‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 72 sur 92 · CHAPITRE DES CONCLUSIONS. ^i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES CONCLUSIONS. ^i

réaliste du xyif siècle. Balzac est un de ceux qui l'ont remis en vigueur avec l'autorité du génie. Nous avons exprimé l'avis qu'il est injuste de lui imputer les regrettables excès, dus à l'application mal comprise du réalisme. Sans plus insister sur ce détail, nous reparlerons volontiers de l'art de composer chez l'auteur de la Comédie humaine; et nous appellerons l'attention des critiques sur un point capital de son œuvre qui est, selon nous, le fond même du réalisme envisagé comme méthode de composition : nous voulons parler de l'action des personnages dans le roman.

Balzac fait rarement raconter à un tiers ce que font les héros de ses drames. Il nous les montre eux-mêmes parlant, se remuant, accomplissant les plus petits détails de l'existence. Ce sont des acteurs que nous voyons jouer, que nous entendons parler sur une scène imaginaire. Rien de ce qui est important à connaître ne se passe dans les coulisses. Tout parle, tout se voit, chacun se trouve traduit au vif dans sa nature. Un personnage en amène d'autres; ils accostent, ils sont accostés, et l'agitation de cette foule fait assister le lecteur à une comédie perpétuelle. Certes, les longs récits, les descriptions, ne manquent pas chez Balzac; c'est là qu'il sait si bien rendre les individus en pied, les groupes, les foules, à la fois le mouvement général et le détail particulier à l'infini; il possède à merveille ce double effet du détail et des ensembles, d'où les physionomies ressortent plus chaudement; le peintre abonde et surabonde, il nage, s'en •donne partout à cœur joie. Mais en comparant ces récits de mise éti scène à l'action, on se rend compte bien vile qu'ils ne sont qu'un accessoire. C'est l'action qui produit ces ressemblances iameuses avec la réalité, dans l'espèce, la profession, le rang, le caractère des sujets. Des principaux moyens employés pour

aire valoir l'action, le dialogue est celui où Balzac excelle. Le arrae'de sa lecture n'est pas seulement dû à l'abondance des

Jélaifs, au sentiment du réel exprimé, mais à l'heureuse fusion des langages de tous ceux qui contribuent au dialogue. Si l'auteur se laisse aller à bien des digressions, il ne manque pas non plus

l'occasion de reproduire une scène attachante, loulrs les fois

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qu'elle se présente, et cela sans redouter assez la disproportion avec le principal sujet. Un langage admirablement tenu, accompagné d'une expression inimitable du geste, donne la vie aux traits de toutes ces figures, si savamment esquissées auparavant comme sur une vraie toile.

Les portraits de Balzac sont autant de chefs-d'œuvre. Il a une manière toute personnelle de les faire. Le sujet, une fois pris, l'auteur se livre à la vivacité de ses souvenirs, à la puissance de ses impressions ; il procède sans ordre, jette les premières idées qui se présentent à son esprit, accumule les traits, mêle le général au particulier, insère sous forme de parenthèse toute une histoire à la suite d'un mot, reprend ce qu'il a laissé, s'interrompt de nouveau, revient encore à son affaire et ne s'arrête que lorsqu'il s'est entièrement vidé sur son homme. Balzac avait la pensée trop complexe pour peindre d'une façon simple ou méthodique. Il voyait trop de choses à la fois. Il était par suite inhabile à reproduire les beautés résultant de la perfection des lignes. « Dans ses portraits de femmes, dit Gautier, il ne manquait jamais de mettre un signe, un pli, une ride, une plaque rose, un coin attendri et fatigué, une veine trop apparente, quelque détail enfin indiquant les meurtrissures de la vie, qu'un autre, traçant la même image, eût à coup sûr supprimé, à tort sans doute. C'est que le caractère lui plaisait plus que le style et il préférait la physionomie à la beauté. » Une fois l'unité du caractère, l'idée dominante, sentiment ou passion, montrées dans un trait principal, et donnant déjà aux figures un relief incroyable, ce n'est pas encore lace qui rend frappants, comme des personnes vivantes, les types ou individualités de la Comédie humaine; c'es* surtout leur action, qui semble celle de l'auteur lui-même, st substituant tour à tour à chacun des personnages, au point de donner l'illusion d'une représentation théâtrale, où se meut u" ' œuvre vaste, un peu exorbitante en bien des points. Grâce à cette action, Balzac nous fait pénétrer au plus vif de l'intimité des originaux, chose qui n'a pas lieu, par exemple, avec les personnages trop abstraits de La Bruyère. « Les attitudes familières, les mouvements particuliers qui échappent à l'œil du vulgaire

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