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CROIX DE PROCESSION

La cathédrale de Lyon possède une croix qui a figuré à l’Exposition au Trocadéro en 1889 et qui, par son ensemble, offre une disposition toute particulière.

Les branches se raccordent sur les côtés d’un carré à angles légèrement saillants, et se terminent par un médaillon également carré dont les côtés, qui n’adhèrent pas à la croix, présentent sur leur milieu un renflement surmonté d’une boule en métal (voir figure 342).

Au centre est tracé le Christ en réserve, la barbe et les cheveux longs, la tète nue mais reposant sur un nimbe en émail à zones concentriques polylobées. Au-dessus apparaît la Main divine qui semble montrer une inscription gravée en tous petits caractères,

(1) Bock, Les Trésors sacrés de Cologne (traduction de Suckau), pl. IX, N° 35, pages 47, 48 et 49.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

sur deux lignes : IHS NAZARENVS REX IVDEORV[m]. Sous les pieds du Christ se trouve une proéminence mamelonnée que nous rencontrons si souvent sur les œuvres limousines. Les médaillons sont ornés de figurines en relief rapportées après coup et représentant la Vierge, saint Jean, un ange et un personnage sans attribut. Le fond de la croix, formé d’un émail bleu terne, est décoré de rosaces polychromes dont quelquesunes retiennent des cabochons offrant une très faible saillie.

Fig. 342. — Croix émaillée (xiii0 siècle). (Cathédrale de Lyon.)

On voit au Musée de Cluny, catalogué sous le N° 4524, un crucifix qui a bien aussi son intérêt. D’un carré central surgissent les branches de la croix dont les extrémités, après un large renflement, se terminent en fleur de lis (voir figure 343).

Le Christ qui se trouvait sur la face principale a disparu et a été remplacé par une statuette en cuivre repoussé et doré, mais trop petite pour la place qu’elle occupe. Cette

CROIX ET CRUCIFIX

statuette a les jambes croisées, la tête ceinte de la couronne. Le nimbe crucifère est en relief et émaillé. La| face de cette croix est décorée de têtes en relief, de fleurettes et de médaillons en émail représentant des oiseaux, des lions et des griffons. Des figurines,

Fig. 343. — Crucifix émaillé au musée de cluny.

aujourd'hui disparues, devaient occuper le sommet de la croix et les renflements de la traverse. Le revers est orné de l’image du Sauveur et des symboles des quatre Évangélistes.

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En parlant des croix de procession, nous avons à constater un genre de production tout différent de ceux qui ont été déjà décrits. La joaillerie vient souvent s’allier à l’émail sur la face des croix, tandis qu’on continue à orner le revers d’écussons rapportés et cloués. Ce système décoratif emploie, outre les cabochons de cristal et de verre, certaines figures polychromées en relief, dont, hors des cas exceptionnels, la valeur artistique est complètement nulle. Souvent même l’émail disparaît d’une manière complète ou n’apparaît qu’incidemment : la croix est ornée, d’un côté, de statuettes en cuivre en relief, et de l’autre de dessins et de rinceaux gravés simplement au trait.

La croix qui se trouve actuellement au Musée de Neufchâtel-en-Braye (Seine-Inférieure) et qui provient de l’église de Rabets, près Buchy(i), rentre dans cette catégorie (voir figures 344 et 345, planche XXV). Elle est auréolée, potencée et renflée vers l’extrémité des croisillons, pour permettre d’appliquer sur un des côtés des écussons quadrilobés. Sa hauteur, sans la douille en cuivre qui lui sert de support, est de om55; sa largeur, d'une extrémité à l’autre des bras, de om35. Ce sont les dimensions, ou à peu près, des plus grandes croix limousines parvenues jusqu’à nous.

Ce monument, qui paraît avoir été fabriqué à la fin du xne siècle, se compose d’une âme de bois sur laquelle sont clouées de minces lames de cuivre ; ces lames sont, d’un côté, guillochées, semées de fleurettes gravées, et percées de trous à peu près symétriques destinés à enchâsser des cabochons de différentes couleurs, et de l’autre, estampées de rosettes en relief et bordées d’un grènetis.

Sur la face, le Christ en relief, barbu, les cheveux longs, les yeux ouverts, coiffé d’une couronne ouverte dont le fleuron central se termine par une large croix, les reins entourés d’un jupon en émail bleu qui descend jusqu’aux genoux, est attaché à la croix par quatre clous, les pieds reposant sur un suppedaneum. Le titulus IHS XRS, très apparent, est tracé sur deux lignes séparées par un bandeau d’émail rouge ; il se détache sur un fond d’émail vert dans le haut et bleu dans le bas. Aux extrémités de la croix étaient appliquées quatre figures à mi-corps en relief et émaillées de bleu et de vert. Trois de ces figures subsistent encore : un personnage qu’il n’est pas possible de préciser, la Vierge, et saint Jean qui porte un livre rouge. Celle du haut a été grossièrement remplacée par une figurine sans bras non émaillée, empruntée sans doute à quelque châsse de médiocre valeur.

Le revers de la croix est ornée de cinq médaillons. Au centre, dans une vesica piscis polylobée, apparaît le Christ en majesté, assis: la figure est émaillée et entourée d’un nimbe crucifère. Imberbe et les cheveux longs, il est vêtu d’une robe en émail vert et d’un manteau en émail bleu drapé sur l’épaule gauche; d’une main il tient le livre des Évangiles figuré en émail rouge. Le fond sur lequel il se détache est en cuivre guilloché décoré de fleurons et doré. Nous avons reproduit cette magnifique plaque en grandeur naturelle sous la figure 220.

Les symboles des Évangélistes, en émail sur fond d’or, occupent dans des quadrilobés les renflements qui accompagnent les extrémités de la croix. 11 est a remarquer que l’ange figure à la droite du Christ, et que l’attribut de saint iMarc a été omis et remplacé par celui de saint Jean : par suite, l’aigle se trouve ainsi représenté dans deux médaillons.

Le Musée de Cluny possède une croix qui offre la plus grande analogie avec celle de

( i ) Le registre d’entrée du Musée porte cette mention : « M. Duviviers, curé de Rebets. Une croix byzantine du x' ou xie siècle. Provenant de la paroisse de Rebets, près Buchy. Donné en échange d’un tableau représentant saint Denis, patron de cette église. Payé 18 francs ». — Cette croix a été décrite et figurée par M. Émile Molinier dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, t. XII, année 1890, p. 19.

L'Œuvre de Limoges.

(Au Musée de Neufchâtel-en-Bray.)

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Neufchâtel-en-Braye. La face serait absolument pareille si on ne remarquait pas l’absence du titulus et une disposition un peu différente dans la place occupée par les cabochons. Le revers est décoré de dix plaques en cuivre gravé et incrusté d’émaux représentant le Christ, le symbole des Évangélistes, et des ornements également en émail incrusté. Sa hauteur, avec la douille, est de om8o: elle est cataloguée sous le N° 4523.

On voit au Musée de Périgueux un objet de cette nature, mais qui offre une particularité qu’il convient de signaler. L’auréole qui se trouve à la jonction des croisillons, au lieu d’être circulaire, présente la forme d’un ovale très allongé, enrichi, comme les autres parties de la croix, de pâtes de verre montées en cabochon. Le Christ en relief, la tête nue, les yeux fermés, est attaché par quatre clous. Les symboles des Évangélistes occupaient les extrémités de la croix dans des quadrilobes émaillés; ceux de la traverse ont été remplacés par des figurines en relief mal appliquées sur une plaque de métal. La croix, à proprement parler, mesure om 54 de hauteur; elle s’élève sur une boule que termine une douille.

Fig. 346 et 347. — Croix de procession (xiv' siècle). Haut. om45; larg. om26.

Église de La Chapelle-aux-Plats, canton d’Argentat (Corrèze).

Les figures 346 et 347 nous donnent le dessin d’une croix en cuivre doré de l’église de La Chapelle-aux-Plats (Corrèze); elle s’implante dans une douille munie d’un nœud sphérique légèrement aplati. Les extrémités, gravées de rinceaux, se terminent en forme

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de fleur de lis et étaient ornées de figurines en relief, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte par les deux qui existent encore. Au centre est fixé par trois clous un Christ également en relief, couronné mais non nimbé, que surmonte le titulus IHS en émail bleu et rouge. Des petits trous, ménagés dans la partie inférieure de la traverse de la croix, donneraient peut-être l’idée de clochettes qui y auraient pu être suspendues, comme nous le verrons sur la croix de Cassaniouze. Le revers est décoré de rinceaux gravés au trait, et présente au centre le Christ bénissant et aux extrémités les symboles des Évangélistes.

Fig. 348. — Croix processionnelle (xvic siècle). Haut. om 335 ; larS- om26’j.

(Appartient à Al. le chanoine Pau.)

Parfois il arrive que les croix de procession sont formées de minces lames d’argent estampé, ornées souvent de filigranes et de verroterie ; souvent aussi, de petites capsules destinées à recevoir des reliques sont ménagées sur les bras et sur le pied de la croix.

Celle que nous reproduisons sous la figure 348 est en bois recouvert, sur les deux faces, de plaques d’argent estampé représentant des branches de rosier terminées par des fleurs écloses. Les extrémités de la croix, qui est auréolée, sont découpées en forme de trèfle, dont chaque lobe est accompagné d’une boule de cristal taillé, à facettes. Sur

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la face est fixé le Christ attaché par trois clous, la tête non couronnée mais nimbée. Le montant de la croix, qui repose sur une base rectangulaire décorée de plaques de cuivre estampé, porte dans le haut le titulus avec l’inscription INRI, et dans le bas un reliquaire de forme ovale. Le revers présente, à l’intersection des croisillons, la sainte Face nimbée. Cet objet d’orfèvrerie provient de l’église de Marchastel, paroisse du doyenné de Marcenat (Cantal) (1).

La croix de l’église de Cassaniouze (2) (Cantal) est également faite de lames d'argent estampé, ciselé et doré par parties; ces lames sont clouées sur une âme en bois, suivant la méthode ordinaire (voir figures 349 et 350).

Fig. 34g et 350. — Croix de procession en argent (xvic siècle); face et revers.

Haut. om66; larg. o'“42.

Église de Cassaniouze, canton de Montsalvy (Cantal).

Sur la face principale le Christ, en ronde-bosse, est exécuté d’une façon remarquable; il est attaché à la croix par trois clous et porte sur la tète une couronne d’épines. Audessus de sa tète se voit un pélican; à ses pieds une pieta adossée à trois croix en forme de tau; aux deux extrémités des bras de la croix on reconnaît la Sainte-Vierge et saint

(1) Décrite par M. le chanoine Pau dans le Bulletin de la, Société arcliéol. de la Corrèze, 1882, p. 405.

(2) La commune de Cassaniouze fait partie du canton de Montsalvy, arrondissement d’Aurillac. L’église, sous l’invocation de Notre-Dame-de-la-Purification, était un prieuré vers le commencement du xmc siècle.

2go

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Jean. Les médaillons, où se trouvent représentés le pélican et la pieta, les personnages seuls dans les deux autres médaillons, le nimbe, la couronne, les cheveux et la barbe du Christ, sont dorés ; les pieds du Sauveur reposent sur un petit reliquaire de forme rectangulaire. Des verroteries de couleur verte, jaune, blanche et rouge, à sertissure tout unie, enrichissent les montants de la croix. Les petits médaillons sertis sur le nœud de la douille sont remplis d’un émail translucide alternativement bleu et rouge.

Sur le revers de la croix et au centre apparaît Dieu le Père, assis sous un dais gothique, tenant le monde d’une main et bénissant de l’autre; aux quatre angles se trouvent les attributs des Évangélistes, portant des banderoles sur lesquelles sont inscrits leurs noms : l’aigle S. IOHANNES ; le lion S. MARCVS ; le bœuf S. LVCAS, et l’ange S. MA- TEVS; ces attributs sont dorés.

Cet objet intéressant, qui appartient au xvic siècle, a été trouvé, vers 1830, enveloppé dans un tablier de femme et caché dans les broussailles au lieu dit Travers de Servant; il a été signalé pour la première fois à l’admiration des connaisseurs par Mgr de Pompignac, évêque de Saint-Flour, et reproduit par Tudot dans l 'Ancienne Auvergne et le Velay (1).

On remarquera sur cette croix les clochettes appendues au bas de la traverse ; ces clochettes appellent l’attention et commandent le recueillement des fidèles au moment où passe la procession (2); c’est un rite particulier au culte de nos populations méridionales, inconnu dans le Nord, rare dans le centre de la France, plus répandu dans le Midi et au-delà des Pyrénées.

Une croix stationnale du xme siècle et de fabrication limousine, provenant de l’église de Berffendal (Bohuslan), et qui se trouve actuellement au Musée des Antiquités nationales à Stockholm, est munie, sous chacun des bras, d’une pendeloque accrochée à une chaînette. La croix est auréolée et potencée, et chacun des bras offre des renflements sur lesquels sont appliqués les bustes de la Vierge et de saint Jean. Le titulus porte le monogramme ordinaire du Christ : 1HS XPS (3).

Nous signalerons encore, parmi les croix qui présentent ce genre de particularités, celle d’Achetze, dans les Basses-Pyrénées, bien qu’elle ne soit pas de fabrication limousine. Elle est du xv' siècle et porte, en guise de clochettes, six longs grelots coniques (4).

Le Trésor de Roc-Amadour (Lot) possède une croix de procession qui remonte au xve siècle et dont les dimensions sortent tout-à-fait de l’ordinaire. Sa hauteur, non compris la douille qui lui sert de base, est de om8o, sa largeur de om42. Les figures 351 et 352 de la planche XXVI nous dispenseront d’une description détaillée.

Cette croix est formée de lames d’argent présentant, comme ornementation, des enroulements terminés par des fleurs. Au centre le Christ en relief, les yeux ouverts, la tête reposant sur un nimbe crucifère mais de forme carrée, est attaché par trois clous. Sur

(1) Ad. Michel, L' Ancienne Auvergne et le Velay (Cantal), pl. 76. Moulins, 1847.

(2) Quelquefois, des clochettes analogues à celles de la croix de Cassaniouze ont été attachées au calice. Mabillon, dans son Commentaire sur l’Ordre romain, cite un calice au bord duquel il y en avait ainsi de suspendues. Il était conservé dans le Trésor de Clairvaux et avait appartenu à saint Malachie, primat d’Irlande, mort dans ce monastère en 1148. Les clochettes s’agitant, lorsque le prêtre ou le diacre touchait au calice, rappelaient encore aux fidèles les sentiments de piété et d’adoration dans lesquels ils devaient persévérer pendant le sacrifice de la messe. Mabillon, Muséum italicum , t. II, p. L. Paris, 168g.

(3) O. Montelius. Fiihrer durch das Muséum vaterlandischer Alterthümer in Stockholm, trad. J. Mestorf, p. 103.

(4) Reproduite dans les Annales archéologiques, t. XIX, p. 95.

L'Œuvre de Limoges.

Cr( IX EN LAMES d’argent, AU TRESOR DE RoC-AmADOUR (Lot).

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les deux bras de la croix apparaissent les bustes de la Vierge et de saint Jean ; dans le haut est figuré le Pélican, dans le bas Adam sortant du tombeau, la tète cachée par les pieds du Sauveur. Au-dessus du tombeau se trouve l’inscription suivante que nous reproduisons en grandeur naturelle, sans en comprendre le sens :

Fig. 353. — Inscription gravée sur la croix de roc-amadour.

Sur le revers on voit au centre l’Agneau divin, et aux extrémités, dans des quadrilobes, les symboles des Évangélistes portant chacun, au lieu d’un livre, une banderole sur laquelle se trouve inscrit leur nom, en caractères gothiques et en abrégé : S : IOANfnes]; S : MA [rcus j ; S : MA[tthœusj; S : LVCjas]. Les figures, comme les ornements, sont exécutés au repoussé. 11 est à remarquer que l’Ange ne se trouve pas à la place qu’il occupe habituellement en iconographie, mais il est probable qu’il a été déplacé lors des restaurations qui furent faites à ce monument, en 1620, par l’orfèvre Charles Larose, de Gourdon (Lot), ainsi que le constate l'inscription gravée autour de la boule au-dessus de laquelle s’implante la croix : * MESSIEVRS * LES * CHANOINES * DV * CHAPITRE * NOTRE DAME * DE * ROQVEMADOVR * MONT * FAICT * REEDIFER * EN * CETE * ANNEE * 1.6.2. o * PAR CHALES * LAROVSE * ORFEBRE * DE * GOVRDOVN.

Cette boule est surmontée d’une emboîture décorée, sur une de ses faces, d’une capsule ovale qui devait abriter des reliques.

Ces petits reliquaires de différentes formes que nous remarquons sur les croix processionnelles, se retrouvent aussi sur les croix fixes qu’on posait sur l’autel. Nous en voyons un exemple sur un objet de cette nature que possède le Musée de Guéret, et qui mérite de fixer notre attention.

Il est petit, mince, plat, et découpé aux extrémités en trèfles arrondis, ajourés et ornés de cabochons (1). Le fond est gravé au burin ou poinçonné de fleurs de lis. Sur un côté le Christ est tracé au trait; sur l’autre est appliquée une figurine en relief représentant, croyons-nous, la Vierge, car nous ne connaissons cet objet que d’après une photographie que nous a gracieusement envoyée M. de Cessac. Cette représentation ne serait pas du reste insolite, car nous voyons apparaître la Vierge-Mère sur le revers d’une croix en cuivre repoussé du Musée du Vatican (2). Sur le revers de la croix de l’église des Cars, dont nous parlerons plus loin, elle figure assise, tenant le divin Enfant sur les genoux. Quand le Christ est représenté sur les deux faces de la croix, il l’est ordinairement d’un côté comme victime, et de l’autre comme triomphateur.

La croix repose sur un pied percé de fenestrages, et élevé sur un soubassement ajouré de quatrefeuilles. Les lettres initiales de la Salutation angélique se trouvent gravées sur la partie supérieure du pied, ce qui vient confirmer notre manière de voir au sujet de la représentation de la Sainte-Vierge, cette inscription n’ayant sa raison d’ètre que sur

(1) Décrite par Mgr Barbier de Montault dans le Bull, de la Soc. arch. de la Corrèze , année 1884, p. 213.

(2) Annales archéologiques, t. XXVI, p. 228, planche, p. 142. — La Bibliothèque nationale, département des Estampes, possède un volume in-folio renfermant l’œuvre de J. Barbé, placé à la suite de celui de Mallery. On voit, à la planche du folio 55, la Vierge sur la croix en regard de celle de son Fils.

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un objet qui rappelle la Mère de Dieu. On lit en effet sur la face principale, inscrit en gothique ronde : A[ve] M[aria] Gfratia], et au-dessous le mot AMEN; du côté opposé : TfecumJ B[enedicta] T (i) [u in mulieribus] E[t] . Les autres mots de la prière sont répartis sur les deux autres côtés du piédestal.

Fig. 354 et 355. — Croix ou musée de guéret; face et revers.

Une autre croix conservée à Roc-Amaclour, et qui est représentée sous les figures 356 et 357, doit être rangée dans la catégorie des croix d’autel, puisqu’elle est fixée

sur le pied qui lui sert de support. Bien que dégradée, elle offre un grand intérêt.

Cette croix en argent, ornée de filigranes, présente au centre, dans un médaillon circulaire, une ouverture laissant apparaître du bois de la vraie Croix, ainsi que le constate

l’inscription bordant la circonférence et qui est gravée sur un fond d’émail bleu trans-

lucide : * R[eliquiæJ DE LIGNO DOMINE

Des petits reliquaires rectangulaires occupaient les branches de la croix; deux existent encore; des inscriptions également sur émail bleu donnent le nom des reliques : R. DE INNOCENS R- SC LARI.

(1) Peut-être doit-on voir un I au lieu d’un T, ce qui donne alors : B[enedicta tu] I[n mulieribus].

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Le revers est très endommagé; il devait présenter la même disposition. Une inscription qui se déroule autour du médaillon central nous fait connaître qu’il renferme des cheveux de la Vierge : Rfeliquiæ] DE PILIS BEATE MARIE.

Sur le pied est appliqué un écusson semé d’hermines, armes probables du donateur. Cet écusson indique que cette croix est un cadeau princier, car on sait que dans le lan-

Fig. 356 et 357. — Croix en argent du trésor de roc-amadour (Lot). Haut. om32; larg. omi7.

gage héraldique, l’hermine est l’indice d’une haute dignité et servait à parer ou à doubler les vêtements des personnages les plus éminents.

Il est à remarquer que les croix de procession qui contiennent des reliques ne présentent point, ordinairement, d’émail dans leur système de décoration. Le Musée diocésain de Liège en possède cependant une qui offre cette particularité ; elle a été longuement décrite par Charles de Linas (1). Cette croix est potencée et auréolée; la branche supérieure mesure en longueur omo2 de plus que les croisillons latéraux. Sur la face principale (voir figure 358) le Christ en relief, couronné, les yeux ouverts, est attaché

(1) Ch. de Linas, La Croix slationnale du Musée diocésain de Liège, 1886, extrait du Bulletin de la Société d’art et d’histoire du diocèse de Liège, t. IV.

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par quatre clous sur une croix intérieure en émail vert clair rechampi de jaune, dont les extrémités se perdent dans un nuage à tons juxtaposés : bleu sombre, blanc, bleu clair, rouge, vert et jaune. Cette croix intérieure se détache sur un fond bleu semé de disques et de rosaces polychromes, et bordé cl’un filet mi-partie bleu clair et blanc. Des

(Reproduction d’un dessin communiqué par Charles de Linas.)

figurines en relief, aujourd’hui disparues, garnissaient les potences. Entre les trois branches supérieures de la croix centrale et leurs prolongements terminaux on distingue des capsules ovales, très simples, destinées à recevoir des reliques.

Le revers (figure 359) est couvert d’une mince lame de cuivre semée de trois cercles

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pointés, dont les circonférences se coupent à distances égales, et formés au moyen de trois coups de poinçon régulièrement frappés par une main très habile. Six médaillons a quatre lobes et émaillés se détachent sur le fond métallique, auquel des clous les fixent. Au centre, dans une vesica piscis, apparaît l’image du Sauveur réservée sur fond

Fig'- 359- — Crucifix du musée diocésain de liège; revers. Haut. om 5 25 ; larg. om36o.

(Reproduction d’un dessin communiqué par Charles de Linas.)

d émail. A droite et à gauche se trouvent, gravés au trait sur fond émaillé, le lion de saint Marc et le bœuf de saint Luc. L’aigle du sommet a disparu. L’homme ailé, attribut de saint Matthieu, indiqué par une simple silhouette, est représenté dans le bas, mais

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il a été restitué dans le dessin par Linas ; par suite d’une restauration, il se trouve actuellement appliqué sur la face antérieure.

Les figure 360 et 361 nous donnent le dessin de deux écussons d’applique qui ont survécu à leurs crucifix.

Fig. 360 et 361. — Appliques de crucifix limousins.

(Musée chrétien du Vatican.) (Collection Victor Gay.)

Le premier se trouve au Musée chrétien du Vatican. Le Christ, en docteur, est épargné sur champ bleu lapis orné de disques et de losanges émaillés. Le livre est rouge.

Le second fait partie de la collection Victor Gay. Le champ est en cuivre guilloché et doré, semé de fleurs polychromes et de fleurettes gravées au trait. Le personnage, qui représente probablement un apôtre, car le nimbe qui entoure sa tête n’est point crucifère, est entièrement émaillé : les carnations sont blanchâtres, la barbe et les cheveux noirs, la robe bleu clair, le manteau bleu lapis; le livre qu’il tient de la main gauche, l'ouge ; le nimbe bleu autour de la tête est cerné d’une zone rouge. Un filet bleu clair borde l’ecusson. Haut. omi5-

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