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......Que ces êtres sortent de là ou qu'ils y restent, ils ne son* pas moins condamnés à souffrir, faute de pouvoir lutter contre la maladie. Les colonnes des journaux sont pleines de rapports sur la tuberculose, la pneumonie, la diphtérie, et autres maladies de ce genre dont la cause est la mauvaise nutrition, l'air vicié et l’entassement, Le taudis est la grande lèpre de la civilisation; c’est là que se développent les germes des maladies qui, dès qu’elles auront atteint leur maturité, s’élanceront au dehors et dépeupleront les rues de nos villes. ?’*
C'est parmi les classes pauvres que la malpropieté et l'insalubrité règnent en maîtresses, qu’elles engendrent les maladies infectieuses, la mort, la dégénération et le crime. Cet état de choses demeure souvent en léthargie dans les quartiers qu'habitent les classes plus aisées, mais un jour vient où il se réveille. La Maison, autrefois somptueuse et à la mode, est divisée et subdivisée ; elle devient le logement de gens de plus en plus pauvres. Le délabrement et la dilapidation y exercent leurs ra ages et y apportent la dégénération: le mal social se propage rapidement jusqu’à ce qu’un jour le quartier ne soit plus qu’une agglomération de taudis.
C'est par une pareille évolution que ces cloaques se sont établis et continuent à se multiplier en diverses parties du Canada. Les quartiers de la ville de Toronto qui, aux premières années de la colonie, alors que l'Ontario et Québec s’appelaient le Haut et le Bas Canada, renfermaient 1 s demeures des classes aisées, sont, aujourd'hui, convertis, du moins quelques-t1s, en agglomérations de taudis. Je suppose que pareils assemblages existent ailleurs.
Les conditions insalubres de l'habitation de la classe ouvrière ne sont pas si apparentes que chez les miséreux; néanmoins, nous ne saurions prétendre que cette importante partie de la population soit convenablement logée, car il y a quantité d’exceptions. Ceci s'adresse à l'individu aussi bien qu’à l’homme qui élève une famille. Le premier loge dans une maison encombrée, sans air, menaçant de tomber en ruines: le second, s’il habite Ja partie entassée d'une ville, est forcé, soit de louer une misérable maison en cet endroit, ou de se réfugier chez ur ou plusieurs de ses semblables. Sice dernier reste dans un faubourg, il est peut-être réduit à se blottir avec toute sa famille dans quelque hangar, séparé en une ou deux pièces, et qui devra servir de cuisine ou d’appentis à la maison qu'il se promet de bâtir. Ses espérances sont lentes à se ré” ser, et souvent lui ou quelques membres de sa famille meurent en attendant la venue du foyer—victimes de l’insalubrité de leur logis. Ceci nous donne un exemple du travailleur dont les spéculateurs d'immeubles ont fait
*Hollis Godfrey, La Santé de la Ville.
1" une victime. À force de mirages trompeurs, ils lui ont imposé l'idée de se faire un foyer, tout en sachant que la chose serait pour lui une quasi impossibilité. Cet homme a payé trop cher sa terre et il se réalise, mais trop tard, que les frais de construction d’une maison, plus les intérêts et les paiements annuels, sont un fardeau plus lourd qu'il ne l'avait imaginé. C'est là l'appât du spéculateur d'immeubles.
L'extrait qui suit nous montrera que l'histoire de la fendation des nations se répète quant aux conditions de l'habitation:
“Depuis un certain nombre d'années il s'est opéré non pas tant un changement de propriété qu'un changement d'usage de cette propriété. Des maisons d'habitation bordant des rues entières, couvrant des carrés de terrain, jadis les demeures de familles appartenant à une bonne classe sociale, sont aujourd'hui transformées en logements à étages séparés. La résidence est devenue une maison à appartements. Les corridors et l'escalier sont des passages en commun; c’est par là que circule l'air vicié des pièces qui ouvrent à l'intérieur. L'histoire d'une telle maison est une liste de lamentables dégénérations. D'année en année, la situation s'aggrave, lentement, mais à coup sûr. Cette maison destinée à accommoder une seule famille est maintenant encombrée par quatre familles ou plus. Les lieux communs servaient aussi à une famille; aujourd’hui, quatre families en font usage. Il faut en dire autant de la provision d'eau, du lavoir, ete. Nul doute que le mauvais aérage et les diflicultés d'accès aux lieux des nécessités hygiéniques, tels que l'évier, le lavoir, le réceptable aux balayures, sont la cause indirecte des maladies et des mauvaises habitudes. C'est pourquoi la maison et les occupants dégénèrent.
“On trouve un autre aspeer de la propriété immobilière dans le centre de la ville de Londres: il n’est pas rare de voir des maisons d'habitation construites dans les cours des maisons donnant sur la rue. On y remarque certainement l’état de choses suivant: entre deux rues parallèles, il existait, quand ces maisons furent construites, un espace ouvert, subdivisé en cours. Avec cette disposition l’air pur pouvait pénétrer dans l'habitation par le fond aussi bien que par le devant. On avait installé différentes commodités hygiéniques dans ces cours: des lavabos, des boîtes pour les rebuts, ete. Ainsi la maison, en tant que résidence, était bien montée. Mais, outre l'invasion des locataires déjà mentionnée, il survint une invasion d’industriels. On couvrit les cours, on y bâtit des ateliers. Quelques-uns de ces bâtiments, quoique peu élevés, empêchaient la ventilation du premier étage. Mais ces bâtiments prirent souvent de telles proportions, qu'une grande partie de l'espace
Quartier des étrangers à Toronto.
libre, qui se trouvait à l'origine entre les deux rues, & été rome plie. Les maisons sont maintenant, pour ainsi dire, accolées les unes aux autres. Bien plus, le voisinage immédiat de quelques genres d'ateliers est pour les habitations une source d'inconvénieuts de toute nature. '’*
Il est très vrai qu'il y aura toujours des pauvres dans nos rangs: mais nous n'avons aucun droit de les reléguer dans la malpropreté, la poussière, l'obscurité, l'humidité et les maladies qui, non seulement ruinent leur santé, mais corrompent et dégradent leurs mœurs. Il n’y a pas de raison pour que leurs logements soient des lieux de recrutement pour nos asiles d’aliénés, nos maisons d'arrêt et nos prisons—ces monuments que nous érigeons À nos erreurs de civilisation.
Habitations Les foyers d'infection ne sont pas limités avx endroits pour les où se trouvent les maisons délabrées: ils sont répandus Immigrants Lar centaines dans ces nouvelles acquisitions que font nos cités et nos villes et que l’on appelle généralement des “ villes 7 Ces assemblages de cabanes et de hangars construits en planche, couverts de papier-goudron, retenu avec des clous de fe blane, sont destinés à servir d'abris temporaires aux immigrants nouveau-venus, mais, trop souvent, ils deviennent les habitations permanentes d’une population étrangère, Ce sont des sources de tnaladies microbiennes et contagieuses, des pépinières du vice et de liniquité. L'immigrant est obligé de se loger, et il se rue sur le mieux qu’il peut trouver, au prix qu’il peut payer. S'il ne réussit à rien avoir, soit Jui ou un spéculateur quelconque élève une eabane dans les faubourgs d’une cité ou d’une ville. Qu'il achète Je lot et y bâtisse la cabane, ou qu’il la loue, il paye des prix exorbitants pour le logement qu'il obtient. C'est ainsi qu'ont surgi les petites Italies, les petits Londres et nos villes chinoises, dépourvues des nécessités hygiéniques les plus élémentaires. Ce type de foyers d'infection est adéquatement décrit dans un rapport sur une colonie d’Italiens établie à quelque distance du Sault-Sainte-Marie, dans laquelle on a compté trente cas de fièvre typhoïde :
de cabanes.’
“Cette colonie est entassée dans un certain nombre de misérables cabanes malpropres à l'extérieur et à l’intérieur: nulle cave, ni drainage, les latrines à fleur de terre, une malpropreté défiant toute description. Les occupants n’ont d'autre au potable que celle qu’ils puisent dans quelques trous plein de vase, à quelques pieds seulement des latrines. Re
*Rapport sur la santé publique à Finsbury, 1905. +Du rapport annuel du Bureau provincial de la Santé de l’ Ontario, 1906.
Au Canada, nous avons reçu et nous continuous à recevoir des sujets de plusieurs contrées de l'Europe, dont le nombre va toujours grandissant, Nous avons chez nous des indigènes des pays de l'Asie; ils nous arrivent avec leurs habitudes et coutumes asiatiques, Chaque nation a son mode d'existence. Tous ces êtres viennent avec l'idée de se eréer un chez soi sinon de faire de l'argent ; quelques-uns n'ont pourtant qu'un rêve: faire de l'argent: et, altérés de cette soif d'or, ils vivent plutôt en pourceaux qu'en êtres humains. Le sanctuaire et la déesse de la santé sont chez eux inconnus et sans culte. Ceci n’est pas une légende, ear, en ma qualité d'officier de santé de l'Ontario, j'ai vu, en raaintes occasions. de quelle manière quelques-uns de ces individus se créent un “taudis” dans le cœur de nos villes, y élèvent une famille et y font un commerce qu'aucune plume ne saurait adéquatement décrire.
Je me permets de citer un exemple dont j'ai été témoin, il ya quelques années, Un couple, nouvellement marié, originaire d'une des contrées de l'Europe Méridionale, venait d'arriver dans une de nos Villes. Le mari, pendant quelque temps, colporta des statues de plâtre qui étaient supposées représenter des personnages de l'antiquité. Plus tard, il se mit dans le commerce des fruits: il s'était installé sur une des grandes rues commerciales, dans une sorte de cul de sue, où il v eut jadis une boutique de forgeron. Se servant des murs des deux magasins Voisins, le propriétaire lui éleva une cabane, un appents, dont le devant servait de dépôt de fruits: ‘unique pièce du fond était en même temps © 'isine, chambre à coucher, pièce À tout faire, à l'occasion, entrepôt de fruits. En ce réduit végétèrent quelques années le mari et sa femme, Plusieurs enfants y naquirent: la plupart y moururent: et, si pour cause de construction d'un édifice le marchand de fruits n'eut été contraint de quitter l'endroit, il y serait peut-être encore,
Le logement des immigrants est un problème à résoudre ñ toutes les villes, villages et districts du Canada, et il est nécessaire de l'attaquer de front, sans délai. C’est une des phases de Ia question de l'habitation qui est peu comprise et à laquelie on n’a fait que très peu d'éttention. Pour se rendre compte de la situation, il suffit de visiter quelqu'une de nos grandes villes; cette constatation faite, on se demande où s'arrêtera cet état de choses, si l'on ne prend pas immédiatement les mesures voulues pour y mettre un terme.
Un coup d'œil sur la distribution des 104,996 immigrants qui nous Sont arrivés au cours de l'exercice expiré le 31 mars 1910. Où et comment a-t-on logé cette nombreuse population? Combien de nouveaux logements a-t-on bâtis pour recevoir la plus grande partie de ces gens qui, presque sans argent, sans connaissance de notre
langue, de nos habitudes et de nos lois, ont dû trouver à se loger?
Maison de Fapport couvrant tout
un Carré, magasine au rez-de-chaussée cordes
hnge sur le toit, au « uartier des étrangers à Toronto Î g
Quartier encombré des étranger Voir, vers le centre, un *
à Toronto, ligne de logement: AUX sous-sol rusin ", dépôt de déchets sur le de vant
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Je ne parlerai pas de eux qui ont été engagés pour les travaux de construction de nos voies ferrées; je me contenterai de dire qu'il y a lieu d'améliorer les conditions de leurs logements, sans que l’on puisse, même après cela, les appeler hygiéniques:; ils ne seraient même pas aussi confortables que les bâtiments où des cultivateurs intelligents logent leurs bestiaux. Ils ne seraient certainement pas comparables à ceux que certains cultivateurs de l'Ontario, qui se livrent À l'industrie laitière, ont élevé à leurs bôtes à cornes. On peut établir une certaine comparaison entre l'immigrant étranger et le voyageur dans nos tramways trop pleins: mais celui-ei ne souffre de l'encombrement que quelques minutes, l'autre, au contraire. est sans espace jour et nuit, Tous deux payent pour le comfort qu'ils n'obtiennent pas: l'un à la compagnie des tramways, l'autre au propriétaire de l'immeuble, Si cet état de choses n'était que transitoire, ce serait un demi-mal, mais il se développe parmi nous: et, si l'on ne prend les moyens de l'enrayer immédiatement, la nation en souffrira au point de vue hygiénique, économique et social, Pour se convaincre que cette question est d'un intérêt général, il suffit de jeter un coup d'œil sur la statistique de l'immigration ci-après.
Gardons-nous de croire que toute l'immigration originaire des Etats-Unis s'établisse dans le Grand-Ouest : chaque province a reçu son contingent des 103,798 qui nous sont arrivés l'année dernière, Cependant, la plus grande partie de cette classe se rend dans les nouvelles provinces agricoles. La proportion est de 4 pour l'Ouest et de 1 pour les provinees de l'Est. Les chiffres di répartition sont les suivants: Provinces Maritimes, Québec et Ontario, 23,562: Manitoba, Saskatchewan, Alberta et Colombie Britannique, 80,236.
En divisant les immigrants en trois groupes, on trouve qu'ils ont été distribués comme l'indique le tableau suivant :