‹ L'œuvre de LimogesChapitre 18 sur 118 · LAMBERTUS ME FECIT · texte numérisé non relu

LAMBERTUS ME FECIT

» Ces vers, il est vrai, sont de Hildebert du Mans, écrivain du xie-xne siècle. Mais cette origine prouve seulement la date relativement moderne de la monture » (3). L’abbé Texier, auquel nous empruntons cette citation, ne nous fait malheureusement pas connaître si cet autel était recouvert d’émail.

(1) Gattico, De oraioriis domesticis et de usu altaris fiortatilis , in-fol. Romæ, 1770, p. 396.

(2) Annales archéologiques, t. IV, p. 2 92, en note.

(3) Abbé Texier, Dictionnaire d'Orfévrerie, col. 202.

CUSTODES

Parmi les objets d’émaillerie qu’on rencontre en assez grand nombre dans les collections, il faut ranger en première ligne ces custodes qui, du xmc au xive siècle, sortirent en si grand nombre des ateliers de Limoges. Beaucoup ont une forme à peu près semblable, mais les émaux qui les recouvrent sont riches et les dessins qu’ils présentent varient à l’infini. Elles ont cependant cela de particulier qu’elles diffèrent les unes des autres, du moins quant à l’époque de leur fabrication et à la nature du métal dont elles sont composées. Réunies ensemble, elles indiquent assez bien les transformations que ce vase liturgique a subies dans les diverses phases architecturales. Aussi elles se prêtent admirablement à l’étude et elles nous fournissent l’occasion de faire l’historique de ces petits objets d’orfèvrerie ; c’est un moyen sûr de saisir l’intérêt qu’ils peuvent offrir.

Pour avoir une idée complète sur les custodes il faut remonter aux premiers temps de l’église chrétienne. « Tant que la religion fut en butte aux persécutions, le prêtre n’était jamais assuré, la veille, de pouvoir le lendemain célébrer les saints mystères. Son zèle alors lui inspira la pensée de consacrer plusieurs hosties à la fois. Cette prévoyance le mit à même de pouvoir, à toute heure du jour et de la nuit, porter aux chrétiens mourants les secours du viatique. Afin de soustraire à toute espèce de profanation les hosties consacrées, on dut les tenir cachées; on les mit dans de petites boîtes. C’est ce que nous apprend l’article d’un synode de 1240, cité par Du Cange, au mot Limogia, où il est dit : Duce pixides de opéré lemovicino, in quo hostice conservantur » (1).

Ces petites boîtes sont souvent appelées Pyxis (2), pyxide, ou Turris, tour, pour faire allusion soit à la matière employée, soit à la forme qu’elles affectent presque toujours, mais elles sont plus généralement connues sous le nom de custode (3). Le mot custode (de custodire, garder, conserver) a été employé, il faut le reconnaître, dans différentes acceptions (4), mais les auteurs ecclésiastiques du Moyen-âge s’en sont spécialement servi pour

(1) Abbé Fleury, Histoire ecclésiastique.

(2) n-4 iç signifie, en grec, boîte; il vient de buis, parce que c’était avec le buis qu’on faisait les

petites boîtes dont on se servait habituellement.

(3) Les vases eucharistiques sont encore désignés sous les noms d 'area, capsa, capsella , capsula, cassa, conditorium, copa, cophinus, cupa, cuslodia , hierotheca, hostiaria , locution, reposilorium , suspensio, tabernaculum, techa, vas, conditoire, conserve , joyau pour le saint sacrement, reposiloire, réserve, etc.

(4) « Ses divers sens ont une origine commune comprise dans le terme latin cuslodia, garde. 11 désigne le plus souvent les boîtes à mettre le pain à chanter la messe, les réserves eucharistiques suspendues audessus de l’autel.... La custode figure encore dans les documents anciens comme synonyme de monstrance, puisqu’elle sert à exposer le saint sacrement. La seconde application du mot s’étend aux enveloppes de toute nature servant à renfermer ou à protéger un objet. C’est d’ordinaire une pièce de gaînerie ou de menuiserie. Enfin on appelle custode, dans la langue ancienne, les rideaux ou courtines dont on se servait

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désigner le vase eucharistique contenant les hosties consacrées destinées aux infirmes. Quelquefois, mais bien rarement, ces custodes servaient de reliquaires et on les utilisait ainsi à la consécration des autels (i).

Dans les premiers temps du christianisme, on ne laissait guère dans les églises les espèces eucharistiques parce qu’elles auraient pu être profanées par les païens; les fidèles les conservaient chez eux : saint Clément d’Alexandrie le déclare d’une manière formelle (2). Les chrétiens les gardaient enveloppées dans un linge blanc qu’on déposait dans une petite boîte de bois ; on pouvait travailler le bois sans éveiller les soupçons des ennemis de la religion. Telle a été la première matière employée. Saint Héribert de Tuy, comme il se désigne lui-même dans son écrit : De incendio oppidi Tuitii sua cetate viso Liber aureus (25 août 1128), adressé aux religieux de son monastère, parle de la pyxide de bois qui renfermait le corps du Sauveur (3).

On s’est encore servi de cette matière à une époque qui n’est pas très éloignée de nos jours, mais c’était alors uniquement pour faire disparaître la crainte, parfois trop légitime, qu’un objet précieux par la nature de sa composition ne tentât trop facilement des mains sacrilèges. Mgr de La Rochefoucaud déclare page 17, dans le Rituel de Beauvais publié en 1783, que l’on peut se servir, surtout pour la nuit, de ciboires en bois ou en carton toutes les fois qu’on aurait lieu de craindre que les voleurs n’enlevassent les vases sacrés : « Pyxis altéra ex levi ligno vel charta densiore conferta ».

L’inventaire de la chapelle Sainte-Barbe à Genetay, daté de 1617, mentionne, à l’article 3 : « deux boistes à mettre du pain de communion, une de fer blanc et l’autre de carton couvert de brocard » (4). Sandelli a même décrit des vases eucharistiques en argile rougeâtre qui ont été trouvés dans les catacombes de Rome; ils servaient aux fidèles pour emporter chez eux l’eucharistie (5).

Après le bois, le fer-blanc et le carton, on employa tour-à-tour le verre (6), la fonte (7), l’albâtre (8), le marbre (9) et même l’étain (10). Les statuts synodaux de Jean Avantage,

devant l’autel où à l’entrée du chœur pour dérober la vue du prêtre aux fidèles pendant le temps de la consécration ». Victor Gay, Glossaire, p. 526.

(1) Mgr Barbier de Montault en cite deux exemples. En démolissant, à Saint-Maurice de Chinon (Indreet-Loire), un autel contemporain de l’église (xne siècle), on trouva dans le massif une pyxide émaillée pleine de reliques. Le Trésor de Saint-Hubert, en Belgique, conserve une pyxide semblable extraite de l’autel de la crypte dans laquelle étaient renfermées des reliques avec l’acte de consécration. — On trouve également la mention de cet usage dans l’inventaire de Boniface VIII (1295), au chapitre XLI : « unam pixidem rotundam argenteam.... et sunt in ea reliquie plurium sanctorum ». (N° 798.)

(2I Clementis Alexandrini opéra qnce extanl, Heidelbergæ, 1 592. Texte grec, p. 1 1 6. Version latine, p. 129.

(3) « In ilia ecclesia corpus Dominicum in pixide lignea secus altare repositum erat ». Ann. Benedict., c. 49 ». — Nous trouvons encore dans Y Inventaire de l'église de Nîmes, en 1 2 1 8, p. 67 : « 3 capsas eboris cum reliquiis et 4 pixides rotundas lineas et pixidem ligneam cum balsamo ».

(4) Barbier de Montault, Inv. de quelques églises rurales de l' Anjou. Extrait de la Revue de l'Art chrétien , octobre 1879.

(5) De sacr. synaxib ., c. xix.

(6) Saint Jérome (vc siècle) rapporte de saint Exupère de Toulouse, qu’ayant vendu les vases sacrés de son église pour secourir les pauvres, il portait le sang précieux de Jésus-Christ dans une coupe de verre (Epist. ad Rusticum). — 1 360. « Une boîte de cristal à mettre pain à chanter ». Inv. de Louis d'Anjou, N° 43.

(7) « Deux cyboires : ung de cristal, garny d’argent doré.... et l’autre de fonte bien doré ». Invent, des Céleslins d'Éclimont en 1546, cité dans les Ann. archéol., VIII, p. 83.

(8) « A Saint-Bénigne de Dijon, on conserve le corps de Notre-Seigneur dans un vase d’albâtre ». Martcne et Durand, Voyage littéraire de deux Bénédictins , t. I, p. 144.

(9) A la cathédrale de Maurienne. Voy. lilt., t. I, ire partie, p. 247.

(10) Les visiteurs délégués par le chapitre de Saint-Pierre de Troyes trouvèrent en 1526, dans la pa-

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évêque d’Amiens (1454), et ceux d’un de ses successeurs, François Faure (1662), en permettent l’usage. Toutefois il convient de remarquer que les exemples qu’on pourrait citer doivent être regardés comme des exceptions. Fes matières que nous venons d’énumérer ne furent point regardées comme assez belles ou assez solides, et il fut décidé que celles dont on se servirait à l’avenir « seraient plus convenables ». Aussi les inventaires du Moyen-âge mentionnent-ils parfois des custodes en agate, en béryl, en onyx et en autres pierres rares.

La transformation de ces vases sacrés ne se fit pas tout d’un coup, et avant d’arriver a ces riches custodes émaillées nous en voyons fabriquer avec des matières bien moins précieuses : le cuivre simple, dépourvu de tout ornement, fut souvent emplo}^é (1). Les custodes de ce genre ne sont point aujourd’hui communes; les Musées du Louvre et de Cluny n’en possèdent aucun spécimen; elles ont été presque toutes détruites; on comprend qu’un objet d’une valeur intrinsèque presque insignifiante, et qui n’attirait pas le regard par sa décoration, ait été mis au rebut et détruit facilement.

Ces ciboires de cuivre sont presque toujours dépourvus d’ornements.

Fig. 2157. — Custode en cuivre non émaillé (xiii' siècle) Appartenant à M. le chanoine Pau.

(Hauteur : om092; diamètre : omo67.)

M. le chanoine Pau en possède un curieux exemple; nous le reproduisons figure 257. Il est en cuivre jaune. Le métal est fort mince, tout uni, et ne présente comme ornementation qu’une rangée de grosses perles exécutées au repoussé et qui entourent le couvercle.

roisse de Saint-Denis, le corps de Jésus-Christ placé avec honneur dans une coupe ou vase d’étain : « corpus Christi honeste et reverenter reconditum in cupa seu vase stanneo ». Registre des visites faites -par le chapitre de Troyes au xvi' siècle ( Archives de l'Aube).

(1) Les statuts synodaux de Jean, évêque de Liège, publiés en 1287, permettent de réserver le pain eucharistique et de le porter aux malades dans des ciboires de cuivre, pourvu qu’on ait soin de les récurer souvent et de les tenir propres : « Pyxis in qua corpus Domini reservatur vel ad infirmos defertur eburnea vel argentea vel ad minus cuprea bene eliminata, et semper pannus lineus albus, mundus, vel sericus infra

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Mais si les custodes, dans les paroisses pauvres, n’étaient que de simples vases en cuivre ou en laiton, dans les cathédrales, dans les riches abbayes, dans les églises des villes on en trouvait de vraiment remarquables sur la surface desquelles, au milieu de gracieux enroulements de métal doré, scintillaient des émaux aux plus brillantes couleurs. Limoges, qui recherchait toutes les occasions d’étendre son industrie, en fabriqua en très grande quantité.

Du xnF au xive siècle ces custodes furent toujours faites sur le même modèle, ayant de om 70 à omuo de hauteur, et de ora 060 à om 068 de diamètre. Leur forme était ronde comme les hosties qu’elles devaient garder; elles étaient petites puisqu’elles étaient destinées à être portées hors de l’église et à contenir une ou deux hosties seulement pour le malade que le prêtre allait administrer; elles reposaient sur leur base, simulant une petite tour surmontée d’un couvercle conique. Ce couvercle était fixé à la boîte par une charnière. Diamétralement opposés aux charnières se trouvaient trois petits anneaux s’emboîtant les uns dans les autres : deux adhéraient à la boîte, le troisième au couvercle, et on les fixait généralement au moyen d’une goupille pour empêcher le petit vase de s’ouvrir.

L’intérieur est ordinairement cylindrique ; quelquefois on le rencontre garni d’une cuvette qui en diminue la profondeur et que nous avons indiquée par une ligne ponctuée sur le dessin de la figure 258; il est généralement doré; quand la dorure manque on

pyxidem ponatur, supra quem corpus Domini in pyxide collocetur ». Statuta synodalia Johcmnis ep. Leodiensis, anno 1287 édita, c. v, N' 32. — Apud Martènc, Thésaurus novus anecdotorum, t. IV, col. 840.

La paroisse de Saint-Aventin de Troyes, en 1526, et celle de Saint-Vizier, de la même ville, se servaient également de ciboires de cuivre pour conserver le saint sacrement. (Archives de l'Aube. Registre des visites faites par le chapitre de Troyes au xvi® siècle.)

Fig. 258. — Custode émaillée Appartenant à M. le chanoine Pau (xme s.). (Hauteur : o" 1 10; diamètre : om 066.)

Fig. 25g. — Custode émaillée Appartenant à M. l’abbé Joyeux (xme s.). (Hauteur : o™ 1 10; diamètre : omo68.'i

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doit supposer, comme en témoignent d’anciens textes, qu’il était garni d’une toile fine dans laquelle s’enveloppaient les hosties (1).

Fig. 260. — Custode émaillée Musée de Guéret (xin' s.).

D’après une photographie de M. E. Molinier.

(Hauteur : om 107; Diamètre : om 070.)

Quelques-unes de ces custodes sont surmontées d'autres sont simplement ornées cl’une boule (voir

d’une croix (voir figures 258, 259, 260), figures 262 et 263), d’un fruitelet pour

(1) Le Riluale Cistersiense, Paris, Mavielle, 1721, contient cette rubrique, livre I. ch. xvm de Sacra Evcharistia : ...Vasculum ipsum seu Ciborium totum tegatur vélo albo pretioso, et intus habeat linteum

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parler le langage des inventaires (i); d’autres sont terminées par une tige épanouie (voir figure 261). Cette distinction est établie, d’après Mgr Martunici, pour indiquer celles qui sont destinées à recevoir les hosties consacrées (2). La croix, dit Benoît XIII, est, sur un vase sacré, le signe extérieur de la présence réelle.

Au surplus, presque toujours on recommandait d’avoir deux custodes, l’une pour conserver les hosties consacrées, l’autre pour mettre le pain à consacrer. C’est ce qui ressort des constitutions synodales publiées, vers le milieu du xme siècle, par Gauthier, évêque de Worcester (3), et Guillaume de Bleys (4). Il était tout naturel d’établir une marque extérieure pour les différencier.

L’ornementation est des plus variées et se répète sur le couvercle et sur le corps de la boîte. Elle consiste en rinceaux, en entrelacs symétriques, qui se détachent par l’éclat de la dorure sur un fond d’émail ordinairement bleu-lapis.

(corporale) mundissimum, in quo reponantur Hostiæ aliquot consecratæ, ornni die Dominica ad 1 vel 2 Missam Conventûs rcnovandæ. Quod linteum singulis annis in Cæna domini mestari debet.

On lit dans le procès-verbal de la visite d’une église rurale en 1627, dans le diocèse de Comminges : « Le ciboire de cuivre argenté par le dedans, fort obscurcy et couvert de rouillure, et dans iceluy une petite boiste d’argent, enveloppée d’une pièce de corporal fort salle et crasseuse, tant au dehors qu’au dedans, dans laquelle ont esté trouvées trois petites hosties ». Barbier de Montault, La Pyxide émaillée de la cathédrale de Moutiers.

(1) « Item unam pixidem rotundam argenteam cum circulis deauratis, et pomo parvo rotundo superiori ». Inv. de Boniface VIII, N° 798.

(2) « Capsula... ad conservandas hostias et particulas, quæ quum non adhibeatur ad reponendam Eucharistiam, carebit cruce in summitate... » (Man. sac. cærem., lib. VI, p. 522.) Revue de l'Art chrétien, année 1879, p. 280.

(3) Duæ pyxides, una argentea vel eburnea, vel de opéré Lemovitico, in qua hostiæ conservantur, alia decens et honesta in qua oblatæ reponantur. (Collect. des conciles, de Labbe, t. XI, col. 574.)

(4) Duæ pyxides, una argentea, vel eburnea, vel de opéré Lemovitico, vel alia idonea in qua hostiæ reserventur. — De Laborde, Notice des Émaux du Musée du Louvre, 2me partie, p. 282.

Fig. 264. — Custode émaillée Appartenant à M. le chanoine Pau (xme s.). (Hauteur : o"’09o; diamètre : om 060.)

Fig. 265. — Custode émaillée Appartenant à M. le chanoine Talin (xiiic S.). (Hauteur : o"'092; diamètre : omo6o.)

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Au milieu de ces rinceaux apparaissent des feuilles polylobées, des palmettes (voir

figures 260, 267), des écussons ordinairement de fantaisie (figure 266) et des médaillons

circulaires encadrant une croix (figure 264), une étoile (figure 261), une rosace (figures 265, 268), un oiseau chimérique (figure 269) ou un buste d’ange nimbé sortant des nuages, les ailes déployées (figures 270 et 271). Parfois l’artiste a tracé une demi-circonférence dans laquelle il a placé soit une sorte d’écusson chargé d’une fleur de lis (figure 262), soit un ange vu à mi-corps (figure 263) ; d’autres fois il a gravé le monogramme du Christ IMS dans un médaillon en émail généralement blanc, tantôt d’une façon régulière, accompagné

au-dessus du sigle ansé qui indique une abréviation, et au-dessous d’une petite croix pattée (figure 272), tantôt en dénaturant par inattention la forme même de ce monogramme, en substituant une lettre à une autre, comme sur les objets représentés par les figures 273 et 277. Dans la figure 277 il a incliné la traverse horizontale qui relie les deux hastes de la lettre H, et par suite a fait un N à la place de cette lettre. La custode, figure 272, nous montre que le patron qui a servi à calquer le monogramme du Christ a été également utilisé au recto comme au verso, puisque nous y trouvons les deux formes IIIS S III.

Le monogramme du Christ IMS, formé des deux premières lettres et de la dernière du nom de Jésus, IIUouS, remonte aux temps apostoliques et a dû prendre naissance en Orient, alors que pour la première fois les fidèles adoptèrent le nom de Chrétien, ce qui expliquerait pourquoi il se compose de lettres grecques et non de caractères latins. Ce monogramme, il est vrai, est hybride, attendu que les deux lettres grecques III sont suivies de la lettre latine S. Mais on sait que les Grecs du Bas-Empire employèrent fréquemment celle-ci, comme on peut le voir sur beaucoup de leurs monnaies et de leurs médailles. En adoptant ces sigles, les Latins ne firent qu’ajouter une croix au milieu de la lettre H. On dit que saint Bernard de Sienne, qui prêcha la dévotion au saint Nom de Jésus, fut le principal propagateur de ce nouveau monogramme, qui s’est

Fig. 270. — Custode émaillée Musée du Louvre (xme s.).

Hauteur : o'"096; diamètre : o"' 070.

Fig. 271. — Custode émaillée Musée de Guéret (xme s.).

D’après une photographie de M. E. Molinier.

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maintenu pendant tout le Moyen-âge, et c’est pour ne pas en avoir compris l’origine et la signification qu’on lui a donné, à tort, l’interprétation : Jésus Hominum Salvator.

Hauteur : o'" 1 10; diamètre : o'no6o.

Fig. 273. — Custode émaillée Musée d’Auxerre (xiiic s.).

D’après une photographie de M. E. Molinier.

Fig. 274. — Custode émaillée Appartenant à M. le chanoine Pau (xme s.). Hauteur : omo-j2 \ diamètre : omo66.

Fig. 275. — • Custode émaillée Musée du Louvre (xme s.).

Hauteur : omo82; diamètre : o"’o6q.

Mentionnons aussi un genre de décoration des couvercles des custodes, et qui consiste en pierres ou imitations de pierres de différentes natures maintenues dans des sertissures rapportées, comme nous les montrent les figures 267, 274 et 275.

Les figures 276, 277, 278 nous font ressortir des particularités qu’on ne rencontre que

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bien rarement : ce sont de petits clous saillants et inclinés, espacés régulièrement, et qui entourent le couvercle de la custode. Lorsque la pyxide n’était pas enveloppée dans

Fig. 276. — Custode émaillée (xiiic s.). Musée cl’ Antiquités, à Bruxelles.

Fig. 277. — Custode émaillée (xiue s.).

Cathédrale de Mouticrs.

Hauteur : o"' 120; diamètre : o"’ 060.

Fig. 278. — Custode émaillée (xiii' s.). Musée du Louvre.

Hauteur : o'" 1 10; diamètre : omo65.

un pavillon en soie, comme nous le dirons tout à l’heure, ces chevilles servaient à soutenir l’enveloppe que nous retrouvons encore de nos jours sur tous les ciboires, en vertu

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d’une prescription du Rituel de Paul V. Il est à remarquer que la silhouette du couvercle de ces custodes, au lieu d’offrir une ligne rigide, est gracieusement ondulée.

Si les conciles du xme siècle, les statuts synodaux et les rituels publiés depuis cette époque permettent d’employer l’ivoire, comme il l’était autrefois, le cuivre émaillé, et quelquefois le simple laiton pour les paroisses dépourvues de toutes ressources, ils mettent presque toujours l’argent en première ligne et l’indiquent comme étant la matière qu’il convient surtout d’adopter. Dans la suite, le cuivre et ses alliages, et même l’ivoire, furent écartés ; on se servit presque exclusivement de métaux précieux, et spécialement d’argent.

Telle est la custode qui appartenait à Mgr Berteaud, évêque de Tulle, et qui porte avec une inscription la date de sa fabrication (voir figure 27g); elle est aujourd’hui la propriété de M. le docteur Faugeyron, à Tulle.

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