CHAPITRE DES CONCLUSIONS
dans la Comédie humaine, de ce singe de Lousteau, ainsi que l'appelle Balzac. Lousteau était, lui aussi, un critique de profession et il avait bien de Tesprit. Donner à entendre que Balzac se révèle imbécile dans certaines parties de son œuvre est une de ces mêmes fautes grossières contre le goût et le bon ton, précisément reprochées à l'auteur de la Comédie humaine. Heureusement, Balzac ne pouvait mieux se venger de tou? ses détracteurs, critiques contemporains ou futurs, qu'en rendant leur sottise immortelle dans les portraits inoubliables qu'il a tracés, non seulement de leur caractère et de leur physionomie, ;'iEtiais surtout de leur manière d'écrire.
"'.Nous avons dit ce que nous pensons du style de Balzac. L'em-
Rîloi de la métaphore, à laquelle il recourt fréquemment, fait
vfendir beaucoup de critiques. 11 y en a de risquées et d'un goût
^douteux, c'est vrai; mais qu'on n'oublie pas de mettre à côté
celles réputées pour être les images les plus saisissantes qu'il soit
possible de voir, photographiant les vues de la réalité avec une
précision étonnante. Mais non! les critiques, pour démontrer ce
qu'ils avancent, citent trois ou quatre métaphores et une ou
deux digressions de quatre lignes. D'après ccUi ils formulent
leurs conclusions. C'est dans ce coin réduit qu'ils jugent la
Comédie humaine, absolument comme ils essayeraient de voir
l'Océan dans une goutte d'eau.
Maintenant, le plus grand reproche fait à Balzac est de s'être
!'• .é^'aré âUa fois dans le « romanesque faux » et dans le « faux réel ».
'^'ec ces trois mots on démolit d'un coup la Comédie humaine.
vpombrcuses explications données au cours de notre étude,
le^ formes variées à l'inlini de l'art du romancier chez Balzac,
sont plus que suflisantes pour prouver cond)icn est superliciel
le jugement qu'on vient de lire; mais essayons de le réfuter
directement.
Romanesque, Balzac l'a été, nous n'aurions garde de le nier : son imagination sudit à le démontrer. Tout le monde s'accorde d'autre part à le trouver réaliste. Eh bien, il nous paraît absolumeÀ impossible qu'il ait été en même temps faux dans les deux gett&. Car, qu'est-ce (pi'un faux écrivain romanesque, sinon un
réaliste; et qu'est-ce qu'un faux réaliste, sinon un écrivain romanesque? La critique doit se partager en deux : les uns doivent carrément reprocher à Balzac d'avoir été romanesque, les autres l'accuser simplement de réalisme. Ces deux opinions opposées à l'extrême se contredisent, se détruisent l'une par l'autre; mais leur existence démontre une fois de plus la féconde dualité du génie de Balzac. L'imagination du poète fait de lui un des plus brillants écrivains romanesques, tandis que la profonde science du philosophe observateur lui vaut le titre de chef d'éc^T^le du réalisme. La Comédie humaine est à la fois une œuvre àé sentiment et une œuvre de raison.
L'imagination chez Balzac procède plutôt du cœur que de l'esprit; il fait ainsi mentir la fameuse prophétie de madame d.. Staël, annonçant que « la littérature d'imagination resterait stationnaire en France ». C'est là, à notre avis, la raison apparente du romanesque faux trouvé dans la Comédie humaine. Et puis, Balzac était toujours préoccupé de rester vraisemblable au milieu de ses plus capricieuses fantaisies. Aussi, nous croyons que les critiques ont plutôt voulu dire que son caractère d'écrivain romanesque devenait grossier par ses fréquents emprunts aux choses réelles. Ceux qui font ce reproche de grossièreté à un homme qui a écrit Séraphiia sont incapables de goûter Balzac, et il n'y a rien à leur répondre. Quant au reproche de « faux réel », nous le comprenons mieux sans l'admettre. Nous y avons déjà répondu en disant que tout écrivain réaliste doit, précisément tendre à représenter l'idéal du réel. De cette obli; tion, que Balzac comprenait à merveille, résultent dans la pe". turc d'un portrait ou d'un caractère, plusieurs traits dus A fantaisie du peintre. Mais un auteur consciencieux doit faire en sorte que le sujet peint ne perde jamais la physionomie du réel ; et, sur ce point, nous trouvons que Balzac a toujours su se contenir dans des limites telles, qu'on peut dire de sa méthode qu'elle est le « réalisme classique ».
Les critiques prétendent, au contraire, que pour avoir trop librement donné carrière à sa fantaisie, Balzac s'est souvent mis en contradiction avec la rcalitc, et que la pUipart des individus