‹ L'Œuvre de F. C. MaillotChapitre 9 sur 16 · MORBIDITÉ & MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORBIDITÉ & MORTALITÉ

de l’Armée

en France et en Algérie (1)

A Monsieur le D r E. Le Sourd, Directeur de la Gazette des Hôpitaux.

Mon cher Directeur.

Dans mon article intitulé Origine et développement de la thérapeutique algérienne , que vous avez bien voulu insérer dans la Gazette des hôpitaux du 29 mai 1883, j’émets la proposition que « la proportion » des décès aux maladies traitées dans les hôpitaux » est à très peu de chose près la même en Algérie » qu’en France. »

Ne pensez-vous pas qu’une affirmation de cette importance mérite qu’on l’appuie sur des chiffres, surtout si on la rapproche de. l’impression douloureuse qu’ont laissée en France les désastres du début de notre séjour en Algérie? C’est du moins mon avis ; et dans -Cette persuasion j’ai cherché si je ne pourrais en trouver la preuve dans la Statistique médicale de Varmée. J’ai donc dépouillé lés quatre dernières années de ce document officiel, qui s’arrête à 1880. Voici le résultat de mes recherches.

J’ai pris pour point de comparaison le gouvernement de Paris, qui embrasse une des contrées les plus salubres de France et dont l’effectif militaire est à peu près le même que celui de l’Algérie.

(1) Gazette des Hôpitaux, 4 mars 1884.

J’ai alors trouvé que la morbidité dans notre armée d’Afrique est de beaucoup plus considérable qu’en France, que par suite la mortalité y dépasse d’environ un tiers celle du gouvernement de Paris; mais que la proportion des morts au nombre des malades y est notablement inférieure.

Cette triple énonciation, qui va causer bien des surprises, se base sur les mouvements hospitaliers des années 1877, 1878, 1879 et 1880.

Le travail officiel auquel je les emprunte ne va pas au-delà comme je viens déjà de le dire, et il m’a révélé ce qui suit :

Les entrées, aux hôpitaux en Algérie et dans le gouvernement de Paris réunis ont été au nombre de 137,043 ; les morts, à celui de 4,833 ; ce qui donne 1 mort sur 28.

Si l’on décompose ce chiffre d’ensemble, on a pour l’Algérie 86,298 entrées et 2,747 morts ; pour la France, 50,745 entrées et 2,860 morts.

D’ou une mortalité en Algérie de 1 sur 31, et dans le gouvernement de Paris de 1 sur 24, en nombres ronds, laissant de côté des fractions tout à fait insignifiantes, sans portée.

Ne pensez-vous pas, mon cher Directeur, que la vulgarisation de ce fait officiel soit de nature à dissiper bien des préventions contre l’Algérie et à rassurer les familles qui ont leurs enfants dans cette contrée, autrefois si meurtrière? Il est loin, en effet, le temps où, sur une garnison de 3,000 à 4,000 hommes, on en perdait 1,526 en un an. Il est proche, au contraire, celui où la mortalité générale sera moindre en Algérie qu’en France, comme il arrive depuis quelques années pour la mortalité proportionnelle au chiffre des malades.. Cette évolution se fera à bref délai, à mesure que le dessèchement des marais, le drainage, l’endiguement des cours d’eau, le reboisement, les travaux déjà si considérables de l’agriculture et de la viticulture, feront disparaître les causes spéciales bien, connues,

bien déterminées des maladies jadis si redoutables et qui obéissent aujourd’hui si facilement à la thérapeutique. J’avoue que pour mon compte, en commençant cette intéressante etude, j étais encore dans la croyance que la mortalité proportionnelle, au nombre des malades était un peu moins favorable dans notre armée d’Afrique qu’en France ; la réserve avec laquelle j’ai formulé mon sentiment dans la proposition' que j’ai rappelée plus haut — et dont cette note n’est qu’un complément et une simple démonstration — indique suffisamment quel était mon sentiment.

Permettez-moi, en finissant, de vous faire remarquer que le résultat que je signale à l’attention publique est dû en grande partie au dévouement des médecins militaires ; car, depuis plus d’un demi-siècle, ils ne cessent de combattre, au milieu des fatigues et des dangers, un mal qui avait très gravement compromis la conservation de l’Algérie. Je connais trop l’élévation de vos sentiments pour n’être pas sûr à l’avance que vous vous associerez à mon appréciation ; l’insertion de cette appréciation dans votre journal, si universellement lu et si grandement estimé, sera. pour ces vaillants lutteurs le plus précieux des encouragements.

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