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martyre de la Belgique, en même temps-qu'il perpétuait l'image du prélat catholique qui a été son infatigable champion. C'est une merveilleuse pensée.
Le Cardinal est sorti de la Belgique captive, et il y est rentré. Devant son autorité morale, la force a cédé; on sait avec quelle dignité simple, quelle finesse aussi, il a su se diriger parmi les fureurs et les ruses. Il est venu à Rome, précédé de la lettre solennelle de protestation de l’épiscopat belge, témoin sacré lui-même des crimes que cette lettre avait flétris.
Il est venu s’incliner et denades JMREe: devant le représentant du Dieu de justice. Puis il sen est retourné, calme, dans son pays, dans son diocèse, dans cette Belgique héroïque, qui supporte l'oppression, la prison, la fusillade, dans la foi et la sereine espérance (1).
C'est au cours de ce célèbre voyage que Besnard a pu entrevoir le cardinal Mercier, s’entretenir avec lui, prendre des indications et fixer ses traits.
La vision est d'une noble simplicité.
Le Cardinal est debout. Il est très grand, presque un géant, un peu voûté, la tête petite. L'œ1l est profond, grave et doux, ombragé par des sourcils qui, comme les cheveux, sont d'un blond grisonnant. L'attitude est celle de la résolution calme: Îl tient dans la main droite sa plume et de l’autre un manuscrit; c'est sa fameuse lettre pastorale, celle qui, l'an passé, releva tant de cœurs et fit couler tant de larmes.
Le teint du visage est coloré. Le costume est peint
aussi de tons soutenus, la soutane noire, lisérée et bou-
tonnée de rouge corail très vif. Ces détails, que me donne
(1) Il faut se rappeler ici, à la honte de l'oppresseur, l'incarcération toute récente de ces patriotes belges, de l'Université flamande, les professeurs de Gand, Frédéricq et Pirenne. Ce dernier est un des premiers historiens de l'Europe, l’auteur de la belle
Histoire de Belgique.
le peintre, sont nécessaires pour bien concevoir l’ensemble extraordinaire et saisissant du tableau.
La figure que j'ai décrite est le centre d'une grande composition. Le Cardinal est dans une salle dont une grande baie s'ouvre à sa gauche; par cette baie, on découvre une ville qui brûle : c'est Louvain, où le Cardinal a enseigné tant d'années. Des nuages de fumée s'élèvent
de l'incendie; quelques volutes se répandent Jusque dans
la salle, et sur leurs blanches teintes, apparaît, se dresse,
tout vivant, tout sanglant, celui-là vers lequel monte la
prière de la Belgique et l'appel de son apôtre, Notre- Seigneur Jésus-Christ lui-même, cloué sur sa croix et couronné d'épines.
Ce n'est pas la première fois que le peintre Besnard, par une heureuse audace, a osé introduire le Christ luimême, souffrant ou triomphant, dans une composition où il voulait exprimer la souffrance, la charité, la rédemption. C'est la plus grande beauté des scènes peintes à l'hôpital des enfants à Berck-sur-Mer.
Dans le tableau qui s'achève à Rome cette année, on prévoit quel pourra être l'effet immense de cette représentation douloureuse, de cet appel direct et vivant au Dieu du Calvaire. Le Christ, très pâle, étend les bras derrière son serviteur pieux : de ses bras étendus, tombe une
immense bénédiction. La tête est douloureuse: la bouche
ouverte prononce les paroles d'angoisse. C'est l'heure du
Sitio, où du Lamma Sabacthani. Presque l'heure du Tombeau. |
C'est la veille de la Résurrection.
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Ainsi notre grand peintre a vu, a senti, a exprimé.
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