‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 8 sur 92 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

^ hirs, mon imag-ination évoquait les scènes de la Comédie 'humaine, dans leur saisissante réalité, sous les mêmes cou- ■^leurs qui en rendent l'expression immortelle; les person- "nages du roman : Raphatd de Valentin, Louis Lambert, Daniel d'Arthez, Henri de Marsay, Bianclion, Rastignac, Macumer, Claude Vignon, Blondet, Rubempré, Dorlange, ï^cliinnor, Savarus, Montauran, Octave de Camps, etc., défillaient un à un sous mes yeux; il me semblait assister aux prodig-ieuses luttes soutenues par tous ces jeunes g-ens de la Comédie humaine pour conquérir les uns la gloire, les autres le bonheur de l'amour. Absorbé dans celle rêverie profonde, \fe ne m'étais pas aperçu que le péristyle du théâtre était devenu absolument désert. An moment où j'allais dire un dernier adieu à l'oinjjre du grand homme, je restai cloué au sol par la vue d'un phénomène extraordinaire: comme si bi puissance d'évocation causée |)ar mes regards persistants eût atteint son comble, le buste de Balzac sembla remuer, sa puissante chevelure s'agita, ses yeux tournés vers moi prirent une expression d'ineiïable douceur, et sa bouche malicieuse se plissa pour me sourire. J'ouvrais les yeux tout grands [tour mieux regarder, lorsque la vision disparut...

... Je m'éveillai (lins ma cliambre : sur un petit guéridon à portée de ma main, trois livres étaient restés ouverls : l'uti, hi P«'aii (h- ('/ui(/r/n, avec r(Mnbb''me original (|ui (^st en tète du livre, à (•ôl(' (hi p(utr;iil Ar lînlzac; l'autre, les ('oiiii'dicy ri /'rorrr/irs d'.MIVed de Mns.scl; h» troisième, /'// ( Irdiiil llniiniic ilr proiui/cr à l'itfi^. ,|';i\ ;iis r(du des |t,iss;ig(>s de ces livres l;i veille, assez, l;u'd; e'esl ce (pii ;i\;iil occasionné mon rêve, .le voulus bien considérer ce l'ail comme un avertissemeni d'oulre-lombe. Balzac n'est plus assez

XX PRÉFACE

connu, me dis-je, des jeunes gens de notre époque, qui pourraient cependant, comme leurs aînés de 1840, puiser dans ses œuvres de grands enseignements. La publication d'une étude est nécessaire pour donner un regain d'actualité aux splendeurs de la Comédie humaine. Avant que l'écrivain ait à Paris sa statue sur une place publique, élevonsen le piédestal dans le domaine des lettres. Le jour mêm% je commençai les pages que vous allez lire. Elles sont dédiées après vous aux fervents admirateurs de Balzac, à ses critiques, et en particulier à tous les jeunes artistes armés d'un vouloir à toute épreuve, qui pratiquent noblement la sublime maxime de Buffon, rééditée par Baudelaire : « Avoir du génie, c'est avoir de la patience; » ou bien encore : « C'est travailler tous les jours ».

Ils trouveront dans quelques-uns des extraits de la Comédie humaine mis exprès en relief, bien des encouragements très supérieurs à tout ce que j'ai pu dire dans cette préface.

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