‹ L'œuvre de LimogesChapitre 24 sur 118 · CRUCIFIX D’APPLIQUE · texte numérisé non relu

CRUCIFIX D’APPLIQUE

La figure 340 (planche XXIV) est la reproduction d’un crucifix appartenant à M. le comte de Noailles. Ce crucifix est formé d’une plaque de cuivre doré et émaillé reclouée sur une âme de bois, de trois appliques pattées formant les extrémités des croisillons, et de deux médaillons circulaires fixés au bas de la croix. Les appliques des extrémités sont ornées de rinceaux réservés sur fond d’émail bleu et enchâssent en leur centre un cabochon. Ces appliques, comme les médaillons, semblent n’avoir pas fait partie, à l’origine, du même ensemble que le crucifix, aussi les avons-nous supprimés dans le dessin.

Le Christ est en relief, mais il n’a pas été appliqué après coup, comme nous l’avons toujours vu jusqu’ici, il fait partie intégrante de la plaque même émaillée sur laquelle il a été repoussé et ciselé. C’est le seul exemple que nous connaissions offrant cette particularité. Le fond de la croix est en émail bleu semé de rosaces polychromes, le titulus en bleu turquoise. Ce crucifix provient de l’abbaye d’Obasine (Corrèze) (2); sa hauteur est de ora34, sa largeur de ora2i; avec les appendices qui ont été ajoutés aux bras de la croix, la largeur est de om3Ô5.

La cathédrale de Cologne conserve un émail limousin qui a été appliqué sur une croix de fabrication rhénane. La croix est auréolée et potencée. Le Christ en ronde-bosse, la tête nue mais entourée du nimbe crucifère, se détache sur un fond bleu décoré de rosaces

(1) Cette croix a été décrite et figurée par Ch. de Linas, loc. cit., pages 6 et 7, et par Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, année 1888, p. 96. — Mgr Barbier de Montault émet l’avis qu’elle avait peut-être pu servir à décorer le panneau d’une châsse ou le revers d’un Évangéliaire.

(2) Les paysans des environs d’Obasine avaient l’habitude de râcler avec un instrument tranchant les oreilles de la statue de saint Étienne qui repose dans l’église, sous un mausolée en pierre. La poussière qu’ils en recueillaient était ponr eux un talisman souverain contre la fièvre; délayée dans de l’eau et absorbée par les malades, elle devait les guérir à tout jamais de cette maladie. C’est pour empêcher des dégradations regrettables, et pour détruire cette superstition, que M. le comte de Noailles fit entourer d’une grille en fer, et à ses frais, le tombeau de saint Étienne; ce qui lui valut en échange, de la part des membres de la fabrique, la croix émaillée qui est aujourd’hui sa propriété.

L'Œuvre de Limoges.

P l. XXIV.

Fig.

340. — Crucifix en cuivre doré et émaillé. ( x 1 1 1 e siècle (Appartient à M. le comte de Noailles )

CROIX ET CRUCIFIX

polychromes. Les pieds ne reposent point sur un suppedaneum. Des appendices représentent l’aigle, la Vierge, saint Jean, ce dernier la tète en relief, et un ange. La plaque émaillée du centre a om2i de hauteur sur om 14 de longueur (voir figure 341) (1). Le revers,

Fig. 341. — Crucifix limousin appliqué sur une croix allemande (xiii' siècle).

(Cathédrale de Cologne.)

qui, avec la bordure et les fleurons terminaux, sont des additions rhénanes, montrent au centre le couronnement de Marie, et sur les fleurons les symboles des Évangélistes. Cette croix repose actuellement sur un pied qui paraît une œuvre du xvie siècle et qui est décoré de scènes religieuses et de bandeaux émaillés.

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