LA GRANDE BRETÈCHE
Dans la Grande Bretèche, Balzac nous fait le récit d'un drame où le crime et la passion ont une part égale. Malgré sa forme peu étendue, cette nouvelle frappe autant qu'une longue étude de mœurs, car l'amour de la femme adultère y est pour la première fois représenté et cruellement puni. Ici, limagination de l'auteur a seule fait les frais du récit. La Grande Bretèche est un vrai conte d'Edgard Poë ou d'Anne Radcliffe, qui laisse à l'âme des lecteurs et surtout des lectrices une impression d'épouvante glaciale.
Un gentilhomme picard, le comte de Merret, surprenant le secret des relations de sa femme avec un réfugié espagnol, fait murer ce dernier, en présence de la coupable, dans un cabinet où la comtesse a juré qu'il n'y avait personne de caché. Aucun des deux amants, trop soucieux de l'honneur l'un de l'autre, ne cherche à se défendre contre la terrible vengeance du mari trompé.
C'est le docteur Bianchon, le Bichat de la Comédie humaine, une des figures les plus sympathiques des romans de Balzac, qui raconte cette sombre bistoire,dans un fameux raout donné à ses amis par Félicité des Touches.
On se demande s'il est possible de rencontrer ici-bas trois êtres humains d'une force de caractère égale à celle du comte de Merret, de sa femme et surtout de l'amant delà comtesse, Bagos de Férédia, le plus atrocement courageux dos trois, car il aurait pu crier et se défendre; cl, au lieu de cela, il s'entête à ne pas bouger, pour ne pas déshonorer son amante et donner ainsi raison au faux serment qu'elle a fait, le jour où la faim, la plus
horrible des agonies lentes, aura fait de lui un cadavre. On peut dire que c'est là un vrai caractère d'Espagnol. Rien ne fait
>mieux comprendre que cette histoire, le fanatisme inouï que et?rtàins d'entre eux apportent dans leurs sentiments. Quant au gentilhomme picard, son instinct monstrueux de bourreau est à la hauteur de l'héroïsme de sa victime. Combien y a-t-il de nitirtyrs de l'amour, comme Bagos de Férédia, et d'exécuteurs
'"de": sentences impitoyables, comme le comte de Merret? Dieu seul le sait, et Balzac aurait eu bien de la peine à les compter. L'exemple qu'il a écrit, sans égal peut-être dans l'histoire du monde, suffit à prouver que le ridicule n'atteint pas toujours les maris trompés. Dans notre temps, si fertile en divorces pour cause d'adultère, ce doit être la morale à tirer de la Grande Bretèche. Femmes, pourrait-on ajouter, songez qu'il y a de par le monde des comtes de Merret!