‹ L'œuvre de LimogesChapitre 19 sur 118 · SC · texte numérisé non relu

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Fig. 279. — Custode en argent ^xv' s.) Appartenant à M. le docteur Faugeyron, à Tulle. Hauteur : o"'o86; diamètre : omo65.

Cette custode est en argent, du poids de 81 grammes. La décoration consiste en médaillons quadrilobés renfermant des figures de prophètes debout, et estampés peut-être avec des matrices remontant au xive siècle.

Sous le fond est gravée l’inscription suivante en caractères gothiques : MEC1RE LOYS DAYBVCON (1) EVECQVE DE TVLLE LA MIL CCCCLXIX (voir figure 280).

La date 1469 est la date extrême que nous rencontrons pour ces custodes en forme de tour, reposant directement sur leur base.

(1) Louis d’Aubusson, religieux de l’ordre de Saint-Benoît, évêque d’Aleth, nommé à l’évêché de Tulle au mois de septembre 1454, mort en 1471.

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Dès le xvic siècle, cet objet liturgique tendait à se modifier en s’élevant sur un pied dont la tige était ornée d’un gros nœud. Mais on s’efforça tout d’abord d’utiliser les custodes qui existaient déjà, aussi rencontrons-nous un grand nombre de pyxides du xme siècle montées sur des pieds d’une époque plus récente.

Telles sont celles que nous reproduisons sous les figures 281 et 282.

Fig. 280. — Inscription gravée sous le fond de la custode Appartenant à M. le docteur Faugevron, à Tulle.

Celle qui est figurée sous le N° 281 est une petite boite en cuivre non recouvert d’émail (xme siècle), et dont le couvercle est orné de trois verres-cabochons dans des sertissures rapportées. Elle est élevée sur un pied interrompu par un nœud. De ce nœud naissent six espèces de cylindres dont les extrémités enchâssent un émail peint représentant la tête d’un apôtre ou d’un saint. La base sur laquelle repose tout le petit édifice est parsemé de fleurs de lis gravées au trait, et offre en émail champlevé des médaillons circulaires inscrivant des quadrilobes chargés de pièces imitant des armoiries. Ce monument, dont la hauteur est de om22, appartient à trois époques différentes : la boîte est du xme siècle, le pied du xive, et le nœud qui décore la tige du xvie; il faisait autrefois partie du Trésor de Roc-Amadour (Lot); il a été vendu en 1888 et se trouve aujourd’hui dans la riche collection d’un amateur, à Paris.

Places ou l’on mettait les custodes eucharistiques. — Les vases contenant la réserve eucharistique pour les malades n’ont pas toujours occupé la même place dans les églises.

C’est dans les sacristies, ou dans de petites armoires disposées soit dans le mur, soit dans l'un des piliers de l’église et près de l’autel, que l’on a d’abord placé les saintes espèces. On donnait assez souvent à ces armoires le nom de sacraire, sacraria. Rupert, abbé de Deutz au xne siècle, rapportant le miracle par lequel avait été préservée, dans l’incendie de son monastère, la custode de bois qui contenait la réserve des hosties consacrées, nous apprend qu’elle était déposée dans une niche pratiquée dans le mur, et cela conformément à une coutume fort suivie de son temps (1).

(1) Pyxidem ligneam et in ea corpus Dornini cum habuerat secus altare de more repositum in fenestra

CUSTODES

Lebrun-Desmarettes, sous le pseudonyme de Moléon, nous fait connaître que cet usage existait autrefois a Rome, aux églises de Notre-Dame de la Ronde et de Saint-Étienne des Tonneliers, et qu’il la vu lui-même en pratique à Saint-Cande-le-Vieil (1).

Dès le ixe et le xe siècles, on plaçait quelquefois les pyxides sur l’autel même. Léon IV, dans une de ses homélies sur les devoirs des pasteurs, recommande de ne rien mettre sur l’autel, sinon les châsses, les reliques, et la pyxide avec le corps de Notre-Sçigneur pour les malades (2).

sive absida introrsus in muro tegulis ligneis compacta cum ostiolo et sera ». Ruperti abbatis sancti Heriberti Tuitiensis, De incendio oppidi Tuilii sua œtate viso Liber aureus , cap. v et vi. Citation de l’abbé Barraud, Notice liturgique et archéologique sur les ciboires.

(1) Voyages liturgiques, p. 407, 41 1 et 412. Paris, 1718.

(2) « Super altare nihil ponatur nisi capsæ cum reliquiis sanctorum aut Pyxis cum corpore Domini

ad Viaticum pro infirmis ». Du Cange, verbo Pyxis.

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Dans certaines contrées, mais en France principalement, au lieu de déposer la réserve eucharistique dans des tabernacles fixes, on la suspendait le plus ordinairement au-dessus de l’autel, afin que le vase qui la contenait attirât l’attention et fût ainsi en quelque sorte exposé à la vénération des fidèles.

Mathieu Paris raconte qu’en 1140, Étienne, roi d’Angleterre, avant d’assiéger la ville de Lincoln, voulut entendre la messe, et que pendant le saint sacrifice, le lien qui retenait la sainte Eucharistie se rompit, ce que le roi regarda comme un fâcheux présage (1).

La custode qui était suspendue au-dessus de l’autel reposait souvent sur un plateau avec couverture, maintenu en l’air au moyen de chaînettes (2), ou était placée sous un petit dais conique. Une enveloppe d’étoffe était fixée à la couverture du plateau ou au

dais, mais sa partie inférieure était garnie d’une ganse cousue seulement de distance en distance. Un cordonnet passant entre la ganse comme dans des anneaux, permettait de fermer la petite tente par le bas, comme nous le montre la figure 284. La custode était ainsi à l’abri de la poussière et de la fumée des cierges.

Une pyxide conservée à Rieu (Cantal) est encore munie de sa chaînette de suspension à la base de la croix (3).

Dans l’ancien prieuré de Saint-Thibault, près de Semur (Côte-d’Or), la custode est portée au bec d’une colombe, attachée elle-même par une corde à une crosse en bois doré (4).

(1) Mathæi Paris, Angl. hist. major, in Stephano, p. 75. — Citation de l’abbé Barraud.

(2) En 1161 mourut Philippe, fils de Louis VI, roi de France, qui donna à la cathédrale de Paris le pavillon suspendu au-dessus de l’autel : « Philippus pater regis, concanonicus noster et archidiaconus

dédit nobis canopeum quod suspenditur super altare ». Guérard, Cartulaire de Notre-Dame de Paris,

t. IV, p. 142.

« Quædam cupra auri, ubi reconditum est sanctum sacramentum, uua cum tabernaculo argenti deaurato, suspcnsum tribus cathenis argenteis ». Invent, de la Sainte-Chapelle, rédigé en 1376.

Nous trouvons encore la mention suivante dans Y Inventaire de Windsor sons Richard II : « Una pyxis nobilis eburnea... habens coopertorium argenteum deauratum cum bordura de saphiris, in cujus summitate stat figura crucifixi... cum tribus cathenis in pomello argenteo et una Ionga cathena argentea per quam dependet et extat longitudinis trium virgarum ».

(3) Revue du Musée eucharistique de Paray-le-Monial, 1886, pl. LXII.

(4) Annales archéologiques, t. V, p. 192; grav.

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La célèbre tapisserie de Montpezat (Tarn-et-Garonne) nous présente cette disposition,

Fig. 284. — Pavillon d’étoffe enveloppant la custode.

mais la colombe qui porte la pyxide se trouve placée au centre d’un baldaquin qui la

D’après la tapisserie de Montpezat (xvic siècle), reproduite dans les Ann. archéol., III, p. 95. protège (voir figure 285). Quand nous parlerons des colombes eucharistiques, nous indi-

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querons de quelle façon on pouvait, à volonté, baisser ou élever ces objets liturgiques au-dessus de l’autel.

Fig. 286. — Grande custode de suspension (xvie s.) Appartenant à M. Frédéric Brisset, à Limoges. Hauteur : om 130; diamètre : om 120.

D’autres fois les petites custodes, qu’elles fussent destinées à recevoir de simples reliques (1) ou la réserve des hosties consacrées pour les malades (2), étaient renfermées dans des custodes beaucoup plus grandes. Ces grandes custodes reposaient quelquefois sur un pied, comme celle de l’église de Prunet, dans les Pyrénées-Orientales, mais le plus souvent elles étaient suspendues elles-mêmes au-dessus de l’autel.

Un vase de cette nature figurait à l’Exposition de Limoges en 1886. C’est une boîte en cuivre avec ornements gravés au trait. Sa forme est ronde ; le couvercle, conique, se termine par un anneau de suspension (voir figure 286).

(1) « Item Lacryma ejusdem (^beatæ Mariæ) in pixide argentea, contenta in alia pixide argentea deaurata ». Invent., de 1255, de l'ancien Trésor de la cathédrale d'Angers, publié par M. de Farcy.

(2) « Vas insigne argenteum deauratum, quod vulgo cufiam vocant. Super cujus operculum sunt crux et imago crucifixi dcaurate. Et in eo continetur fiyxis argentea in qua soient reponi sacre hostie deferende infirmis, et super cooperculum ejus etiam argenteum est crux. Habet etiam thecam de corio ». Edouard Fleury, Invent, du Trésor de la cathédrale de Laon, p. 45, dans les Annales archéologiques , XIX, p. 163.

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Le dessous de la boite est décoré d’un dessin également gravé au trait (voir figure 287); on y distingue, sur un cartouche reposant sur un bâton abbatial, un écusson de forme fantaisiste représentant un lion passant accosté à dextre d’un croissant, à sénestre d’une étoile à six pointes, au chef chargé de trois étoiles aussi à six pointes; au-dessous de l’écusson la date 1569; tout autour la légende : GEORG1VS . D’AVLHON . AVRELIENSIS . ME . DEDIT ( Georges d’Aulhon d’Orléans m’a donné).

Telle est aussi cette custode de la collection Ducatel, décrite ainsi, dans le catalogue, sous le N° 39 : « Pyxide de forme cylindrique, en cuivre champlevé et émaillé, fermée par un couvercle conique surmonté d’une croix. La décoration de la boîte et du couvercle consiste en quatre écussons d’armoiries émaillées alternant avec des fleurons polychromes et des rinceaux se détachant sur un fond d’émail bleu lapis. Les dimensions de cette pyxide sont tout-à-fait inusitées. Limoges, xmc siècle. Haut. omi7o; cliam. omo95 ».

La réserve eucharistique était quelquefois renfermée dans une statue de la Vierge, mais cet usage ne parait pas s’être répandu, et nous n’en connaissons que peu d'exemples (1).

Sous la figure 288, nous reproduisons une statue de ce genre qui fait partie de la

(1) L’église Sainte-Marie de Pornic, qui appartenait autrefois aux Bénédictins, possède une statue de la Vierge (xiiic siècle), haute de 1’" 35 et sculptée dans un bloc calcaire. La Vierge est représentée debout, portant l’Enfant Jésus sur le bras gauche et dirigeant la main droite vers sa poitrine, comme pour y attirer les regards. Une ouverture circulaire occupe toute l’épaisseur de la poitrine; close en avant par une glace sans tain, elle l’était en arrière par une porte grillée. C’est dans cette cavité qu’on plaçait la réserve eucharistique; des actes authentiques ne laissent aucun doute à cet égard. Le premier est un acte de fondation par lequel les prieurs et les religieux contractent, à la date de 1354, l’obligation d’entretenir à perpétuité « une lampe ardente devant l’image de la Vierge servant de sacraire ». Le second est un procès-verbal consigné dans un acte daté de 1678, dans lequel un vieillard de 74 ans affirme

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collection Spitzer. La Vierge est assise sur un siège bas dont les côtés sont décorés d’arcatures en plein cintre gravées. Vêtue d’une robe longue à manches étroites et d’un

Fig. 288. — Vierge-custode en cuivre ciselé et doré (xiiic siècle). (Collection Spitzer.)

D’aprcs une photographie de M. Émile Molinier.

manteau doublé de vair, elle tient de la main droite une pomme et soutient de la gauche l’Enfant Jésus, qui repose sur son genou. Les yeux de la Mère, comme ceux de l’Enfant,

« avoir toujours vu messieurs les vicaires perpétuels prendre le saint sacrement dans l'image de la

Vierge qui est au dos et au-dessus de l’autel, le porter et administrer aux paroissiens ». Bulletin de la, Société archéologique de Nantes, année 1886, t. XXV, p. 1 1 5 .

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sont formés de perles d’émail, suivant la coutume limousine. Sur les genoux de la Vierge s’ouvre une cavité oblongue, fermée par un couvercle conique surmonté d’une colombe, ce qui indique que cette Vierge servait à contenir la réserve eucharistique. Le groupe entier repose sur un pied de calice, de forme circulaire, muni d’un nœud méplat.

Fig. 289 et 290. — Vierge-custode en cuivre ciselé et doré (xiiic siècle).

(Hauteur : om 1 73.)

(Collection Durand, à Limoges.)

Les figures 289 et 290 nous donnent la reproduction d’une statuette qui doit être rangée dans la même catégorie. La Vierge couronnée, un voile sur la tête, est vêtue d’une robe longue et d’un manteau qui s’agrafe à la poitrine à l’aide d’un fermoir gemmé. Deux trous qui se remarquent au-dessus du genou gauche dénotent probablement l’endroit où était fixé l’Enfant Jésus, qu’elle devait soutenir d’une main, car au xme siècle on ne rencontre point de Vierge sans enfant, qui est un type tout-à-fait moderne. Le bras droit tient un bassin appuyé sur le giron; il avait un couvercle qui aujourd’hui a disparu. Comme dans la statue décrite précédemment, les yeux sont simulés par une gouttelette d’émail. Le siège sur lequel la Vierge est assise est de forme semi-circulaire ; il est surmonté d’une balustrade à jour et est orné de trois arcades romanes sous lesquelles est gravée au trait la scène de l’Annonciation : l’ange Gabriel est debout, les ailes baissées; Marie, également debout, tient un livre à la main, et saint Joseph, les pieds chaussés, tient aussi un livre d’une main et un cierge de l’autre.

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