PIEDS DE CROIX
Il est souvent facile de confondre entre eux les pieds de croix et les pieds de chandeliers. Nous ferons cependant remarquer que les pieds de chandeliers ne se démontent pas, tandis que le pied de croix constitue un objet à part qu’on plaçait sur l’autel et sur lequel un clerc fixait la croix avant la célébration des saints mystères.
Les pieds de croix qu’il nous a été possible d’étudier sont tous de forme circulaire, reposant sur trois ou quatre pieds.
La figure 375 (planche XXVIII) est la reproduction d’un pied de croix conservé au Musée du Louvre ; il a la forme d’un cône tronqué porté sur trois pieds, dont les extrémités se terminent par une tête de monstre. Le fond, en émail bleu décoré d’entrelacs terminés par des fleurons polychromes, est divisé en trois parties égales, dans le sens de la hauteur, par des animaux chimériques en cuivre, dont la queue se contourne au niveau du bord supérieur (x).
Le pied, figure 376, offre beaucoup d’analogie avec le précédent. Six guivres ou lézards sans pattes l'ampent, la tête en bas, sur un fond d’émail vei't orné de rinceaux; au-dessus de leurs queues enroulées s’élève une tige dont les deux extrémités se terminent par une boule côtelée relevée de perles d’émail bleu turquoise. Ce pied est surmonté d’une croix que nous avons décrite et figurée sous le N° 364; il se trouve dans l’église de Saint-Priest-Taurion (I Iaute-Yienne) .
Celui dont nous donnons le dessin, figure 377, supporte actuellement une statue de saint Étienne de Murel. Cette statue, dont nous aurons occasion de parler, provient probablement d’une châsse. Quant au pied, il est orné de trois monstres ailés dont le dos et les yeux offrent des gouttelettes d’émail. Le fond est en émail bleu rehaussé de rinceaux en réserve et d’un fleuron ciselé offrant un peu de relief; autour du pied, qui repose sur quatre grandes griffes ciselées, se montrent en saillie une série de petites têtes de monstres dont les yeux sont en émail.
Le N° 378 donne le dessin d’un pied de croix qui se trouve dans l’église d’Obasine. Sa forme est celle d'un cône tronqué légèrement aplati et terminé, dans sa partie supérieure, par un magnifique nœud côtelé surmonté de feuillages découpés. Ce cône repose
(1) Publié par II. Shaw dans les Dresses and décorations , t. II.
L'Œuvre de Limoges.
CROIX ET CRUCIFIX
sur trois pieds ; il est divisé en sections égales par trois de ces animaux effrayants et bizarres dont il est si souvent question dans les ouvrages liturgiques. Ces animaux, en cuivre doré et ciselé, se rapprochent du caméléon. Leur tête est grotesque, monstrueuse, armée de longues cornes; l’échine est figurée par des gouttelettes bleu turquoise; les yeux sont recouverts d’un émail plus foncé, et leur queue, longuement enroulée en volute, est terminée par une tête de serpent. L’intervalle laissé libre entre ces animaux est décoré, dans la partie inférieure, de rinceaux réservés se détachant par l’éclat de la dorure sur un fond d’émail bleu ; ces rinceaux encadraient autrefois des médaillons rapportés ornés d’une rosace en relief, dont une seule subsiste. Au centre se dresse une tige destinée à recevoir l’objet auquel ce support était affecté.
Fig. 378. — Pied df. croix en cuivre doré et émaillé (xiiic siècle).
Hauteur : o'" 3 1 ; diamètre : oroi85.
Église d’Obasine (Corrèze).
Nous nous rappelons avoir vu placer sur ce pied une croix en cristal de roche ; elle a été brisée en 1881. Nous avons négligé de la dessiner, et nos souvenirs ne sont pas aujourd’hui assez précis pour pouvoir la reconstituer d’une façon certaine. Nous savons seulement quelle était composée de plusieurs morceaux de cristal de roche percés de part en part, et maintenus entre eux par une tige en fer. Le morceau du centre était rectangulaire et taillé à facettes: ceux des extrémités affectaient la forme d’une fleur 'de lis. Quelques fragments ont échappé au vandalisme de 1881; on les a actuellement ajustés tant bien que mal avec des pièces modernes, mais l’aspect de la croix n’est plus celui d’autrefois.