‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 25 sur 92 · LE CONTRAT DE MARIAGE · texte numérisé non relu

LE CONTRAT DE MARIAGE

La Maison au Chat qui pelote, le Bal de Sceaux, le Contrat de mariage sont trois histoires qui ont pour base les fautes du mariage, et qui en révèlent les conséquences souvent pénibles.

Dans la première, une fille de modestes bourgeois, marchands drapiers de la rue Saint-Denis, mademoiselle Guillaume, s'éprend d'un grand peintre, Sommervieux, l'amant de la duchesse de Carigliano. Elle l'épouse contre le gré de la famille; mais, incapable de comprendre le génie de l'artiste qu'elle a pour mari, elle ne sait pus lui plaire et se l'attacher. Mademoiselle Guillaume a beaucoup de cœur, c'est vrai, mais son intelligence, son éducation imparl'aitc, son origine enfin sont en désaccord avec la position que lui donne dans le monde son mariage avec Sommervieux; d'où le malheur de cette union mal assortie. Après une courte lune de miel, Sommervieux, fatigué de sa femme, à qui il trouve l'esprit étroit, revient à la duchesse de Carigliano (pi'il a (piilléc un moment. La jeune femme reçoit, sans les comprendre, les conseils de la propre maîtresse de son

mari. .Tandis que la fille aînée de M. Guillaume, qui a épousé le premier commis de son père, se trouve très heureuse, sa sœur est condamnée à vivre dans les larmes, que ne feront pas cesser de.sUôt les légèretés et la dissipation du peintre.

' .jDans le Bal de Sceaux, nous voyons une jeune fille qui doit le malheur de sa vie, celle-là, à son orgueil déplacé. Emilie de Fontaine, fille d'un conseiller intime de Louis XVIII, est une ••enfant gâtée, qui rêve toute jeune de n'épouser qu'un pair de France, riche et beau. Douée d'une trop grande fierté, elle ne soupçonne rien des réalités du monde. C'est un peu la faute de sa famille, où on ne lui a que trop appris à mépriser les choses du temps nouveau. Mademoiselle Emilie s'éprend du jeune Maximilien Longueville; mais elle refuse de l'épouser, le jour où elle apprend que Maximilien est un vulgaire négociant qui ne dédaigne pas de servir souvent la pratique dans le magasin de ses parents.

MaximiHen, devenu fort riche, est nommé pair de France à la mort de son frère aîné. Il se marie et oublie Emilie de Fontaine qui, ne trouvant plus de parti à sa convenance, se résigne à épouser son oncle, l'amiral de Kergarouët, un vieillard de soixante-dix ans.

Ce roman contient, dans la personne du vieux comte de Fontaine, un curieux portrait de ces gentilshommes qu'on peut appeler les courtisans de la Hestauralion. Balzac a ajouté à cette esquisse du comte de Fontaine quelques traits sur Louis XVIII. Au-dessus de tous les portraits, représentant les nobles restes de la monarchie (jui conservaient en ISlTi quelque souvenir de leur passé, on trouve dans la Comédie humaine la physionomie bonhomme et pleine de ruse opportuniste de Louis XVIII. Pour connaître ce roi et en apprécier l'incomparable finesse d'esprit, il suffit de lire les quelques lignes que Balzac a écrites sur lui. C(jtte habileté du romancier ;i juger de gramls personnages p()liti(|ues ou autres, avec une sùrdé de coup il'n'il rlonnante, est un di.'S premiers liti'cs de railleur à ni)lr<> admiration. En cela iJal/.ai;, qu(.)ique n'étanl pas à propreuicnl parler hislnrien.

peut élre comparé à Tacite. Nous avons déjà vu ses aperçus remarquables de justesse sur Napoléon. Le portrait de Louis XYIII confirme l'art de l'écrivain à faire revivre sous nos yeux tous les personnages marquants d'une époque, dans des détails de leuj* vie privée ou publique qui suffisent à nous bien faire juger leur caractère et leurs actes.

Le Contrat de mariage ne nous représente pas que l'imprudence commise par le jeune Paul de Manerville, ami d'Henri de Marsay, dans son union avec mademoiselle Évangelista. C'est le premier romnn dans lequel Balzac fait une étude exclusive du grand rôle que joue l'argent d'une dot. Il n'y a pas de sort plus malheureux que celui de Paul. Le jeune homme, aveugle et amoureux fou de sa femme, est ruiné et trompé par elle. Il est obligé de partir pour les Grandes-Indes afin d'y relever sa fortune. Ce malheur vient de la différence excessive des caractères des deux époux. Paul de Manerville est faible et d'une intelligence médiocre. Sa femme Nathalie, d'une nature froide, égoïste et amoureuse de bien-être, élevée par sa mère, la terrible madame Évangelista, née Casa-Real, une descendante du duc d'Albe, s'empare de la fortune de Paul par de criminelles manœuvres. Madame Évangelista, sorte de Mascarille en jupon, est le type du génie infernal de la belle-mèrc, poussant sa fille à se séparer de son gendre, en accablant ce dernier de tous les loris. Paul est une triste victime de l'odieux machiavélisme de deux femmes coquettes, dont le cœur est tout entier dans la tète. Au cours du roman, Balzac nous donne une première scène de grande bataille entre gens d'affaires. M'= Malhias et M" Solonet représentent les parties belligérantes du contrat. L'un est le vieux jeu, l'autre, le nouveau. M*^ Mathias défend avec une profonde habileté les intérêts de Manerville; mais M° Solonet, (|ui connaît l'amour tlu jeune homme, l'emporte, en se servant des sentiments généreux de Paul pour combattre le plan plein d(; raison et de bon sens de son collègue. Mademoiselle Ëvangeli.-la a une dot fictive de un million. Depuis longtemps, la mère a dévoré cetargent; il s'agit de ne pas avoir à en rendre compte

Jk:au contrat. Ce premier fait de l'iiistoire du « contentieux de la Comédie humaine », comme l'appelait Gautier, est mis en relief de la façon la plus remarquable. L'intérêt du livre s'y condense en entier. — A la fin, on trouve une longue lettre de Marsay à Paul de Manerville, où le dandy dévoile à son ami l'ignoble

~ conduite de sa femme et de sa belle-mère, et lui offre les moyens de se venger. Cette lettre contient une singulière théorie pratique sur le mariage d'argent, tel que l'entend Marsay. Cette théorie, paradoxale au point de vue moral mais réelle en fait, est des plus curieuses. Combien de gens pensent comme de Marsay et agissent de même!

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