CHAPITRE DES CONCLUSIONS
tant inquiet, on attend le dénouement, il éclate enfin et on applaudit ou on essuie ses larmes; on pousse intérieurement des cris d-admiration ; on se sent transporlé ou Ton éprouve la même sensation poignante qu'au sortir d'un -;f^-"-;.^;;;;;^ „,ème des personnages a traversé la nôtre!... C est au développement de la faculté de sentir, causée par la souffrance que nous devons les pages les plus pathétiques de la Comédie humame. Si l'auteur était né dans l'opulence, peut-être n aurions-nous jamais connu ni le Père Goriot^ ni la Peau de ^^^-^^^ ^ ^^'j Parent, pauvres, ni tant d'autres chefs-d'œuvre, produits directs des souvenirs de noire misère de Balzac.
Beaucoup de gens ignorent à quel prix s'achète la vraie gloire et son brillant cortège. Quand la capricieuse déesse ^e donne a un homme, elle fait payer bien cher, par sa venue tardive tous les CKCCS de travail qu'elle lui a fait commettre. La mor est souvent son inséparable compagne. Épuisé par ses longs travaux, Balzac tombe un jour malade. Bien des sujets sont encore a l'étude, bien des œuvres sur le chantier, mais 1 heure de la fin a sonné. Comme un des plus sympathiques héros de son œuvre, Louis Lambert, Balzac, par ses excès de labeur, son abus de la compréhension et de l'analyse, a préparé son suicide. « Je vous demande encore six mois! » dit-il au médecin, impuissant a com- >battre les effets du mal. Efforts inutiles! il meurt, victime de sa "wassion de philosophe chercheur, pa.sion dont il a vécu, comme %kvc société vit de la combustion de ses propres éléments, au cc^set dévorant d'une analyse trop souvent décevante, ht aprè. '^Ue fin, apparaît, grandi de cent coudées, le géant littéraire uu'i, pleuré, regretté et admiré de tous, a imprimé dans son siècle la trace de sa vie, par l'édification d'un n.n.uunont désormais classé au rang des œuvres immortelles. Bientôt les admirateurs enthousiaste, de la Comédie humaine ne se compten plus. Un grand nombre, devenus frères par un sent.men commun, se font appeler balzaciens, absolument eo.nme on prend le nom qui indique un parti religieux ou pnl.lKiue.
Le hahncien (le mot l'indique) est le type de l'admirateur
de Balzac, fanatisé par la lecture de la Comédie humaine. Pour lui, les idées du maître, du dieu plutôt, en littérature, en politique, en philosophie, en morale, en tout, constituent une religion. Le balzacien n'aime les femmes que comme les peint Balzac. Selon son âge, son rang, sa profession, il prend un sosie dans l'œuvre, pas un coquin espérons-nous, et règle sa conduite sur celle du personnage de son choix. Enfin ses principes, ses convictions, ses sentiments émanent de la Comédie humaine. Ce type, peut-être invraisemblable, dont la définition est tout au moins amusante, ne se rencontrait pas qu'à Venise de 1840 à 1850. Il figurait honorablement à Paris. Théophile Gautier, esprit fort indépendant, était un peu balzacien.
Eh bien, nous autres jeunes profanes, qui, plus sceptiques que nos aînés, ne prenons pas au sérieux l'influence de Balzac autant que celle de quelques contemporains, nous devons respectueu-. sèment admirer ce temps heureux de nobles aspirations et de généreux enthousiasme, dont le souvenir mélancolique attendrit l'âme de nos pères. En plaisantant nous appelons romantisme le caractère véritablement grand de notre siècle à son jeune âge littéraire. Puissions-nous garder, nous qui assistons aux dernières années de ce siècle et verrons l'aurore du suivant, quelque chose de cette poétique sensibilité, apanage de ceux qui avaient vingt ans en 1830 et plus tard de leurs fils, nos aînés. De la lit-: lérature et de la philosophie de cette mémorable époque, nous, pouvons tirer les plus féconds enseignements. Les jeunes hommes . qui parlaient alors du haut des chaires, dans les écoles ou à la** tribune, avec l'autorité d'une science profonde, avaient la passion du beau, du vrai et du juste, dont nous sommes encore^ à rechercher comme eux l'application. Tâchons de les imiter (" de suivre leurs traces pour arriver au triomphe, et n'oublions pas, en particulier, que, parmi ces grandes figures, l'écrivain dont nous venons d'étudier l'œuvre doit cire mis au premier rang.
On dit que Balzac est démodé. Cette expression n'est pas juste. L'auteur de la Comédie humaine n'est pas plus démodé que Mohère ou n'importe quel auteur du xvn" et du xviu" siècle, que