‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 27 sur 92 · HONORINE · texte numérisé non relu

HONORINE

\,,h: Une Fille cVÈvc est l'histoire des tentatives d'adultère d'une '^^ jeune femme romanesque et ignorante, la comtesse de Vande- ^-^flcsse, qui se laisse prendre aux vulgaires séductions d'un homme à bonne fortune, un journaliste parisien, Raoul Nathan. L'auteur nous montre ici, la femme entraînée par son cœur et par son imagination, plutôt que par ses sens. La comtesse de Vandenesse, dont l'esprit n'a pas été suffisamment développé par une éducation plus ridiculement dévote que solide, se trouve sans armes devant le premier semblant de passion qui s'offre à ses secrets désirs. Elle aime, en Raoul Nathan, l'homme de génie dont elle se fait moralement la mère et qu'elle croit inspirer. Mais Nathan, quoique bien dévoué, n'est qu'un bohème de la vie parisienne, incapable d'aimer autre chose qu'une courtisane, l'actrice Florine, une femme qui sait satisfaire en esclave les goûts de paresse et de débauche de son amant. D'un esprit brillant mais léger, Raoul n'aime un moment la comtesse que par vanité; il ne saurait pour elle renoncer à Florine. Aussi le voyons-nous jouer la comédie de l'amour vrai avec autant d'art que d'impudence. Le mari de la jeune comtesse, Félix de Vandenesse, s'aperçoit à temps des dangereuses dispositions de sa femme. Il la retire par une manœuvre habile de cette pente fatale qui doit aboutir à un abîme, en lui prouvant que l'homme qu'elle aime est absolument indigne d'elle. La comtesse se rend à l'évidence en apprenant la liaison de Nathan avec Florine. lîllc est pi)ur loujdurs recon({uise par son mari. Voilà une première élude des sonlimenls qui poussent une femme à rompre en visière avec les lois et les convenances. Elle nous montre qu'une trom[)cuse imagination est la pire ennemie des femmes.

La seconde étude au même genre nous est donnée dans Honorine. Ici, l'adultère se consomme. Honorine se sépare de son mari, le comte de Bauvan, un ministre d'État, dont le cœur et la sensibilité se cachent sous les apparences dures de l'homme politique. Octave de Bauvan adore sa femme comme un fou; mais, d'un esprit trop sérieux, d'un caractère un peu sombre, il n'a pas su s'en faire aimer, satisfaire aux mille caprices légers d'Honorine, qui est avant tout rieuse et aime le plaisir comme une enfant. Lorsque la jeune femme a quitté le domicile conjugal, Octave, loin de la maudire, subvient en secret à tous ses besoins, car Honorine est sans fortune, chose à laquelle elle a peu songé en faisant son coup de tête. M. de Bauvan, miné par le chagrin, attend toujours le retour de sa femme. Il cherche dans le travail l'oubli de ses peines intimes. Un jour, il charge son secrétaire, Maurice de THostal, devenu son confident, de tenter une suprême démarche auprès d'Honorine, afin de la ramener. Maurice réussit. Octave de Bauvan pardonne à sa femme tout ce qu'elle lui a fait souffrir; mais, accablée par ce pardon même, le souvenir de sa faute et la divine bonté de son mari, Honorine, prenant la vie en dégoût, tombe dans une maladie de langueur et meurt, laissant Octave de Bauvan inconsolable.

Dans ce livre, Balzac a la hardiesse de nous dire qu'un mari qui aime sa femme peut lui pardonner une faute. D'après lui, la perte de l'honneur d'une jeune femme n'est pas irréparable. Sans nous prononcer sur l'opinion de l'écrivain, nous pouvons l'expliquer, en disant que Balzac n'admettait que le mariage chrétien. Sans reconnaître à la femme les mêmes prérogatives qu'à rhomme, il trouvait que là où le mari se sauve par l'effet de nos conventions sociales, la femme se réhabilite, chrétiennement parlant, par le repentir sincère et l'expiation. A tout péché miséricorde, ainsi le veut Balzac, plus pour la femme que pour personne. Cette manière indulgente d'envisager les conséquences de l'adultère ciicz la femme, porte un peu atteinte à l'amourproprc des maris; mais nous ne pouvons la condamner d'une façon absolue, car le romancier se pose ici en juge des lois du monde; et il n'est pas diflicile de lire au fond de sa pensée, que

■ le pardon à accorder à une femme est bien plus fait pour sauvegarder l'honneur des enfants et le respect qu'un fils doit à sa mère, que la coupable elle-même.

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