LA VENDETTA
Un terrible exemple des malheurs causés dans le mariage par la résistance à la volonté des parents, nous est donné dans la Vendetta. Le sujet est des plus dramatiques. Ginevra di Piombo, fille d'un vieil ami de Bonaparte, épouse Luigi Porta, fils des ennemis héréditaires de sa famille. Implacables dans leur haine, les Piombo laissent leur fille, devenue très malheureuse, mourir de faim. Luigi Porta se tue sur le corps de Ginevra, après avoir apporté à Piombo les cheveux de sa (ille. La scène des remords du père et de la mère de Ginevra est d'un elîet intraduisible. C'est une des maîtresses pages de la Comédie humaine.
La Vendetta constitue le malheur extrême infiigé au mariage, quand il s'accomplit en dehors des lois sociales et de la famille.
LA l'A IX DU MENAGE UNE DOUBLE FAMILLE
Balzac ne pouvait terminer ses études sur le mariage et l'amour, sans faire de nombreux romans sur l'adultère.
La Paix du vicnage et Une Donhli' pnnille sont les promiors. L'auteur a commencé par analyser les causes et les résultats de i'adullèrc de l'homme.
Dans la Paix du ménage, une toute jeune femme, la comtesse de Solange, excite de la façon la plus ingénue la jalousie de son mari pour le ramener à elle. Le dénouement est heureux.
Une Double famille est l'histoire d'un fait peu rare dans Paris et vulgairement connu sous le nom de « mariage de la main, gauche ». Un magistrat, M. de Granville, marié à une dévole revêche, froideel pointilleuse, que confesse un prêtre ridiculement sévère, l'abbé Fonlanon, trouve si peu de bonheur dans l'intimité»: de son ménage qu'il se crée une seconde famille, en prenant secre^-^î" leraent pour maîtresse une jeune modiste, mademoiselle Crôchard, dont il a deux enfants. Tous les malheurs possibles viennent bientôt punir cette union coupable, quoique légitimée par les torts de madame de Granville. Caroline Crochard meurt de chagrin le jour où son amant, publiquement dénoncé par l'abbé Fonlanon, veut la quitter. Plus tard, M. de Granville est presque mis dans le cas de juger au tribunal un de ses fils naturels Charles Crochard, enfant abandonné devenu voleur. L'aîné des fils du magistrat épargne à temps à son père celte douloureuse épreuve.
Une Double famille est un livre où se rencontrent quelques fortes études de caractères. Les principales sont celles de la dévote et de son directeur de conscience. L'esprit étroit, l'égoïsme, la méchanceté froide et peut-être inconsciente de ces deux êtres, sont représentés avec beaucoup d'art. Leurs scrupules cl la sévérité de leurs opinions sont la cause directe de toutes les catastrophes, qui fondent d'ordinaire sur les hommes mariés à des dévoles. L'intervention illégitime du prêtre dans les choses les plus intimes du mariage est toujours fatale aux époux. En regard de madame de Granville et de l'abbé Fontanon s'offre la silhouette de la mère Ci-ochard, ancienne comparse de l'Opéra, qui vend deux fois sa lillc ; une première fois à M. de Granville, pour en retirer le bien-être de ses vieux jours; la seconde, par scrupule de conscience, en révélant à l'abbé Fonlanon la liaison du magistrat et de Caroline. Le prêtre, exerçant sur l'esprit de la vieille femme une ignominieuse pression morale, a su excilcr en elle le remords. I^a mère Crochard, dont la vie n'a été rien moins
' qu'irréprochable, livre au lit de mort, par la confession, le secret de M. de Granville. Balzac a flétri comme elle le méritait la conduite de l'abbé Fontanon; mais il n'a pas voulu non plus réserver un sort heureux à l'adultère du mari d'une dévote.