‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 80 sur 92 · CHAPITRE DES CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES CONCLUSIONS

légèreté d'esprit, chez Balzac, au moins égale à celle de ses détracteurs.

D'après ces critiques, Balzac alliait à son tempérament d'artiste l'esprit d'un « commis voyageur ». Des ennemis de l'illustre écrivain ne se seraient pas permis d'en dire plus. Nous ne voulons pas ravaler ici la profession de commis voyageur, cet agent indispensable de l'armée du commerce, type d'intermédiaire entre vendeurs et acheteurs, qui est obligé de tromper ceux-ci

. au profit de ceux-là. Mais comparer le génie de Balzac à la blague d'un courtier en marchandises nous semble chose presque impertinente. Nous le demandons à ceux qui ont entendu

. récemment Mercadet à la Comédie-Française : trouvent-ils juste

"•-et de bon goût cette grotesque assimilation de Balzac au « commis voyageur » ? Et d'abord, qu'est-ce que l'esprit d'un commis voyageur? Le critique serait bien en peine de le définir aussi bien que l'a déjà fait Balzac. C'est une expression que celui qui l'emploie n'a pas inventée et dont il ignore le sens exact, à moins qu'il n'ait voulu dire que, des personnages de la Comédie humaine, Gaudissart est celui auquel Balzac ressemble le plus, ce qui revient à faire croire que Balzac a été avant tout charlatan. Nous nous demandons si cette dernière dénomination ne s'appliquerait pas mieux au critique qu'à l'auteur de la Comédie humaine. On voit jusqu'à quel point de sottise une comparaison risquée peut faire aboutir un critique. Quel dommage que Thco-

. phile Gautier ne soit plus là, lui un des princes de l'art, pour ,?! remettre à leur place les vendeurs de critique qui appellent

- Balzac « commis voyageur » I

poursuivons le réquisitoire. On a dit encore de Balzac

^ Mais 'u'U faisait parler les grandes dames du faubourg Saint Germain CG .^e celles de la halle; d'où, en même temps qu'une faute grossière contre le goût et la réalité, un manque absolu de justesse dans ses portraits de femmes de l'arislocratie. Cotte accusa- ^ÏQ.^ prouve surabondammement que celui qui Ta formulée n'a à peu près rien lu ou rien compris de la Comédie humaine. Il AJ^ullil, pour en montrer le néant, de renvoyer nos lecteurs aux ^■•temmes qu'a peintes Balzac et qui s'appellent Béatrix de Roche-

fide, Fanny O'Brien, Louise de Macumer, Renée de l'Estorade, Francesca d'ArgaïoIo, la duchesse d'Hérouville, la marquise de Listomère, la vicomtesse de Vandenesse, la comtesse du Rouvre, madame Firmiani, lady Brandon, la vicomtesse de Beauséant, mesdames de Bargeton, d'Espard, de Sérisy, de Langeais, de Maufrigneuse, de la Chanterie, la générale Montcornet, la maréchale de Carigliano, Massimila Doni, madame Claës, etc.:,? Y a-t-il dans le caractère, le langage, le geste, les moindres attitudes de toutes ces femmes Fombre d'un désaccord aveQ teur . origine, leur éducation, leur position sociale, la grande fierté qui leur est commune. Elles appartiennent autant par le sang que par l'esprit à la noblesse la plus collet-monté. Elles sont bien femmes et femmes nobles tout à fait de leur époque ' C'est leur caractère trop accentué de modernité qui déplaît peut-être au critique; car Balzac a précisément mis tout son talent à faire ressortir, dans la femme plus qu'ailleurs, les différences caractéristiques qui séparent la vieille noblesse d'avant la Révolution de l'aristocratie créée par l'Empire. Les produits bâtards, dus aux tentatives de fusion de l'ancienne et de la nouvelle noblesse par Bonaparte, sont analysés avec une rare iïituition des nécessités politiques du temps. Balzac nous a donné des portraits de grandes dames de 1830, aussi fins et aussi exacts que ceux peints par Saint-Simon en 1713; et c'est là un de ses plus grands mérites. Il a su de plus, établir ces milles nuances, qui distinguent la douairière née avant 1789, de sa petite-fille qui fait son entrée dans le monde en 1820. Chez l'une, les traditions*de grandeur tempérée par une pointe d'aimable scepticisme, et d'indulgence en fait de mœurs, sont encore vivaces. Chez Tautr l'orgueil, l'élégance des manières, le goût des choses nobles on. seuls survécu à l'abandon d'une foule de préjugés; mais l'obéissance aveugle aux lois de l'étiquette n'existe plus. Les sentiments ont bien changé, car les impressions rerues ne sont plus les mêmes. Le « canl anglais », comme le dit si bien Balz, .i,^ presque remplacé le suprême bon ton de la noblesse. Et s;.*c.vous maintenant sur quoi repose cette audacieuse affirmation que Balzac n'a pas su peindre la grande dame? Écoutez. Repor-

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