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HISTOIRE DE L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
(gentil) QVER (cœur) LE ROI TH1EBAVT ROI DE NAVARRE QVEINS (comte) PALA- TINS DE CHAMPOINGNE ET DE BRIE.
Ce monument fut transporté solennellement, le 6 février 1791, de l’église des Jacobins dans celle de l’hèpital générai par les soins de la municipalité de Provins, et réintégré plus tard, le 6 octobre 1807, à la place qu’il occupait primitivement (1).
Gaignières nous fait connaître deux autres tombeaux recouverts d’émail. C’est d’abord celui d’Alix, comtesse de Bretagne, femme de Pierre de Dreux, dit Mauclerc, morte en 1221, et de sa fille Yolande de Bretagne, femme de Hugues XI de Lusignan, comtesse de la Marche, morte en 1272. Ce double tombeau, qui se voyait dans la chapelle de Villeneuve en Anjou, était formé cl’une grande plaque de cuivre portée sur un soubassement, soutenu aux angles par des lions. Les figures des deux comtesses étaient couchées côte à côte sur un fond émaillé. Sur les bords, des écussons émaillés alternaient avec des cabochons (2). Le second tombeau renfermait le corps de Marie de Bourbon, morte en 1274, femme de Jean, premier du nom, comte de Dreux et de Braine. Il se trouvait dans l’église de l’abbaye de Saint-Yved de Braine et se composait d’une plaque de cuivre gravée et armoriée, émaillée de bleu et de rouge, sur laquelle se détachait en relief la figure de la défunte placée sous une arcature trilobée, les pieds posés sur un cul-de-lampe. Cette plaque était supportée par un soubassement orné de niches abritant treize figures en bosse sur chacun des grands côtés, et cinq sur chacun des petits. Toutes ces figures, accompagnées d’inscriptions qui devaient faire connaître leurs noms, semblent être des portraits (3).
Quelques années après, en 1276, un évêque de Rochester en Angleterre, Gauthier de Merton, étant mort, on demande à Limoges une plaque émaillée pour sa tombe, et on en confie l’exécution à « maître Jean », orfèvre en renom. On lui paie son œuvre, rendue à Rochester, quarante livres cinq sols et six deniers, non compris ses frais de voyage, la dépense de l’aide qui l’accompagne, et les honoraires d’un certain homme de confiance chargé d’arrêter le plan et d’en surveiller l’exécution (4).
Ce n’est point par un simple hasard qu’un artiste de Limoges fut chargé de l’exécution du tombeau de Gauthier de Merton. L’évêque de Rochester avait rempli les fonctions de chancelier d’Angleterre sous Henri III et avait eu, à ce titre, à s’occuper des intérêts de la commune du Château (5) pendant la lutte des bourgeois contre Gui VI et la vicomtesse Marguerite. On trouve dans l’intéressant recueil de Shirley : Royal and
(1) Aufauvre et Fichot, Les Monuments de Seine-el-Marne. Paris, 1858.
(2) Gaignières, Bibliothèque d’Oxford, t. I, fol. 99.
(3) Bibliothèque d’Oxford, t. I, fol. 78.
(4) « Computant (executores) 40 1. 5 s. 6 d. libérât. Magistro Johanni Lemovicensi pro tomba dicti episcopi Roffensis; scilicet pro constructione et carriagio de Lymoges ad Roffam et 40 s. 8 d. cuidam executori apud Lymoges ad ordinendum et providendum constructioni dicte tombe et 10 s. 8 d. cuidam garcioni eunti apud Lymoges querenti dictam tumbam constructam et ducenti eam cum dicto magistro Johanne usque ad Roffam ». Archæological Journal, 1846, t. Il, p. 167, 171.
(5) Limoges, comme un grand nombre de villes importantes, se divisa de bonne heure en deux sections distinctes. L’une, la plus ancienne, formait la partie centrale, la partie basse, groupée, vers 570, autour de la basilique de Saint-Étienne. Entourée de murailles, on l’appelait la cité; elle était placée sous l’autorité de l’évêque qui, dans les actes, ne manquait pas de joindre à son titre épiscopal son titre féodal : defensor civitatis, cornes civitaiis. L’autre portion, la partie haute, composée de tout ce qui débordait les murs de la cité, c’est-à-dire des annexes de construction plus récente que celle de l’intérieur, comprenait la ville proprement dite avec ses faubourgs. Elle était sous la domination des vicomtes de Limoges, sauf l’hommage dû à l’abbaye de Saint-Martial. Le nom de château lui fut donné lorsque, par l’ordre du roi Lothaire, en 985, les habitants l’entourèrent de fossés et de murailles. Ce nom fut conservé
HISTOIRE DE L’EMAILLERIE LIMOUSINE
other historical letters illustrative of the reign of Henri III, London, 1862-1866, t. II, p. 235, une lettre de Pierre de Limoges à ce prélat, appelant sur ses concitoyens la sollicitude du chancelier d’Angleterre (1).
Remarquons aussi que Jean de Limoges est ici qualifié de maître, ce qui indique à cette époque un chef d’atelier. Nous avons déjà vu qu’Alpaïs a aussi signé de son titre de maître la belle coupe conservée au Musée du Louvre : Magiter G. Alpaïs me fecit Lemovicarum (voir figure 185).
Nous voyons encore, vers 1294, le petit-fils du roi de Jérusalem, Jean de Brienne, venir lui-même dans la ville de Limoges pour « marchander » le tombeau qui devait recouvrir ses restes et ceux de sa mère, dans l’église de l’abbaye de Fourcamont (2).
Les Monumentos architectonicos de Espana, tome Ier, nous font connaître le tombeau en cuivre d’un évêque. Ce tombeau paraît remonter au xme siècle; le fond est émaillé; les vêtements du prélat sont gravés d’un dessin à losanges.
Les tombes émaillées de Limoges se distinguaient des tombes provenant des autres pays par un procédé particulier, le travail au repoussé appliqué au cuivre. Formées d’un assemblage de petites feuilles de métal, elles employaient infiniment moins de matière que les statues coulées d’un seul jet qu’on remarque surtout dans le nord de la France, notamment à la cathédrale d’Amiens. Elles se recommandaient donc par leur économie, cause bien puissante de succès.
Aux quelques noms d'artistes que nous avons eu occasion de faire connaître, nous en ajouterons trois autres que nous trouvons dans nos archives locales : « celui de Geoffroi Gérald, orfèvre, qui figure dans un acte de vente du mois de février 1279 (3), et dont on n’a signalé aucune œuvre jusqu’ici; celui d’Aimar — N’Eimar dorador, — nommé dans un compte des bailes de l’Aumône municipale de Sainte-Croix, non daté (4); celui enfin de J. Guibert le fermailher , qu’on trouve dans un acte donné comme portant la date de 1274 (5), mais qui pourrait bien appartenir au siècle suivant » (6).
L’émaillerie au xive siècle. — Au xive siècle, l’Œuvre de Limoges voit augmenter la faveur dont elle est l’objet. Ce n’est plus seulement pour les églises qu’on travaille, mais encore pour les particuliers : on fabrique des ornements profanes, des ustensiles de table, des accessoires de toilette. A la cour, s’agissait-il de faire un présent à effet, on usait du cuivre embelli par l’émail : « L’an 1317, en n jour de Juillet envoya Monsieur Hugues d’Angeron au Roi par Guiart de Pontoise un chanfrain doré à testes de Repars de l’euvre de Limoges à deux crêtes , du commandement le Roi, pour envoier au Roi d’Arménie » (7). On voit, par ce passage, que les produits de l’émaillerie limousine allaient en Asie, non loin de Constantinople, rivaliser avec ceux des ouvriers byzantins.
jusqu’au règne de François I". Legros, Essai historique sur Limoges et ses environs, p. 107, 1 vol. manuscrit in-40, 1775; — Abrégé des Annales du Limousin , p. 55, 1 vol. gr. in-40, 1776. — Bonaventure de Saint-Amable, t. III, p. 196. — Ducourtieux, Limoges d’après ses anciens plans, p. 42 358. Limoges, Ducourtieux, 1884.
(1) Citation de Louis Guibert, L’Orfèvrerie et les Orfèvres de Limoges, p. 80.
(2) Historiens de France, t. XXIII, p. 444 ( Chroniques des comtes d’Eu).
(3) Archives de la Haute-Vienne. Rég. d’hommages de l’Évêché.
(4) Archives de la Haute-Vienne. Liasse des Aumônes, Sainte-Croix et Pains de Noël.
(5) Allou, Description des Monuments de la Haute-Vienne , p. 368. — « La maijo J. Guitbert au fermailher ».
(6) Louis Guibert, L’Orfèvrerie et les Orfèvres de Limoges, p. 38.
(7) Du Gange, verbo Limogia, tiré des Registres de la Chambre des Comptes.
L’ÉMAILLERIE AU MOYEN-AGE
Le Musée de Berlin possède un curieux objet de toilette tout recouvert d’émail. C’est un flacon de forme allongée (voir figure 242), fretté de bandes légèrement concaves, ornées de rosaces à leurs points d’intersection. Ces bandes encadrent des lions, des oiseaux, des monstres épargnés et gravés sur fond bleu lapis.
Fig. 242. — Flacon émaillé du musée de Berlin.
Ce flacon nous paraît être de fabrication limousine; telle est aussi l’opinion de M. Émile Molinier, qui a eu la bonne fortune de le voir et de l’étudier. Les bandeaux creusés en gorge qui décorent ce vase nous rappellent un motif de décoration que nous retrouvons sur deux pièces limousines d’une origine indiscutable. Nous l’avons déjà vu sur le « ciboire d’Alpaïs », au Musée du Louvre (figure 182); nous le retrouverons sur une belle coupe de la collection Basilewsky (voy. Darcel et Basilewsky, Catalogue, pl. XXI).
C’était toujours à Limoges qu’on s’adressait pour avoir des tombes émaillées.
Le Musée du Louvre conserve la tombe de Blanche de Champagne, femme de Jean Ier,
HISTOIRE DE L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
duc de Bretagne, morte en 1283, et enterrée dans l’abbaye de la Joye, près Hennebont, qu’elle avait fondée. Un document, conservé clans les archives de la Loire-Inférieure, nous fait connaître qu’elle a été faite à Limoges, au commencement du xive siècle : « Sachent
(Fig. 243. — Tombe de blanche de champagne. (Musée du Louvre.)
tuit que nous Guillaume le Borgne, chevalier, avons heu et receu des exequtors de nostre chier segnour de bone memoyre Johan, jadis duc de Bretagne, conte de Richemond, défunt, quatre cenz et cinquante pour la façon de la tombe et de la sépulture nostre
chere Dame dont Dieux ayt l’arme, ma dame Blanche, sa mère, jadis duchesse de Bretaygne, ains que le dit nostre cher segnor aveyt quémandé fere à Lymoges au temps
L’ÉMAILLERIE AU MOYEN-AGE
qu’il viveyt; et les diz exequtors envers ceux qui font la dite tombe à la somme
des dites quatre cenz et cinquante A Venes, tesmoyng nostre seaul le jour l’an
de grâce mil treys cenz et seys (1306) ».
Les dimensions de la statue dépassent un peu la grandeur naturelle. L’émail qui décorait le coussin sur lequel repose la tète a totalement disparu (voir figure 243).
M. Gaillard de La Dionnerie possède une précieuse plaque de cuivre détachée d’un tombeau. Elle est d’autant plus intéressante qu’elle est datée; elle mesure om 30 de hauteur sur om 20 de largeur et porte l’inscription suivante, gravée en lettres capitales gothiques émaillées en rouge foncé ; les points sont en bleu lapis :