‹ L'œuvre de la Propagation de la foiChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Voyage en France de Mgr Dubourg. — Pauline-Marie Jaricot, — La réunion du 3 mai 1822 et la création d'une Œuvre universelle. — M. de Verna chargé de préparer un règlement. — Les Conseils de l'Œuvre. — La part de chacun dans la fondation. — Les Lettres édifiantes. — Les Annales de la Propagation de la Foi.

Vers la fin de 181-5 et en 18 16, Mgr Dubourgf^ évêque de la Nouvelle- Orléans (i) s'était arrêté à Lyon en revenant de Rome. Il avait donné la confirmation dans plusieurs paroisses, fait deux ordinations et, au grand séminaire, présidé à l'inauguration de la statue de saint Irénée, patron du diocèse. Il venait de recevoir la consécration épiscopale des mains du cardinal Doria, assisté de l'ancien évêque de Saint-Malo, ambassadeur de France, et de Mgr Pereira, évêque de Terracine. La cérémonie avait eu lieu dans l'église Saint-Louis-des-Français, le dimanche 24 septembre 181 5.

Le diocèse du Prélat s'étendait sur une longueur de plus de 1.200 lieues, du golfe du Mexique à l'océan Pacifique. Sur cette immense étendue, erraient plus de 25 tribus sauvages et habitaient

(i) Mgr Dubourg, né à Saint-Domingue, le 16 février 1766^ fut ordonné prêtre en 1788 et admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice. Il partit pour l'Amérique au début de la Révolution. Successivement évêque de la Nouvelle-Orléans et de Montauban, il devint archevêque de Besançon où il mourut le 12 décembre i833.

des colons qui n'avaient qu'un souvenir confus des vérités de la Foi, vivaient et mouraient sans secours religieux.

Mgr Dubourg, préoccupé de la nécessité de créer des ressources à son diocèse, le recommanda aux fidèles lors de son séjour à Lyon, et entretint des besoins de sa Mission, Mme Petit, née de la Barre, qu'il avait connueaux Etats-Unis. Il désirait la fondation d'une société permanente dont les membres verseraient un franc par an pour venir â son aide. Mme Petit, en présence des difficultés qu'elle rencontra ne put recueillir que de faibles aumônes. Mgr Dubourg n'est pas, ainsi que le disent d'anciennes notices publiées sur ce prélat, le fondateur de l'Œuvre dont nous écrivons l'his toire ; il songeait simplement, comme le font tou^ leschefs de missions, à créer, pour son diocèse, une source de revenus, mais l'intérêt suscité par la T.ouisiane a beaucoup contribué à inspirer l'idée j' ssée ensuite dans l'ordre des faits.

A cette époque vivait à Lyon Paulîne-Marie Jaricot, née dans cette ville le 22 juillet 1799, septième enfant venue dans la famille chrétienne d'Antoine Jaricot et de Jeanne Lattier, sa femme ; le Ciel se servit d'elle pour être un des principaux instruments dans la création de l'Œuvre d'apostolat dont il avait formé le dessein.

La vie de Pauline Jaricot est trop connue pour que nous la racontions de nouveau ; elle a été plusieurs fois écrite, et la pieuse femme est, en général, présentée comme la fondatrice de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. Nous verrons, parla

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suite de ce récit, comment naquit et grandit l'œuvre. Bornons-nous, quant à présent, à tracer dans les grandes lignes, l'existence de cette fervente chrétienne dont le nom, devenu célèbre, appartient à l'histoire de l'Eglise au XIX® siècle.

Nous venons de donner la date de là naissance de Mlle Jaricot ; celle de sa première communion est le i6 avril 1812.

L'enfant accomplit ce grand acte avec piété. Le même jour, elle reçut le sacrement de confirmation. Elle grandit, et devint une belle jeune fille qui attirait l'attention du monde ; mais elle était destinée à élever sa pensée au-dessus des vaines illusions, et, dès l'année 18 16, elle brisa avec les vanités terrestres et se consacra tout entière à Dieu.

Pauline s'occupa des missions étrangères, travailla à raviver la dévotion au saint Rosaire, d'où naquit l'Œuvre du Rosaire vivant honorée des Brefs du Saint-Siège ; elle songea même à créer une Œuvre de régénération sociale, mais l'exécution de ce projet la mit en face d'inextricables embarras et la plaça dans la plus douloureuse situation, celle de ne pouvoir rembourser des créanciers ; elle dut tendre la main.

Pauline Jaricot mourut le 9 janvier 1862, après de longues souffrances supportées avec patience et avec une parfaite soumission à la volonté de Dieu. Cette femme si ardente pour le bien dès sa jeunesse, qui avait été entourée de la paternelle bienveillance de Grégoire XVI et de Pie IX, qui avait été en rapport avec des princes de l'Eglise comme les cardinaux Lambruschini et Villecourt, avec des prélats comme Mgr de Forbin-Janson, avec de pieux personnages comme le curé d'Ars,

le P. de Magallon, M. Dupont, etc., fut conduite à sa dernière demeure dans le plus modeste appareil. La mère de Pauline était morte le 26 novembre 1814, et elle avait perdu son père, vingt ans après, le 26 décembre 1834 ; l'un et l'autre lui avaient été enlevés pendant deux graves maladies qu'elle-même avait subies et qui l'avaient conduite aux portes du tombeau. Elle avait eu, pendant la plus grande partie desavie, une santé chancelante ; sa faiblesse et ses douleurs physiques n'avaient en rien porté atteinte aux ressources qu'elle trouvait, dans sa pensée et dans son cœur, pour donner de l'impulsion aux œuvres de zèle qui absorbaient son activité. Mais, après ces quelques détails sommaires, il nous faut revenir en arrière.

Pauline Jaricot reçut un jour de son frère Phîléas (i) de deux ans plus âgé qu'elle, étudiant au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, une lettre lui faisant connaître le dénûment de la maison des Missions Etrangères à laquelle il proposait d'assurer des ressources régulières. Les Directeurs de ce séminaire avaient déjà, d'ailleurs, cherché à renouveler une union de prières fondée au xvin® siècle pour le salut des infidèles, et avaient publié une petite brochure intitulée ; a. Association de prières

(i) Philéas Jaricot qui, tout jeune, manifestait déjà son désir d'être apôtre, fut ordonné prêtre à Saint-Sulpice le 21 décembre 1823. Mgr de Pins voulut, à cause de l'état de sa santé, qu'il restât à Lyon, et le nomma aumônier de l'hôpital de la Charité. Il devint, en 1827, aumônier du grand Hôtel-Dieu. L'abbé Jaricot occupait cette charge quand il mourut le 26 février i83o, à l'âge de 33 ans.

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pour deTfiander à Dieu la conversion des infidèles , la persévérance des chrétiens qui vivent au inilien deux, et la prospérité des établis s e^nenis destinés à propager la Foi . » Mlle Jaricot avait une sœur dont le mari dirigeait un moulinage de soie à Saint-ValHer, dans la Drôme ; elle recommanda aux ouvrières de son beau-frère de réciter les prières de cette association et établit, dans les ateliers, une quête à faire tous les vendredis, en faveur des Missions Etrangères.

La pieuse fille cherchait à organiser la collecte pour les missions quand elle trouva les dizaines pour la perception du sou. Elle a raconté, ellemême, comment la chose se fit. La pensée de cette organisation lui vint un soir qu'assise au coin du feu, chez son père, pendant que ses parents jouaient au Boston, elle songeait aux moyens de venir en aide aux missionnaires. « Dans la crainte d'oublier ce mode d'organisation, dit Mlle Jaricot, je l'écrivis tout de suite et m'étonnai, en voyant sa facilité et sa simplicité, que personne ne l'eût trouvé avant moi. »

La collecte du sou existait déjà dans le monde protestant. Les anabaptistes avaient fondé, pour leurs missions, des sociétés grâce auxquelles tous, même les pauvres, contribuaient au développement de leur secte en versant, chaque semaine, un sou dans ce but. Plusieurs grandes villes d'Angleterre, telles que Li verpool, Plymouth, Bristol, etc. , possédaient des associations de cette nature. Une note des Annales de la Propagation de la Foi (i) fait observer que dans une seule paroisse on avait recueilli, dans l'espace d'un an, 150 livres

(i) N* VI, Août 1825.

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sterling. Elle ajoute ; « Ces sociétés établissent des troncs où chacun met son sou par semaine. Elles engagent les personnes qui tiennent des maisons d'éducation à en avoir un où les élèves mettent leur légère épargne. On voit à des boutiques de Londres de ces troncs destinés à recevoir le sou pour les missions. »

Philéas Jaricot étant ^entré en relations avec le séminaire des Missions Etrangères, communiquait à sa sœur les nouvelles venues des missions d'Extrême-Orient. Les lettres du jeune étudiant furent copiées et envoyées aux dizaines. Bientôt un des amis du séminariste, M. Victor Girodon, employé de soieries chez M. André Terret, prêta son concours à Pauline-Marie. Il devait entrer, plus tard, dans les Ordres. MM. Arnaud, Termier, et quelques autres jeunes gens, tous commis de fabrique, se joignirent à M. Girodon. Ils recueillirent, pendant treize mois, c'est-à-dire depuis et y compris le mois de juin 1821 jusqu'à celui de 1822 inclusivement, 1.381 francs 80 qui, accrus de 600 francs environ réunis par Mlle Jaricot, portèrent la recette, destinée au Séminaire de la rue du Bac, à 2. 000 francs environ (i) ; ellefuttransmiseà sa destination par M. l'abbé Gourdiat, curé deSaint-Polycarpe, àLyon. Cependantlesamis de Mgr Dubourg, parmi lesquels M. Cholleton, vicaire général honoraire de la Nouvelle-Orléans et directeur au grand séminaire de Saint-Irénée, désiraient voir s'établir, en sa faveur, une Œuvre analogue à celle qui existaitpour le séminaire des Missions Etrangères, et la pensée de constituer une grande société pour

(i) Ces chiffres sont extraits d'une note manuscrite, sans nom d'auteur, datée du 17 avril 1840, déposée aux archives de l'Œuvre.

les missions, commençait à germer dans certains esprits. Cette pensée, néanmoins, paraissait à d'autres trop grandiose pour pouvoir être mise à exécution.

Au commencement de 1822, M. l'abbé Inglesî, vicaire général de Mgr Dubourg, passa par Lyon pour y visiter les correspondants del'évêque delà Nouvelle- Orléans, notamment Mme Petit à laquelle le Prélat avait adressé son collaborateur, et M. Didier Petit, négociant, fils de cette dame. II importait de donner au zèle des bienfaiteurs de la Louisiane une nouvelle impulsion.

Le 3 mai 1822, eut lieu, dans l'appartement de M.Inglesi, la célèbre réunion où l'on devait réaliser l'idée d'une Œuvre générale pour les missions. M. l'abbé Inglesi, après avoir récité le Veiii Creator , raconta les progrès et les souffrances des missionnaires d'Amérique et insista sur la nécessité de procurer des secours permanents aux missions ; il proposa de créer une grande Œuvre pour leur venir en aide avec suite.

A la réunion du 3 mai assistaient MM. Victor de Verna, Didier Petit, Devilliers, Benoît Coste, le comte d'Herculais, de Jessé, André Terret, Antoine Périsse, Auguste Bonnet, Magneunin, l'abbé Cholleton, vicaire général et directeur du grand séminaire de Lyon. M. de Varax, maire de Vaise, à qui on avait demandé de s'intéresser à l'Œuvre projetée ne put assister à la séance.

L'Assemblée décida, par acclamation, qu'il y avait lieu d'établir une grande association en faveur des Missions catholiques des deux mondes.

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Dix ans après, le i6 août 1832, M. de Verna écrivait, du château de Chintré, près Mâcon, au PrésidentduConseilcentral de Paris, son collègue : «Quandcette grande association s'élevaenFrance, ses fondateurs voulurent lui donner une base large et digne de son objet. Ils ne songèrent pas à en faire seulement une affaire nationale, ils voulurent établir une Œuvre catholique. Aussi leurs projets ne se bornèrent pas à soutenir les missions de France et à secourir les missionnaires français, ils étendirent les bienfaits de l'association sur les missions des deux hémisphères et sur tous les missionnaires français, espagnols, italiens, belges, indiens, etc., etc., de quelque nature qu'ils fussent. Ce n'était pas la foi de France qu'ils voulaient propager, c'était la foi catholique. Ils virent le bien général, sans limites, sans restrictions, sans distinctions. »

Cette lettre de l'un des ouvriers de la première heure indique clairement la pensée des fondateurs. On voulut créer une société catholique dans le vrai sens du mot, c'est-à-dire universelle quant aux missions à secourir et quant aux pays appelés à fournir les ressources nécessaires.

L'Assemblée du 3 mai, « par l'adoption du principe d'universalité qui distinguait l'entreprise nouvelle des tentatives antérieures, » avait, selon l'observation d'Ozanam, véritablement fondé l'Œuvre de la Propagation de la Foi.

Elle forma un bureau provisoire. M. de Verna fut choisi comme président et M. Petit comme

secrétaire (i) ; puis elle chargea M. de Verna de préparer un projet de règlement et lui adjoignit, dans ce but, une Commission composée de MM. Didier Petit, Devilliers (2), Terret (3), chargée de déterminer le mode de perception des fonds. M. Terret s'aboucha, à cet effet, avec son employé, M. Girodon, et, par lui, on voulut connaître les intentions de Mlle Jaricot. Après quelques hésitations inspirées, d'ailleurs, par le seul désir du bien, Mlle Jaricot et ses collaborateurs idhérèrent aux projets de l'Assemblée.

Une seconde séance, plus nombreuse que celle du 3 mai eut lieu le 8, une troisième le 21, composée de quelques personnes seulement convoquées par M. de Verna, et enfin, dans une réunion tenue le 25 mai 1822, le règlement fut adopté. Les Anna/es ont donné un extrait de ce règlement dans leur sixième livraison. Le bureau fut constitué,

(i) M. Didier Petit de Meurville naquit, en 1794, à Saint- DomingTie, de parents français ; son père fut massacré, l'année suivante, par les Noirs révoltés, et sa mère étant ruinée se retira à Baltimore. En i8o3, Mme veuve Pe»it vint se fixer à Lyon où elle continua à être en rapport avec les missionnaires des Etats-Unis. M. Petit fut secrétaire du Conseil central du Midi, du 3 mai 1822 au 6 mars 1828 et cessa de faire partie du Conseil, le 2 juillet 1841, peu de jours après la mort de M. de Verna. Nommé, par M. de Lamartine, vice-consul à Alicante, en 1848, il fut promu au Consulat de Saint-Sébastien au mois de juin 1807 et mis à la retraite en 1872. Il mourut, à Biarritz, d'une attaque d'apoplexie et après avoir pu recevoir, en pleine connaissance, les derniers sacrements, le dimanche, 27 avril 1873. 11 était le dernier survivant des fondateurs de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.

(2) M. Devilliers mourut en 1837 ; il était à cette époque, vice-président du Conseil de Lyon.

(3) M. Terret fut le troisième président du Conseil de Lyon, n mourut en 1859.

d'une façon définitive, avec M. de Verna comme président, M. Benoist Coste comme vice-président y M. d'Herculais fut désigné pour remplir les fonctions de trésorier, et M. Petit celles de secrétaire» L'Œuvre fondée, on obtint l'approbation de l'autorité épiscopale et on constitua, immédiatement, un comité diocésain, composé, lui aussi, de sept membres.

Dès le mois de juin 1822, M. Didier Petit partit pour Paris à l'effet de former un Conseil supérieur de l'Œuvre. Il réunit, dans une séance spéciale, le cardinal prince de Croy, grand aumônier, l'abbé Pérault, le prince de Polignac, le marquis de Rivière, le comte de Sènst-Pilsach, le duc de Rohan, M. de Haller, leur explique le but et les moyens d'action de la nouvelle institution. Ces messieurs acceptent l'idée qui leur est soumise, promettent de se dévouer à l'CI^uvre. Ils se réunissent, le 27 juillet suivant, chez le grandaumônier de France, au château des Tuileries, et créent le Conseil central du Nord, avec le Conseil particulier du diocèse de Paris.

Le Conseil supérieur cessa d'exister après la Révolution de 1830 ; les deux Conseils centraux de Lyon et de Paris jugèrent, d'un commun accord, qu'il n'y avait plus lieu de le rétablir. Ces Conseils administrèrent seuls l'Œuvre depuis cette jjoque.

Voici comment est indiqué, dans une lettre de M. Terret, datée de Lyon, le 24 mars 1859, la

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part de chacun dans la création de l'Œuvre de la Propagation de la Foi (i).

A Mlle Jaricot appartient l'idée de la perception du sou hebdomadaire, idée, comme on le verra, si féconde dans sa simplicité, la division des associés par dizaines, centaines et mille, les feuilles de perception et l'application des recettes de la rue du Bac. ^ .

A Mme Petit revient l'honneur d'avoir eu la première pensée d'une société appelée à aider les missions étrangères, une rétribution annuelle modique, la publication rare et sans époque fixe de quelques nouvelles des missions, le tout pour obtenir des secours destinés aux diocèses de la Louisiane et du Kentucky.

La réunion du 3 mai 1822 créa une Œuvre universelle, quant à son but et ses moyens d'action, demanda la prière journalière, mit la société sous le patronage de saint François-Xavier. A elle appartient aussi la décision d'avoir deux fêtes solennelles chaque année, fêtes enrichies, plus tard, d'indulgences plénières, la création des Conseils centraux, généraux, diocésains, la publication à^ Annales communiquées régulièrement à tous les associés et faisant suite aux Lettres édifianfes.

Ainsi que le faisait observer, un jour, la revue Les Missions Catholiques , en citant Ozanam, l'Œuvre de la Propagation de la Foi a eu la destinée commune à la plupart des institutions chrétiennes où « Dieu prépare toute chose de façon

{\^ L Œuvre de la Propagation de la Foi, notice publiée par les Coniieils centraux de Lyon et de Paris, brochure imprl- 4nee chez Dumoulin, à Paris.

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que nul n'en puisse être appelé l'auteur, et qu'il

ne s'y attache pas une vue humaine. Il cache et

divise leur source comme celle des grands fleuves

dont on ne peut dire par quel ruisseau ils ont

commencé. »

Comme les premiers apôtres qui écrivaient aux différentes Eglises^ les missionnaires eurent toujours soin de tenir le peuple chrétien au courant de leurs travaux, en racontant soit à leurs supérieurs, soit aux princes, soit à de hauts personnages leurs bienfaiteurs, les divers épisodes de leur vie accidentée, leurs fatigues, leurs labeurs et leurs succès. Ils trouvaient, dans cet usage, le moyen d'instruire, de susciter des vocations et d'engager les âmes pieuses à les aider de leurs prières et de leurs générosités.

Les grands missionnaires jésuites des XVI® et XVII® siècles ont laissé des relations du plus haut intérêt, sur le Japon, la Chine, la Cochinchine, les Echelles du Levant, l'Amérique du Sud. Nous avons toute une collection de récits touchant la Nouvelle France, écrits par les supérieurs de la résidence des Jésuites de Québec, les PP. Lejeune, Yirmont, Ragueneau, Lallemant, etc., qui va de 1634 aux dernières années du XVII® siècle.

On sentit l'utilité de réunir toutes les lettres des missionnaires en un tout qui devint les Lettres édifiantes. Données d'abord sans ordre, ces lettres furent ensuite l'objet d'une nouvelle édition divisée en quatre parties. La première fut consacrée au Levant, la seconde à l'Amérique, la troisième aux Indes, la quatrième à la Chine, à la Cochinchine et au Tonkin.

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Les Lettres édifiantes lormèrent bientôt un recueil si important que Ton fit des éditions composées d'un choix des lettres les plus intéressantes. Ainsi un premier recueil de cette nature fut publié en 1809, par les soins d'un chanoine de Notre- Dame de Paris, fut réédité et augmenté en 1824.

Une nouvelle série de Lettres édifiantes intitulée Nouvelles Lettres édifiantes, parut chez Adrien Le Clère en huit volumes in- 12, dans les années 1818, 1820, 1821 et 1823.

En devenant le centre naturel des missions des deux mondes, il paraissait logique que l'Œuvre de la Propagation de la Foi, destinée à recevoir des aumônes et à les répartir, suivant les besoins des parties prenantes, continuât ce qui avait été fait jadis et créât un organe, suite en quelque sorte des Lettres édifiantes, qui eût pour but de mettre les missionnaires en contact direct avec leurs nouveaux bienfaiteurs. Il fut donc décidé que l'on offrirait au public un journal des Missions renfermant les lettres des nouveaux apôtres adressées directementoucommuniquées aux administrateurs de l'Œuvre. De cette pensée sortirent les Annales de la Propagation de la Foi dont les premiers directeurs purent dire : « Ces intéressantes publications ne seront pas le moindre service de l'Association de la Propag^ation de la Foi à l'égard des Missions. En rendant ainsi populaire, en quelque façon, la connaissance de tout ce qui les concerne, l'Association éveillera, en leur faveur, un intérêt qui ne doit pas être moins efficace que les secours pécuniaires qu'elle recueille abondara-

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ment pour elles. Nous espérons aussi de la divine Bonté qu'elle fera servir à l'édification des chrétiens, dans l'intérieur de notre France, les admirables récits de la foi, du zèle et des travaux de nos missionnaires, et que l'Association servira ainsi à l'accroissement de l'Eglise de Jésus-Christ, au dedans comme au dehors. On pourrait ajouter comme réflexion subsidiaire, cette observation : « Il est donc vrai que, considérée seulement comme société de bons livres, l'Association de la Propagation de la Foi produirait déjà un bien très remarquable. »

Il ne faut pas perdre de vue, pour se rendre compte des grands services rendus par les Annales, même au point de vue de l'ethnographie, de la géographie, de l'histoire des contrées lointaines, que l'on n'avait pas, au moment de leur création, toutes ces publications, multipliées depuis, qui tiennent le lecteur au courant des moindres faits se passant aux extrémités du monde. Les Annales n'en restent pas moins un recueil des plus précieux renfermant des détails qui offrent souvent un grand intérêt ; ils sont observés, en effet, par des hommes qui ne se contentent pas de vivre dans les villes maritimes ou commerçantes, mais pénètrent jusque dans la moindre bourgade. Le petit recueil à couverture bleue offre ceci de particulier, c'est que la façon dont il est distribué permet aux plus humbles d'être instruits de matières dont ils n'auraient pas, sans lui, la moindre idée. Publication populaire, elle circule dans tous les milieux.

Si nous élevant plus haut, nous songeons au bien qu'ont produit les Annales de la Propagation de la Foi, aux yeux qu'elles ont dessillés, aux âmes qu'elles ont réconfortées par le spectacle

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d'épreuves et de souffrances volontairement supportées pour la gloire de Dieu, aux vocations apostoliques qu'elles ont éveillées, quelles actions de grâces ne doit-on pas rendre à la miséricorde divine d'avoir permis « l'entier accomplissement de tout le bien qu'elle a eu le dessein de produire par l'admirable association dont elle seule a inspiré l'idée. » Le bienheureux Chanel ordonné prêtre le 15 juillet 1827, nommé vicaire à Ambérieux, puis curé de Crozot était sans cesse poursuivi par la pensée des missions. « Je viens de lire, disait-il un jour, un numéro des Annales de la Propagat-' on de la Foi, qui m'a bouleversé l'àme. Il me semble les voir, ces pauvres insulaires, ces idolâtres, ces anthropophages que le démon tient sous son empire. Ils nous tendent les bras. Je crois entendre leurs cris déchirants : « Qui dissipera nos ténèbres ? Qui brisera les chaînes de notre esclavage ? Venez à notre secours (i) ! » Il y a lieu de penser que la lecture des Annales ne fut pas étrangère au développement de la vocation du bienheureux Perboyre. Théophane Vénard, mis à mort pour la Foi, au Tonkin, le 2 février 1861, sentit naître en lui le désir d'être missionnaire, en feuilletant les Annales de la Propagation de la Foi ; il en fut ainsi de Mgr Ridel, qui mourut en Corée.

« C'était dans une humble chaumière bretonne, raconte un ancien Directeur de l'Œuvre dans le diocèsede Saint-Brieuc(2); un enfant jouait auprès de sa mère, quand il aperçut dans ses mains un

(i) Les Mariyrs Jean-Gabriel Perboyre et P.-L. Marie Chanel, brochure imprimée par D. Dumoulin et C'*, à Paris.

(2) M le chanoine Haraet, curé de Chatelaudren. — Rapport et Compte rendu de l'Œuvre de la Propagation de la Foi^. année 1897.

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cahier des Annales de la Propagation de la Foi, « Mère, est-ce qu'il y a des histoires dans ce livre? — Oui, mon enfant, des histoires de missionnaires— Mais qu'est-cedoncquelesmissionnaires? — Ce sont des Prêtres qui s'en vont bien loin chez les sauvages, pour leur apprendre à connaître et à aimer le bon Dieu, à sauver leur âme et à aller au ciel. — Eh bien, je veux aller le leur dire, moi aussi, afin qu'ils viennent avec nous en Paradis. » La vaillante mère embrasse son enfant, et avec un accent inspiré : « Pauvre petit, dit-elle, à Dieu soit ta vie I » Quelques années plus tard, le fils de la Bretonne entrait en Corée. En 1870, il était sacré évêque, et, le 28 juin 1884, après une captivité glorieuse, ce confesseur de la foi mourait avec le regret de n'avoir pu donner son sang pour Jésus- Christ. J'ai nommé Mgr Ridel. »

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