‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 64 sur 92 · LES PROSCRITS · texte numérisé non relu

LES PROSCRITS

Dans les Proscrits, Balzac fait une ravissante et trop courte peinture des mœurs du moyen âge. Il raconte l'exil du Dante, en France. La [physionomie du célèbre poète florentin, grand gibelin et grand misanthrope, y est étudiée d'une façon magistrale. Il est à regretter que Balzac ne nous ait pas donné d'autres portraits historiques du même genre. Quelle merveilleuse galerie n'aurait- il pas pu établir, à côté de celle des personnages du roman contemporain!

Pendant son séjour à Paris, Dante, qui habite derrière la cathédrale de Notre-Dame, suit assidûment les cours de théologie de l'illustre Sigier, le plus fameux docteur de l'Universitp de Paris. « A cette époque, dit l'écrivain, la théologie ne résumait pas seulement les sciences, elle était la science même,' comme le fut autrefois la grammaire chez les Grecs. Dans les controverses théologiques, les orateurs combattaient pour ainsi dire avec l'esprit de Dieu. La chaire était la tribune de l'époque. »

Dante a pour compagnon d'exil un jeune seigneur, presque un enfant, du nom de Godefroy. A côté de la gigantesque figure du chef gibelin, la douce physionomie de Godefroy forme uïi délicieux contraste. « C'était, dit le romancier, une de ces fleurs de beauté dont la vue cause d'intarissables émotions. » Une allé-

gorie religieuse se cache sous ces deux existences. Dante Alighieri représente la philosophie humaine. Sa foi est ardente; mais le désir égoïste de revenir à Florence, pour triompher de ses ennemis, le rattache trop aux choses terrestres. Florence, c'est sa ville d'or, sa Jérusalem céleste. Godefroy est l'image de l'humble foi du faible qui rêve du ciel. Dante est la science, le jeune' homme la poésie. Tandis que le Gibelin se fait applaudir à i\"Université en expliquant les vérités fécondes de Dieu, Gode- '#oy se livre à l'amour mystique. Un beau jour se lève enfin pour les proscrits, « Les blancs triomphent à Florence, et il semble au Dante, en apprenant la nouvelle, qu'il entend la voix de Béatrix. » Son jeune ami, qui, à la suite des troubles de son pays, se croyait orphelin, est rendu à sa mère. Le vieillard et le jeune homme, revenus dans leur patrie, y retrouvent ainsi le Paradis, dont le poète italien devait plus tard peindre magnifiquement lés joies.

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