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uns) une suite d'eaux-fortes, — ce son je ne crains ; pad de le des documents de Prenter ae Dre ie RAT ST < : “ Se
ces lignes. J'ai une grande joie à D fée à à mon récit. remercie, de tout cœur, Albert Besnard qui me la donne. < aies 5
Se souvient-il?— C'est à Rome que nous nous Jommed con? lui et mot; il y a quarante ans (et plus! ne le dites pad). Je le Le dans mes souvenirs, plein de vie et de talent, promettant autant qu'i 7 a tenu. Il enchantait tous les esprits amoureux des arts par L'abon- -RÉOES dance, la richesse d'un généreux pinceau. Il comprenait Rome & | L'esprit romain, aussi bien dans l'art et l'antiquité, que dans
l'élégante de romaine, qui te tous les âges. 7
gaîté si pars un edprit s1 Ut Led sou | at Nos Tout For en ee Elie ne l aime pas moins alors ve
el la gloire ca un long et is PT Ce fut vraiment une rare heureuse destinée qui l'a pe à ee à cette heure, do loutes.
français.
RAS ESS RP ENS RS RS ES RAA ES SLI EDS LR EE, — A Sa A ue, \ PR A, D RR A pa A Ne VA EF, RAA, D PR A er. Mat 1916.
\ | » 2 PRÈS nos soldats, — ceux d'entre nous qui, pendant ces
dures années, auront le mieux mérité pour la patrie, ce sont les bons ouvriers qui, hardiment, patiemment, travaillent de leur métier.
Je veux dire : tous les ouvriers, ceux de la pioche et ceux du marteau, ceux du champ et de l'usine, de la gare et du bureau, les enfants, les vieux, les hommes, les femmes.
Je veux dire aussi les ouvriers de la pensée, ceux qui ne se sont pas laissé courber par la douleur vers l'oisiveté et l'énervement, ceux qui ont voulu, pensé, ouvré, et qui, sils ne pouvaient défendre la France par les armes, l'ont du moins honorée, tandis qu'elle combattait.
Ceux-là la préparent noble et belle, vivante, pour le retour et la Joie de ceux de ses défenseurs qu'aura épargnés la mort. Et aux yeux de ses ennemis, aux yeux des néutres, témoins incertains de ses luttes, ils affirment sa sérénité et sa force.
Ces-bons Français que l’âge détourne du front, et qui servent à leur manière le pays, sont plus nombreux que l'on ne croit. On travaille dans bien des bibliothèques, des laboratoires, des ateliers. De belles œuvres, de beaux
hvres porteront les millésimes des fatidiques années. Le
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deuil n’a pas arrêté de nobles efforts. Je sais un historien
qui, sur un volume d'histoire savamment élaboré, a pu écrire une dédicace au nom d'un fils bien-aimé, mort pour la patrie (1).
C’est aussi le père d’un de nos glorieux morts, dont je voudrais ici célébrer l'œuvre, poursuivie jour par jour, dans le deuil et l'angoisse, sans faiblir : le grand peintre
Albert Besnard (2).
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La guerre avait trouvé Besnard au plus haut point
de la renommée, et fameux dans tous les pays de l'Europe, presque autant qu'il l'est en France. Mais c'était une pure renommée d artiste et ce l’est resté. Besnard est un peintre et exclusivement un peintre, une tête, une main, un cœur de peintre. Et mi ses vastes relations, ni la culture variée de son esprit ne le font sortir de son domaine étroit de peintre, si Jexcepte quelques très heureuses incursions dans la littérature, où il reste encore bien peintre. Si quelque ami, par gentillesse et honnête flatterie, cherche dans le passé le souvenir de certains peintres que les circonstances ou les voyages ont détournés un moment de leur art vers la guerre ou la diplomatie, s'il lui’ rappelle un Michel-Ange ou bien un Rubens, le peintre proteste. Il est bien clair que le compliment lui est désagréable. Il est né artiste, d'une race d'artistes, renforcée encore par son union avec une grande artiste, née elle aussi d'artistes.
Il na Jamais pensé qu à représenter par des lignes
(1) Je veux parler du troisième volume de l'Ailoire de Charles V7, par M. Drra- CHENAL. (Paris, Picard, 1916.)
(2) Robert Besnard, qu'une mort héroïque a enlevé à de hautes espérances
d'avenir, était lui-même un peintre de talent.
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et des couleurs la vie, la beauté, la pensée. Quand la guerre l'a surpris, à Paris, après sa première saison de villa Médicis, un an après son fameux voyage oriental, il ne songeait qu'à son art. C'était un optimiste et un pacifique. Quand :l avait rapporté des Indes les images chaudes et caressantes du peuple du soleil, il ne rêvait guère qu'un étrange destin allait faire émigrer le haut turban, du Gange à la mer du Nord, et faire de l'Homme en rose, l'homme en kaki!
Pourtant, Besnard est un peintre d'idées. Personne ne le sait mieux que moi, qu'il a bien voulu admettre parfois à les interpréter. Dès longtemps, il excelle à les représenter par des symboles humains. Ainsi 1l a exprimé l'idée de l'Art au Petit Palais, de la Nature et de la Science à la Sorbonne et à l'Ecole de Pharmacie, du Drame de l'homme à la Comédie Française, de la Souffrance et de la Charité à l'hôpital de Berck-sur-Mer.
Un peintre célèbre, habitué à de semblables expressions, devait nécessairement être convié à représenter aussi quelques-unes des idées immortelles sur lesquelles, sincères ou non, les peuples prétendent fonder leur politique. Et il arrive par force qu un semblable artiste vient
à exercer une influence sur les affaires publiques.
Le 28 juillet 1914 — retenez bien cette date — Besnard mettait sa signature au bas d'une grande peinture destinée à décorer le palais de la Paix à la Haye à). Ne vous récriez pas! Je ne vois rien que de beau dans cette extraordinaire coïncidence. Elle ne serait ironique et san-
(1) Je rappelle que l'architecte de ce palais est un des plus nobles artistes de la France envahie, M. Cordonnier, de Lille.
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glante, que pour un peintre qui serait du pays de
M. de Bethmann-Holweg et des « chiffons de papier ». . Un peintre français a le droit d'en être fier.
Voyez comment l'habile symboliste avait figuré l'image de la Paix : tout en haut, dans un ciel blanc et calme, plane la Balance, l'emblème de la Justice; car sans Justice il n'est point de Paix. La Justice elle-même n'apparaît pas
A e e ° } ! A] à nos yeux; vertu divine, elle reste dans l'empyrée, près
de Dieu. Elle ne demeure pas sur la terre, mais la terre
ne peut être disputée et distribuée que sous l'autorité de son signe. Au-dessous de la Balance, sur le sommet et les flancs d’une sorte de tertre, trois hommes discutent : l’un à gauche, violent, qui clame à haute voix, et sirrite et se raidit; l’autre à droite, vieillard grave et digne, qui atteste son droit, et désigne du doigt la terre qui est légitimement sienne. Entre les deux, et les dominant, debout sur le sommet de la colline, se dresse l'arbitre. Il est vêtu de rouge. Sa belle tête, puissante et anguleuse, son œil profond rappellent le type que les siècles attribuent au maître de la pensée du monde, Dante Alighieri — celui qui clamait : Pax, Pax, Pax! 11] semble que cette ressemblance se soit imposée au peintre.
Le sage arbitre, d’un geste ferme, arrête le violent et lui impose silence; de l’autre main, il approuve par une sorte de bénédiction la juste réclamation du vieillard qui est à sa droite.
Ainsi 1l affirme le droit et décide la paix.
Au-dessous du Juge et des deux parties, plus bas, au pied de la colline, se dresse, douce, souriante, une grande et forte femme, amplement drapée, qui porte dans ses bras un bel enfant. C'est une mère. C'est la Paix.
À droite et à gauche d'elle, deux cavaliers entraînent,
l'un à droite, l’autre à gauche vers les plaines, des chevaux
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fougueux qui se défendent. Ils s'en vont, Ce de leur côté, les armes basses.
Ainsi Besnard, à la veille de la Guerre, avait concu l'image de la Paix. Le temps manqua pour porter la toile à la Haye et la mettre en place dans le palais de la Paix. Que devint-elle ? |
Les aventures de cette grandiose peinture sont bien celles que le destin présent lui pouvait promettre. Les Etats-Unis, vrais amis de la paix, ont réclamé la peinture fameuse, et ont voulu la voir. On l’a roulée, on l’a embarquée sur un paquebot, et les pirates allemands ont failli torpiller la Paix! On l’a cru submergée, et le télégraphe en a annoncé la perte dans le monde entier. Elle a échappé pourtant et abordé la côte d'Amérique. Là-bas, on a déroulé la toile; on l'a déployée, exposée. Elle est devenue comme une bannière; elle célèbre, par ses parlantes allégories, notre amour du droit et de la paix, pour lequel nos héros versent leur sang chaque jour.
On la verra rétablie à la Haye, quand l'injustice aura cédé au droit, et que la balance d'en haut aura repris son
équilibre.
Et cependant la guerre commençait.
Au cours du terrible été, M. et M'° Besnard retournaient à Rome et s'installaient à la villa Médicis comme c'était clairement leur devoir. Jamais le paradis du Pincio ne fut plus vide, ni plus triste.
À Rome, ville innombrable en demeures magnifiques, la France est fière de posséder, aux deux bouts de la ville, deux des plus admirables. C’est le palais Farnèse et c'est
la villa Médicis. Jamais leurs hôtes ne les ont habitées
en des heures plus palpitantes qu'en ces derniers mois de
l'année 1914. C'était l'heure où l'Allemagne inondait la Ville éternelle de ses agents publics et privés, de leurs sourires et de leurs fourberies, sous la conduite de M. de Bülow. Nous ne les égalions ni par le nombre, ni par les alents, certes! Mais nous n'avions pas à les envier. Nous ne saurions pas faire leur métier : et d'ailleurs, il
ne leur a pas réussi! Peu à peu, le flot s’est écoulé. Les
derniers Jours de M. de Bülow à la villa Malta, gardée
comme une forteresse, après la disparition progressive de ses acolytes, alors qu il n osait plus montrer son nez dans les rues, sont parmi les scènes comiques de nos tragiques années.
Non, il ne nous manquait rien à Rome! k La diplomatie française à Rome, en ces jours décisifs, mérite notre admiration et notre reconnaissance: elle est la fin et le couronnement d’une longue œuvre de persévérance, d'habileté en même temps que de loyauté, qui fait un immense honneur à l'ambassadeur qui l’a menée. Il était heureux que la France intellectuelle fût représentée auprès de lui par quelques-uns de ceux qui l'honorent le plus dans la science et dans l'art. Ce.fut pour le pays un grand et efficace appui. À l'Ecole française, nous avions M Duchesne, à l’Académie, Albert Besnard. Ils furent à leur poste au premier signal, mais seuls ou à peu près. Les jeunes savants, les Jeunes artistes, dont ils vivent habituellement entourés, étaient en France, à leur devoir. C'est une de nos douleurs de voir aller à la mort la Jeunesse intelligente et laborieuse, ornement futur de la patrie : c'est aussi notre gloire. Un jour, un Journaliste demandait à M# Duchesne s'il ne pensait pas qu'on aurait dû en France, comme on fait, dit-on, en Allemagne, mettre à l'abri
quelques-uns de nos jeunes savants. « On aurait eu beau
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dire, répondit l'illustre savant, on ne serait jamais arrivé à faire d'un de nos jeunes archéologues, un embusqué! »
Il faut en penser autant des jeunes artistes!
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Le deuxième étage du palais Farnèse, rendez-vous ordinaire de tout ce qui pense et qui travaille parmi les passants de Rome, eut ses jours de solitude et de mélancolie, malgré les merveilles du ciel et de l'horizon. La villa Médicis, ce prestige lumineux et doux de grâce et d'’élégance, ce séjour enchanteur où chaque soirée est un poème toujours nouveau, fut, elle aussi, déserte, et la beauté, par moments, a semblé la fuir.
Besnard a ressenti si vivement cette impression, qu'il lui fallut la peindre. Il lui semblait qu'il n’y avait plus de place pour l’art; et c'est dans le langage de l'art quil l'a su dire, en une page délicieuse. La verra-t-on jamais ? Je ne sais. Peut-être que non, car il n'aime pas la produire.
« Les Muses s'en vont. » C'est le nom qu'il lui faut donner. Sur une falaise haute, au-dessus de la mer (un décor pour les Océanides), dans un ciel rose et brumeux du matin, les déesses prennent leur vol, l'une après l’autre; l'une est envolée (la première), et confond presque ses draperies déroulées avec les déchirures du brouillard; d'autres, après elle, s'apprêtent à partir, debout, ou à moitié dressées, ou inclinées encore sur le gazon, mais accoudées déjà, et déjà en mouvement. |
Celles-là ne sont pas tout à fait décidées; les autres vont revenir, sans doute, après un tour dans l'air frais du matin. Car, après tout, je pense que le peintre s'est trompé. Elles essaient seulement leurs ailes. Les Muses
ne se sont pas en allées!
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De fait, elles sont restées près du peintre. Elles l'ont mené parmi les bosquets de la villa, dans la lumière des lauriers et les ténèbres des énormes chênes verts. Il y a peint quelques-unes de ses meilleures études. L'une, qui figure la poursuite, sous les ombrages, d'une nymphe par un centaure, ma fait penser à Fragonard.
Des Muses, il y en a une du moins, plus austère et fidèle, qui n'a pas quitté le peintre et qui le sollicite : c'est la Muse de l'Histoire. Elle allait tout justement le charger de conserver pour la postérité l’image de quelques-uns
des plus grands inspirateurs de l'histoire de nos Jours.
Rome est toujours le centre du monde. On reconnaîtra un jour que Rome a été un des pivots de la récente évolution de l'humanité. On a pu dès l'abord, raconter les événements romains de 1914 et 1915 avec une précision qui les fait déjà entrer dans l’histoire (1). Je n'ai pas à y revenir.
Il appartenait au peintre de fixer la figure et l'attitude des personnages de ces grandes scènes. En de pareilles circonstances, le portrait est un des documents de l’histoire. Le peintre de portraits entre en contact direct et personnel avec son modèle, et en même temps avec l'entourage, le milieu. L'atelier de la villa Médicis'ne fut pas longtemps désert. Il est devenu vite comme un terrain
neutre où passent et repassent des acteurs de l’histoire,
des curieux, des témoins. Le peintre est lui-même le témoin
(1) Il faut citer le livre si complet dans sa concision de M. Jacques Banvice, la Guerre et l’Ilalie. Je signale aussi à l'attention une récente publication d'un des hommes qui connaissent le mieux l'Italie intellectuelle contemporaine, M. Gabriel Mavcanx.
(L'Opinion ilalienne et l'intervention de l’'Ilalie Dans la guerre actuelle. Champion, 1916.)
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principal; 1l ne fixe pas une image comme'le peut un objectif de photographie; il ne fait même pas, comme il en a coutume, seulement une œuvre d'art : sa pensée personnelle et son Jugement ont une part importante dans son interprétation.
S1 cela est vrai en tous temps, combien plus en ces temps où toute Âme est en vibration, et où l'œil, et avec lui l'esprit, ne peut voir et concevoir que selon le rythme de cette vibration |! Ajoutez ceci encore : des portraits peints à Rome de 1914 à 1916 ne devaient pas être des travaux d'observation lente et minutieuse. Car les modèles euxmêmes ne peuvent s'offrir à l'étude du peintre qu'à la dérobée, à leurs instants perdus. Il faut qu'il les conçoive plutôt qu'il ne les imite, s’aidant seulement de poses rapides pour former et corriger sa conception.
Trois portraits que Besnard a peints dans des conditions aussi exceptionnelles sont des tableaux plus que des portraits, encore que la ressemblance de ses rares modèles
y soit reproduite avec la réalité de la vie.
Une élection de pape, survenant à l'heure même des grands drames de l'humanité, comme un signe de la volonté du ciel, n'est pas une circonstance sans exemple dans l'histoire. Sans rechercher loin, on trouve, en 1800, à Venise, l'élection de Pie VII, à la fin de la Révolution, à l'heure de la défaite de nos troupes par l'Autriche, à la veille de la revanche de Marengo.
L'élection de Benoît XV eut lieu dans des jours aussi graves. Qui de nous a oublié, à la fin du terrible août de 1914, la mort presque soudaine de Pie X? Ce fut comme
une déchirure dans le ciel sanglant, par laquelle il semblait
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que montât vers Dieu l'âme affligée du vieux pontife, pour
réclamer Justice.
Sur la tête de son successeur reposent tous les espoirs de l'humanité qui croit. De sa bouche pourront sortir, au jour dit, les paroles de vérité et de justice.
Pour contempler cette figure unique, le peintre a eu tout juste quatre séances. Il en a passé une à fixer l'ensemble dans ses lignes générales, les suivantes à dessiner quelques détails des traits. Suivant sa pratique ordinaire, 1l a fait du visage une étude assez poussée, au crayon rehaussé de pastel. Cette étude magnifique est ici reproduite. Sous un front haut et une couronne de courts cheveux noirs, les traits émaciés, tourmentés, sont fins, éclairés d'un œil vif et d'un sourire très doux. C'est bien là l'expression que l’on cherchait, celle du prêtre saint, celle de l’humaniste, qui aimait à se proclamer, dans un des premiers documents de son règne, le continuateur des papes protecteurs des lettres et des arts (1). Mais c'est aussi celle du savant diplomate, disciple du grand Rampolla.
Pour finir, Besnard a tenu — c'est bien la pensée d'un peintre — à dessiner spécialement les deux mains du pape. C’est un dessin à la plume d'une rare beauté. Dans les mains réside une part très grande de l'expression humaine. Et quelles mains que celles-ci : celles qui portent la charge du pouvoir tout-puissant! Celles qui ont droit de pardonner et bénir, et dont l'élévation, dit l'Ecriture, figure à elle seule le sacrifice qui monte le soir de la terre vers Dieu. |
Muni de ces rares documents, Besnard a rêvé, concu, exécuté son tableau. Il l’a baigné de l'atmosphère légère et pure de Rome.
(1) Je veux parler du bref adressé en octobre 1914 à l'archevêque de Ravenne à
propos du six centième anniversaire de Dante.
Benoît XV marche dans les Jardins du Vatican. La robe blanche paraît à peine au milieu des draperies du grand manteau rouge, qui entoure les épaules et que les deux mains Jointes réunissent sur la ceinture. Le pape s avance vers nous, la tête levée, en souriant. Il est encadré des masses lourdes et sombres des grandioses cyprès, et dans le fond, au-dessus de sa tête, comme une tiare immense, s élève et monte vers le ciel, dans la brume du
soir qui limmatérialise, la coupole de Saint-Pierre.
Mai 1915. C'est le mois que l'Italie nomme son « mois historique ». Ceux qui l'ont vécu ne l’oublieront jamais. Ces cortèges populaires innombrables, et dignes, et presque graves, ces manifestations définitives d'une volonté nationale contre laquelle nul ne pouvait lutter, furent un incroyable spectacle.
Aucune de nos crises politiques n'en a connu de semblables, car rien ici ne ressemblait À une émeute ni à un désordre.
Un témoin intelligent disait, un peu plus tard, à Gabriele d'Annunzio :
« Vous aurez été Lamartine en 1848. Mais plus heureux que lui, vous n'aurez pas eu besoin de faire une révolution! »
Et de fait, c'est le poète fameux qui fut l'entraîneur de cet étonnant mouvement. Sa harangue au peuple de Rome a réveillé les antiques échos des rostres et du Forum. Il y a ainsi quelques heures dans l'histoire de l'humanité, où seuls la mâle mélodie de la voix des poètes et le rythme copieux de leur langue sont capables de
donner sa forme à la pensée d'un peuple.
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Et ne dites pas que ce fut dans le passé le fait de
poètes populaires, et qu'on n'y attendait guère un poète savant, à l’idée complexe, au mètre rare. Chez lui, a-t-on dit, « tout est docte, même le langage des passions ». Mais je ne sache pas que les Tyrtée fussent des poètes populaires. Dante n’avait-il pas amené sa langue et son mètre à la per-
fection? Il n’y a pas que lés Ange Pitou pour remuer les
peuples. Les idées qui courent les rues et les champs sont
toujours plus belles sous un riche vêtement poétique. D'’Annunzio a pu faire sentir cela à son peuple en sa
langue, puisqu'il l'a fait sentir même à nous en la nôtre.
Nous n'oublierons jamais ses sonnets français du départ,
et cette amoureuse déclaration de patrie à patrie : France ! France! sans toi le monde serait seul!
C'est cet être de génie, mais complexe, étrange, imprévu, que Besnard a jeté sur le coin d’un siège, à demi assis, triomphal et riant, avec sa tête rase au bizarre ovale, dressée. Il tient à la main un livre entr ouvert, où son doigt marque une place, car le livre fait partie de lui-même; près de lüi, ainsi qu'il convenait pour tout dire, le peintre a
esquissé la forme blanche et nue d'un marbre antique.
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Pour finir, Besnard a eu mission de peindre le cardinal Mercier. Son tableau n'est pas terminé (1), mais avec une grâce amicale dont Je lui sais gré, 1l a bien voulu faire pour moi une rapide mais superbe esquisse.
Ayant devant lui le grand Cardinal, plus que jamais Besnard a voulu faire du portrait un tableau d'histoire. Il a raconté au monde à venir le sanglant et sublime
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