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LE COUSIN PONS

Dans la Cousine Belle, la première des deux grandes fresques naturalistes offertes à l'admiration de tout le xix*^ siècle, la peinture du vice, dans ce qu'il a de plus dégradant et de plus abject, l'emporte sur celle de la vertu. Les turpitudes du baron Hulot y sont plus en relief que l'héroïsme surhumain de -sa femme. Le contraire a lieu dans le Cousin Pons. Si la cousine Bette est le type de la parente pauvre au cœur envieux, rempli de haine pour une famille qui lui témoigne pourtant un grand respect et beaucoup d'affection, le cousin Pons représente la victime sublime et résignée d'une famille riche et âpre au gain, qui s'engraisse des dépouilles de son parent, après avoir causé sa mort et l'avoir renié pendant sa vie. C'est là le plus beau et le plus puissant effet que le génie de Balzac ait tiré de la loi des contrastes. Nous ne croyons pas que M. Daudet, ' ni M. Zola, les deux grands prêtres du naturalisme contemporain, aient jamais produit quelque chose de plus fort que le Cousin J'iins. Ce roman do Balzac est l'œuvre d'un Hercule de l'art faisant, à l'instar de Courbet, l'application directe de cette sublime p'ensée de Proudhon : « 11 faut que la peinture de la souflVance des humbles, qui sont l'immense majorité dans l'univers, prime enfin la fiction oiseuse et trop conventionnelle des raffinés de l'idéal. »

Qu'est-ce que cet infortuné cousin Pons? Un musicien, un artiste, un ancien prix de Rome qui, ayant eu son heure de célébrité, est devenu, au moment où s'ouvre l'action du livre, le modeste chef d'orchestre d'un théâtre du boulevard. Pons joint à son talent de musicien un goût des plus raffinés pour les tableaux et les objets d'art; depuis son voyage îl Rome, il a contracté la manie de collectionneur et son ilair de connaisseur a pris d(!s proportions géniales. A l'heure présente, il possède une sorte de musét" oii .s(» rencontrent les quelques chefsd'(euvrc jugés introin .ihlcs de iJ.iph.icl, de Sébastien del Piombo, du Titien, de Giorgione, sans C(»ni|il('r nue énorme quanlit(' de

bibelots d'un grand prix, vestiges de Tart de plusieurs siècles, depuis le moyen âge, produits les plus magnifiques du travail de la main de l'homme. Un seul individu dans Paris peut rivaliser avec Pons pour la possession de pareils trésors : c'est le juif Elle Magus, personnage fameux de la Comédie humaine, que Ton voit, dans cette histoire, se rendre acquéreur par surprise des principales toiles du musée Pons. Une seconde passion non

f.inoins forte que celle d'archéologue est entrée au cœur de Pons;

■ c'est son amitié pour un compagnon d'infortune, un allemand du nom de Schmucke, musicien au même théâtre que le chef d'orchestre, grand cœur ignoré, esprit naïf et pur, dans l'âme duquel semble s'être renfermée toute la sentimentalité des artistes allemands. Schmucke, de son côté, adore Pons qu'il regarde comme un génie. C'est la peinture de cette amitié, cimentée par réciprocité d'une tendre indulgence des deux amis pour leurs défauts respectifs, qui fait le fond du roman : traduction admit.^rable de la fable à'Oresle et Pylade en plein xix' siècle, histoire consolante au sein de la crise d'individualisme que nous traversons, livre que Balzac aurait pu appeler les Deux Amis, s'il n'eût craint, comme il l'a dit, de dérober à La Fontaine le mérite d'un si beau titre.

Ces deux hommes d'une sensibilité rare marchent tous les deux dans le même sentier, forts de leurs sentiments profonds, unis par le goût de l'harmonie musicale et la communauté du destin. Pons et Schmucke, deux modèles de beauté morale iwiie à la plus complète laideur physique, n'ont jamais su ni l'un ni l'autre ce que c'est qu'être aimé d'une femme, et ce malheur commun, le pire do tous peut-être, suivant Balzac, les a rapprochés. Mais si toute la famille de Schmucke existe dans Pons, il n'en est pas de même de ce dernier vis-à-vis de son ami, Pons est le cousin par sa mère du président Gamusot de Marville, l'ancien juge d'instruction d'Alcncon. déjà connu dans Splendeurs ri Ml^rr^x flfs cou/iisanes comme accusateur de Lucien do llubempré et de Vautrin. Les Camusot, bourgeois raides de. bêtise, ignorent la valeur marchando du musée Pons qui constitue une fortune de plus d'un million; ot ils accueillent

chez eux avec la plus parfaite indifférence, sinon avec mépris, leur parent, en apparence pauvre. Un grand faible attire Pons chez les Camusot, les Popinot, et en général dans beaucoup d'autres maisons riches, où il était jadis reçu comme ami pour faire de la musique, dans les fêtes qui se donnaient sous l'Empire. Pons, privé du plaisir d'aimer, est devenu gourmand autant que Brillat-Savarin. La gourmandise est sa volupté; il aime la bonne chère comme une maîtresse. Toute sa fierté d'artiste, sa dignité d'homme, capitule devant un dîner fin. Pons, « dégustant un verre de porto, ou savourant une caille au gratin. se trouve suffisamment vengé, par le plaisir qu'il prend, des avanies que l'on fait supporter habituellement aux parasites ». C'est peut-être là l'origine de ses malheurs.

Ayant subi un jour, chez les Camusot, une mortifiante mystification, combinée par la fille du président, Cécile, et sa gouvernante Madeleine Vitet, Pons s'éloigne pendant un certain temps de ses cousins et consent à prendre pension avec son ami Schmucke chezlaCibol, concierge de la maison dont les deux amis occupent un appartement en commun. Voulant rendre le bien pour le mal, Pons trouve un jour l'occasion, grâce à Schmucke, de présenter aux Camusot un jeune et richissime banquier d'origine allemande, Fritz Brunner, qui pourrait bien devenir le mari de Cécile. Une telle alliance favoriserait les projets ambitieux de la présidente, l'ancienne fille de l'huissier Thirion, et de son mari, qu'une incapacité notoire retient dans la magistrature parisienne à la chambre des mises en accusation. Ce mariage est rompu du fait seul de Brunner, qui refuse de prendre pour femme une orpheline (ju'il juge enfant gâtée. L'effrayante responsabilité de cette rupture retombe sur le cousin Pons, ce pelé, ce galeux, devenu l'âne de la fable, de qui dépend tout le mal puisqu'il a présenté Brunner. Pour masquer son pileux échec matrimonial, la présidente diffame Brunner et accable Pons des plus noires calomnies : « Par simple méchanceté, il a voulu déshonorer ma fille! » crie-t-ellc partout. Dès lors «c forme contre le cousin jiauvre, condamné à la solitude, cette ignoble ligue des parents liant placés, unis par la solidarité du point d'honneur. Les

Camusot, les Popinot, les Cardot, etc., toute cette cohue de bourgeois grotesques, à qui Balzac a distribué de si fameux coups .•^ d'étrivières, lancent Tanathème contre le cousin Pons; et, suivant la forte expression de l'auteur, « leur haine écrase la victime sans entendre sa plainte, comme fait un tombereau d'un œuf ».

En butte aux dédains mortels de sa familUe, Pons est atteint d'une incurable maladie morale , qui dégénère en hépatite ; et l'angélique dévouement de Schmucke sera impuissant à le sauver. Cloué sur son lit par des soufl"rances aiguës, il tombe bientôt entre les griffes d'étrangers cupides, des gens du peuple ceux-là, qui en veulent à sa succession. Madame Gibot, la concierge, et son voisin, l'Auvergnat Rémonencq, deux des monstres de la Comédie humaine, se mettent d'accord pour dépouiller le malade. La trop grande naïveté de Schmucke leur permettra 'de réussir. LaCibot, sorte d'intendante des deux musiciens, semble porter à Pons, qu'elle soigne, le plus grand intérêt. Éclairée par Rémonencq sur l'énorme valeur du mobilier artistique du vieux collectionneur, elle conçoit rapidement la criminelle idée de s'enrichir par le vol. Rémonencq ne se contentera pas de partager avec la Cii)0t; il espère épouser la concierge quand elle sera débarrassée de son mari, un impotent souffreteux qui n'a pas de longs jours à vivre. A cet effet, l'Auvergnat s'abouche avec Elle Magus, le rival de Pons en « bric-à-bracquologie ». Le juif accourt au musée de la rue de Normandie avec autant d'empressement qu'un amoureux à un rendez-vous; et, tandis ((ue Pons et Schmucke sommeillent, Magus s'empare des huit chefs-d'œuvre qui manquaient à sa collection, et auxquels il fait substituer des tableaux inférieurs. Pressé par la "'^ibot, (ju'il croit de bonne foi, et se trouvant sans argent pour .•faire face aux soins coûteux que réclame l'état de son ami, ■'Schmucke signe à Magus, pour ciii(| mille francs, la quittance de cession des tableaux ; la Cibot et Remonenc<i louchent une commission de soixante mille francs. D'autre pail. cependant, la Cibdt a eu l'imprudence de confier au médecin de Pons, M. Pr»uiaiii, le désir qu'elle a de se faire inscrire pour une rente

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viagère sur le testament du malade. Poulain, fixé à son tour sur le chiffre de la fortune secrète de Pons, en cause à son ami Fraisier, un des avoués les plus venimeux de la Comédie humaine, qui, devinant les projets de captation d'héritage de la Gibot, se propose de faire revenir la succession de Pons à ses héritiers naturels, les Camusot. Jadis victime d'une vengeance de magistrat qui a brisé sa carrière, Fraisier veut rentrer dans cette magistrature d'où il a été chassé. Pour cela, il va rendre service aux Camusot, dont la protection lui sera un grand moyen de parvenir. Le docteur Poulain, praticien savant, mais pauvre et méconnu, à qui Fraisier promet, toujours par l'aide des Camusot, la place de médecin en chef d'un hôpital quelconque, restera neutre dans l'ignominieuse lutte qui va se livrer autour du moribond.

Tandis que la mégère Cibot donne à Pons le coup mortel en faisant voler les tableaux, Fraisier court chez madame de Marville qu'il met au courant de la situation du bonhomme Pons. La présidente tombe des nues en apprenant qu'il y a espérance dun tel héritage; mais contenant sa joie et devinant en Fraisier un instrument docile qui pourra plus tard continuer à la servir, elle le charge de mener à bien le plan exposé. Schmucke ignore encore les complots antagonistes, qui ont pour objet la possession des objets d'art de son ami; et c'est pourtant à lui que doit revenir ce fameux héritage. Avant de mourir, Pons est obligé de donner à Sclinmcke la preuve des scélératesses de la Cibot en préparant unfaux testamentolographe que cette dernière dérobe, de concert avec Fraisier. Mais Schmucke est incapable de défendre le droit incontestable à la succession, que lui donnera le vrai testament de Pons, fait par un notaire devant témoins. Hébété par la douleur, le jour de la mort de l'ami, il ne s'aperçoit pas qu'un procès est engagé contre lui par Fraisier, qui veut prouver ({u'il y a eu captation d'héritage. Le jour de l'apposition des scellés dans l'appartement de Pons, voulant éviter d'entendre les écœurants débats auxquels se livrent Fraisier et le clerc de M" llcnncquin, dépositaire du testament, Schmucke se réfugie chez Topinard, un gagiste de l'ancien théâtre de Pons; et là, ce que n'a i)u faire

Fraisier légalement, le directeur du théâtre, l'ex-illustre Gaudissart l'accomplit par persuasion, comptant que le service rendu aux Gamusot le mènera au conseil d'État. Gaudissart. voyant l'abattement de Schmucke et son admirable désintéressement joints à une ignorance absolue des affaires, persuade au vieux musicien qu'il fera bien de renoncer à l'héritage de Pons en faveur des Camusot, moyennant l'exaction d'une rente viagère. Ne sachant rien de son droit, et ne pensant du reste qu'à mourir bientôt, Schmucke consent à tout. Amené chez le président de Marville, il signe la renonciation demandée. A ce moment, passe sous ses yeux la requête de Fraisier au tribunal, où l'avoué a accumulé les accusations les plus perfides contre l'ami du défunt. Atteint en plein cœur, épouvanté de l'infamie dont il se voit injustement soupçonné, Schmucke est foudroyé par une attaque qui le conduit au tombeau après quelques jours d'agonie. Fraisier triomphe et devient procureur du roi. Poulain, nommé médecin en chef d'un hôpital, a sa part du gâteau. Remonenoq seul a une fin digne d'un scélérat; il s'empoisonne par mégarde. en avalant un petit verre de vitriol qu'il destinait à la Cibot devenue sa femme. Nous reverrons Elle Magus, ce personnage « hoffmannesque », devenir le marchand d'antiquités qui fait don à Raphaël de la peau de chagrin. Quant aux Camusot, qui ont marié leur fille au fils du comte Popinot, ancien ministre et pair de France, ils montrent dans le salon du jeune ménage, à tous les étrangers saisis d'admiration, l'héroïne du second livre des Parents Pauvres; l'unique et fameuse collection de l'artiste qu'ils ont encore l'inique impudeur d'appeler leur cher cousin Pons.

Voilà la donnée du roman dans ses grandes lignes. Voyons maintenant de plus près l'analyse des caractères.

Dans l'ons, liaizac nous peint ce (ju'il appelle un « homme Empire », comme on dirait un meuble Empire. On sait déjà combien l'auteur de la Comédie humaine est habile à exhumer, sous les couleurs les plus riches et les plus neuves, les défroques d'un temps disparu. F.e bonhomme Pons et son ami Schmucke, sont deux merveilles de caricature à la Balzac, au même titre que le chevalier de Valois du Cahin/'l clfs Auliqurs. La seule

description du spencer et des trois gilets portés par Pons, en 1844, vaut un livre : « Un homme en spencer à cette époque, dit l'écrivain, c'est comme si Napoléon eût daigné ressusciter pour deux heures. Paris est la seule ville du monde où l'on rencontre de pareils spectacles qui font de ses boulevards un drame continu joué gratis par les Français au profit de l'art. » Comme artiste, ce porte-spencer est une victime du système appelé concours. Balzac attaque violemment ce mode de sélection dans les beauxarts, et il n'a pas tout à fait tort, étant donné que les malheureux artistes élus et couronnés par l'Etat ne sont pas entretenus par lui.

L'auteur de la Comédie humaine s'élève ainsi contre le socialisme d'Etat, qui distribue l'instruction mais non le pain. Sa diatribe contre les piteux résultats du concours est à méditer : « Jamais aucun effort aministratif ou scolaire, dit-il, ne remplacera les miracles du hasard auxquels on doit les grands hommes. Le concours est un procédé mécanique pour la production des artistes qui ne vaut point leur éclosion en pleine terre sous les rayons de ce soleil invisible qui s'appelle la vocation. »

La biographie de Pons, jusqu'au moment de son entrée en scène, est des plus attachantes. L'homme y est montré dans sa double nature de collectionneur émérite et de parasite gourmand, pour (jui la manie du bric-à-brac est devenue un plaisir passé àl'état d'idée fixe, et l'habitude de bien dîner en ville tous les soirs, une seconde existence. C'est là une bien curieuse étude prise sur le vif de notre pauvre humanité. « On n'a jamais peint les exigences de la « gueule », dit Balzac; elles échappent à la critique littéraire par la nécessité de vivre. » Partant de cette l'éflexion hardie, il nous initie sans froissement à ces exigences, les plus impérieuses de toutes, pour des milliers de types de la vie parisienne actuelle, et auxquelles on doit des lâchetés sans nombrf. (Jue devient l'homme qui a entrepris cette triste manière de vivre gratuitement, en suppléant au besoin aux services dos domcstiipies dans les maisons où il va? Balzac nous le dit d'une lafjoii sinl-;lre : ■■ Hicnlùl .se déclare la IVoidcur que l(^ vieillard répand auloui- de lui. cette bise se (Communique, elle produit son ellet dans la lemp<'r.tlure morale, surtout lorsque

le vieillard est laid et pauvre. N'est-ce pas être trois fois vieillard! C'est l'hiver de la vie, l'hiver au nez rouge, aux joues hâves, avec toutes sortes d'onglées! » Quel tableau lugubre trop vrai, hélas! des vieux jours du parasite! Combien de suicides amènent dans Paris de semblables situations, et comme Balzac en pressent bien ici toute l'horreur!

Si le cousin Pons n'est pas un être parfait ; en revanche, son ami Schmucke est un ange, l'image du pauvre agneau divin livré sans défense à la méchanceté des hommes. Schmucke est un Allemand que distinguent par-dessus tout ses enfantillages de sentimentalité. Il est probable qu'en faisant ce personnage, Balzac avait de l'Allemagne la même opinion que madame de Staël. Ne lui en faisons pas un reproche. S'il avait assez vécu pour juger l'Allemagne après la guerre de 1870, et que le roman eût été à écrire, il n'aurait peut-être pas fait une aussi sympathique création du caractère allemand. Balzac, qui détestait cordialement et non sans raison le peuple anglais, ne pouvait être en même temps germanophobe. Aussi s'est-il permis un trait piquant dont nous ne pouvons, quel que soit notre patriotisme, contester la vérité si amusante. « La bêtise de Pépicier parisien, a-t-il dit, ne vaut guère mieux que la naïveté de l'Allemand. » Celte phrase ne tourne-t-elle pas en ridicule, trente ans avant sa fondation, le zèle prudhommesqtie de la Ligue des patriotes? Mais quittons ce dangereux terrain d'attaque contre la vanité nationale, et mettons que Schmucke aurait dû, pour faire un homme vraiment parfait, être né en Suisse.

Après les victimes viennent les bourreaux, toujours en nombre ceux-l.à : ce sont d'abord la Cibot et Komonencq, puis l'infâme Fraisier et la présidente Camusot de Marville. Il faut être Balzac pour rendre intéressants des personnages tels que Kemonencq et la Cibot. Dans cette dernière, devenue la femme de ménage des deux atnis, le romanci(!r a créé un typi* inimitablr de la concitîrge [>arisieime au Marais, dont la probité toute négative se change en profonde scélératesse, dès qu'elle conçoit l'espoir de devenir une bourgeoise riche, en se faisant donner un viager par M. Pons. C(nnme détail, l'auloriti'

qu'exerce un concierge à Paris est représentée de main de maître. Remonencq est le digne émule de la Cibot. Acheteur de marchandises d'occasion, ayant fait quelquefois des commissions pour Élie Magus, cet Auvergnat est un des modèles les plus surprenants des gens nés pour arriver, coûte que coûte, à la fortune : « Ne rien dépenser, gagner de légers bénéfices,', et accumuler intérêts et bénéfices, tel est, dit Balzac, la charte des juifs, des Normands, des Auvergnats, et des Savoyards, les. quatre races d'hommes qui ont les mêmes instincts et font fortune par les mêmes moyens. » Cette charte est une vérité, que l'histoire du ferrailleur vient, ajouterons-nous, confirmer en tous points. En dehors de leurs physionomies, particulières à leurs mœurs et à leur état, après leur manière de parler, que Balzac a traduite littéralement (ce qui est peut-être un tort d'artiste), la Cibot et Remonencq sont surtout intéressants par l'effrayante représentation qu'ils offrent de l'idée fixe dans le , crime. Pour Balzac, « l'idée fixe, manifestée chez le premier venu, à un degré supérieur, est une arme redoutable qui peut produire des miracles dans le bien comme dans le mal. » L'histoire de l'avoué Fraisier qui vient se greffer sur celle de Remonencq reproduit aussi cette étude de l'idée fixe appliquée dans ce cas à l'ambition et à la vengeance plus qu'au désir du lucre. C'est alors que l'on voit l'énergie commune de ces trois caractères se bander contre Pons et Schmucke qui, manquant de la force de reins nécessaire aux grands combats de la vie, succombent dès les premiers coups portés.

Une foule de personnages secondaires viennent se mêler à l'action. Ce sont : Madame Camusot, le président, leur fille Cécile, les Popinot leurs alliés, et la gouvernante Madeleine Vitet, la seule femme (|ui ail fait semblant daimer Pons. Nous avons vu ailleurs en détail tout ce monde, dont l'ensemble joue ici un rôle général, suffisant cependant à très bien montrer chaque type si ce n'était déjà fait. Ils suivent comme toujours les traditions d'égoisme de la secte à laquelle ils appartiennent, cette grande famille du tiers état au pouvoir que Stendhal appelait ironiquement les Philistins, et dont la Comédie humaine se

trouve être l'histoire la mieux faite. Deux figures d'Allemands auxquels Tauteur a donné quelques traits de Werther se joignent à celle de Schmucke : ce sont Fritz Brunner et Schwab; le premier, fiancé de Cécile Camusot, le second, ami du pianiste. En faisant leur histoire, Balzac parle admirablement de la supériorité de l'Alsace sur l'Allemagne, en disant qu'elle consiste dans la combinaison de l'esprit français et de la solidité germanique. Ce profond jugement si plein de sens est à noter. Les débuts pénibles de Brunner et de Schwab dans la vie parisienne, racontés par l'écrivain, offrent assez d'intérêt, car ils caractérisent l'origine de la plupart des grandes maisons de banque de la capitale. Après eux, viennent le docteur Poulain, Gaudissart, Élie Magus et même madame Fontaine, la célèbre somnambule élève de mademoiselle Lenormand. L'histoire du docteur Poulain et la raison de sa conduite dans ce livre tiennent en deux mots. « C'est, dit Balzac, un poème de tristesse sombre comme les secrets de la Conciergerie. Le docteur court tout le Marais à pied comme un chat maigre, et le client qui paye bien est encore pour lui cet oiseau fantastique appelé merle blanc dans tous les mondes sublunaires. Quel malade, ajoute encore le romancier, peut croire à la science d'un médecin qui, sans renommée, se trouve encore sans meubles par un temps où l'annonce est toute-puissante, où l'on dore les candélabres de la place de la Concorde, pour consoler le pauvre en lui persuadant qu'il est un riche citoyen. » Amère réllexion, remplie de justesse, qui semble excuser le peu de soin que prend le docteur de l'incurable maladie de Pons, afin de préparer la réussite du plan Fraisier. Gaudissart est mieux partagé que Poulain. Nous voyons l'ancien commis voyageur des Scènes de la vie de province di(i\on\\,\\îir la protection du ministre Popinot, directeur d'un théâtre qu'il exploite uniquement et brutalement dans son propre intérêt. Balzac nous le représente avec ses attitudes et ses gestes napoléoniens, accentués encore dans sa nouvelle situation. Toujours charlatan, ayant gardé la platine de son métier, doublé de l'argot des coulisses, mais avec un restant de c(eur, il trouve moyen d'exécuter, en y joignant une

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bonne action, le plan dont la réussite semblait ne reposer que sur l'infamie de Fraisier. Quant au rôle d'Élie Magus, il constitue la note fantastique du livre. Balzac a fait de celui qu'il appelle le <i don Juan des Toiles « un portrait d'un galbe satanique et une biographie merveilleuse qui ressemble à un conte oriental. « Représenter Magus vivant dans son sérail de belles œuvres auxquelles il sourit aurait été, dit le romancier, le plus beau tableau qu'on pût faire. »

Les scènes dialoguées, pleines d'une action tantôt comique, tantôt pathétique ou simplement tragique, abondent dans le Cousin Pons; il en résulte pour l'analyse, obligée de transformer en récits des choses qu'il faudrait plutôt voir jouer, une monotonie fâcheuse : aussi croyons- nous devoir compléter l'étude de ce roman en désignant à Inattention du lecteur les plus belles pages. C'est d'abord l'éblouissante causerie de Pons quand il explique les détails de sa perpétuelle chasse aux chefs-d'œuvre. Certainement, l'auteur ne fait qu'exprimer là ses propres goûts artistiques. Les doléances matrimoniales de madame Camusot sont l'exacte redite de tous les propos tenus par les mères qui ont des filles à marier. La description de la joie débordante de Sehmucke, quand, après l'affront des Camusot, Pons renonce à dîner en ville et promet de vivre tout à fait à côté de son ami, vaut les plus enthousiastes scènes d'amour de la Comédie humaine. Le discours qui suit, sur l'amitié des deux hommes, est un chef-d'œuvre où l'écrivain compare ses héros à des amants qui se revoient après une longue absence. « C'est à faire croire, ditil, que cette histoire est un roman; mais toutes les choses vraies ressemblent d'autant plus à des fables que la fable prend de notre temps des peines inouïes pour ressembler à la vérité. » l'ius tard, lorsque, après le refus de Brunner d'épouser Cécile, éclate la vengeance reptilienne de madame Cianuisot, on voit, d'un côté, l'effroyable colère de cotte vipère dont la morale consiste à croire à la réalité de tout ce qui sert ses intérêts et ses passions; de l'autre, le désespoir et l'anéantissement de Pons, rrmdus avec nn talent supérieur. « Je crois qu'il n'y a que le bon Difu qui ait le droit (h^ faire le bien, s'écrie donloureusoment le

bonhomme ; voilà pourquoi tous ceux qui se mêlent de sa besogne en sont si cruellement punis. » Ce cri de l'innocent n'est-il pas sublime! Quant au vieux Schmucke, arec son génie de l'amitié, il a-'pour Pons la délicatesse de ceux qui, ayant beaucoup souffert, savent les coutumes de la souffrance.

Nous en arrivons ensuite aux étonnantes conversations de la Cibot, transformée en Tartuffe, avec Pons malade qui ne comprend guère où elle veut en venir. Le déploiement des ruses de - la, commère, machinées avec un rare esprit de malice, afin de savoir si Pons a des héritiers, s'il a fait un testament, si elle y est inscrite pour une rente viagère, est remarquablement étudié par l'écrivain. Il nous montre la femme du peuple superstitieuse consultant l'avenir par les cartes chez madame Fontaine, la sorcière de la rue Vieille-du-ïemple. Ici Balzac profite de la digression pour faire, comme dans Ursule Mirouet^ un long discours sur le principe des sciences occultes et leur influence dans les sociétés modernes incrédules : « Le passé, l'avenir, sont également impossibles à savoir, dit-il, dans le système des non-croyants. Pourtant, si les événements accomplis ont laissé des traces, il est vraisemblable d'imaginer que les événements à venir ont leur racines. » Balzac admet qu'il puissey avoir de véritables voyants. Pour lui tout est fatal dans la vie humaine: « la fatalité n'est que l'enchaînement des causes depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes. Un voyant, un bohème peut donc deviner le secret d'une conspiration par exemple à la manière dont le conspirateur accomplira tel ou tel acte insignifiant de la vie animale. » Il regrette (jue l'itglise catholique et le positivisme moderne se soient trouvés d'accord pour proscrire, persécuter, ridiculiser les mystères de l'astrologie judiciaire, de la divination « science qui a régné pendant sept siècles sur les grandes intelligences et d'où sont sortis le magnétisme animal, la crânologie, la physiognomonic, comme la chimie est née du fourneau des alchimistes». L'autt'ur de la Comédie humaine refait pour la seconde fois, dans If f'tiiisiii /*n)is, le curieux exposé de sa croyance au magnétisme et à la sciencf de Lavaler. Sa dissertation est une a|i'»logi«^ des héros obscurs des sciences occultes, (pi'on a malheureuse-

ment trop souvent roccasion de confondre avec les escrocs. Quoi qu'on puisse penser de la théorie de Balzac, renouvelée de celle de Mesmer, il faut reconnaître que la façon dont il l'explique est intéressante au plus haut degré, et qu'il y a peut-être, comme nous l'avons déjà dit, quelques lumières à tirer de ses commentaires fort savants. Mais, revenons au sujet principal.

La visite d'Élie Magus, accompagné par Remonencq et la Cibot, au musée Pons et la description du musée sont deux maitresses pages. « La vue des tableaux est pour Magus ce que sont pour des naturalistes ces desiderata qui font entreprendre des voyages du couchant à l'aurore, aux tropiques, dans les déserts, les pampas, les savanes, les forêts vierges. » A propos d'un de ces tableaux, Balzac prenant la parole en maître nous explique d'une façon ravissante la méthode de Sébastien del Piombo dans laquelle trois écoles se donnent rendez-vous apportant chacune leurs éminentes qualités. On ne se lasse pas d'admirer ainsi la prodigieuse érudition du romancier qui, dans les J*arenis Pauvres plus qu'ailleurs, fait des nuances archifouillôes d'une simple description, une œuvre déjà géniale. Les visites de la Cibot au docteur Poulain, chez Fraisier, chez Gaudissart; celles de l'avoué chez la présidente, accompagnées de la description des intérieurs et de la présentation des personnages sous le masque d'hypocrisie qui leur est commun, sont d'un effet indicible, et provoquent cette formidable excitation 'd'intérêt dramatique qui rend le lecteur frère de l'écrivain. C'est dans l'évanouissement de Pons constatant la disparition de ses tableaux, son agonie, sa mort, et l'immense douleur de Schmucke, qu'éclate enfin, comme dans le Père Goriot, le triomphe de l'art naturaliste. Balzac atteint ici, pour la millième fois peut-être, ilans les Sci'-nrs de la vie paviaimne, les limites extrêmes du génie réaliste. L'agonie de Pons rappelle celle de madame de Mortsauf; la même lucidité d'esprit devant la mort y est analysée dans tout ce qu'elle a de divin. Pour satisfaire le dernier désir du mourant, Schmucke se met au piano et remplit d'un merveilleux poème musical la dernière nuit passée aux côtés de Pons. « (>o soir-là, dit Balzac, le vieux pianiste allemand fut à

la fois Liszt et Mendelssolin, Beethoven et Paganini; créateur et interprète, il fit entendre par avance à Pons les concerts du paradis, cette délicieuse musique qui fait tomber des mains de sainte Cécile ses instruments. » La dernière toilette du mort, le dîner de la garde-malade en présence du cadavre, sont autant de scènes saisissantes, tldèlement écrites dans leur réalité lugubre.

Jj'auteur y joint la peinture bouleversante de la folle douleur de Sclimucke, que les employés des pompes funèbres « parent en héritier », suivant leur horrible expression, pour l'emmener à

Téglise et au cimetière. A propos de ces tristes funérailles de Pons, Balzac se livre à d'efl'rayants commentaires sur les détails d'un enterrement dans la grande ville, détails rendus odieux par l'effet même de la civilisation. Toute cette écœurante troupe de gens qui participent, lœil sec et la pensée atrocement distraite, aux soins d'une sépulture, sont stigmatisés par l'écrivain avec une légitime indignation, « On ne se figure pas, dit-il, le nombre de gens pour qui la mort est un abreuvoir. Le bas clergé de l'église, les pauvres, les croque-morts, les cochers, les fossoyeurs, ces natures spongieuses se retirent gonflées en se plongeant dans un corbillard, » Les effets de la conspiration Fraisier, causant la mort de Schmucke, forment la dernière des pages naturalistes ([ui se succèdent dans le Cousin Pons, du commencement à la fin. Un distique de Béranger :

Pauvres moulons, ah! vous aurez l)eau faire, Toujours on vous loiulra !

telle est l'oraison funèbre de l'ami de Pons prononcée par Gaudissart.

Quelle conclusion peut-on tirer d'un pareil livre, un des premiers et des mieux faits, surtout de son espèce, qui aient paru dans la littérature française? Au point de vue du monde, on peut dire que, dans les familles, le cousin est le pire des étrangers, résultat bien triste f[ue prouve, comme dans t'Inln-dirtlon et le Colom-l Chaherl, la honte des divisions entre parents, basé»^ sur la disproportion des fortunes et des intérêts. Mais ceux (\m croient à un enseignement plus moral doivent le Irouver dans la

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ferme espérance que des êtres divinement bons, comme Pons et Sohmucke, obtiennent dans un autre monde le bonheur que le nôtre leur a volé. C'est là sûrement la pensée dernière d'un écrivain spiritualiste tel que Balzac. Au sein des horribles profanations, qu'a introduites dans la fin d'un homme régoïsme'de la vie des autres, et dont le romancier a fait un tableau inoubliable, la vraie image poétique de la mort hante l'esprit de l'agonisant comme une vision des cieux. Pour Pons, pour Schmucke, comme pour madame de Mortsauf ou Joséphine Claës, les derniers moments de la vie ne sont plus que le pressentiment dé l'immortalité; pensée sublime qui se dégage avec d'autant plus de force d'un lit de mort que le cadre où se voit le cadavre est plus entouré des triomphantes insolences de la matière.

Une dernière constatation est à faire dans le Cousin Pons, comme dans la Cousine Belle. L'action l'emporle ici sur la partie abstraite des raisonnements philosophiques. A part sa tiîéorie sur les sciences occultes, l'auteur s'est peu livré à d'autres digressions du même genre; mais n'omettons pas de signaler que c'est dans le Cousin Pons que le romancier, toujours morahste, donne de la misère la plus sublime dos définitions, apprise sans doute par lui pratiquement avant d'être aussi superbement traduite dans un livre. « La misère, dit-il, est une divine marâtre qui fait pour l'homme ce que ne peut" toujours faire la mère; elle lui apprend l'économie, le monde et la vie. » Que tous ceux qui se sentent du talent et se trouvent sans pain retiennent cet aveu d'un grand génie; et, en attendant patiemment la gloire qui viendra certes à son heure, qu'ils prennent courage, en sachant bien qu'il y a eu avant eux de grands hommes dans l'infortune. Pour nous, qui rappelons ici ces hautes pensées et nous efforçons de les mettre en hiniière, nous ne pouvons que proclamer encore et toujours la grandeur d'âme de celui qui les a su concevoir et exprimer avec tant de Inrcc. Au sein de nos sociétés, où éclate plus qu'en aucun temps la toute-puissance de l'or, honneur au romancier qui a fait ressortir des tableaux de misère, les plus émouvantes réalités. Nous avons ailleurs condamné comme il convient les écarts du natu-

ralisme, mais Téternelle gloire de cette dernière école d'art de notre siècle sera incontestablement d'avoir réhabilité la peinture trop longtemps négligée de la souffrance, en donnant le jour à quelques sublimes artistes dont les poèmes arracheraient, comme lès^chants d'Orphée, des larmes aux dieux de Tenfer, à travers les descriptions qu'ils ont faites de la misère dans son effroyable nudité. Le Cousin Pons est l'œuvre du premier de ces artistes. Thomas Vireloque peut venir se planter devant pour la juger, comme l'a voulu Zola pour son Germinal; il reculera etTrayé, ■eh voyant la réalité vivante de la célèbre et épouvantable formule de son créateur Gavarni : « Mangeurs et mangés, blagueurs et blagués. » Pons et Schmucke appartiennent, comme Goriot, le colonel Chabert, le marquis d'Espard et la baronne Hulot, aux deux secondes séries.

Nous savons déjà par le Père Goriot et VHisloire de» Treize, à quel degré d'intensité Balzac porte l'émotion de ceux qui savent le lire. Dans les Parents Pauvres, le romancier fait atteindre à la fois le comble de l'horreur et de l'attendrissement. Les sensations éprouvées deviennent inénarrables; elles échappent à l'analyse, aucune définition ne peut en faire ressortir le mélange bouleversant. Sous ce rapport-là, le livre n'a d'égal que les Misérables de Victor Hugo ou Genninal de Zola. Ici, de môme ((ue dans la l*eau de chagrin et la Recherche de l'absolu » (que nous verrons tout à l'heure), l'émotion jaillit d'un mot sans qu'on s'y attende; elle surprend, elle étrcint comme un voleur qui vous serre à la gorge; c'est un coup de foudre (jui frappe et anéantit. Que de fois, en parcourant la Comédie humaine, ne sent-on pas, ainsi que dans un faucheniar, le fameux Vdx fauribns hxsit du poète! C'est là un des secrets du génie des réalisles, que Shakespeare a jadis introduit d'ahurd au théâtre, après Ilacinc. Il est excessivement rare de voir des [)rosalcurs <lu roman posséder, au même degré (|ue Balzac, ce secret des effets de scène, qui semble ne devoir a|)partenir (|u'aii tliéâtrc. Bien des gens ont voulu imilrr l<' >pl.'ii(li,l(< -ciur dra-

matique des Parenté Pauvres. N'ayant pas le génie* de Balzac ou de Victor Hugo, pas même le talent d'Eugène Sue ou de Frédéric Soulié, ils se sont fourvoyés et n'ont créé que de plates invraisemblances d'un ridicule énorme. Le roman-feuilleton des cuisinières et les mélodrames de concierges sont sortis de ce travestissement idiot du genre des Parents Pauvres^ accompli par de faux artistes. Les excès de ces ultra-romantiques ont été suffisamment mis au pilori par le spirituel Janin dans VAne mort et la Femme guillotinée, pour que nous nous abstenions d'en pousser plus loin la critique. Nous voulons simplement rappeler que, pour faire d'excellent naturalisme dans ce qui est la vraie littérature, il faut avoir un style de maître, donner à ses idées, comme faisait Flaubert, une forme impeccable, et posséder dans le sentiment des choses réelles, une élévation peu commune et un goût des plus aristocratiques. Il faut être Balzac enfin, sinon Flaubert ou les Concourt, tout au moins Daudet ou Zola pour donner de la grandeur au naturalisme et en faire une vraie métbode d'art. Il y a malheureusement des barbouilleurs qui continuent à gâter le métier. On ne lit plus la mordante satire de Jules Janin, toujours aussi vraie que le jour où elle a paru. Résignons-nous à subir l'avalanche. Mais, pour Dieu ! que les critiques cessent de dire que ces gens-là sont des élèves de Balzac qui se sont inspirés des Parents Pauvres !

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