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CATALOGUE DES CUSTODES ÉMAILLÉES

CONSERVÉES TANT EN FRANCE QU’A L’ÉTRANGER (i)

(Toutes les custodes dont nous allons faire l' énumération appartiennent au XIIIe siècle.)

Allemagne. — Musée d'art industriel (Kunstgewerbe Muséum) à Berlin. Pyxide à couvercle conique; rinceaux; disques inscrivant des anges à mi-corps. Fin du XIIIe siècle.

Musée de Darmstadt. Pyxide eucharistique.

Collection Vasters, à Aix-la-Chapelle. Pyxide ornée d'anges en buste. Haut. omo9; diam. om07.

Angleterre. — Collection R. Trockmorton. Pyxide eucharistique. Haut. om09S.

Collection W. Maskell. Pyxide analogue à la précédente. Mêmes dimensions.

Bavière. — Musée national de Munich. Plusieurs pyxides émaillées.

Musée germanique de Nuremberg. Pyxides décorées de disques et de feuillages. Emaux lapis, turquoise, blanc, rouge. XIIIe et XIVe siècles.

BELGIQUE. — Trésor de la cathédrale de Tournay. Pyxide à couvercle conique. Champ bleu, enroulements fleuronnés. Haut. om075; diam. om07-

Musée archéologique de Gand. Pyxide, forme ronde, couvercle conique.

Collection de M. G. Vermeersch, à Bruxelles. Deux pyxides eucharistiques.

Collection de M. A. Mertens. Pyxide sommée d'une croix.

Collection de M. Armand Van Zuylen. Deux pyxides émaillées.

Collection de M. Isidore Lescart. Pyxide décorée de bustes d'anges réservés sur fond bleu.

Collection de Mme la baronne de Wolf. Trois pyxides.

Cathédrale de Saint-Sauveur, à Bruges. Pyxide émaillée, rouge, bleu et blanc, de fleurs et de feuillages. L’objet, dont le couvercle est perdu, a été ajusté sur un pied d’époque plus récente.

Eglise de Saint-Jacques, à Liège. Pyxide; enroulements dorés sur champ bleu. Haut. oni07i.

Collection J. Frésart, à Liège. Deux pyxides.

Église de Notre-Dame, à Huy. Pyxide ornée de sept anges à mi-corps et de feuillages, le tout en réserve. Gamme : bleu, rouge, blanc, jaune et vert.

Musée archéologique de Namur. Sept pyxides. La première est ornée d'écussons armoriés et de guirlandes; gamme : bleu (trois nuances), rouge et blanc. Diam. o"'o68. Jadis à l'église de Saint-Martin, à Éprave. — Sur la deuxième, qui appartenait à l’église de Saint-Vincent, à Braibant, apparaissent cinq bustes d'anges au milieu de fleurs et de feuillages; trois tons bleus, rouge, jaune et vert. Haut. om 109. — La troisième provient de l’église Saint-Remi, à Mont-Gauthier; elle présente, la même décoration que la précédente; le couvercle est sommé d’une croix fleuronnée. Haut. omH2. — La quatrième offre des rinceaux aux émaux bleus, verts et blancs. Haut. omii4. Origine : l’église Saint-Martin, à Bonzin. — La cinquième présente, comme décoration, des feuillages en réserve sur champ bleu lapis et bleu céleste. Haut. om 1 1 ; elle se trouvait autrefois dans l’église de Barvaux (Condroz). Sur la sixième, qui était conservée dans l'église de Notre-Dame, à Natoye, on voit le monogramme du Christ IHS entouré de rinceaux sur champ d’émail. Haut. om 105. — Enfin, sur la septième, se trouvent des anges se détachant sur émail bleu turquoise; entre les médaillons, des enroulements sur fond lapis. Provenance : Berzée.

Musée des Antiquités de Bruxelles (Porte de Hal). Six pyxides de diverses grandeurs; l’une d’elles provient officiellement des environs de Huy. Nous en avons dessiné une sous le N° 276.

(1) Ce catalogue, comme tous ceux que nous donnerons à la fin de chaque article, ne comprend pas les objets déjà décrits. Il sera forcément incomplet, car nous n’avons pas la prétention de connaître tous les émaux limousins qui existent encore. Pour l’établir nous avons fait de nombreux emprunts aux ouvrages de Charles de Linas publiés dans les Bulletins de la Soc. hist. et arch. de la Corrèze : La, Châsse de Gimel. — Œuvres de Limoges conservées à V Étranger et à ceux de M. Émile Molinier, notamment au Catalogue de l'Exposition rétrospective de l'Art français au Trocadéro, en 1889.

CUSTODES

DANEMARCK. — Musée des Antiquités du Nord, A Copenhague. Pyxide eucharistique. Couvercle amorti par une croix tréflée. Médaillons aux sigles IHS et XPS ; grandes fleurs de lis et ornements épargnés de style médiocre. Haut. omio6; diam. omo62.

France. — Collection Spitzer. Deux pyxides, dont le couvercle était surmonté d’une croix aujourd’hui disparue. Sur l’une : fleurons polychromes se détachant sur un fond bleu lapis. L’intérieur de la boîte est garni d’une calotte de métal hémisphérique, analogue à celle qui est représentée sous la figure 258. — Sur l'autre : écussons dorés chargés de croix émaillées de bleu turquoise et de rouge, alternant avec des fleurons réservés sur champ bleu lapis ; le couvercle est décoré de trois cabochons de verre incolore sur paillon.

Cathédrale d'Amiens. Pyxide.

Cathédrale de Lyon. Custode terminée par un fleuron. Le couvercle est décoré de cabochons et de rinceaux réservés sur champ d'émail bleu ; la boîte, de rosaces circulaires inscrivant d’autres rosaces en forme de quatrefeuilles.

Musée de Guéret. Pyxide à couvercle surmonté d'une croix, offrant comme décoration des rinceaux émaillés et le monogramme du Christ IHS se détachant sur un émail blanc. — Pyxide : Sur le couvercle et sur la boîte, quatre médaillons semi-circulaires, au milieu desquels se trouve un ange réservé sur fond bleu turquoise. — Autre pyxide émaillée de bleu, avec des médaillons fond blanc inscrivant le monogramme IHS.

Musée de Poitiers. Custode : Anges en buste dans des médaillons d'émail vert entourés de rinceaux symétriques à fleurons polychromes sur émail bleu.

Collection H. Nodet. Pyxide : Couvercle surmonté d’une croix. Fleurons quadrilobés et émaillés, séparés par des feuillages réservés sur champ d’émail bleu.

Collection Picard. Pyxide : Couvercle surmonté d'une croix; fleurons polychromes et médaillons inscrivant des croix et le monogramme IHS; fond bleu lapis et blanc.

Collection Desmottes, à Lille. Plusieurs pyxides, dont deux sont montées sur des pieds d'une époque récente; l'une est décorée du monogramme du Christ IHS, l’autre de rinceaux et de cabochons placés sur le couvercle.

Musée de Cluny. Custode au monogramme du Christ. Diam. omo7- Trois autres sont figurées sous les N',s 266, 267 et 269.

Collection Ducatel. Pyxide à couvercle légèrement bombé ; au pourtour : rosaces, palmettes et rinceaux rouges, bleus, blancs, verts; le couvercle n’est pas émaillé. Flaut. om09; diam. omo7. — Pyxide à couvercle surmonté d’une croix : Sur le pourtour et le couvercle : médaillons ronds contenant alternativement une croix et une rosace réservées et dorées ou émaillées sur fond bleu lapis. Haut. omi2; diam. omo6. — Pyxide : Décor de palmetces et de croix réservées sur un fond présentant des traces d’émaux bleus et blancs. Haut. oraio; diam. omo6. — Pyxide à couvercle surmonté d’une croix : Sur le pourtour et sur le couvercle : zone de croisettes et de palmettes alternées, émaillées bleu, blanc et vert. Six petites chevilles sont fixées sur le couvercle, comme nous le montrent les figures 276, 277 et 278. Haut. om 12; diam. omo6.

Italie. — Eglise de San-Nazarro Maggiore. Custode émaillée.

Collection Lodovico Trotti Bentivoglio. Custode émaillée.

Collection Giov. Lucini Passalaqua. Custode émaillée.

Collection Gian-Giacomo Trivulzio. Custode émaillée.

Musée chrétien du Vatican. Deux pyxides, l’une au monogramme IHS, l’autre décorée de rinceaux.

Musée de Naples. Custode ornée de disques et de rinceaux.

Russie. — Collection Basilewsky (1), conservée aujourd’hui au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

(1) Au cours de l’année 1885, S. M. l’empereur de Russie s’est rendu acquéreur, moyennant le prix de six millions, de la magnifique Collection Basilewsky; elle est aujourd’hui installée au Musée de V Ermitage. II a été publié, en 1874, un catalogue de cette Collection, illustré de 50 planches et intitulé : Catalogue raisonné de la collection Basilewsky, précédé d'un Essai sur les Arts industriels du icr au xvi° siècle, par A. Darcel et A. Basilewsky; Paris, Morel. La collection, qui s’est accrue depuis cette époque, comprenait alors 561 numéros. La classe des émaux champlevés offrait 17 séries formant un total de 43 pièces.

Deux pyxides eucharistiques. Sur l’une, le couvercle est surmonté d'une croix. La décoration consiste en médaillons cerclés d'un anneau turquoise et chargés chacun d'une étoile à huit rais. Haut. om 105 ; diam. om073- Sur l’autre, le couvercle de la croix est fiché dans une fleur à quatre pétales aigus. Décoration : rosaces à pétales aigus émergeant d'un fond turquoise, comprises entre deux bandeaux à festons polylobés; fond général bleu lapis. Haut. omo8'5; diam. omo73.

COLOMBES EUCHARISTIQUES

On donne le nom de colombe eucharistique à un vase en métal qui a la forme de cet oiseau, et où l’on enfermait la réserve des hosties consacrées pour la suspendre audessous et au milieu du ciborium.

Les premiers Chrétiens ont souvent reproduit l’image de la colombe (i), et nous ne devons pas nous étonner de cette préférence, car elle leur rappelait de nombreux souvenirs : c’est elle qui apparaît au déluge comme messagère de paix ; elle vient annoncer

aux trois jeunes Hébreux dans la fournaise leur prochaine délivrance ; elle se montre comme symbole de l’Esprit-Saint au baptême du Christ.

Nous la trouvons sur la crête de feuillages qui décore la châsse d’Ambazac (voir figures 207 et 208).

Il y a tout lieu de croire que la colombe est un des plus anciens vases eucharistiques

employés dans le culte public. Si l’on en croit la Vie de saint Basile (329-379), attribuée

à saint Amphiloque, évêque d’Icone, ce Père se serait servi de cette espèce de vase : « Cum panem divisisset in 1res partes , tertiam partem, in columba aurea depositam, desuper sacrum altare suspendit » (2).

En 475, saint Perpetuus, évêque de Tours, dispose dans son testament, en faveur du prêtre Amalaire, d’un peristerium et d’une colombe (3).

Dans le concile de Constantinople, tenu en 518, les clercs et les moines d’Antioche se plaignent du patriarche Sévère, qui a osé enlever, pour se les approprier, les colombes d’or et d’argent suspendues, en forme de Saint-Esprit, sur les fonts baptismaux et sur les autels (4). L.es mêmes doléances sont rapportées dans un autre concile, tenu également à Constantinople, en 536, sous l’épiscopat de Mennas (5). Au dire de saint Grégoirede-Tours, un soldat ayant voulu abattre avec sa lance la colombe d’or qui était sur

(r) La représentation de la colombe sur les monuments est d’origine orientale. C’est aux peuples sémitiques que les Chrétiens et les Romains ont emprunté ce symbole. La colombe et la vigne tiennent une place considérable dans les mythes orientaux et dans les livres juifs. Si sur les monuments de ces derniers on ne retrouve pas la colombe associée à la vigne, c’est que le Seigneur avait défendu aux Israélites « de faire aucune sculpture qui soit la ressemblance d’un oiseau ailé qui vole vers le ciel ». — Non faciès tibi sculptile, neque omnem similitudinem quæ est in cœlo desuper, et quœ in terra deorsum, nec eorum quœ

sunt in aquis sub terra Similitudinem omnium jumentorum quœ sunt super terrain, vel avium sub cœlo

volantium. Exode, XX, 4; Deuteronome, IV, 17.

(2) S. Amphiloq., Vita S. Basilii , Acta SS., t. II, Jun., c. 2, N° 3.

(3) Do, lego similiter et Amalario peristerium et columbam argenteam ad repositorium. Testant.

S. Perpeiui. Gallia christ., t. XIV, Instr. eccles ., Turon, col. 2.

(4) « Nam columbas aureas et argenteas in formam Spiritus sancti super divina lavacra et altaria appensas una cum aliis sibi appropriavit ».

(5) Concil. Constantinop. an. 536, act. V. Collection des conciles de Bini, 1636, t. IV, p. 7.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

l’autel de saint Denys, tomba sur sa propre lance et en fut transpercé (i). Anastase le Bibliothécaire, qui vivait au ixe siècle, rapporte que Constantin fit présent a la basilique du Vatican d’un plateau avec une tour et une colombe de l’or le plus pur (2).

L’emploi des vases eucharistiques en forme de colombe s’est perpétué pendant tout le Moyen-âge et jusqu’à nos jours. Les textes que nous avons déjà donnés, ceux que nous allons encore citer le prouvent d’une manière suffisante ; ils nous indiquent en outre que la colombe était toujours suspendue au-dessus de l’autel.

Dans les anciennes coutumes de Cluny, dont la rédaction date au plus tard du commencement du ixe siècle, il est parlé d’une colombe d’or suspendue sur l’autel, dans laquelle on conservait le saint sacrement. In cturea columba super altare pendenle jugiter (3).

C’était aussi au-dessus de l’autel qu’étaient placées au monastère de Grandmont, diocèse de Limoges (4), et a Saint-Maurice-les-Fossés, près Paris, les colombes d’or destinées à recevoir la réserve eucharistique (5). Martène et Durand, dans leur Voyage littéraire , et Lebrun-Desmarettes, dans ses Voyages liturgiques , indiquent plusieurs églises où l’on remarquait cette disposition, notamment à l’église collégiale de Saint-Julien au diocèse d’Angers, à Saint-Maur-les-Fossés, près Paris, à Saint-Liperche, près de Chartres, à Saint- Paul de Sens (6).

D’Espense, mort en 1571, mentionne plusieurs ciboires en forme de colombe, dont on se servait de son temps dans plusieurs monastères, entre autres au prieuré de Val, dans le diocèse de Troyes. A Solesme, une colombe en argent est encore suspendue au-dessus de l’autel; elle renferme deux hosties consacrées, rarement trois, jamais davantage, pour constituer ce que l’on appelle, en langage liturgique, la réserve.

Un seul auteur, Mabillon, prétend que dans les églises d’Italie la petite colombe reposait sur l’autel même, mais il ne dit pas de quelle manière elle était fixée. Les textes anciens semblent bien indiquer que la colombe était souvent renfermée dans une tour d’argent. Ainsi le pape saint Hilaire laisse à l’oratoire ou baptistère de Latran turrem argenteam... et columbam aurcam. Constantin donne -à la basilique du Vatican patenam... cum turre et columba. Le pape saint Innocent, à une autre église, turrem argenteam cum columba , toujours la tour avec la colombe (7). Mais que ces tours ne fussent pas ellesmêmes suspendues, c’est ce qui ne nous est nullement démontré. Les textes anciens sont formels pour nous dire que la réserve eucharistique était ordinairement maintenue en l’air, au-dessus de l’autel, au moyen d’une corde ou d’une chaîne (8).

(1) « Dum columbam auream lancea quærit elidere, lancea in latere defixa exanimis est inventus ». Gregorius Turonensis. De glor. martyr., c. 72.

(2) Migne, Cursus Patrol. compl., t. CXXVII, p. 1518, N° 28.

(3) Dom Luc d’Achéry, Spicilegium, t. IV, p. 148. — Tixier, Dictionnaire d'Orfévrerie, col. 454.

(4) Historiens de France, t. XXIII, p. 217. — Geoffroy de Vigeois, liv. II, ch. xvi.

(5) Thiers, Traité de l'exposition du saint sacrement.

(6) Voyages liturgiques de France, p. 103.

(7) Citations de l’abbé Martigny. Dictionnaire des Antiquités chrétiennes , verbo Colombe.

(8) 1298. — Pro una corda de sirico que sustinet tabernaculum in quo corpus Christi conservatur. Cpte du chapelain de la Sainte-Chapelle, Bibliothèque de l’École des chartes, série 4"", t. II, p. 168.

1389. — Pour 14 toises de corde, pour pendre le chiboire dessus le grand autel, 6 s. Haudoy, Cptes de Cambrai, p. 171.

1440. — Une coupe d’argent couverte, pendue sur le grand aulter où est Corpus Domini. Inv. de l'église de Dol en Bretagne, p. 66.

1638. — Mond. Sgr, visitant le saint ciboire... et ayant depuis veu une corde qui le tient la quelle, si elle cassoit, il tomberoit par terre, ordonne que, sur l’autel, il sera fait un tabernacle pour mettre led. saint ciboire. Reg. des visites épisc. des églises de Nantes. Mém. de la Soc. arcli. de Nantes, t. IV, p. 98.

COLOMBES EUCHARISTIQUES

Nous avons tout lieu de croire que Mabillon, qui écrivait au xvne siècle, à une époque où ce genre de tabernacle n’était plus très répandu, n’avait vu que quelques-unes de ces colombes incomplètes telles qu’on les trouve de nos jours dans les collections, dépourvues pour la plupart de leur plateau ou de leurs chaînes de suspension.

Fig. 291. — Colombe eucharistique en cuivre doré et émaillé. Église de Laguenne (Corrèze).

L’église de Laguenne, dans la Corrèze, possède une colombe eucharistique qui est d’autant plus intéressante qu’elle a conservé toutes ses parties essentielles, et que la restauration dont elle a eu a souffrir n’a en aucune façon altéré son caractère. En l’étudiant avec soin, on voit tout de suite l'usage auquel elle était destinée et la manière dont elle était suspendue.

Cet intéressant objet d’émaillerie se compose actuellement d’une colombe proprement

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

dite, en cuivre rouge, fixée sur un plateau de même métal et maintenue à l’aide de quatre chaînettes au-dessous d’une couronne gemmée, soutenue elle-même par quatre autres chaînes réunies par un anneau; les chaînettes peuvent être facilement décrochées, de manière à enlever le plateau avec le ciboire.

La colombe mesure om 16 de hauteur; sa longueur est de om 24. Le corps est doré; les ailes et la queue sont émaillées de bleu, de blanc et de rouge; les yeux se trouvent figurés par un émail grenat, et les plumes sont imitées au moyen d’un trait gravé profondément dans le métal. La position du corps est presque horizontale ; les plumes de la queue sont sensiblement relevées.

Cette colombe était reléguée dans un coin de l’église, au milieu d’un tas de décombres. En 1860 elle fut aperçue par M. l’abbé Bonnélye, alors curé de Laguenne. Trois chaînettes seulement, et non quatre, reliaient le plateau à la couronne ; cette dernière était décorée d’une tourelle en cuivre doré, et l’on voyait encore la place bien visible de deux autres. M. l’abbé Bonnélye, qui nous a donné tous ces détails, s'empressa d’en assurer la conservation et l’envoya à Paris pour la faire restaurer. L’artiste chargé de la restauration 11e crut pas devoir conserver les tourelles de la couronne, et pour donner plus de solidité à l’ensemble de son travail, il jugea à propos d’ajouter une quatrième chaîne destinée à maintenir le plateau au-dessous de la couronne ; en outre, la queue de l’oiseau a été maladroitement remontée à l’envers.

On remarque, sur le milieu du dos et entre les deux ailes, une petite boîte ronde destinée à recevoir la réserve eucharistique; elle est surmontée d’un couvercle maintenu à l’aide d’une charnière. L’intérieur de cette boîte est doré, ainsi que le revers du couvercle, sur lequel est gravée au burin une main bénissant à la latine, c’est-à-dire les trois premiers doigts étendus et les deux autres doigts fermés ; pour montrer que c’est une main divine, l’artiste a eu soin de l’entourer du nimbe crucifère.

Cette boîte a omoi5 de profondeur; son diamètre n’est que de om04. Ces faibles dimensions nous étonneront peut-être, mais nous ne devons pas perdre de vue que l’objet auquel elles s’appliquent ne servait qu’à contenir la réserve des hosties, dont on ne gardait que des particules, d’après le passage extrait de la Vie de saint Basile cité plus haut.

Il n’y a aucun doute à avoir à cet égard. L’abbé Corblet nous en donne de nouvelles preuves au sujet d’une colombe que conserve le Musée d’antiquités d’Amiens : « L’ancien ordinaire de Rouen », nous dit-il, « prescrit au prêtre de diviser le pain consacré en trois parts : de mettre la première dans le calice, de se communier avec la seconde, et de réserver la troisième pour le viatique des mourants. Jean de Bayeux, évêque d’Avranches, s’exprime ainsi dans son Traité des offices ecclésiastiques : « Sacerdos corpus Domini tripliciter dividat... tertiam viaticum reservet ». Les autres églises d’Occident, en beaucoup plus grand nombre, se servaient de petites hosties. Honoré d’Autun dit que de son temps les hosties n’excédaient pas la grandeur d’un denier: on conservait à l’abbaye de Braine, près de Soissons, des fers à hostie qui n’avaient pas plus de omo25 de diamètre, lson, moine de Saint-Gall, appelle les hosties rotulœ à cause de leur petitesse ; le 6me canon du i6me concile de Tolède ordonne que l’on suive les anciennes coutumes de l’Eglise en faisant des pains de petite dimension; dom Carpentier, dans son Nouveau Glossaire, cite un passage manuscrit de l’église de Saint-Laurent de Rome, où l’on ordonne de réserver de petites hosties rondes et entières et non point de particules » (1).

11 n’était donc point nécessaire que l’ouverture du reliquaire fût d’une grande dimen-

(1) Mémoires de la Société de Picardie, année 1883.

COLOMBES EUCHARISTIQUES

sion, puisqu’elle ne devait donner passage qu’à des parcelles de grandes hosties, ou à des hosties entières dont la circonférence n’excédait guère trois centimètres.

Mais revenons à la description de notre colombe.

Le plateau mesure om 19 de diamètre; ses bords sont richement ciselés; on aperçoit, vers son centre, deux trous dans lesquels devaient passer les petits cordons qui servaient a baisser la colombe au moyen d'un contre-poids placé à l’extrémité de la chaîne de suspension, comme nous allons bientôt l’expliquer. La couronne se compose d’un simple bandeau dont le diamètre dépasse om 16. Sa partie inférieure est percée d’une série de petits trous destinés à fixer un voile, une sorte de dais, un peristerium, qui devait abriter et comme envelopper la colombe (voir figures 291 et 298).

On ne sait pas depuis quelle époque l’église de Laguenne possède ce curieux objet d’émaillerie. L’auteur le plus ancien qui le mentionne est un carme déchaussé, le Père Thomas d’Aquin; voici ce que ce religieux écrivait en 1646 :

« Dans ceste église de Laguenne il y a une rareté assez considérable et qui mérite bien d’estre remarquée, c’est qu’au lieu du coffret, ou petit tabernacle dans lequel le corps adorable du fils de Dieu, soubs les Hosties consacrées est renfermé et suspendu en l’air sur le milieu du maistre Autel, suivant la coustume ancienne de l’Église. Il y a une Colombe de cuivre doré suspendue sur le grand Autel, au haut de laquelle entre la teste et la queue on voit l’endroict où on renfermait les Hosties consacrées, qui ne pouvaient estre qu’en petit nombre, or quoy qu’à présent on ne s’en serve pas pour ce sainct usage, y ayant sur l’autel un tabernacle pour renfermer le très auguste Sacrement, j’ay neantmoins esté bien aise qu’on aye conservé ceste Colombe ainsi suspendue, et souhaitte fort qu’elle soit conservée de la sorte, parce qu’elle nous remet devant les yeux ce qui s’est practiqué en diverses églises dans l’Antiquité, où l’on se servait de Colombes suspendues pour contenir l’adorable sacrement du corps du fils de Dieu » (1).

Le Père Thomas d’Aquin nous parle aussi d’une propriété bien curieuse que l’on a attribuée de tous temps, et que l’on attribue encore, à la colombe de Laguenne :

« Il y a une autre chose assez remarquable en ceste Colombe suspendue, et qui approche s’y semble du prodige, au moins il est très difficile d’en randre quelque bonne raison, c’est qu’elle est toujours tournée vers la partie du monde d’où le vent souffle, de quoy ceux qui ont esté sur les lieux ne peuvent pas cloubter parce qu’on le peut remarquer à l’œil tous les jours » (2).

Labiche de Reignefort est encore plus explicite; pour lui cette propriété tient du surnaturel : il s’exprime ainsi : « Mais ce qu’elle a de particulier et dont on ne saurait rendre une raison naturelle qui soit satisfaisante, c’est qu’elle tourne perpétuellement et imperceptiblement, et qu’on ne la voit jamais dans une situation fixe et permanente, quoiqu’on n’aperçoive jamais le mouvement qui l’en fait changer, à peu près comme les aiguilles des heures dans une montre » (3).

De nos jours encore les bonnes femmes de la localité vous tiendront le même langage ; elles ne s’approchent de cette colombe qu’avec une certaine crainte, et malheur au téméraire, vous diront-elles, qui s’aviserait de la ravir ou même de la changer de place.

La raison du phénomène constaté nous paraît cependant bien simple. Située sur les

(1) Thomas d’Aquin, Histoire de sainct Culmine, duc d'Aqvitaine , ch. xxn. Tulle, Dalvy, impr., 1646.

(2) Thomas d’Aquin, loc. cit.

(3) Labiche de Reignefort, Six mois des Vies des saints du diocèse de Limoges , verbo Étienne Autain, t. I, p. 262. Limoges, 1828.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

bords cl’un ruisseau et en contre-bas avec les terrains environnants, l’église de Laguenne est très humide. La petite colombe est suspendue à la coupole de l’église au moyen d’une corde d’une certaine longueur ; cette corde subit tout naturellement l’influence de la température, et selon l’humidité de l’atmosphère, elle s’allonge ou se rétrécit et imprime par ce travail un mouvement à la colombe qui, par suite, peut prendre dans une même journée des directions différentes.

Fig. 292. — Colombe eucharistique (xiii0 siècle).

D’après une gravure insérée dans les Meubles et Armes du Moyen-âge.

La colombe que nous représentons sous la figure 292 appartenait au comte Ferdinand de Lasteyrie. Elle repose sur un plateau décoré de tourelles. Le revers du couvercle de la pyxide porte, gravée au trait, une main bénissante.

Le plateau de la colombe figurée sous le N° 293, au lieu d’être circulaire comme dans l’exemple précédent, est de forme rectangulaire. Les émaux en recouvrent le fond. Les ailes et la queue de l’oiseau sont émaillées de vert, de rouge, de bleu et de blanc. Sa hauteur est de om22.

La colombe conservée à la cathédrale de Salzbourg (figure 294) a également les ailes en émail polychrome. Le disque sur lequel reposent les pattes est soudé à une calotte munie d’un appendice d’où s’élève une tige oblique servant d’étai à la queue.

Celle qui est représentée sous la figure 295 fait partie de la collection Spitzer. Les ailes et la queue sont formées de trois plaques de cuivre, champlevées, émaillées et rapportées. Le plateau de suspension, de forme circulaire, est muni de quatre appendices relevés

COLOMBES EUCHARISTIQUES 229

et terminés par des boules. Sur le plateau et sous les pattes de l’oiseau est fixé un disque

Fig. 293. — Colombe eucharistique (xiii° siècle). — Ancienne collection Soltykoff, N° 73..

Fig. 294. — Colombe eucharistique de salzbourg (Autriche). (xiiic siècle. — Hauteur : ora 234.)

émaillé portant une rosace à son centre. Les couleurs des émaux sont le bleu lapis, le

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

bleu clair, le bleu turquoise, le jaune, le vert, le rouge sombre et le blanc. Les yeux sont figurés par deux perles de verre bleu.

Fig. 295. — Colombe eucharistique (xme siècle). (Collection Spitzer.)

Quand la colombe ne reposait pas sur un plateau, elle était munie de deux annelets fixés l’un sur le col de l’oiseau, l’autre a la naissance de la queue, de manière à pou-

Fig. 296. — Colombe en cuivre doré et émaillé (xiiic siècle). Hauteur : omi3; longueur : omi9.

(Ancienne collection Ducatel.)

voir la suspendre, comme nous le montre celle qui est représentée sous la figure 296, et qui faisait partie de la collection Ducatel. Dans le dos de la colombe est ménagée une

COLOMBES EUCHARISTIQUES

pyxide recouverte d’un couvercle à charnière et à crochet. Les pattes sont repliées et soudées au corps.

Sous la figure 297, nous donnons le dessin d'une colombe conservée encore dans le Trésor de Saint-Yrieix. Elle est en tôle estampée et dorée et repose sur un disque en bois doré, muni de trois anneaux en fer où s’accrochaient les chaînes de suspension. Les yeux de l’oiseau sont en verre rouge cerclé d’argent. Les ailes ont été remaniées ; au milieu saillit un bouton plat monté sur un pédoncule, qui permettait d’écarter les ailes pour placer ou enlever la réserve. Cette colombe offre dans certaines parties beaucoup de rigidité, mais elle présente dans d’autres un certain mouvement que nous n’avons pas rencontré dans celles que nous avons déjà décrites : la tête et le cou sont sensiblement dirigés vers la droite, alors que la queue incline fortement dans le sens opposé, vers la gauche. Aussi croyons-nous quelle appartient au xviic siècle, comme le pavillon qui l’abritait et que nous reproduisons sous la figure 300.

Fig. 297. — Colombe eucharistique en tôle estampée et dorée (xviic siècle). Hauteur : om 21; longueur : om 18.

(Église de Saint-Yrieix (Haute- Vienne.)

Enveloppes des colombes eucharistiques. — Nous avons déjà dit qu’il semblait résulter de certains textes anciens que la colombe était quelquefois renfermée dans une tour d’argent. Ainsi lorsque le pape saint Hilaire donne à l’oratoire de Latran turrem argenteam.... et columbam auream, il est naturel de penser que l’objet le plus précieux par la matière devait être le principal et probablement être renfermé dans l’autre.

Nous avons aussi constaté qu’à Laguenne, la couronne à laquelle était suspendue la colombe était percée, dans sa partie inférieure, d’une série de petits trous (figure 291) destinés à maintenir un voile qui la mettait à l’abri de la poussière, comme nous l’indiquons sur la figure 298.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

D’après Viollet-le-Duc (1), le peristerium était fixé autour d’une tringle qui entourait le dais surmontant la colombe. « Un petit rideau, garni au chef de ganse de soie, muni de deux annelets, peut entourer complètement le plateau inférieur si l’on tire les deux bouts de la ganse passant par les annelets. Cette manœuvre est facile à comprendre. Voulant fermer le tabernacle (la petite tente), le prêtre tient de la main droite le bord antérieur du plateau, afin de l’empêcher de basculer; de la gauche il prend les deux glands, tire sur les annelets qui tendent à se réunir; les ganses du chef du rideau glissent ainsi sur la tringlette circulaire » (voir figure 29g).

Ce mécanisme est sans doute fort ingénieux ; il est probable qu’il a dû être en usage, mais Viollet-le-Duc ne nous fait pas connaître si des textes ou des monuments en indiquent la pratique, tandis que nous savons par la colombe de Laguenne, qui existe encore, de quelle façon on adaptait le peristerium.

Fig. 298 et 299. — Pavillons enveloppant la colombe eucharistique.

(Église de Laguenne (Corrèze.) (D’après Viollet-le-Duc.)

L’église de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) conserve encore le pavillon, le cincellier, pour employer le mot propre (2), qui enveloppait la colombe eucharistique (voir figure 300).

(1) Dictionnaire du Mobilier, verbo Tabernacle, p. 231.

(2) 1375. — <( Pour redorer le petit coupe qui est deseure le grant autel dedens le cinsellier, et repoindre led. cinsellier, 37 s. 6 d. » Dehaisnes, Cptes de la fabr. de S. Aîné de Douai.

1419. — « Item unurn cincinerium de tcla trium colorum ». Inventarium Ecclesix Noviom.

1468. — « Un sinseignier appelé paradis, que l’on porte dessus Corpus Domini à la grant procession le jour du Sacrement ». Inv. de l'égl. S. Urbain de Troyes, Arch. de l'Aube.

1469. — « Une pierre de véricle trauwuée en le moyenne, qui a servi au chiel à un eschincelier, deseure le grant autel ». Inv. de l'égl. S. Aîné de Douai.

Le mot cincelier , cincellier ou cincenellier a été aussi employé pour désigner les rideaux ou tour de

COLOMBES EUCHARISTIQUES

Ce très intéressant objet se compose d’une armature en fer, formée de trois cercles reliés entre eux par des bandes de même métal parallèles, posées verticalement, et qui se relient au sommet sous un bouton en bois surmonté d’un anneau dans lequel passait la corde de suspension.

Fig. 3OO. — C IN CELLIER ENVELOPPANT LA COLOMBE EUCHARISTIQUE (XIIIe Siècle).

Hauteur totale : ora52; grand diamètre : om3 5- (Église de Saint-Yrieix (Haute-Vienne).

Cette armature qui, par son ensemble, rappelle la forme d’une cloche, est entièrement enveloppée d’une étoffe rigide ornée de broderies, et dont les deux bords peuvent se rapprocher, au moyen d’agrafes, de manière à cacher complètement la colombe. Le dessin, à grands ramages, est formé par des perles tubulaires de diverses longueurs, blanches

lit : « Quand Judith vit Holofernes gésir en son lit, dessous un Cincelier, qui estoit de saphir, d’esme-

raudes, ouvrée d’or et de soye... » Bible Historiaux apud Borellum. — 1422. « Ung petit cincelier à

tendre dessus un lit, 16 s. p. » Inv. des tapisseries de Charles VI, N° 130.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

pour le fond, jaunes pour les ornements et bleues pour quelques fleurons. Le tout est agrémenté de passements de soie voloutée, de verroteries serties dans des bâtes rectangulaires et de boutons de verre blanc tourné en spirale. Le dessin est contourné, pour mieux l’accentuer et comme le font les lames de plomb dans les vitraux, d’une chaînette jaune, verte et rouge qui fait valoir par contraste les petites perles tubulaires.

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