‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 59 sur 92 · UN DRAME AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

UN DRAME AU BORD DE LA MER

Un Drame au bord de la mer continue l'étude sur le remords que renferme V Auberge Rouge. Mais ici le crime n'a plus pour odieux mobile, le vol. C'est le sentiment de l'honneur poussé à l'excès, qui, comme dans les Marana, amène un meurtre. C'est un père, un pêcheur de la côte bretonne, nommé Cambremer, qui, après avoir cherché en vain à détourner de la voie fatale du vol et de l'ingratitude son fils unique Jacques, le jette à la mer du haut d'une falaise, préférant le voir mort que traîné en prison et de là à l'échafaud. Après son crime, le farouche justicier, qu'accable une éternelle douleur, s'est fait ermite. Depuis des années, il vit de pain et d'eau sur les bords de l'Océan, en face de l'endroit où a disparu le corps de son fils. Les paysans des environs se gardent d'approcher de ce maudit, quiserepent d'avoir voulu remplacer la justice des hommes et celle de Dieu.

Cette scène se passe au Croisic, le délicieux pays témoin de l'amour de la grande Camille Maupin pour du Guénic. Gomme dans Béatrix, Balzac y a fait, en même temps que la sombre histoire de Cambremer, une émouvante analyse des impressions que cause la vue de l'Océan. « Si on veut livrer, dit-il, son entendement aux trois immensités qui nous entourent, l'eau, l'air et les sables, en écoutant exclusivement le son répété du flux et du reflux, on n'en supporte pas le langage, on croit y découvrir une pensée qui accable. Hier, au coucher de soleil, j'ai eu cette sensation; elle m'a brisé. »

Des phrases pareilles sont de véritables diamants trop cachés dans les feuillets d'un livre. Elles disent en deux mots ce qu'est l'infini. Elles sont semées à profusion dans la Comédie humaine. Il faudrait pouvoir les citer toutes!

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