‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 4 sur 92 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

hommes qui ont eu l'insigne folie de ne se préoccuper dans une œuvre d'art que de la forme, tenant la pensée, l'idée, c'est-à-dire le fond, pour quantité négligeable. L'art, ont-ils dit, n'est plus qu'une question de forme. La pensée peut être ce qu'elle voudra, grande ou médiocre, vraie ou fausse, de bon ou de mauvais goîit, pourvu que la forme lui soit proportionnée et en donne l'expression exacte, le beau se trouve créé et le but de l'art atteint par cette simple' exactitude de la forme. Yoilà l'explication de la nouvelle théorie de « l'art pour l'art » : Pensez ce que vous voudrez, que ce soit une sottise, pourvu que ce soit bien dit, c'est de l'art. L'absurdité d'un pareil principe d'esthétique est facile à vérifier. D'abord, ce principe supprime le choix des idées génératrices des œuvres d'art; ces idées se valent toutes. La beauté des œuvres n'a plus rien d'absolu; elle dépend de tout, même de ce qui est le plus étranger à l'art. Le sonnet d'Arvers est aussi grand que la Légende des siècles, l'éloquence de M. Joffrin vaut celle de Mirabeau, la prose de Monsieur Ohnet celle de Voltaire. D'après cela, il devient aussi intéressant de peindre une action quelconque des sens qu'un mouvement du cœur ou le phénomène d'une grande pensée. La théorie de « l'art pour l'art » déplace la base de l'art en ramenant les pensées d'artistes divers au même niveau, et en établissant seulement des degrés dans la forme. Celte théorie laisse le champ libre à toutes les insipides médiocrités; on ne saurait trop en condamner la honteuse et envahissante application. C'est à elle <jue nous devons finalement de voir à noire époque la vocation remplacée par le métiiM-, ce (jui supprime de la façon la plus absolue la conscience de l'artiste. Le roman-feuilleton el la peinture impressionniste,

PRÉFACE. ^'

l'afféterie du style chez les décadents et les élucubrations de leurs imaginations maladives découlent de « l'art pour l.'art » La voilà bien, la littérature décadente! Elle vient ^évidemment d'un oubli par trop prétentieux des classiques et des maximes traditionnelles du bon sens. Mais les plus grands romantiques n'ont-ils pas fini par devemr, tant dans la peinture que dans Içs lettres, les classiques de leur genre? 'Tout cela c^est une querelle de mots ou de partis. Heureusement le flot envahisseur du libéralisme d'art devenu à son tour ô ironie du sort, une formule archiconvenlionnelle et dès plus fausses, est forcé de s'arrêter aux bornes que lui impose le sens commun. L'esprit éclairé de plusieurs critiques se révolte contre la littérature creuse et dépourvue de sentiment; de justes anathèmes ont été enfin lancés à la fois contre naturalistes et décadents : ces anathèmes ont été entendus; on réagit. La psychologie et la morale, tant dédaignées en littérature, renaissent. Il faut en retablir les principes dans les œuvres nouvelles. Ce sera faire ainsi de l'art utile, qui profite, qui soit un moyen de conduire l'humanité dans la voie du progrès en l'améliorant. Dire que l'art doit être utile, c'est, objectera-t-on, le comparer h une industrie, et M. Prudh.nnm. a déjà prêche pour cette espèce d'ulililé do Tari. Je me hâte d'expliquer com.ncnt je comprends la chose. En afiirmaut la nécessite de rendre l'art utile, je me garde de songer à une utilité toute matérielle (pii ravalerait l'artiste au niveau .1. la brute- c'est de l'utilité morale que je veux parler. 1« t conimcnl 'réaliser ce but? C'.'st en u'énivant pas m.i.iu.Muent pour relire, ."U ne pcigna.il pas uniM-MMuent pour p.Mudre. En un mol, c'est .mi n. séparant jamais de ri.nilal.on de la nature le s.-nlinient rt l'irlée. Décrire la nature, la copier,

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