Vous verrez que, ainsi que nous » vous l’annoncions par le dernier courrier, la morta- » lité est beaucoup moindre et n’est même plus en » rapport avec le nombre de nos malades. Comme au » mois d’août, comme dans toutes les épidémies, nous » avons pressenti que cette recrudescence touchait à sa » fin, bien moins par la diminution du nombre des » malades, que par celle de la gravité des accidents. » Aussi, malgré l’élévation permanente de notre chiffre, » nous persistons à croire, ainsi que nous l’avons dit, » qu’avant la fin du mois notre mouvement sera au- » dessous de 500. Les fièvres intermittentes simples » sont de beaucoup, les maladies dominantes. Les » accès pernicieux sont aussi rares maintenant, qu’ils » étaient fréquents à la fin de novembre et dans les
» premiers jours de décembre. Nous pensons que déei- » dément nous sommes sortis encore une fois d’une » bien forte crise sans avoir éprouvé trop de revers, et » nous vous remercions d’avoir bien voulu assurer » notre service. »
Dans un rapport daté de la veille, 11 janvier, je disais aux officiers de santé en chef : « Au 1 er janvier, » il me reste 208 hommes qui ne me donneront, » selon toute probabilité, qu’une très faible mortalité, » eu égard surtout à la fin d’une épidémie aussi » longue. Vous jugerez facilement, Messieurs, combien » j’ai peu d’affections chroniques dans mon service, » puisque, bien qu’ayant reçu 206 entrants dans la » dernière dizaine de décembre, j’ai pu réduire, par » mes sorties, à 208 mon mouvement qui le 21 décem- » bre s’élevait à 344. »
Je trouve dans mes notes les réflexions suivantes, sur les maladies de ces derniers mois : « Les affections du mois de janvier sont très simples ; quelques applications de sangsues suffisent pour combattre les congestions irritatives de cette époque. Les rechutes sont dues à des causes tout à fait accidentelles et que, par une lettre du 31, nous signalons aux officiers de santé en chef de l’armée. En rentrant dans leurs casernements, les soldats y trouvent des logements humides, mal clos, ouverts au vent et où pénètre la pluie; beaucoup n’ont que des hamacs au lieu de lits. Ils s’enrhument alors très facilement, et sous l’influence de ces bronchites légères dont les causes sont si appréciables, se répète un phénomène que nous n’avons pas cessé d’observer, toutes les fois que l’économie est ébranlée : l’apparition de maladies intermitténtes ; de . là ces rechutes multipliées, de là ces fièvres intermittentes si simples, si bénignes, qui souvent se bornent à deux ou trois accès et qui cèdent au repos et au régime.
» Les affections pernicieuses intermittentes et rémittentes ont, pour ainsi dire, disparu ; nous ne les observons
plus guère que chez les hommes qu’on nous apporte dans cet état... Voici comment je m’explique ce dernier fait : pendant les chaleurs, laréaction circulatoire dure un grande partie de la journée ; en d autre termes, les accès sont très longs ; ils fatiguent, ils épuisent les malades. Ceux-ci s’empressent de déclarer leurs maladies aux officiers de santé de corps ; ils le font avec d’autant plus de hâte qu’ils savent que les accès à cette époque s’accompagnent d’un grand danger ; ils entrent donc, en général, à l’hôpital d’assez bonne heure. Mais, au mois de janvier, les accès sont très courts, très simples ; ils ne laissent ni malaise, ni douleur à la suite ; ils se répètent nombre de fois avant de devenir graves ; les hommes dissimulent alors leurs maladies pour ne pas entrer à l’hôpital,, auquel ils préfèrent le séjour de la caserne. Alors ces accès, d’abord si simples, finissent par congestionner les viscères par le seul fait de leur répétition ; de ces congestions réitérées et qui laissent toutes quelque chose dans les organes, de ces congestions, dis-je, au délire ou au Coma, il n’y a qu’un degré ; une congestion nouvelle s’opère par le retour d’un accès, et celui-ci est pernicieux ; c’est alors seulement qu’on nous les apporte dans cet état. »
Un fait qui vient à l’appui de ce que je signale dans ces notes, sur les dangers que l’on aura toujours en Afrique à différer l’administration d’une médication active, c’est le résultat qui m’a été fourni par le service des officiers qui, presque tous, avant d’entrer à l’hôpital, avaient cherché à lutter contre le mal pour ne pas quitter leur poste, tout en se médicamentant à demi. Pendant que les soldats et les sous-officiers me donnaient une moyenne de 1 mort sur 25 sortants ; les officiers en donnaient 1 sur moins de 8, du 1 er juillet au 31 décembre ; ce qui contraste de la manière la plus frappante avec ce qui se passe dans toutes les autres conditions de la vie militaire, où il meurt bien plus de soldats que d’officiers.
« Les affections du mois de février sont excessivement simples ; il y a peu de nouvelles invasions ; presque constamment ce sont des récidives. ; ces récidives sont entretenues par des causes purement accidentelles, facilement appréciables... Les affections du gros intestin sont devenues très rares. Les poumons sont encore souvent malades dans ce mois ; presque toujours la bronchite a précédé les accès ; c’est elle qui, déterminée par les causes que nous avons indiquées, s’est subordonné Les accès de fièvre... Dans les affections continues, on retrouve la même bénignité ; elles ont, du reste, ainsi que. les rémittentes, fait presque exclusivement place aux fièvres intermittentes ; c’est en corrélation exacte avec ce'qui s’est passé au mois de février 1834 ; c’est le cercle annuel que ces affections, tour à tour intermittentes, rémittentes, puis continues, .recommencent à décrire... »
En effet, la revue que nous venons de faire a ceci d’avantageux qu’elle présente, dans toutes ses phases, la pathologie annuelle de l’Algérie dans ses contrées essentiellement marécageuses, sauf l’épidémie d’hiver qui n’est pas constante ; chaque mois, à quelques jours près, suivant l’arrivée plus ou moins prompte des chaleurs, donnera chaque année identiquement les mêmes affections.
lettre
sur quelques points de l’histoire des fièvres intermittentes
à M. le Docteur Jules Guérin (1)
Paris, 31 août 1882.
Mon cher ht illustre Confrère,
La dernière fois que j’ai eu le plaisir de vous voir, • vous m’avez parlé d’une conversation que vous avez eue à l’Académie avec un de vos savants collègues, à l’occasion d’un article de Y Union Médicale du 17 juin,, qui ferait un grand* un trop grand éloge de mes travaux sur les fièvres intermittentes.
Permettez-moi d’abord de vous dire ici publiquement ce que je vous - ai exprimé bien des fois dans l’intimité : c’est que seul vous m’avez encouragé dans mes débuts en m’ouvrant les colonnes de votre journal. Je crois bien que sans vous je n’aurais pas écrit mon traité ; je me serais arrêté aux deux mémoires que j’avais publiés, en 1834 et en 1335, sur les fièvres intermittentes du Nord de l’Afrique. Ensuite, je vous laisserai le soin de décider s’il y a lieu de publier cette lettre pour réfuter l’opinion émise par votre éminent confrère.,, savoir : « Que je n’ai fait que revenir à ce qui s’enseignait et se pratiquait avant Broussais. »
Cette assertion me paraît, je l’avoue, si étrange, tellement erronée que je n’y attacherais aucune impor-
(1) Gazette des Hôpitaux, 2 septembre 1882.
tance si elle ne venait d’un homme qui a l’honneur d’être membre de cette grande Compagnie dont la mission est de diriger et de contrôler les œuvres médicales. Mais dans l’espèce ce m’est, je crois, un devoir de ne pas la laisser prendre corps et de défigurer le rôle de la médecine militaire dans la grande question des fièvres paludéennes.
Mes travaux remontant à 1834, j’ai à rappeler quel était à cette date l’état de la science au point de vue qui nous occupe. Broussais avait appliqué aux fièvres intermittentes ses données sur les fièvres essentielles. L’immense majorité des médecins avait adopté ses idées et sa thérapeutique. Sa doctrine était devenue l’orthodoxie ; les dissidents passaient pour des hérétiques.
Ces dissidents, ces hérétiques, en très petit nombre, étaient-ils plus dans le vrai? Non. Connaissaient-ils mieux les fièvres intermittentes? Non. Rien de plus facile à démontrer.
L’Ecole de Paris, par exemple, n’avait pour guides que la Nosographie de Pinel et le traité d’Alibert. Qu’on relise la première et l’on n’y retrouvera quoi que ce soit qui puisse servir à la connaissance et au traitement des affections paludéennes, telles que nous les concevons aujourd’hui. Autant l’histoire des fièvresessentielles y est féconde en grands enseignements, autant celle des fièvres intermittentes y est pauvre.
Quant au traité d’Alibert, j’ai eu la discrétion de ne jamais exprimer mon opinion sur sa valeur. Aujourd’hui encore je me contenterai de citer le jugement qu’en porte Monneret dans son Compendium (t. V, p. 360). « Ce que ce livre renferme de bon est entièrement copié dans Torti ou dans quelques-uns des ouvrages que nous avons déjà cités ; ce qui est mauvais appartient à l’auteur. »
Je n’ai pas à défendre l’œuvre d’Alibert contre cette terrible appréciation. Mais je cherche en vain comment on pourrait relier mes travaux aux siens ou à ceux de
Pinel, et je me demande bien inutilement par quel espèce de mirage on ne verrait chez moi (Broussais supprimé) que le continuateur de ces deux seuls représentants de l’enseignement officiel, à l’époque dont nous parlons.
Je me sens au contraire bien plus près de Broussais, du grand réformateur ; car c’est sous l’influence de sa puissante dialectique, qui nous avait appris si magistralement à interroger les organes, à analyser ce qu’il appelait leurs cris de douleur, c’est-à-dire les symptômes, que j’ai pu distinguer ce qui, dans la marche des fièvres à quinquina, relevait de sar doctrine et ce qui s’en écartait.
Cette épreuve de la doctrine physiologique était peut-être nécessaire pour arriver à constituer, en un système éminemment pratique, les données éparses dans les Anciens, qui n’avaient qu’entrevu ce que les modernes ont mis au grand jour et hors de toute contestation.
On ne peut, à mon avis, expliquer autrement l’évolution si complète qu’a subie l’histoire des fièvres intermittentes,, dont Littré a si nettement, si savamment, démontré l’origine dans sa belle argumentation sur le livre des épidémies d’Hippocrate comparées à celles-de l’Algérie.
En rejetant cette interprétation, il est impossible de se rendre compte comment les travaux des deux derniers siècles qui, grâce au quinquina, étaient entrés bien que timidement dans la véritable voie, n’avaient pas suffi pour empêcher l’éclosion de travaux aussi rétrogrades,, aussi stériles que ceux de Pinel et d’Alibert.
Au surplus, quelle que soit la cause de cette évolution qui se recommande beaucoup moins par ses théories que par ses résultats pratiques, il est bien certain que ce n’est pas dans un retour aux idées dominantes dans les classiques et dans les écoles à l’avènement de Broussais qu’il faut aller la chercher. C’est tout ce que je voulais établir et bièn préciser.