CATALOGUE DES CROIX ÉMAILLÉES
CONSERVÉES TANT EN FRANCE QU’A L’ÉTRANGER
Allemagne. — Église de Pfalzel. Croix stationnale, tréflée, émaillée de bleu et décorée de rosaces polychromes. Le Christ, en ronde-bosse et doré, reposant sur une croix intérieure en émail vert foncé, bordée de vert clair et de jaune. Au-dessus, une main bénissante et le double titulus IHS XPS. Au-dessous, Adam nu, assis sur un cône imbriqué; la tête seule est en relief, xin0 siècle. Haut. om6o.
Musée de Cassel. Croix stationnale, potencée. Aux extrémités, figurines émaillées en relief. XIIIe siècle.
Collection Vasters, à Aix-la-Chapelle. Christ, cuivre doré, perizonium émaillé de bleu. Perles de verre aux yeux et sur la couronne. Haut. om 23. XIIIe siècle.
Musée d'art industriel (Kunstgewerbe Muséum) à Berlin. Croix stationnale. Christ en relief, à. perizonium émaillé, accosté de la Vierge et de saint Jean. Au revers, la Majestas Domini ; aux extrémités, les symboles des Evangélistes. Figures réservées sur champ bleu à rinceaux épargnés; têtes en relief. XIIIe siècle.
Collection A. Schnütgen, à Cologne. Ecusson d'applique. Dans une vesica piscis ovale, le Christ de majesté, réservé sur un champ émaillé. Haut. om 125. XIIIe siècle.
Angleterre. — Collection Robert Curzon. Crucifix habillé; robe bleue; croix en émail bleu orné de rosettes polychromes. Haut. om27. Fin du XIIe siècle. — Crucifix accompagné de quatre figurines en relief. Le champ de la croix est bleu semé de rosettes. Au revers, plaques émaillées représentant la Majestas Domini et des anges. Haut. om4i. XIIIe siècle.
Collection du R. Walter Sneyd. Christ couronné, entièrement vêtu d’un costume émaillé. Haut. om25. XIIIe siècle. — Crucifix reposant sur un pied circulaire à trois pattes. Christ en bas-relief; la croix est émaillée de bleu avec rosettes polychromes; au revers sont gravés un Agnus Dei et des rinceaux. Haut. om28. XIIIe siècle.
Bibliothèque Bodlèienne , à Oxford. Christ habillé; tunique bleu lapis à limbe bleu turquoise; robe vert foncé, bordée de rouge. Carnations dorées. XIIIe siècle.
Autriche. — Monastère de Saint-Paul (Carinthie). Croix auréolée ; champ bleu semé de disques et de rosaces polychromes. Au sommet de la croix, main bénissante. Titulus IHS. Christ couronné, en relief, appliqué à un arbre de couleur; yeux émaillés. Au-dessous, une tête de mort et une terrasse conique. Travail grossier. XIIIe siècle.
Eglise de Bartholomœiberg (Vorarlberg). Croix stationnale. Face couverte d'émail bleu semé de cabochons. Aux quatre extrémités, une demi-figure en relief, émaillée. Christ en demi-relief, barbu, couronné, sans nimbe, perizonium en émail bleu. Revers, au centre, la Majestas Domini; aux extrémités, dans des quatrefeuillcs, trois aigles et un ange nimbé, épargnés sur fond versicolore semé de X et de billettes. XIIIe siècle. Titulus SHX XPS.
BAVIÈRE. — Musée germanique de Nuremberg . Croix stationnale auréolée. Au centre, le Christ en relief, couronné et barbu, attaché par trois clous. Titulus oblique INRI; aux extrémités, des figurines aujourd’hui disparues. Revers métallique à enroulements gravés, épargnés sur fond guilloché. Au centre, dans une vesica piscis festonnée et émaillée, le Christ debout, en docteur. XIIIe siècle. — Plusieurs autres croix de la même époque. — Deux écussons détachés d'une croix. XIIIe siècle. — Croix stationnale fleuronnée. Christ en relief sous la Main divine; plaques en cuivre gravé rehaussé de cabochons; un ange, la Vierge et saint Jean, sont représentés à mi-corps. Revers : Majestas Domini; quatrcfeuilles inscrivant des anges en buste; symboles des Evangélistes. Sauf le Christ, les personnages sont épargnés sur fond bleu. XIIIe siècle. — Autre croix, dont le revers est formé de lames d'argent estampé d’un semis de fleurs de lis, et sur lesquelles on a appliqué des figurines en cuivre doré et repoussé représentant Dieu le Père et les symboles des Evangélistes. XIIIe ou XIVe siècle. — Crucifix : lame de métal complètement émaillé; carnations rosées; cheveux, barbe, perizonium, titulus et suppedaneum bleus; nimbe à croix rouge, champ de la croix vert sombre à rinceaux en réserve. Commencement du XIIIe siècle. — Crucifix en cuivre estampé; le Christ, dont le
CROIX ET CRUCIFIX
perizonium est blanc et bleu, repose sur une croix plus petite émaillée des mêmes couleurs. XIIIe siècle. — Christ dont la robe est incrustée de bleu lapis moucheté de blanc. XIIIe siècle. — Deux écussons de croix stationnâtes : Christ debout sur champ émaillé. XIIIe siècle.
Musée national de Munich. Crucifix émaillé, accosté de la Sainte-Vierge et de saint Jean. XIIIe siècle.
BELGIQUE. — Musée archéologique de Namur. Christ émaillé sur relief, bleu, rouge et blanc; provient de l'église d’Achet. Haut. om2i3. XIII0 siècle.
Musée des Antiquités, de Bruxelles (Porte de Hal). Deux Christs en relief, perizonium et yeux émaillés. XIIIe siècle. — Crucifix en cuivre doré et en relief sur croix émaillée en bleu et vert, avec rosaces polychromes. XIIIe siècle. — Crucifix en cuivre; aux extrémités de la croix, les symboles des Évangélistes émaillés; provenance, Huy. XIIIe siècle. — Crucifix dont la croix est ornée de quatre écussons émaillés, comportant des figures à mi-corps. XIVe siècle. — Croix en cuivre doré et argenté. — Six écussons en émail champlevé et niellé de rouge, représentant les symboles des Évangélistes, les saintes Femmes au tombeau, un crâne et des os en sautoir. XIVe siècle.
Musée des Antiquités, à Anvers. Crucifix émaillé. XIIIe siècle.
Collection de M. G. Vermeersch, à Bruxelles. Croix stationnale rehaussée d’émaux champlevés et de cabochons. Le Christ porte une couronne crénelée; le perizonium est émaillé. XIIIe siècle.
Collection de M. A. Mertens. Croix stationnale dont les extrémités sont ornées des symboles des Évangélistes émaillés. Trois lions soutiennent le pied où les quatre Évangélistes figurent dans leur forme humaine. XIIIe siècle.
Collection de Mmc la baronne de Wolf. Crucifix en émail bleu semé de rosettes. XIIIe siècle.
Collection de M. le comte G. de Nèdonchel. Figurines émaillées détachées d'une croix : le Christ, la Vierge et saint Jean. XIIe siècle.
DANEMARCK. — Musée des Antiquités du Nord, à Copenhague. Croix auréolée et potencée. Champ bleu semé de disques inscrivant des quatrefeuilles. A chaque extrémité des traverses et au-dessus de la tête du Christ, un ange épargné, le Sauveur bénissant sortant d'un nuage sous lequel on voit le Soleil et la Lune, la Sainte-Vierge, saint Jean. Au bas de la croix la silhouette d'un personnage nimbé, debout, foulant aux pieds le dragon. Le Christ en relief, couronné, les reins ceints d'un perizonium qui lui descend jusqu’aux genoux, est cloué à un arbre intérieur au bas duquel se trouve une tête de mort. Titulus XPX. Haut. om 612 ; larg. om352. XIIIe siècle.
France. — Musée du Louvre. Crucifix d’applique. Le Christ, en relief et ciselé, est attaché par quatre clous à une croix intérieure émaillée de vert qui se détache sur un fond bleu orné de rosaces. Titulus : XPS IN. Au-dessous Adam, dont la tête seule est en relief. Haut. omi7. XIIIe siècle.
Musée de Cluny. Trois croix dont le Christ, en cuivre repoussé et doré, porte une couronne; perizonium émaillé. Haut. om 16, om20 et omi7. XIIIe siècle. — Petite croix dorée et émaillée; au revers, ornements gravés. Haut. om20. XIIIe siècle. — Croix en cuivre repoussé, doré et orné de pierreries. Le Christ entre la Vierge et saint Jean; dans le haut un ange tenant un globe crucifère; en bas un autel mystique. Revers : l’Agneau et les symboles des Évangélistes; ornements : rinceaux exécutés au repoussé. Haut. om40. XIIIe siècle. — Croix en cuivre repoussé et doré, montée sur pied à six pans. D'un coté, le Christ et les symboles des Évangélistes; de l’autre, la Vierge portant son divin Enfant, les figures de la Foi, de la Justice, de la Tempérance et de la Force. Haut. om32. XVe siècle. — Croix processionnelle décorée d'appliques en argent repoussé. Haut. om6o. XVIe siècle.
Collection Spitzer. Au centre, dans un médaillon en émail blanc, se détache l’Agneau mystique gravé au trait; aux extrémités, sur fond bleu, les symboles des Évangélistes, dont les tailles sont remplies d’un émail rouge foncé. XIIIe siècle. — Deux plaques de croix du XIIIe siècle. Sur l’une l'Agneau divin, gravé, niellé d’émail bleu, sur fond bleu orné de rosaces réservées ; sur l’autre une croix à branches égales, émaillée de rouge, inscrite dans un cercle. Entre les bras et aux extrémités de la croix on lit l’inscription : EDMA I LAAD. — Crucifix en plate peinture. Champ d’or à filets turquoise. Christ entièrement émaillé : carnations blanches, perizonium bleu; nimbe à zones festonnées et émaillées; titulus bleu à fond métallique. Le suppedaneum bleu repose sur une tête de mort blanche. Un encensoir se montre aux extrémités des croisillons. Fin du XIIe siècle.
Ancienne collection Ducatel. Croix processionnelle en cuivre doré. Christ et saints personnages appliqués
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
aux extrémités, en haut relief. Travail très grossier. Haut. om 75. XIIIe siècle. — Croix en émail bleu. Christ en relief rapporté et doré ; perizonium bleu et vert. Haut. om 18. XIIIe siècle. — Croix dont les branches sont ornées de quatrefeuilles en émaux polychromes sur fond bleu. Le Christ manque. Haut. om3g. XIIIe siècle. — Plusieurs figurines provenant de différentes croix, entre autres un ange tenant le croissant de la Lune.
Collection Ch. Weber. Le Christ attaché par trois clous, la Vierge, saint Jean, un ange et Adam, en relief, sont fixés au centre et aux extrémités de la croix. Le pélican, le titulus, les deux larrons sont représentés sur les bras de la croix en réserve sur fond bleu. Revers : au centre, Dieu en majesté gravé sur émail bleu; aux extrémités, les symboles des Evangélistes. XIVe siècle.
Collection Picard. Croix émaillée de vert sur laquelle est fixé par quatre clous un Christ, dont le perizonium est émaillé de bleu, de vert et de jaune. XIIIe siècle.
Lille [ ancienne collection Legrand). Croix auréolée, potencée et tréflée. Le Christ en ronde-bosse est perdu ; sa silhouette réservée se détache sur une croix bleue, cantonnée aux angles de rosettes à pétales bruns, gris et blancs. Les potences encadrent des demi-figures émaillées dont les têtes sont en relief. Cinq médaillons circulaires, sertis en relief, rehaussent les espaces compris entre la plaque centrale et les potences. Même disposition sur le revers, qui montre au centre le Christ de majesté dont la tête est en relief, et aux extrémités les symboles des Evangéliste. Haut. om45- XIIIe siècle. Provient du monastère de Sainte- Colombe (Blandecques, près Saint-Omer).
Musée de Rouen. Trois crucifix émaillés du XIIIe siècle. Le suppedaneum, sur l'un, est rouge coupé obliquement par un fer de lance ; sur l’autre il est traversé par une feuille lancéolée ; sur le troisième il est remplacé par une terrasse trifide. — Applique de crucifix. Disque, champ d'or; buste du Christ bénissant de la main droite, un codex rouge dans la gauche; carnations blanches; barbe brun clair; robe verte; manteau bleu. Nimbe crucifère vert et rouge. Diam. omo6. XIIIe siècle.
Musée de Saint-Lô. Crucifix. Christ en cuivre repoussé, champlevé et émaillé, fixé par quatre clous. XIIIe siècle.
Musée du Mans. Christ en relief, attaché par quatre clous, à jupon émaillé de bleu. Au pied : figurine rapportée et émaillée. Fond : cuivre maté, orné de cabochons. Revers : le Christ et les symboles des Evangélistes sur un fond de cuivre orné de rosaces émaillées. XIIIe siècle.
Musée de Guéret. Croix de procession à double traverse, tréflée. Au centre le Christ en relief, non couronné, attaché par trois clous sur une croix intérieure ébranchée, figurée par des traits gravés en creux; un petit reliquaire ajouré, fixé par une charnière et une goupille, est placé à la rencontre des branches supérieures. Revers : cuivre doré orné de rinceaux gravés; au centre : médaillon circulaire en émail bleu décoré de rosaces polychromes inscrivant le Christ imberbe vu à mi-corps ; aux extrémités de la croix, les symboles des Evangélistes en réserve dans des quadrilobes.
Bordeaux [ Musée des Antiques). Christ en plate peinture, en émail blanc pour le corps, violet pour la tête, bleu pour le jupon. Les cheveux seuls sont réservés et gravés. Croix bleue à disques polychromes; dans le bas une tête de mort. XIIe siècle. — Croix auréolée; Christ couronné, en relief, fixé par quatre clous, sur un fond émaillé. XIIe siècle. — Croix fleuronnée ; Christ couronné, en relief, fixé par trois clous. Aux extrémités : un ange, la Vierge, saint Jean, Adam. Revers : l’Agneau pascal entre les quatre symboles des Evangélistes dans des quadrilobes. XIIIe siècle.
Périgueux [Musée de). Plaque de croix auréolée; la tête est plus longue que les bras. Christ couronné, en relief sur fond bleu orné de disques émaillés. Dans le bas Adam. Haut. ora23. — Croix de procession fleuronné ; le Christ et deux des personnages appliqués sur les montants de la croix ont disparu. Haut. om45. XIIIe siècle.
Limoges [Musée Dubouchè). Croix fleuronnée en cuivre doré décoré de personnages gravés au trait. Dans le haut, un ange tenant un croissant; sur les bras, la Vierge et saint Jean; dans le bas, saint Pierre; au centre, le Christ en relief. Revers : le Christ, imberbe, entouré des symboles des Évangélistes. Haut. om3i5. xme siècle.
Collection Durand. Christ en relief, les yeux ouverts, appliqué par quatre clous sur une croix intérieure émaillée. Titulus : IHS. Haut. om 195.
Collection veuve Du Boys. Christ analogue au précédent. Titulus : IHS XPS. Haut. om 192.
Corrèze [Eglise de Dampniat). Christ en relief à jupon émaillé appliqué sur une croix moderne.
CROIX ET CRUCIFIX
Église de Soudeilles. Croix fleuronnée en cuivre gravé orné de rinceaux. Haut. om68. XIVe siècle.
Italie. — Musée Poldi-Pezzoli. Crucifix. Croix auréolée et potencée. Le Christ et quatre anges placés aux extrémités de la croix sont intégralement émaillés. Carnations blanches; le reste bleu foncé, bleu clair, rouge, vert et jaune; fond gravé. Le titulus porte la mention suivante en quatre lignes : lesvs Nazarenvs rex Ivdeorvm. Le z de Nazarenvs prend la forme d’un 8. Xlle-Xin° siècle. — Crucifix en cuivre doré rehaussé de cabochons; aux extrémités des branches de la croix, les Evangélistes. Figures en relief, ciselées et partiellement émaillées. Le revers de la croix est polychromé. XIIIe siècle.
Collection Giov. Lucini Passalaqua. Deux crucifix en relief rehaussé d'émail. XIIIe siècle. — Crucifix; la Sainte-Vierge au pied de la croix; personnages émaillés sur relief. Commencement du XIIIe siècle.
Collection Gian-Giacomo Trivulzio. Crucifix émaillé sur relief; au bas, un médaillon avec des anges.
Musée chrétien du Vatican. Cinq Christs en cuivre, détachés de la croix, et dont le perizonium est en émail bleu ou blanc. — Deux croix stationnales. Un ange tenant un livre. XIIIe siècle. Un crucifix accosté de la Vierge et de saint Jean dans un quatrefeuilles. La scène de la Résurrection reproduite également dans un quatrefeuilles, et un Agnus Dei portant l'étendard victorieux inscrit dans un losange ; ces trois dernières pièces, du XIVe siècle, semblent être les débris d'anciennes croix. — Deux plaques ovales aux bords festonnés représentant le Christ; elles ont dû appartenir à une croix stationnale et ont été données au pape Benoît XIV par un collectionneur florentin, le chevalier Francisco Vittorio. La première mesure om 145 sur om 110; la seconde ora 16 sur om 11. XIIIe siècle.
RUSSIE. — Musée de V Ermitage (ancienne collection Basilewsky). Christ habillé et barbu, détaché de sa croix. Robe à longues manches, rouge, vert et jaune, recouvrant un vêtement rouge, bleu clair et blanc. Tunique de dessus bleu lapis garnie d’orfrois. Carnations en métal; yeux en verre. Couronne émaillée de bleu avec rinceaux épargnés et verroteries. Haut. om305. XIIIe siècle. — Croix stationnale, auréolée. La face principale, en émail bleu lapis avec rosaces, est revêtue de cinq plaques émaillées. Sur celle du milieu, en forme de croix, se trouve un Christ repoussé dont le nimbe et le perizonium sont émaillés; titulus XHS- XPS. Au bas Adam, réservé et gravé, sort d'un tombeau émaillé. Dans le haut le Sauveur émaillé; aux extrémités des bras de la croix la Vierge et saint Jean. Le revers représente la Majestas Domini (tête rapportée) entourée des symboles des Évangélistes épargnés sur champ bleu semé d’ornements polychromes. Haut. om 59. xme siècle.
Suède. — Musée royal des Antiquités, à Stockholm. Croix de procession, potencée. Christ en relief, coiffé d'une haute couronne; perizonium émaillé; quatre clous; titulus : IHS XPS. Aux deux bras de la croix, deux figures à mi-corps, en relief et émaillées. XIIIe siècle. Provient de l'église de Berffendal (Bohuslan). — Deux croix, analogues à la précédente, provenant l'une de l’église d’Œggestorp (Smaland), l'autre de celle d'Hammarby (Sodermanland). — Crucifix, fragments divers. XIIIe siècle.
PLAQUES DE RELIURE
L’art chrétien étala le plus grand luxe sur les couvertures des livres liturgiques, et surtout des évangéliaires et des psautiers, que la calligraphie, la peinture, la typographie et la gravure se sont plu à décorer intérieurement avec tant de complaisance (i).
L’Évangéliaire, comme son nom l’indique, est le livre qui renferme les saints évangiles. 11 est d’usage, depuis longtemps, d’appeler Lectionnaire ou Épistolier le livre qui sert au sous- diacre pour le chant de l’épître à la messe solennelle, et Èvangèliciire ou Évangelier (2) celui qu’emploie le diacre pour la lecture de l’évangile, mais autrefois ces deux livres étaient compris sous la dénomination générale de Textes. Cette dénomination a été appliquée, pendant tout le Moyen-âge, aussi bien à la couverture du livre (3) qu’au texte même qu’elle renferme (4).
C’était sur l'Évangéliaire, presque toujours fermé, que se faisaient les prestations de serment exigées tant des ecclésiastiques que des laïques (5); dans un grand nombre d’églises, le clergé baisait, à certains moments des offices, ce livre sacré qui restait exposésur l’autel pendant tout le temps de la messe solennelle.
Le Psautier est le recueil des chants religieux et nationaux des Juifs, contenus dans l’Ancien-Testament, et dont on attribue la composition au roi David, bien qu’ils ne soient pas tous de lui. Ces chants sont au nombre de 150, et leurs mélodies ont été disposées dans un ordre régulier par Grégoire-le-Grand. Ce pape appropria ces psaumes au service de la liturgie, les fit suivre d’une antienne, les classa suivant les exigences des Heures canoniales et en forma un ensemble parfait.
Lorsque, vers le commencement du ive siècle de notre ère, un changement s’opéra dans la disposition des manuscrits et qu’ils passèrent de leur état primitif de rouleau, volumen, à une forme d’abord étroite et allongée, puis à peu près carrée, on s’efforça
(1) « 1023. — Textum Evangelii deforis quidem ex uno latere adopertum auro purissimo, et gemmis valde pretiosis ; ab intus vero uncialibus literis, atque figuris aureis mirifice decoratum ». Bulla Benedicti VIII. P. P. in Bnllar. Casin. et Léo Ost. lib. II, c. 44.
(2) « 1374. Lors vient le prélat qui les doit béneir, tenant le livre évangelier sur sa poitrine ». Rational de Guill. Durand, trad. de J. Goulain, ms. Richet. 437, f° 62.
(3) « 1382. — Deux textes sans escriptures dont li bors sont descouvers en plusieurs lieix ». Inverti, du Trésor de l'église Sainte-Anne de Douai.
(4) « Produxerunt très tabulas... quarum una ultra centum annorum antiqua, magni Textus, continet illius S. Wernheri primæva nonaginta miracula ». Processus de B. Wernhero Mart. tom. 2. Aprilis pag. 715. Du Cange, Glossaire, verbo Textus.
(5) « De purgalione et réconciliations Pétri Episcopi.... Qui Episcopus, dum cum quibus juraret non invenisset, elegit sibi ipse, ut suus homo ad Dei judicium iret, et ille testaretur absque reliquiis, et absque sanctis Evangeliis, solummodo coram Deo, quod ille innocens esset ». Conc. Francof., an. 794, apud Sirmund., Concil., t. II, p. 196. Citation de Mgr Barbier de Montault.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
de trouver un système de couverture appropriée à la mode nouvelle. Du ive au ixe siècle, cette couverture est ordinairement en ivoire ; du ixe au xne siècle, l’ivoire est mêlé au métal et enrichi de pierreries; mais à partir des xne et xmc siècles et jusqu’à la fin du xive, l’ivoire est généralement abandonné, on se sert du métal plein et l’on a recours à l’or, à l’argent, au cuivre émaillé, décoré souvent de pierres précieuses. Du xive au xvne siècle et jusqu’à nos jours, on jugea que l’étoffe, le bois et le cuir étaient assez bons pour recouvrir les livres ecclésiastiques. L’étoffe est riche, il est vrai, d’or, d’argent ou de soie ; le bois est plus ou moins travaillé, le cuir est relevé d’arabesques, mais quelle pauvreté devant la couverture de l’évangéliaire de Charles-le-Chauve et devant celles d’Henri II et d’un grand nombre d’évêques et d’abbés !
Le plus ancien exemple de reliure métallique nous est donné par Georges Cédrenus, chroniqueur grec du xie siècle. Cet auteur dit qu’en 326, l’empereur Constantin offrit à la principale église de Rome les quatre évangiles couverts cfor et de pierres précieuses (1).
Les évangéliaires sont généralement ornés, au plat supérieur, d’une Crucifixion qui avait son pendant dans la Majesté de Dieu, au plat inférieur. Nous en avons un exemple dans une reliure émaillée de la bibliothèque de Saint-Gall en Suisse; elle est du xme siècle et du format in-folio. Les émaux sont d’un travail assez grossier, mais l’objet est d’autant plus intéressant qu’il est complet, et que généralement on ne trouve dans les collections que des plaques isolées. On voit d’un côté le Christ en croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de deux anges; les personnages, dont les têtes sont en relief, sont épargnés sur champ bleu. Le revers présente le Christ en relief, assis dans une auréole elliptique, cantonnée par les attributs des Évangélistes. Cette reliure est encadrée par une bordure émaillée dont les angles montrent des médaillons inscrivant un ange à mi-corps, porteur d’un disque crucifère.
Au surplus, de nombreux textes nous font connaître que cette disposition était le plus souvent adoptée pour l’ornementation des couvertures des livres liturgiques (2).
Quelquefois cependant, mais bien rarement, on trouve l’image de la Vierge sur l’un des plats de la couverture (3).
Le Musée de Nevers possède une plaque de reliure représentant la Crucifixion et qui offre, au point de vue de l’iconographie, un intérêt tout particulier. Le Christ barbu, les yeux fermés, la tête nimbée et fortement inclinée à droite, les pieds reposant sur un suppedaneum , est attaché par quatre clous à une croix auréolée, d’une largeur inusitée, en émail bleu rehaussé de petites croix réservées dans le métal doré. Le corps est en
(1) « Cedrenus igitur, in Conslaniino an. 21, refert eundem imperatorem volumina evangelica auro puro, ac unionibus, prætiosisque lapidibus fulgida obduxisse, et in magno Urbis templo collocasse, non pretio tantum quam magnifica principis pietate miranda ». Ciampini, Vet. monimenta, t. I, p. 1 3 1 , col. 2.
(2) On lit dans l’Inventaire de Parme de 1483 : « Textus evangelicus magnus, argento munitus, cum Domino nostro in cruce ab una parte et ab alia ipso Domino in throno. — Alius textus evangelicus minor, argento munitus, cum Domino nostro in cruce ab una parte et ab alia ipso Domino in throno. — Alius textus evangelicus, argento munitus, cum Domino nostro in cruce argento deaurato ab una parte et ab alia ipso Domino in throno et cum litteris smaltis ». Citations de Mgr Barbier de Montault. La Plaque émaillée du Musée de Nevers.
(3) « Le Psautier du comte Henry garni d’argent et de cuivre doré.... Il y a, d’un côté, l’image de la Sainte-Vierge, poussée en relief, sur un croissant doré. De l’autre côté, il y a cinq figures d’ivoire, savoir : celle de Notre-Scigneur en croix et celles des quatre Évangélistes » Mémoire (rédigé en 1704) des reliques, reliquaires et tombeaux de l'église collégiale de Saint-Estienne de Troyes , publié dans les Annales archéologiques, t. XX, p. 9. Le Psautier du comte Henri existe encore. Il est conservé dans le Trésor de la cathédrale de Troyes, mais il a été dépouillé depuis longtemps de sa riche couverture.
PLAQUES DE RELIURE
émail blanc; le jupon, qui ceint les reins et descend jusqu’aux genoux, est en émail bleu bordé de vert. Au-dessus de la croix se lit, sur trois lignes l'inscription : lïTs NA- ZARENVS REX IVDEORV. Au-dessous, Adam, à qui le sang divin a rendu la vie, sort du tombeau. La figure et les bras sont en émail blanc, la barbe et les cheveux en émail rouge (voir figure 379).
Fig. 379. — Plaque de reliure (xiii® siècle). (Musée de Nevers.)
La Vierge et saint Jean, désignés par leurs noms : S. MARIA, S. 101 U S, inscrits en bleu sur une bande horizontale, se tiennent debout de chaque côté de la croix. La Vierge porte une robe et un manteau verts, saint Jean une tunique bleu clair et un manteau bleu foncé. Les personnifications du Soleil et de la Lune surmontent les bras de la croix. Le Soleil, SOL, vêtu d’une robe bleu clair et d’un manteau bleu foncé, a un nimbe vert bordé de jaune d’où s’échappent des rayons triangulaires. La Lune, LVNA, ayant une
robe verte et un manteau blanc, soutient de sa main droite un croissant bleu émergeant du nimbe qui entoure sa tête. Deux vers léonins, dont les lettres en émail bleu se déroulent sur les bords de la plaque, ont rapport à ces deux astres :
* HIC ETIAM PLANGIT SIMILISS QVE PASSIO TANGIT Le Soleil pleure Celui que la passion (la souffrance) atteint.
STELLA MAYIS PLORAT GENITVM QVE[m[ MVNDVS ADORAT La Lune, appelée étoile, pleure le Fils de Dieu que le monde adore.
Le fond de la plaque est en cuivre doré rehaussé d’un dessin vermiculé imitant de délicats rinceaux. Ce dessin, gravé au trait, est une des caractéristiques des œuvres limousines, nous l’avons vu sur le Christ de M. Bonnay (figure 332), nous le rencontrerons sur un grand nombre de châsses.
On remarquera que l’émail de la croix est bleu clair au lieu d’être vert, comme on le voit habituellement. Adam est entouré du nimbe qui caractérise les bienheureux. Ce cas est tout-à-fait particulier mais ne doit pas nous surprendre, car la Bible certifie le salut du premier homme. L’auteur du livre de la Sagesse dit que Dieu le tira de son péché (1), et les Pères enseignent qu’il fit une solide pénitence. Le Soleil est représenté les pieds nus, et l’on sait qu’en iconographie chrétienne, la nudité des pieds est un signe caractéristique de Dieu, des anges et des apôtres; il n’en est pas ainsi des autres saints; les seuls envoyés de Dieu chargés de faire connaître sa volonté aux hommes sont déchaussés.
Toutes les figures, à l’exception de celle du Sauveur qui est ciselée et rapportée, sont en réserve ; elles sont de beaucoup trop petites pour le corps qui les supporte. En revanche, les mains et surtout les pieds de saint Jean ont des proportions exagérées, ce qui doit d’autant plus nous étonner que le Christ, dans son ensemble, est d’un dessin régulier (2).
La couverture d’évangéliaire qui appartient au chevalier Brambilla, à Pavie, est dans un état parfait de conservation; elle a conservé sa bordure, qui est en saillie, pour protéger la surface plane de la plaque, la partie la plus précieuse et la plus intéressante. Cette bordure se compose d’un fond bleu lapis et bleu clair sur lequel se déroulent des rinceaux en réserve, terminés par des fleurons rouge, vert et jaune. Le biseau qui fait rejoindre la bordure a la plaque est en cuivre gravé de losanges et de points.
Quant à la plaque centrale, elle est décorée d’un sujet qui, à quelques variantes près, a presque toujours été reproduit de la même façon par les artistes limousins (voir planche XXIX, figure 380).
Sur une montagne mamelonnée et que domine le tombeau d’Adam, s’élève une croix en émail vert à laquelle est attaché par quatre clous le divin Crucifié. Sa tête est nimbée; elle est surmontée du double monogramme des noms de Jésus et de Christ : IMS XPS, et d’une main bénissante'. A ses côtés, dans le haut, se trouvent deux anges vus à micorps, et dans le bas les deux témoins accoutumés du drame de la Passion : la Vierge et saint Jean; ces deux derniers sont représentés debout. Tous les personnages, dont les têtes seules sont en relief, se détachent en réserve sur un fond bleu constellé de
(1) « Custodivit et cduxit ilium a delicto suo ». Sap. X, 2. Les rabbins émettent la même opinion.
(2) Cette plaque de reliure a été signalée pour la première fois par M. Barat au Comité historique des Arts et Monuments, (année 1845, pc volume, p. 342). Elle a été décrite et figurée par Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze , année 1889, tome XI, p. 3 1 1.
Fig. 38o
Couverture d’évangéliaire en émail champlevé. (Collection Brambilla, à Pavie.)
(XIIIe SIECLE
PLAQUES DE RELIURE
rosaces polychromes (i). Il est à remarquer que dans les représentations de ce genre, les anges vus à mi-corps émergent ordinairement d’une bande émaillée simulant un nuage. Dans la plaque que nous décrivons, l’artiste a placé la moitié d’une rosace à la place du nuage traditionnel.
La Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, possède une couverture d’évangiles qui offre de grands points de ressemblance avec celle du chevalier Brambilla. Le Christ seulement est en relief; dans le bas de la croix on voit une tête de mort. Il en est de même d’un objet analogue de la collection Ducatel. mesurant om 22 sur om 10, et décrit et figuré sous le N° 17 du Catalogue. Dans ces trois pièces, qui remontent au xme siècle, le mouvement des personnages est un peu différent, mais les têtes, également ciselées et rapportées et que nous reconnaîtrons sur un grand nombre de châsses, sont pareilles à celles de la plaque du chevalier Brambilla; elles sortent des mêmes moules. Les trois plaques proviennent assurément d’un même atelier.
La figure 382 de la planche XXX est la reproduction d’une couverture d’évangéliaire du Musée de Cluny. Elle est du xme siècle; sa hauteur est de om 30. Le Christ en relief, couronné mais non nimbé, les yeux ouverts, revêtu d’un jupon émaillé qui descend jusqu’aux genoux, est attaché par quatre clous à une croix en émail ornée de fleurons polychromes; les pieds reposent sur un suppedaneum rectangulaire. Dans le haut de la croix sont figurés une main bénissante et le titulus IHS XPS ; dans le bas on voit Adam sortant du tombeau et levant les mains vers son créateur. La Vierge et saint Jean debout et deux anges vus à mi-corps, représentés par des figurines en relief et émaillées, entourent la croix ; ces figurines sont appliquées sur un fond de cuivre doré, rehaussé de fleurons estampés et de cabochons maintenus par des sertissures rondes, carrées ou ovales et rapportées après coup. Cette couverture d’évangiles est entourée d’une bordure en saillie formée par des pierreries et des plaques d’émail bleu ornées de rinceaux en réserve.
La figure 383, même planche, nous donne le dessin cl’un psautier de la cathédrale de Lyon. Le manuscrit, qui date du milieu du xne siècle, est décoré d’un certain nombre de lettres peintes sur fond d’or. Il est enchâssé dans une reliure dont le plat supérieur existe encore. On y a représenté la Crucifixion. Le Christ, les yeux ouverts, ayant sur la tête une couronne très élevée, et entouré du nimbe crucifère, est vêtu d’un jupon émaillé de bleu qui descend jusqu’aux genoux. Il est en relief et rapporté, comme la croix émaillée de vert sur laquelle il est fixé, sans suppedaneum, par quatre clous. A gauche et à droite de la croix se trouvent, dans le haut, deux bustes d’anges portant le Soleil et la Lune; dans le bas, la Sainte -Vierge et saint Jean debout. Les personnages, en relief et émaillés, sont rapportés sur un fond de cuivre guilloché, doré et semé de cabochons de verre. Le tout est entouré d’une double bordure; l’une, très étroite, est formée par des croisettes en réserve sur fond d’émail; l’autre, plus large, se compose de plaques émaillées en bleu, alternant avec des plaques de cuivre gravées, ornées de cabochons. Cette dernière est en saillie et se relie à la plaque centrale au moyen d’une bandelette de cuivre doré et gravé.
Les raisons développées aux pages 250 et suivantes nous autorisent à regarder la couverture de ce psautier comme une œuvre de Limoges. Les jambes du Christ un peu superposées, le croisillon supérieur de la croix plus long que les branches latérales,
(1) La plaque émaillée du chevalier Brambilla a été décrite, avec figure, par Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze , année 1888, t. X, p. 87.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
l’inscription du titulus IHS XPS, sont des particularités qu’on ne rencontre point chez les émailleurs allemands. Ajoutons que les écoinçons émaillés de la bordure se retrouvent absolument pareils sur deux couvertures d’évangiles de l’église de Saint-Nectaire (Puyde-Dôme). La nationalité de ces deux objets ne peut être mise en doute.
Fig. 381. — Plat inférieur d’unf. couverture d’évangéliaire (xiii' siècle).
Haut. om 2 24 ; larg. om 111.
(Musée du Louvre.)
Les bordures de ces couvertures d’évangéliaires offrent une grande analogie avec celle du psautier de Lyon, mais ces deux objets ont subi des remaniements regrettables. Sur l’un d’eux, le Christ qui y est figuré rappelle celui du Musée de Cluny (figure 382). Audessus des croisillons de la croix apparaissent deux statuettes d’anges en émail dont la partie inférieure des jambes se perd dans une zone de nuages; au-dessous l’on a fixé deux panneaux provenant d’une châsse et qui représentent en relief deux apôtres. On
L'Œuvre de Limoges.
. 382. - Couverture d’évangéliai re . (Fin du xii« siècle.) Fig. 383.- Plaque de reliure d’un psautier. (Fin du xne siècle.)
(Musée de Cluny.) (Cathédrale de Lyon.)
PLAQUES DE RELIURE
remarque encore, au-dessus de ces panneaux, la silhouette du nimbe qui ornait la tête des statues primitives. L’autre plaque mesure om3i de hauteur; sa largeur est de omi85. Au centre était une auréole elliptique qui a disparu et que l’on a remplacée par une feuille de cuivre supportant aussi un panneau de châsse offrant en relief l’image de la Vierge debout tenant l’Enfant Jésus. Des anges en relief et émaillés occupent les quatre angles. Le fond de ces plaques de reliure, qui remontent au xme siècle, est formé de minces lames de cuivre doré, orné d’une série de petits cercles concentriques généralement réunis trois par trois et frappés à l’aide d’un poinçon. L’ensemble de la décoration est complétée par une série de cabochons maintenus dans des bâtes rapportées après coup.
Nous avons dit que le plat inférieur des couvertures des livres liturgiques offrait, le plus souvent, la représentation du Christ dans sa gloire. Nous l’avons déjà vu sur la belle plaque de la collection Spitzer (voir page 150 et figure 225), nous le voyons encore sur un objet analogue possédé par le Musée du Louvre (voir figure 381).
Le Christ en relief, barbu, la tête ornée d’un nimbe bleu croiseté de rouge et accosté de l’A et de l’Q, est assis sur un arc nuageux; il bénit de la main droite et tient de la gauche un livre fermé. Une auréole elliptique, formée de deux zones, l’entoure; la première verte, la seconde imitant des nuages sur fond bleu : ces mêmes nuages se retrouvent sur la bordure du haut et du bas de la plaque. Aux quatre angles sont figurés les symboles des Évangélistes indiqués en réserve, avec têtes en relief rapportées. Le fond de la plaque est bleu lapis constellé de rosaces polychromes.
On voit, au Musée des Antiquités de la Seine - Inférieure , une plaque de reliure qui offre la plus grande analogie avec celle que nous venons de décrire. Elle est à peu près de mêmes dimensions. Les têtes des Évangélistes proviennent des mêmes moules, ce qui indique une même origine de fabrication. Le Christ, dont le costume est un peu différent, est assis sur un coussin qui repose sur un nuage; le livre qu’il tient sur les genoux est de forme carrée, et les lettres alpha et oméga ne se trouvent point sur le fond, de chaque côté de la tête.
Nous donnons, sous la figure 384, la reproduction d’une couverture cfévangile du Musée de Cluny; elle est d’autant plus curieuse et intéressante qu’elle diffère, au point de vue de la technique et de la décoration, de tous les objets de cette nature que nous avons eu occasion d’étudier. Cette couverture d’évangiles est en cuivre repercé à jour, gravé et doré.
Au centre, le Christ sous la forme de l’Agneau, soulevant du pied gauche de derrière l’étendard de la résurrection, est inscrit dans un médaillon circulaire dont la circonférence présente la légende suivante :
* CARNALES ACTVS TVLIT AGNVS HIC IlOSTIA FACTVS Voici l’agneau, victime volontaire, qui nous a délivrés de nos agissements charnels.
Aux quatre coins se trouvent, ainsi que l’indiquent les inscriptions du haut et du bas de la plaque, les quatre fleuves dont Moïse a placé la source dans le Paradis terrestre (1) :
(O « Et fluvius egrediebatur de loco voluptatis ad irrigandum Paradisum, qui inde dividitur in quatuor capita. — Nomen uni Phison : ipse est qui circuit omnem terram Hevilath, ubi nascitur aurum. — Etaurum terræ illius optimum est : ibi invenitur bdellium et lapis onychinus. — Et nomen fluvii secundi Gehon : ipse est qui circuit omnem terram Æthiopiæ. — Nomen vero fluminis tertii, Tygris : ipse vadit contra Assyrios. Fluvius autem quartus, ipse est Euphratf.s ». Liber Genesis, c. II, v. 10-13.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
le Gyon, le Phison (deux cours d’eau aujourd’hui inconnus), le Tigre et l’Euphrate : GYON . PHISON . TYGRIS . EVFRATES.
Ces fleuves sont représentés par des hommes vigoureux, vieux ou d’âge moyen, deminus, répandant des flots abondants de leur urne à long col. Ceux du bas ont sur la tête, l’un, des oreilles qui rappellent celles d’un animal, l’autre, des cornes recourbées en arrière. On est amené tout naturellement à chercher dans cette représentation une idée
Fig. 384. — Plaque de couverture d’évangéliaire (xiF siècle).
Haut, o™ 22. — (Musée de Cluny.)
symbolique. En effet, on s’est accordé généralement à reconnaître dans les quatre fleuves de l’Éden la représentation mystique des quatre Évangélistes, dont la parole se répand dans le monde comme une eau salutaire et fertilisante : Sicut ista quatuor Jlwnina irrigant omnern mundum, sic quatuor evangelistæ irrigant Ecclesiam. Le Tigre et l’Euphrate personnifieraient saint Marc et saint Luc, dont les animaux symboliques sont justement un lion et un bœuf; le Gyon serait saint Matthieu et le Phison saint Jean (1).
(1) « Porro hi quatuor (Evangelistæ) significati sunt per prædicta quatuor flumina : per Physon, Johan-
PLAQUES DE RELIURE
Les légendes suivantes se lisent sur les deux autres côtés de la plaque :
FONS PARADISIACVS P[er] FLVMINA QVATVO[rJ EX[it]
La source du Paradis sort par quatre fleuves.
HEC QVADRIGA LEVIS TE XP[ist]E P[erJ OMNIA VEXIT (3)
Ce quadrige léger, ô Christ! t’a fait pénétrer en tous lieux.
Les ornements des deux bandeaux du milieu, qui divisent la plaque en quatre parties égales, rappellent les cabochons et les pierreries que nous voyons disposés de la même façon sur les châsses de fabrication limousine.