‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 5 sur 92 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

la représenter telle que la perçoivent les sens, constitue bien, dans une œuvre d'art, la recherche du vrai; mais pour que l'œuvre soit complète, pour que le but de l'art-, soit rempli, il faut y ajouter la reproduction de l'idéal qu,ev^^ seul l'esprit découvre, incarné dans la nature réelle sané; que les yeux du corps l'aperçoivent. L'imagination de l'artiste achève ainsi le tableau ou le poème, en lui donnant''' pour expression la sublime perspective de l'infini, évoquée . par ceux qui lisent ou regardent. C'est en cela que consiste l'utilité de l'art. Toutes les œuvres où la nature et le réel sont servilement copiés sans intention d'idéal, représentent des corps sans âme qui ont le reflet du beau sans en avoir le caractère; la forme seule y étant travaillée, elles ne parlent qu'aux sens et ne satisfont pas ce désir de l'artiste qui grandit sans cesse dans un horizon sans limites. Tel est le défaut capital du naturalisme et du système de « l'art pour l'art ».

Maintenant, s'il appartient à l'étude psychologique de nous ramener un peu vers les poétiques régions de l'idéal où, n'en déplaise aux positivistes, se complaira toujours l'âme humaine, il no faut pas oublier que la littérature doit agir sur l'intelligence et le cœur et non sur les nerfs. Ce n'est pas seulement aux naturalistes mais aux décadents que revient la responsabililo de l'influence néfaste produite par les subtilités d'une psychologie d'ailleurs très sensualiste. Il faut s'entendre sur ce mot de psychologie. Bien des gens y confondent l'étude de l'Ame avec celle des instincts de l'animal ou des mouvements nerveux; il y a en un mol des philosophes qui, sans le vouloir peut-être, matérialisent par trop celte science. Cette confusion donne lieu aux appréciations les plus dénuées de sens commun

PRÉFACE. XV

sur les divers étals de Tâme. Prenant souvent un vulgaire

désir des sens pour une aspiration de l'âme, certains

psychologues fantaisistes fatiguent et troublent Tesprit de

.^-îéurs adeptes, au lieu de les éclairer, et provoquent par leurs

'.analyses trop aiguës, trop fouillées, les tortures de ce que

^f^-décadents appellent avec emphase mais assez juste-

■ me'nt 1' « inassouvi », Cet excès d'analvse peu raisonnable, "■"T , . "^ , .

'•-toin de donner au cœur l'espoir, à l'esprit la lumière,

* amène le désordre dans les idées et finalement la hideuse

névrose. On ne doit donc pas oublier que l'abstraction mène à un gouffre, et qu'il faut du positif à la plus idéale des poésies. On est aujourd'hui fatigué des résultats malsains de l'étude de l'âme faite d'une façon ou trop abstraite ou trop fantaisiste, à coup sûr dépourvue de bon :V sens. Les névropathes encombrent la voie publique. Il y a, suivajit la très juste observation de Balzac, une foule de jeunes gens qui, se figurant imiter Byron et Musset croient, « en ayant chiffonné la vie comme une serviette après diner, n'avoir plus rien à faire pour dissiper leur humeur noire qu'à incendier leur pays, se brûler la cervelle, conspirer ou dcmandei- hi guerre », C'est de ces poètes maladifs ou farceurs que rauleur de Unlln a dit encore : « Les imprudents! Ils ne savent pas tout ce qu'il faut de bon sens pour oser ne pas avoir le sens commun! » lléllexion éminemment juste qui montre combien le. poète, dont on veut imiter le scepticisme, avait l'esprit aussi net que profond. Il y a d»>nx sortes do scepticisme : celui (pic produit rignorance, et celui (jui proci'de d'une science très éteinlne. Le premier (;sl l'apanage des sols; le second, qu'il faut se garder de confondre avec le doute systémati<iue, consiste sim[)lement h s'éclairer sur le choix des

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