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182 L'CëUYRE de BALZAC.
de Dante, et il en parcourt les différents cercles. Après avoir donné un court aperçu des étonnants contrastes que renferme cette immense ville, il en établit une curieuse définition qui doit rester comme l'expression la plus vraie de Paris au xix° siècle.
« Cette ville à diadème, dit-il, est une reine qui, toujours grosse, a des envies irrésistiblement furieuses. Paris est la tête du globe, un cerveau qui crève de génie et conduit la civilisation humaine, un grand homme, un artiste incessamment créateur, un politique à seconde vue qui doit nécessairement avoir les rides du cerveau, les vices du grand homme, les fantaisies de l'artiste et les blasements du politique. Sa physionomie sous-entend la germination du bien et du mal, le combat et la victoire; la bataille morale de 89 dont les trompettes retentissent encore dans tous les coins du monde; et aussi l'abattement de 1814. Cette ville ne peut donc pas être plus morale, ni plus cordiale, ni plus propre que ne l'est la chaudière motrice de ces magnifiques pyroscaphes que vous admirez fendant les ondes! Paris n'est-il pas un subUme vaisseau chargé d'intelligence? Oui, ses armes sont un de ces oracles que se permet quelquefois la fatalité. La ville de Paris a son grand mât tout de bronze, sculpté de victoires, et pour vigie Napoléon. Cette nauf a bien son tangage et son rouHs; mais elle sillonne le monde, y fait feu par les cent bouches de ses tribunes, laboure les mers scientifiques, y vogue à pleines voiles, crie du haut de ses huniers par la voix de ses savants et de ses artistes: « En avant, marchez! suivez-moi! » Elle porte un équipage immense qui se plaît à la pavoiser de nouvelles banderolles. Ce sont mousses et gamins riant dans les cordages; lest de lourde bourgeoisie; ouvriers et matelots goudronnés; dans ses cabines, les heureux passagers; d'élégants midsliipincii fument leurs cigares, penchés sur le bastingage; puis, sur le tillac, ses soldats, novateurs ou ambitieux, vont aborder à tous les rivages, e(, tout en y répandant de vives lueurs, demandent de la gloire (jui est un i)laisir ou des amours qui valent de i'ur. »
Cette allégorie des armes parlantes de la tête et du cœur de la France est d'un cITrl rriiiarquiiblf.
Âptrès^ée ï^ésumé de la physionomie du Paris actuel, nu por- Ir^fiè que nous ne devons pas omettre de noter dans la Fille aux yèhk d'or est celui de Henri de Marsay, sorte de galérien des hautes classes, dans la nature duquel Balzac a tout mêlé : génie dufîfae et génie de la science, génie de la politique et génie de l'amour sensuel.
Marsay est un type qui n'appartient qu'à Balzac, comme Sha- ,, kespeare possède Hamlet, Molière Tartuffe, lord Byron Childe Harold. C'est cet être singulier, qui inspire autant d'admiration x\\xe d'épouvante, que l'auteur de la Comédie humaine a choisi pour être l'amant de l'incomparable Fille aux yeux d'or, Paquita Valdés, femme spécialement élevée dans son pays, en Orient, pour l'amour physique. Elle seule a le pouvoir d'exciter la curiosité de Henry de Marsay, qui, avant de la connaître, s'était imaginé n'avoir plus rien à apprendre.
Le portrait de Henry de Marsay est à retenir en entier. L'incrédulité la plus absolue est le principe de son caractère. « Il ne croyait, dit l'auteur, ni aux hommes, ni aux femmes, ni à Dieu, ni à diable. La capricieuse nature avait commencé à le douer, un prêtre l'avait achevé! >■> Ce prêtre extraordinaire n'est autre que l'abbé de Maronis, qui s'est surtout attaché, en achevant l'éducation de son élève, à lui faire étudier la civilisation sous toutes ses faces, à lui démonter 1rs sentiments humains pièce à pièce, lui enseigner lapoliticiue et lui jmméroter les machines du gouvernement.
Henri de Marsay, devant la beauté duquel aucune femme ne résiste, sera donc à Paris dans sa jeunesse le « roi des viveurs » ; plus lard, ami de Ferragus, le chef des Treize, il commencera à expérimenter les cn'cls de la volonté appliquée à la domination. H deviendra premier ministre et aura pour collaborateur Raslignac. Il sera enlîn ce type d'homme omnipotent, dans le genre de Bonaparte, que Vautrin avait cru fausseniout rencontrer (huis la personne de Lucien. Il y a Iticn peu de scènes dans la Comédie hiim.iiiie où ll(;nri de Marsay ne Joue un rôle, si court cpi'il soit. Halzac l'a spécialement mis en lumière dans Aulro, iUuiU'. de fi'minr et lu Fillr aux i/iuix (for.
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