XVI PREFACE
croyances. Entre les deux, il y a un abîme qui sépare ' Musset des décadents d'aujourd'hui, aussi bien que Balzac des naturalistes.
Chez quelques-uns de nos écrivains, les dang-ereuses exagérations de l'analyse dite psychologique, sans l'être dans un sens essentiellement spiritualiste, sont dues plus qu'on ne pense à leur défaut de sentiment. Tous ceux dont les livres provoquent à la lecture l'irritation du désir, l'hvpocondrie, le spleen, le dégoût de vivre, toutes choses" qu'il ne faut pas confondre avec l'expression des pures souffrances de l'àme; ceux-là, dis-je, sont généralement des écrivains insensibles, des impuissants à tête froide, dont l'esprit seul retrace les écarts d'une imagination pervertie et sans frein. Quiconque écrit avec sa tête ou son esprit, et jamais avec son cœur, ne va pas loin. Le cœur doit toujours rester le guide le plus sur de l'écrivain. Vauvenargues n'a-t-il pas dit que les grandes pensées viennent du cœur? Cela signifie, sans doute, que le beau et le vrai d'une idée sont instinctivement pressentis par le cœur avant d'être expliqués par le raisonnement de l'esprit. En littérature, il n'y a de grandes et belles œuvres, réconfortantes et utiles, agrandissant vraiment les horizons de l'àme humaine, que celles où l'on sent battre le cœur de l'écrivain.
Pour faire éviter aux romanciers analystes de l'avenir les écuoils du raisonnement abstrait oii s'égare l'entendemoiil, et les aljîmes de la fantaisie où se noie le bon sens, il faut leur apprendre à sentir juste et vivement. Pessimistes on non, (jue leur sensibilité et non leur cerveau soit la uùiii' (le b-iirs u'uvrcs. Qu'ils se gardent de pratiquer la formule de « l'art pour l'art ». Le beau, but utile de l'art, floil pour eux résider dans l'idée, dans le sentiment et non
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dans la forme, simple manifestation de l'idée. Rechercher la forme pure, c'est réduire l'art à un seul de ses éléments, c'est en faire la mutilation sacrilège; autant vaudrait le supprimer. La forme d'un chef-d'œuvre n'en est que le cadavre et c'est le sentiment qui lui donne la vie.
Peu importe à présent que ces jeunes écrivains suivent telle méthode plutôt qu'une autre, qu'ils s'incorporent dans tejle ou telle école, qu'ils s'inféodent à la bannière de tel 6ii tel maître; qu'ils chantent dans l'humanité la joie ou la douleur et dans la lutte pour la vie le triomphe ou la défaite. La nécessité de la loi des contrastes est là pour absoudre les origines diverses de leurs inspirations. Peu importe encore qu'au point de vue philosophique ils aient plus ou moins de doutes sur la vérité de tel ou tel mystère de l'existence. Ce qui est nécessaire, c'est qu'ils ne soient jamais indifférents par système à la solution d'un problème quelconque; et une croyance suprême, la seule venue du cœur, doit enfin les g-uider : c'est qu'il fait bon vivre malgré la souffrance. Qu'est-ce? la vie! Toutes les études des philosophes peuvent se résumer dans cette question. Eh bien, je non connais certes pas le [iriru'ipe, mais j'en affirme la morale. La vie est un bien. iN'v ;uir;iil-il, pour nourrir l'Ame humaine, que les radieuses illusions du jeune homme et les souvenirs attendris du vieillard, <iue je répéterais encore : il fait bon vivre; et Dieu sait pourtant si la joie elle-même fait soulîrir! Mais la mml ne mel-elle point fin à la soulTrance pour ne ïd'wc, revivre, espérons-le, que le bonheur? Telhî est ma mauièi'e d'èlre pessinnsle. Je crois que c'est aussi la vôtre. D'all'reux bourgeois, ipii u'diil pas senli dans vos l'Jssais le souflh; généreux de l'esjiérance à travers vos apparences de grand sceptique, vous