GOBSECK — LA MAISON NUCINGEN
Gobseck et la Maison Nucingen sont deux histoires résumant la vie et les mœurs des financiers et des gens d'affaires à Paris.
La première histoire est racontée par l'avoué Derville. La physionomie de l'usurier Gobseck, le chef des Samanon, des Palma, des Werbrust, des Gigonnct et autres escompteurs de la Comédie humaine, est universellement connue. J^ile vaut celle de Vautrin ou de Henri de Marsay. Gobseck est un des monstres de Paris qui rapporte à son unique ami et protégé Derville, quelles jouissances il éprouve à calcider, à observer les ililVércnts degrés d'iiilluencc (pi'excrce l'argent sur la partie la plus intéressante de la population parisienne : les joueurs, les débauchés, les femmes coquettes qui vendent le pain de leurs enfants pour des chiiïons. les escrocs et les aventuriers du grand monde qui portent la ruine et le malhour au sein des familles. L'usurier raconte comment il s'est rendu acquéreur des dia- Mianls de madame do Ilestaud, la fille ainée du pèi'c Goriol. C'est là que lial/.ai- nous l'iiil, le hideux tableau de l'adullèrc |)arisi<'n. qui ne ressemble en rien à celui de la province. A Pai-is, l'adultère dévore tout et fait descendre les feuuncs qui s'y livrent dans des abimes sans fond. Anastasie de Hcstaud, en particulier, a pour amant Maxime" ib; Trailles, un aviMiturier dmil les iniques exploits en dt-bauelie dépassfînt ceux des « roués ■> de la Hégence. Ce Maxime dj Trailles a encore moins d(î c(eur que
Marsay, si c'est possible. Il personnifie l'égoïsme froid, méthodique, érigé en principe. Cet infâme coupe-jarret, que l'on entrevoit déjà dans le Père Goriot^ est le mauvais génie de la comtesse de Restaud, à qui il fait oublier honneur, devoir, tout.
Le mari veut sauver la fortune qui revient à son unique enfant légitime; les autres appartiennent à de Trailles. Derville reçoit des mains de M. de Restaud un fidéicommis qui passe plus tard entre les mains de Gobseck. Le jour de la mort du comte, l'avoué assiste à une scène d'horreur qui n'a de précédent que celle de la fm de Goriot. La comtesse fouille la chambre mortuaire et retourne sens dessus dessous le cadavre de M. de Restaud, pour découvrir le testament du défunt et le brûler. Elle veut que ses enfants adultérins héritent au même titre que leur frère aîné. Crime inutile! Gobseck ne lâchera pas ce qu'il tient. A la mort de l'usurier, Derville est en mesure de rendre au jeune Restaud la grosse fortune qui lui revient. C'est à Gobseck que l'avoué doit d'avoir épousé une modiste d'un caractère d'ange, Fanny Malvaut.
Le roman qui a pour titre Gobseck contient un long discours de l'usurier reproduisant, au sujet de la conduite à tenir par l'ambitieux dans le monde, les théories de Vautrin sous une forme nouvelle. Gobseck a pour l'humanité un mépris sans bornes. Il exerce par son or un pouvoir illimité. Son existence est pour lui-même une perpétuelle étude de tous les mouvements ignobles du cœur humain, inspirés par l'argent; il puise dans ses observations des joies analogues à celles de Satan dans son acharnement à damner les hommes.
Bixiou est le narrateur de la seconde nouvelle: la Maison I\uciiif/en. Balzac expose ici la cupidité du financier parisien, faisant successivement, pour fonder sa fortune, deux banqueroutes frauduleuses qui ruinent une foule de gens. Nucingen est aidé dans son œuvre infâme par plusieurs escompteurs véreux, entre autres par Ferdinand du Tillet, ancien caissier du parfumeur Rirolteau, chassé pour vol de la boutique de son patron. Nucin-
SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE. To^
gen, c'est le Gobseck légal. 11 a pour bras droit ce Ferdinand du Tillet, qui provoquera par haine la ruine de l'honnête parfumeur. De virulentes apostrophes sont mises dans la bouche de Bixiou contce la honteuse accumulation de capitaux par les spéculalewrér Cet argent, gagné avec excès par les rois de la finance, e'esrle produit des sueurs des autres hommes. Dans tout pays on se plaint de l'impôt; mais, qu'est la redevance due à l'Etat, à côté des intérêts que rapporte l'argent aux brasseurs d'affaires? Presque rien. Les véritables préleveurs d'impôts scandaleux sont les faiseurs et les usuriers. Bixiou passe en revue tous ceux qui ont profité de la fortune de Nucingen, et il distribue à chacun son lot de compUments mérités. Ce Bixiou, un des plus fins esprits des Scènes de la vie parisienne, est un caricaturiste. C'est le Gavarni ou le Cham de la Comédie humaine. Ses réflexions pleines d'humour ne sont pas sans rappeler les boutades profondément philosophiques des deux célébrités de la caricature que nous venons de citer. On retrouve ce Bixiou un peu partout dans la Comédie humaine. 11 fait partie du monde des jouriia- Usles; il vit entre ceux-ci et les peintres de la Comédie humaine, Léon de Lora. Bridau, Sommervieux.
UN PlUNCE DE LA UOIIÈME — ESQUISSE DHO.MME D'AFFAIRES GAUDISSAKT II — LES COMÉDIENS SANS LE SAVOIK
(Juatre petites scènes bien amusantes non? sont racontées dans Un Prince df la Bohème, Esquisse d'hommes d'affaires, Gaudissart II, et les Comédiens sans le savoir.
Un Prince de la Bohème est un court exposé de la vie d'aventures que mène à Paris le comte Edouard Rusticoli de La Palférinc. On prétend que Balzac fit, au café Divan le Peletier, la connaissance de l'homme correspondant au personnage de La Palférine, et qu'il en consigna aussitôt sur ses notes le curieux genre d'existence, en même temps (jue le caractère ultraoriginal. Ce comte lUislicoli ne serait autre que Lherminier, un type parisien bien connu, habitué du café Divan le Peletier, au
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temps où il était fréquenté par Henri de la Madelène et quelques autres jeunes écrivains de talent.
Esquisse dliommes d'affaires est le portrait de Maxime de Trailles, déjà vu dans Gobseck. Le comte Maxime, — digne émule du comte de La Palférine et amant d'Antonia Cliocardelle, pour laquelle il a acheté un cabinet de lecture sans le payer complètement, — est mystifié par un de ses créanciers, Gérizet,' qui trouve moyen de recouvrer sa dette en rachetant en sousmain le cabinet de lecture d'Anlonia.
Gaudissavt II est un trait boulTon de l'habileté d'un marchand de confections pour dames, qui arrive patiemment, après avoir fait bouleverser tout son magasin pour une cliente, une Anglaise capricieuse, à faire acheter par ladite Anglaise un chàle de six mille francs qui en vaut à peine trois cents.
Gaudissart II renouvelle, paraît-il, plusieurs fois par an ce curieux exploit.
Les Cuviédlens sans le savoir sont une revue de toutes les choses drôles et amusantes que présente le boulevard des Italiens, les jours où il y a foule.
Un méridional des Pyrénées-Orientales, Gazonal, parent du peintre Léon de Lora, vient à Paris pour plaider un procès devant la cour de cassation. Bixiou et son cousin Léon le promènent dans Paris, de chez le coiffeur Marius à la Chambre des députés, du bureau de l'usurier Vauvinet chez madame Nourrisson, marchande à la toilette, et madame Fontaine, la tireuse de caries. Tous les types secondaires de la vie de Paris nous sont montrés par Léon et Bixiou en même temps qu'à Gazonal. Les plus remarquables sont : Fromenteau, un espion de la contrepolice, jadis collaborateur de La Peyrade et Corenlin, et madame Noui-ri'i^on, la hideuse usurière des courtisanes et de bien des
femmes « comme il faut », qui connaît les secrets de presque tous les ménages de Paris.
A la fin de leur tournée, Bixiou et Léon de Lora présentent Gazonal à Jenny Gadine, la maîtresse de Ferdinand du Tillet. Ils font espérer au méridional que Jenny, grâce aux influences dont elle dispose, lui fera gagner son procès. Le naïf Gazonal est ici mystifié par les Parisiens, qui ont voulu lui prouver la supériorité de la capitale sur le Midi, après l'avoir instruit, régalé... et amusé.