‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 3 sur 92 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

lant supprimer tout à fait l'ontolog-ie, le positivisme est devenu aussi obscur et aussi déraisonnable que la scolastique. C'est celte obscurité qui le fait condamner et oblige» à le remplacer. La doctrine positiviste, après nous avoir' appris au début à éviter les écueils de l'abstraction et de la foi, a fini par nous éloigner de la vérité; elle a provoqué une crise qu'elle est impuissante à bien diriger et à laquelle on ne voit pas d'issue. De là un retour aux liypothèses abstraites intérieurement raisonnées cbez l'homme, tout en respectant les suprêmes droits acquis par la science positive.

En littérature le naturalisme, tel que l'a défini Proudhon, a donné aussi d'excellents résultats. 11 a non seulement rompu, comme le romantisme, les entraves imposées à Tari par les formules et les règles absolues, mais il a fait disparaître le vide de la fiction; il nous a tirés de l'écueil de la fantaisie pour nous ramener au vrai. Hélas! qu'est devenu à son tour le naturalisme? Sous prétexte d'améliorer l'humanité en réhabilitant la peinture de ses plaies, di' sf'S vices, et surtout de ses médiocrités, on a fini par tomber dans l'abrutissement. Prenons, par exemple, le r(»iiiaii-friiiII('loii, cette ignoble caricature du roman de iiinMir>^. (ju'a-l-il fait? Il a luodiiil cette tourbe immonde de leclems ignorants et barbares qui vont gratuitement applaudir à l'Ambigu des mélodrames de portières. Que sont alors devenus les esprits dc'dicals, les vrais artistes? ils se sou! di'-^'<iMl«'-s <lu iialuralisme, parce qu'on s'affranrbissaiil lro|t df louli' règle, ce systi'iue a maiiiîenant déiiiilun'' le siiis du Iteau, l'ail é(d(»ie une foule d'auteurs uié(liocr«s aiiui'-s eu forer eoulre le vrai laleiil et abaissé eiiliii le niveau de l'ail. Le naturalisme, en un mot, a suivi

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dans Fart la même évolution que le positivisme en philosophie. Après nous avoir ramenés au hut de l'art qui est 1^^'rai, dont par exemple s'était écartée la littérature d'imagination, il nous a fait dévier de ce même hut en développant outre mesure ce principe : qu'on doit copier la nature et que le beau idéal n'a rien d'immuable, chaque artiste le comprenant d'une façon différente. Voilà pourquoi, je le répète, on en revient à la littérature d'analyse tout intime qui s'attache plus aux choses de l'âme qu'aux j^;. faits matériels, et. où l'imagination sagement contenue a ?^. presque autant de part que l'observation directe et l'expé- ■ rience. Le premier mouvement de réaction git dans le roman psychologique. Il produira, j'en suis sûr, de fort belles œuvres, pourvu qu'on n'oublie pas, en littérature comme en philosophie, que la réalité est le point de départ : en littérature, c'est le fait observé d'où sort l'analyse de l'idée qui a produit le fait; en philosophie, c'est la science expérimentale venant toujours vérifier les inventions de rentcndement, les liypothèses, comme en malliématique une démonstration claire et précise intervient après la supposition du problème résolu. En se plaçant à un point de vue exclusivement littéraire, on peut dire que le roman d'analyse doit être doublé du roman de mœurs; le second est la base du premier.

Pour prouver l'existence d'une réaction contre \o naturalisme, ou du moins l'impérieuse nécessite'' de cette réaction, il dcvicnl nécessaire de r(''lal)lir une (b'iinilion exacte de l'art en g(''néral, (NMiiiilidn mille fois (b'-nalnic'e ou ti'avcstie })ar l'éclosion de nombreux systèmes contradictoires, tous issus du matérialisme. Je ne me dissimule pas la difficulté d'une pareille tâche... Vous saurez me dire, ciier

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maître, si mes idées à ce sujet sont saines, claires, et s'appuient bien sur la raison. Je n'ai pas caché que le naturalisme a du bon en principe; il suffit donc, pour en combe^re les erreurs, de remonter le courant jusqu'à sa source, jusqu'au réalisme, qui sera et a toujours été, peut-être sous d'autres noms mais avec le même principe, la vraie expression de l'art, sa méthode la plus siire, comme la vraie philosophie doit reposer sur une entente parfaite du raisonnement abstrait — méthode de Platon et de Pascal — ef de la science pratique — méthode des savants du jour.

Dans l'art en général, et la littérature en particulier, le réel, ai-je déjà dit, est la base de l'œuvre, son critérium; mais l'idéal en est, à mon sens, la fin supérieure, le but suprême, la tendance de l'âme de l'artiste vers l'infini. L'observation des choses créées par Dieu, mais imparfaites en soi de la réalité, doit servir d'échelon au poète pour s'élancer vers les choses parfaites, incréées, qu'il ne voit pas, mais qu'il sent. Voilà l'unique et vraie théorie de l'art. Ainsi dune le réalisme, au lieu d'être, comme on y est arrivé par le naturalisme, la suppression de l'idéal, doit essentiellement constituer le principe primordial de la théorie de l'art qui ramène au réel, en le prenant pour base même de l'aspiralion vers l'idéal. Une œuvre d'art se tr<Hiv«; êlrc .linsi la transformation du réel par l'idéal. De ccll.' ïi\rn]\ le |„il de Tail est alleint; car l'art a un ])ut, il faut se garder de le niiT, à SiiV(tii- la lidèle reproduction du hc.-ui. rémolioii furie d sahilairc (jue donne la con-

Irniplaliuli (le belles (iMIVres.

Au ixiiiil (le vue de j.i rmnie, (|iii daus toute (iMivre darl frappe la preiiiii-re les .sens avaul de faire |»énélrer dans l'Ame la jiensée de larliste, le naluialisuie a produit, con-

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séquence de son trop grand libéralisme en fait d'art, une des plus graves erreurs qu'il fût possible d'inventer : je veijt^ parler du système de « l'art pour Fart ». Cette erreur est aujourd'hui la plus sensible, celle qui se manifeste avec le plus d'évidence aux yeux de la réaction dans les écarts du naturalisme. Gomme toujours, c'est par la forme que l'on commence à s'apercevoir des défauts du fond. Cette théorie de l'art pour l'art, telle que l'ont pratiquée Flaubert et bien d'autres, et à laquelle Balzac a, hélas! avouons-le à regret, donné un certain poids, cette théorie^ dis-je,est une absurdité. L'art pour lui-rnème est un non-sens. Rien dans la création n'est par soi ou pour soi; l'art comme toute chose est pour un but, une fin supérieure à lui-même. Les artistes ne sont que les intermédiaires de l'art visant à cette fin. L'art seul, par définition, porte évidemment en luimême la beauté qui lui est propre; c'est là, si l'on veut, la raison philosophique de l'expression « l'art pour l'art » appliquée à un système . Mais cette expression est devenue de nos jours la source d'un malentendu. Les romantiques, voulant avec raison donner aux productions de l'art la liberté d'iuspiralion, ont, les premiers, inventé la formule de « l'art pour Fart ». De nos jours, cette formule a changé de sens et s'est pervertie. Qu'est-ce qui conslilue une œuvre d'art? Deux choses : iircniièremcnt, la pensée (jui l'a produite; deuxièmemeni, la forme donnée à l'œuvre par l'artiste. L'harmonie entre la pensée et la forme produit le beau, but utile de l'art par les impressions qu'il cause au lecteur ou au spectateur aj)pclé à juger du degré du beau. Telle est la règle immuable posée dejiuis raiili(piilé, éicrurllcincul \ raie d'ilomi'rc à Victor Hugo, de Haphaid à (Courbet. Eh bien, il est cb's

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