‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 79 sur 92 · CHAPITRE DES CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES CONCLUSIONS

la dernière : « Qu'on le lise à fond, et qu'on le relise et qu'on le médite, il gagnera à la longue tous ses adversaires », écrivait Montalembert au sujet de Saint-Simon. On doit en dire autant de Balzae.

La difficulté de le juger provient de l'étendue peu commune du cadre de son œuvre et du nombre incroyable de sujets abordés. En résumant toutes les pensées abstraites que le philosophe a eu l'occasion d'émettre dans la Comédie humaine, on ferait un livre double des Maximes de La Rochefoucauld, des Pensées de Vauvenargues, des Caractères de La Bruyère. Mais Balzac a fait plus que ces éminents moralistes; il a donné la vie à toutes leurs observations en les appliquant directement à rhumanilé. Quelques bibliophiles (dont M. Hetzel) ont eu l'idée de résumer sous forme de maximes détachées les pensées de Balzac, voire même ses opinions sur nombre d'éléments ou de faits sociaux. Dans le courant de l'année 1887, d'autres admirateurs éclairés de Balzac, MM. Gerfberr et Christophe, ont publié un vrai dictionnaire historique de son oeuvre qu'ils intitulent modestement : Répertoire de la Comédie humaine. Ce livre merveilleux, qui réalise le fameux désir de Balzac « faire concurrence à l'état civil », contient, assure-t-on, l'abréo-é biographique de deux mille personnages de roman. Tout cela prouve combien le génie de l'écrivain, chez Balzac, est universel. Ce caractère d'universalité exige donc, de la part de ceux qui veulent étudier l'o'uvre, une conscience littéraire des i)lus délicates en même temps qu'une connaissance approfondie des tnoindres pages qu'il a écrites. En un mot, pour juger Balzac «ans faire de faute, il semble (ju'on doive posséder une science

la vie aussi complète que la sienne.

Malheureusement, beaucoup de critiques ont la prétention de résumer en quelques pages de jugement leur opinion sur une œuvre colossale, que des années de travaux incessants n'ont pas suffi h terminer. Leur procédé est des plus douteux. Ces écrivains, malgré leur valeur, semblent devoir être rangés |);irnii ceux que Balzac nommait si bien, les « acrobates de la crili(iue ». Quand on commence à lire Balzac, on ne devine pas tout de

suite le plan général de l'œuvre et la corrélation de ses parties. Ce n'est qu'après avoir fini cette lecture que la sublime conception de l'auteur se dévoile, et qu'apparaît aux yeux émerveillés le monument dans son unité et sa splendeur. Si un critique se contente de lire Balzac sans suite, ou de n'en étudier qu'une partie, le jugement qu'il portera sera incomplet et, par conséquent, donnera lieu à de fausses interprétations. Certains écrits relatifs à Balzac démontrent par eux-mêmes l'injustice criarde de leurs auteurs, ou plutôt l'ignorance à peu près complète de l'cfijuvre à juger. En effet, celui qui ne lit de Balzac que la Peau de chagrin aura une impression toute différente de celle du lecteur de Séraphita. Quelqu'un qui ne connaît que le Père Goriot n'imagine pas qu'on puisse écrire ensuite le Médecin de campagne ou le Lijb dans la vallée. Nous pourrions ainsi multiplier les exemples de lectures isolées de telle ou telle partie de l'œuvre, qui donneraient de Balzac des opinions opposées à l'extrême. C'est à ce mode de lecture peu consciencieux, que nous devons la plupart des faussetés dites sur Balzac et le travestissement ridicule des pensées de l'écrivain.

Certain critique a dit de la Comédie humaine que c'est une « tour de Babel où se pratique la confusion des langues ». Un autre a cru résumer Balzac en l'appelant à la fois « chaos et problème ». On n'avoue pas plus clairement son impuissance à jeter la lumière dans ledit « chaos » et à résoudre « le problème ». Quand un critique n'a pas la force ou ne veut pas se donner la peine de pénétrer un colosse : « C'est un chaos! » dit-il. Il a raison, car à peine voit-il les pieds du colosse, en se mettant près de lui. Quand ce même critique ne cherche à expliquer ni l'origine, ni les principes, ni la raison, ni les conclusions de la Com-"^ die humaine, il passe outre en qualifiant l'œuvre de « problèn. ». Ces sortes d'opinions sont bien inutiles à émettre; c'est de 'i?^ critique oiseuse dont le bon sens public fait vile justice. Cependant on cherche quelque peu à « démêler » le chaos, à résoudre le problème, et voici un échantillon des imperfections de détail ■ signalées, imperfections auxquelles la critique donne un tel; poids qu'on croirait vraiment, si on n'était prévenu, à une

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