‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 83 sur 92 · CHAPITRE DES CO N CLU SIOx\ S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES CO N CLU SIOx\ S

de la Comédie humaine sont des exceptions au lieu d'être des types généraux. Cette exagération de la critique n'a pas le sens commun. On avance comme preuve que la caricature est impuissante à saisir les personnages de Balzac, alors que ceux de Molière sont si faciles à faire très ressemblants. Si la chose est vraie, c'est qu'on n'a pas pu trouver encore un dessinateur de génie, égal en force dans son art à Balzac. Nous ferons remarquer que les personnages de la Comédie humaine sont bien plus compliqués comme traits que ceux de Mohère, grâce à l'abondance des vaétails fournis par l'auteur. Cette complication de traits est ■- essentiellement due à la modernité des types. Nous ne sommes f,plus au temps de Louis XIV, où non seulement les castes, \*.^noblesse, bourgeoisie, tiers état, mais aussi les professions "étaient vigoureusement tranchées, accusant dans le vêtement, l'habitation, l'éducation et la manière de vivre des dilTérences énormes. Nous sommes au temps de Balzac, dans une société nivelée; les physionomies et les caractères, plus confondus que jadis, ne sont pas aussi simples à esquisser. Nous savons déjà qu'au moral Balzac a fait des personnages invariables dans le cours du roman et généralement mus par une passion dominante. Cette chose unique ne peut être rendue par le caricaturiste dans la multiplicité des traits. Or, il n'y a pas qu'un trait qui indique la passion; elle se trouve dans l'ensemble des détails physiques, et cet ensemble est fort difficile à rendre par l'artiste, avec toutes les nuances qui lui donnent sa physionomie originale. Il est donc peu juste de dire que Balzac n'a créé que des ptions ou des monstres; bien au contraire, il a créé les types " gtinéraux de son époque', comme Molière a fait ceux de la sienne. Ce n'est pas sa faute si les caricaturistes n'ont pas trouvé le moyen de les croquer. Henri de Marsay, Vautrin, le père Goriot, Baltliazar Clai's et tant d'autres, dans les portraits desquels Balzac a mis beaucoup de fantaisie, ne sont point des mensonges. he positivisme éclairé de l'auteur se retrouve dans tous leurs actes; et des copies originales de ces caractères doivent, par conséquent, exister dans notre monde, plus en nombre qu'on ne crpit. Du reste, ce n'est un secret pour personne (juc Balzac a

sans cesse reproduit, jusqu'à un certain point, sa personnalité dans ses œuvres. Avant lui, Dante, Montaigne, Molière, Shakespeare, Walter Scott, lord Byron en ont fait tout autant. C'est déjà une raison de la réalité des caractères.

Au cours de notre étude, nous avons signalé quelques noms de la Comédie humaine correspondant, selon le bruit public, à telle ou telle personne du monde réel. Beaucoup de gens, et principalement des amis de Balzac, ont cru qu'il existe véritablement ce qu'ils appellent une clef de la Comédie humaine. D'après eux, chacun des personnages du roman serait une copie authentique d'un des contemporains de l'auteur. Voilà qui tendrait à exclure la plus grosse part d'imagination, et surtout d'intuition, apportée par Balzac dans l'exécution de ses œuvres; et c'est ce que nous ne pouvons nous résoudre à croire. Nous pensons bien qu'il y a beaucoup de vrai dans le procédé attribué au roman- ■ cier de s'inspirer quelque peu de types directement observés,' dans la rue, dans le monde, dans toute espèce de réunioi^" d'hommes, à Paris, en province ou à la campagne. Il est très v apparent, par exemple, que Balzac a emprunté tous les noms italiens de la Comédie humaine aux Mémoires de Casanova^ ces "^ fameux écrits que certains bibliographes attribuent à Stendhal. Ces noms ont donc été portés. Cela explique ce qu'a écrit madame Laure Surville, sœur du romancier. « Balzac, dit-elle, prétendait que les noms inventés ne donnent pas la vie aux êtres imaginaires, tandis que ceux qui ont été réellement portés les douent de réalité. Aussi prit-il tous ceux des personnages de ' Comédie humaine, partout où il se promenait. »

Cependant nous ne croyons pas à l'existence d'une clef de^ît. Comédie humaine, et voici pourquoi. Chez Balzac, le point de départ de tout portrait est évidemment dans l'observation inconsciente ou faite à dessein d'un personnage vivant. Mais, afin de composer chaque personnage dans le beau de son unité, le romancier a fait comme Praxitèle pour sa Vénus. Dans ses observations, il a emprunté à plusieurs individus de caractère, de physionomie, de rang ou de profession analogues, une foule de traits qu'il a ensuite réunis sur un seul sujet du même

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