CATALOGUE DES ÉVANGÉLI AIRES ÉMAILLÉS
CONSERVÉS TANT EN FRANCE QU’A L’ÉTRANGER
Allemagne. — Musée d'art industriel (Kunstgewerbe Muséum) à Berlin. Le Crucifiement : le Christ en relief, les autres personnages en réserve, sauf les têtes de la Vierge et de saint Jean rapportées après coup. Bordure ornée d'enroulements interrompus, au milieu des bandeaux, par quatre anges réservés sur fond lapis. XIIIe siècle.
Angleterre. — Collection du R. Walter Sneyd. Cuivre doré et émaillé ; crucifix entre la Vierge et saint Jean; en haut, des anges. Figures en relief. Bordure saillante composée de plaques d’émail alternant avec des cabochons. XIIIe siècle.
Danemarck. — Musée des Antiquités du Nord, à Copenhague. Le Christ entre la Sainte-Vierge et saint Jean; un ange à mi-corps au-dessus de chaque bras de la croix. Titulus IHS sous la Main divine. Le Christ et les têtes des autres personnages sont en relief. Le fond de la plaque est en émail bleu et encadré par une bordure formée par dix bustes d'anges interrompus par des plaques rectangulaires émaillées. Haut. om324; larg. om 19. XIIIe siècle.
FRANCE. — Collection Ducatel. Plat inférieur d’une reliure : le Christ dans sa gloire, entre les quatre symboles des Evangélistes; figure du Christ en relief, repoussée, ciselée et gravée, au milieu d’une auréole elliptique formée de quatre zônes en émaux de couleurs. Les quatre symboles réservés avec têtes en relief; fond bleu lapis avec rinceaux à fleurons nuancés. XIIIe siècle. Haut. om235; long. om 135 (N° 18 du Catalogue de la collection).
nés; per Gyon, Mattheus ; per Tygrim, Marcus; per Euphratem, Lucas ». Guill. Durand, Ration, div. offic., 1. VII, c. 44.
Le rapport établi entre les fleuves du Paradis et les Évangélistes est parfaitement en saillie dans les deux textes qui suivent :
Saint Paulin, évêque de Noie, dit dans son épître 32, ad Severum : « Petram superstat ipse (Agnus Dei) petra Ecclesise, de qua sonori quatuor fontes meant Evangelistæ, viva Christi flumina ».
Florus, dans ses Gesta Christi Domini (apud Martène, Thésaurus novus, t. V, 601), s’exprime ainsi : Quatuor hæc uno cecinerunt ore beati.
Quatuor exsurgunt Paradisi flumina fonte Quæ cunctum largo fœcundant gurgite mundum.
(3) Il est fait allusion dans cette légende aux charriots d’Aminadab, dont il est parlé dans le Cantique des Cantiques , c. vi, v. 1 1 : anima mea conturbavit me propter quadrigas Aminadab. « Aminadab », dit Guillaume Durand (toc. cit .), « par interprétation, signifie spontaneus Domini , volonté, spontanéité du Seigneur; c’est le Christ qui s’est fait homme, qui s’est offert parce qu’il la voulu. La doctrine évangélique est son quadrige, par où sa renommée fait le tour du monde. Les quatre roues de char sont les quatre Évangélistes; par ce char, l’épouse, c’est-à-dire l’Église, est troublée par une douleur salutaire et excitée à la pénitence ».
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Collection Spitzer. La Crucifixion. La figure du Christ est en cuivre doré, en relief et rapportée. La Vierge et saint Jean debout de chaque côté de la croix; figures réservées et gravées avec têtes en relief rapportées. Les deux anges vus à mi-corps au-dessus des bras de la croix sont traités de la même façon. Un titulus et la Main de Dieu bénissante surmontent la croix, qui est ornée à sa base de la tête d’Adam. Cette composition est encadrée par une bordure en saillie formée par quatre plaques émaillées, ornées de rinceaux, de figures d'anges gravées, et qui se relie à la plaqua centrale par une bande de métal guilloché, recouverte d’élégants rinceaux de filigrane au milieu desquels sont enchâssés des cabochons. Émaux bleu lapis foncé, bleu lapis plus clair, bleu clair, bleu turquoise, jaune, vert, rouge sombre et blanc. XIIIe siècle.
Musée archéologique d'Angers. Le Christ en croix, sous la Main de Dieu, entre la Vierge, saint Jean et deux anges en buste. Personnages à corps réservés et gravés, à têtes en relief. Fond bleu à rosaces polychromes. XIIIe siècle. Provient de l’église de Châtelais (Maine-et-Loire).
Musée du Louvre. La Crucifixion. La figure du Christ est en relief; les autres personnages sont réservés et gravés avec têtes en relief. Au bas de la croix, Adam sort du tombeau, les mains jointes. XIIIe siècle. Haut. om 220. Long. omno. — Autre plaque, même sujet. Les figures ont la tête seule en relief; le reste du corps est réservé et gravé et même légèrement ciselé. XIIIe siècle. Haut. om238. Long. omno. Dans ces deux plaques apparaît, sous la croix et sous les pieds de la Vierge et de saint Jean, une montagne mamelonnée formée par des sortes d’écailles dont le milieu est rouge, bleu clair et blanc, tandis que les côtés sont nuancés de rouge, de bleu, de vert et de jaune.
Italie. — Musée Correr. Le Crucifiement. Le Christ attaché à la croix par quatre clous. Perizonium bleu; suppedaneum bleu, gris et rouge. Au-dessus de la croix, main bénissante en émail blanc; au-dessous, Adam sortant du tombeau, en émail blanc. De chaque côté du Christ, la Vierge et saint Jean reposant sur un sol mamelonné, vêtus d'une robe verte bordée de jaune et d’un manteau bleu; au-dessus de la croix, deux anges aux ailes émaillées de bleu, de blanc et de rouge. — Autre plaque : dans une vesica piscis, le Christ de gloire entouré des symboles des Évangélistes. Bordure formée de quatrefeuilles émaillés et de rinceaux se détachant en réserve sur fond bleu. Les personnages sont en émail sur fond gravé et doré.
Russie. — Monastère de Saint- Antoine, à Novgorod. Six plaques fixées aujourd’hui sur une planchette en bois et connues sous le nom d 'icônes de saint Antoine. Trois représentent la Majestas Domini, trois le Crucifiement. Les figures sont réservées, les têtes seules sont en relief; le fond de l’émail est de couleur bleue. Haut. om22. XIIIe siècle.
Musée de l' Ermitage (ancienne collection Basilewsky). Crucifix accosté de la Vierge et de saint Jean. Dans le haut, deux anges; dans le bas, Adam sortant du tombeau. Le titulus IHS est bleu turquoise. Croix émaillée de vert. Haut. om2i5; larg. om 19. XIIIe siècle.
RELIQUAIRES
Le culte des reliques remonte au berceau de l’Église. Ce fut au ive siècle qu’on commença à avoir des reliques, et par suite des reliquaires. Partant de cette double idée que les restes des saints étaient, pour ceux qui les possédaient, une protection et un encouragement à la vertu, les premiers chrétiens cherchaient à s’en procurer à tout prix. Ils se précipitaient au milieu des amphithéâtres et des arènes pour enlever le corps des martyrs, pour recueillir leur sang avec des éponges, des linges, des matières absorbantes quelconques, ou bien même ils parvenaient à se les procurer à prix d’argent. Ils donnèrent à ces restes le nom de reliques, du mot latin reliquiæ. Ces reliques, enveloppées dans des étoffes précieuses, furent primitivement placées dans de simples et modestes sarcophages en pierre qu’on dérobait à la vue des persécuteurs dans l’obscurité des catacombes. Ces tombeaux vénérés des martyrs servirent de table pour la célébration des saints mystères, et c’est de la que nos autels ont pris la forme qu’ils ont conservée jusqu’à nos jours. Le pape saint Félix, qui siégeait en 269, érigea en loi positive cet usage primitif, et plus tard le 5rae concile de Carthage (can. x) décréta qu’aucune église ne pourrait être consacrée sans que des reliques n’eussent été placées sous l’autel.
Mais, dès l’époque carlovingienne, l’on retire les restes des corps-saints des tombeaux fixes pour les renfermer dans des coffres meubles, dans des châsses somptueusement décorées. Viollet-le-Duc attribue la cause de ce changement aux invasions normandes. Les hommes du Nord étaient rapaces; ils pillaient les églises et violaient audacieusement les sépultures; aussi, à leur approche, les chrétiens s’empressaient-ils de déterrer les restes vénérés du saint patron pour les mettre en lieu de sûreté. Le corps-saint, ajoute le même auteur, était pour le peuple comme l’équivalent de notre moderne drapeau, et on comprend que les populations croyantes s’en soient disputé la possession, comme le soldat d’aujourd’hui donne sa vie pour conserver le lambeau d’étoffe cloué à une hampe, dans lequel se personnifie l’honneur du régiment (1).
11 peut y avoir du vrai dans cette manière de voir, mais il convient aussi de remarquer que du moment où la religion chrétienne put paraître au grand jour, elle réserva une place privilégiée aux glorieux confesseurs de la foi, alors triomphante. Les corps des saints formèrent le trésor le plus précieux et le plus estimé des églises et des monastères ; la vénération dont on entourait leurs reste explique le soin qu’on mettait à décorer les châsses qui les contenaient.
La forme des reliquaires au Moyen-âge a varié à l’infini. Le type le plus primitif est la châsse. Régulièrement il conviendrait de distinguer le reliquaire de la châsse. La châsse est grande ; elle contient un corps saint ou des fragments d’assez grandes pro-
(1) Viollet-de-Duc, Dictionnaire du Mobilier , t. I, p. 65.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
portions : c’est le cercueil. Le reliquaire est un meuble, boîte, coffret ou vase de formes et de dimensions variables, où l’on enferme des parcelles de reliques toujours minimes, ou différents objets sanctifiés.
Pour la commodité des descriptions nous réunirons dans un même article, sous le nom de châsse, tous les reliquaires grands ou petits ayant la forme d’une maison ou d’une église. Les autres reliquaires n’ayant point cette forme seront divisés en plusieurs catégories ; nous parlerons successivement des reliquaires affectant la forme des reliques qu’ils renferment intérieurement, des statuettes-reliquaires, des monstrances destinées à exposer et à faire vénérer les reliques, et en dernier lieu des reliquaires qui ont une forme indéterminée.
CHASSES
La châsse, désignée souvent par les mots d’arca, archa (1), capsa (2), caysia (3), sanctuarium quctissia ( 4), chapses ( 5), feretrum (6), d’où on a fait le mot français fier te { 7), griba (8), munera, la Morène (9), theca , tumba (10), est un coffre de matières diverses, aisément transportable et destiné à renfermer les reliques des saints. Primitivement elle avait la grandeur du corps et la forme d’un cercueil. Peu à peu elle se rapetissa par le fait même de la réduction des restes humains qu’elle contenait, et aussi par la dispersion des ossements qu’on distribuait aux églises placées sous un même patronage. Les plus anciennes châsses furent construites en pierre ou en bois grossier; on ne les fit bientôt plus qu’en bois précieux souvent peint, revêtu de cuir ornementé ou de
(lia Archa B. M. visitata cum aliis Archis, videlicet SS. Euberti et xj millium Virginum, defertur ad ipsam processionem candelis et tædis accensis ». Or dinar. MS. eccl. S. Pétri Insul. Du Cange, verbo Arca.
(2) « Capsam auro et gemmis decoratam continentem pignora diversorum Sanctorum ». Chrome. Fontanell. cap. 8. Du Cange, Gloss., verbo Capsa.
(3) « Et primo erat in quadam caysia alba de reliquiis.... » Invent, de Saint-Martial du 31 mai 1399. Ms. Legros.
(4) « Quaissia in qua camisia sancte Valérie, sanctuarium capitis sancte Valérie munitum lapidibus cum annulo aureo, sanctuarium sancti Stephani ». Invent, de la cathédrale de Limoges en 1365.
(5) « Premièrement, il y a quatre grands chapses, dont la plus grande est de Monsieur sainct Hilaire ». Invent, de Saint-Hilaire de Poitiers du 29 novembre 1479. Ms. Fonteneau.
(6) « Ornamenta Ecclesiastica quamplurima et Feretrum, ubi sunt reliquiæ Sanctorum.... » Hugo Flaviniac, p. 122. — ■ « Sedata quadammodo seditione, Ecclesiæ thesauri distrahuntur, ciboria, Feretra, ceteraque jocalia auro et argento decrusantur.... Item in conductu processionali Feretri B. Mariæ.... Marten., t. III, col. 644. C. in chronico Johan. Iperii Berliniaco. Du Cange, verbo Ferretrum.
(7) 1250. Quant à Arras la fierte vint,
Moult biau miracles y avint. (Gaultier de Coincy.)
« 1382. Deux fiertés de Limoges. lurent, des reliques de l'église Sainte-Anne de Douay. — Une fierte de leton doré, à xiiij esmaux et v boutons de cristal où est le bras de saint Estienne » ibid.
(8) « Monachi S. Martini debent ire primi, et postea nos, et postea Canonici cum Clericis, et debent portare Gribam cum reliquiis S. Justi in primo capite processionis ». Consuetudines MSS S. Augustin! Lemovic. Du Cange, GIos., v. Griba. — « Hoc est inventarium de sanctis certis reliquiis existentibus infra chapsam sive gribam ubbi preciosissimum caput beati Martialis asservatur ». Invent, de Saint-Martial du 3 1 mai 1 399. Ms. Legros.
(9) Voir, au sujet de ces mots, la note 3 de la page 68.
(10) « Multas Sanctorum ex auro. argento atque gemmis fabricavit Thecas, sive tumbas ». Vila S. Eligii Episc. Noviom.
L'Œuvre de Limoges,
Pl. XXXI
Fig. 385. — Chasse en cuivre gravé avec figurines en relief et émaillées.
(xme siècle.)
Haut., 192 millim.; long., 214 millim. — (Musée du Louvre.)
Fig. 386.
— Chasse émaillée avec figurines en relief en cuivre doré.
(XIIIe SIÈCLE.)
Haut, 18 cent.; long., 22 cent.; larg., 8 cent. — (Église d'Obasine.)
CHASSES
lames de métal travaillées par les orfèvres et enrichies de pierreries. Dès la fin du xnc siècle la châsse perdit l’aspect du coffre, du cercueil, qu’elle avait généralement conservé, pour prendre la forme d’un petit monument assez semblable à une maison avec ses murs et son toit à double pente, ou pour simuler une petite église.
Puis le faîtage fut fréquemment orné d’une crête à jour, garnie quelquefois de verroteries ou même de pierres précieuses ; les faces se couvrirent de différents ornements et de figures émaillées ou ciselées.
Dans cette forme nouvelle la châsse devint un meuble facilement transportable et un motif d’ornementation. Au lieu de la placer sous l’autel, comme le sépulcre primitif du saint, on l’éleva derrière l’autel même ; on la suspendit sous un dais, comme les espèces eucharistiques, ou on l’enferma dans le trésor de l’église comme un joyau précieux à conserver. On peut dire que de même que les églises sont construites à cette époque sur un plan semblable et dans un style identique, de même les châsses du xne et du commencement du xme siècle ont ensemble, à quelques exceptions près, la plus grande analogie.
La forme des châsses, comme celle de tant d’autres objets liturgiques, dut naturellement, et avec le temps, subir aussi toutes les variations du goût. Les orfèvres, surtout à partir du xive siècle, cherchèrent dans leur composition à reproduire en petit de grands édifices.
Fig. 387 et 388. — Reliquaire mérovingien (viic ou viiic siècle).
Haut. om 1 3 ; long. omi3; larg. m'065.
Église de Saint-Bonnet-Avalouze (Corrèze).
Avant d'aborder les xnc et xme siècles et de commencer, à cette époque, la série des descriptions de nos châsses limousines, nous devons mentionner un petit reliquaire mérovingien conservé dans l’église de Saint-Bonnet-Avalouze (1). Ce reliquaire n’est point une œuvre d’art remarquable, mais il mérite cependant d’attirer l’attention, car les monuments de ce genre sont excessivement rares (2).
(1) Aujourd'hui commune du canton Sud de Tulle (Corrèze).
(2) Ce reliquaire a été décrit par M. Émile Molinier dans la Gazette des Beaux-Arts , année 1887, p. 156, et par M. L. Bourdery dans le Bulletin de la Société archéologique du Limousin , année 1888, p. 595. La figure 387 est extraite de la Gazette des Beaux-Arts.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Le reliquaire de Saint-Bonnet-Avalouze offre, au premier abord, l’aspect d’une bourse, d’un coin; il a la forme d’une maisonnette avec sa base rectangulaire et une toiture élevée à quatre versants ; les deux pignons présentent, vus de profil, un retrait assez accusé. Ce reliquaire consiste en une boîte grossièrement creusée dans un bloc de bois de chêne, recouvert sur ses faces de plaques de cuivre estampé ; ces plaques, mal ajustées, sont fixées par des clous dont la tête, peu saillante, est divisée en plusieurs rayons.
Sur la face principale (voir figure 387) s’étale une croix à branches à peu près égales et cloisonnées. Les cloisons sont remplies d’un mastic verdâtre posé à froid, qui remplace peut-être d’anciens émaux ou d'anciens morceaux de verre. Des cabochons occupent le centre et les extrémités de la croix, qui est cantonnée d’entrelacs très caractéristiques dont les similaires se retrouvent sur les œuvres mérovingiennes.
Deux bandes estampées, posées en diagonales, divisent la face postérieure en quatre parties (voir figure 388). Celles de droite et de gauche portent une croix potencée; sur celles du haut et du bas se voit une figure nimbée, à mi-corps, d’une singulière rudesse et qui dénote tout-à-fait l’enfance de l’art.
Les deux pignons, ornés également d’entrelacs, sont munis de deux petits anneaux en fer destinés à recevoir des cordons pour suspendre le reliquaire ou le porter au cou. C’est sur l’un des pignons qu’est ménagée une porte pour pouvoir introduire les reliques.
Ce reliquaire a des analogues infiniment plus riches et aussi d’époques différentes; nous indiquerons la châsse de Saint-Mommole, le reliquaire de Monza (1) et celui d’Herford (voir figure 77), dont la technique se rapproche de notre épave mérovingienne.
Le reliquaire de Saint-Bonnet-Avalouze est désigné dans le pays par le mot patois disclé, disque. Or, comme ce même mot signifie aussi, dans le même langage, glapissement, pleurs, le cri perçant que jette un animal (2), on s’est figuré, par une sorte de bizarrerie autrefois fort en vogue (3), que ce reliquaire avait la propriété de faire cesser les pleurs des petits enfants. Aussi dit-on proverbialement : Moun éfount purat... qué lou disclé y faict ré. Mon enfant est si pleurard que j’ai eu beau lui faire toucher le disque (le reliquaire), rien n’y a fait (4). C’est probablement à cause d’une assonnance analogue que saint Estropi (saint Eutrope) est redevable des invocations des estropies (des estropiés), et que saint Clair, au dire de Baluze, est le patron de ceux qui ont la vue fatiguée, qui ne voient plus clair (5).
Nous avons déjà fait connaître, à la page 154, les caractères qui servent à reconnaître d’une façon certaine les châsses qui ont une provenance limousine. Ces châsses reposent le plus souvent sur des pieds en cuivre qui sont pris dans les plaques formant les pignons;
(1) Barbier de Montault, Le Trésor de la basilique royale de Monza, p. 137, grav.
(2) C’est ainsi que l’on dit : Toulo lo né 0 sembla un disclé , il a crié toute la nuit. Béronie, Dictionnaire du patois du Das-Linousin.
(3) Ce travers avait même pénétré dans le domaine de la science. On sait que les anciens botanistesmédecins jugeaient souvent des propriétés médicinales des plantes d’après des analogies et des ressemblances bizarres, presque toujours forcées ou même entièrement imaginaires. Aussi, pour n’en citer qu’un exemple, la présence des taches blanchâtres sur les feuilles des Pulmonaires les porta à comparer l’aspect de ces organes à celui de nos poumons, et dès lors, conséquents avec leurs idées systématiques, ils pensèrent que ces plantes devaient être salutaires dans les affections pulmonaires.
(4) Champeval, Proverbes bas-limousins, dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, année 1885, p. 719.
(3) « Anno MCCCCLXXXVI, die XIII, Novembris instituta fuit in Ecclesia cathedrali confratria sancti Clari, cui nomina dant in primis qui morbo oculorum laborant aut verentur ne in posterum Iaborent ». Ilist. Tutel., p. 252.
CHASSES
elles sont généralement ornées d’une crête composée cl’une plaque de cuivre, munie ou non d’épis de faîtages, mais repercée d’ouvertures que l'on a comparées avec raison à des entrées de serrure (voir figure 391). Souvent aussi les têtes des personnages qui y sont représentés sont en relief, ciselées et rapportées après coup.
La dimension de ces châsses est des plus variables. On en trouve de toutes petites et qui n’ont pas plus de orao7 à omo8 de hauteur et de on’c>7 à omo9 de longueur, comme celles qui sont représentées sous les figures 389 et 390; d’autres ont jusqu’à om82 de long, comme celle de Mozac figurée sous le N° 166.
La châsse du Musée national d’Adrien Dubouché, à Limoges (figure 389), offre une décoration des plus simples : le cuivre est légèrement gravé au burin, et décoré sur la face principale de cinq gros cabochons maintenus par des trous faits dans la plaque de métal, trous dont les bords sont légèrement relevés en façon de bâtes.
Celle de la collection Chabrol (voir figure 390) est en cuivre repoussé ; elle est surmontée d’une anse mobile. Le décor, qui est le même sur les quatre faces, se compose d’un treillis à fleur de lys entourant dans un panneau cintré le buste nimbé de saint Martial accosté des lettres S M.
La forme de la châsse limousine, à quelques exceptions près, est toujours à peu près la même; c’est une boîte en forme de sarcophage ou de maison surmontée d’un toit très aigu. Parfois la nef principale est sectionnée dans sa longueur par un transept qui ne déborde point sur les côtés (1). La figure 391 nous en fournit un exemple.
(1) La châsse d’Ambazac (voir figures 207 et 208) a trois transepts; elle est, sous ce point de vue, unique en son genre.
Les châsses à transept ne sont point communes. Nous citerons les suivantes :
Église de Sainl-Pantaléon de Lcifileau (Corrèze). Face principale : cinq figurines en relief et émaillées alternant avec des cabochons sur un fond de cuivre gravé. Face postérieure : rosaces blanches et vert-clair sur un fond bleu cendré quadrillé. Pignons : deux saints debout, réservés sur fond bleu cendré. Crête ajourée à entrées de serrure, surmontée d’une pomme. Haut. om 19;; long. om 155. xine siècle.
Église de Nexon. Châsse offrant une grande analogie avec la précédente; on voit seulement sur le revers
Fig. 389. — Chasse en cuivre doré (xiii° s. Haut, o"’ 08; larg. omcrj.
(Musée national A. Dubouché, à Limoges).
Fig. 390. — Chasse en cuivre repoussé (xvic s.). Haut. om 07; long, o"’ 09.
(Collection Chabrol, à Limoges.)
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
La face principale, décorée de cabochons, est occupée par un panneau central et par quatre médaillons à quatre lobes sur lesquels sont représentés, en émail sur champ uni, le Christ debout et des anges vus a mi-corps. On lit, sur un bandeau qui encadre la partie inférieure de la châsse, l’inscription : IN MIS SIGNIS IMITERIS qui se détache sur un fond émaillé.
Fig. 391. — Chasse a transept, en cuivre émaillé.
Commencement du xm siècle.
(Collection Ozenfant, à Lille. — Ancienne collection Germeau.)
L’autre face est ornée de personnages en relief et émaillés. Dans le bas trois figures d’apôtres; dans le haut le Soleil et la Lune, ainsi que l’indiquent le disque et le croissant qu’ils tiennent a la hauteur de la poitrine. Saint Pierre et saint Paul, reconnaissables
des médaillons inscrivant des anges réservés sur fond bleu. Pignons : saint Pierre et saint Paul. Haut. O'" 27 ; larg. om 22.
Cathédrale de Tulle. Deux châsses en cuivre doré et argent, décorées d:une crête ajourée avec entrées de serrure. Sur Pâme en bois sont clouées des plaques de cuivre modernes, bordées de bandeaux de cuivre estampé de petits cercles concentriques rapprochés les uns des autres. Sur l’une, au pignon du transept on a appliqué une figurine en argent repoussé (xne siècle) représentant le Christ de Majesté assis sur un siège sans dossier, orné de deux rangs d’arcatures; la main gauche s’appuie sur un livre décoré de filigranes entourant un cabochon. Haut. om6i; long. 0“ 66. xiiic siècle. Sur l’autre on voit aussi des figurines également en argent et en relief (xuc siècle) représentant un abbé, un apôtre, un saint, et sur le toit les symboles des Évangélistes. Mêmes dimensions que la précédente.
Ancienne collection Soltykoff. N° 135. Châsse représentant, sur le transept, la Vierge assise tenant l’Enfant Jésus sur les genoux; de chaque côté un roi Mage debout; sur le toit deux anges vus à mi-corps. Crête ajourée de quadrilobes. Les personnages, en relief et émaillés, reposent sur un fond de cuivre doré semé de cabochons.
Collection Spitzer. Une châsse à transept.
Collection Paul. Une châsse représentant la Crucifixion.
La châsse de saint Calmine, que conservait l’église de Laguenne (Corrèze), est aussi à transept; elle fera l’objet d’une description spéciale.
CHASSES
l’un aux clefs, l’autre au glaive, qu’ils tiennent à la main, garnissent les deux pignons. Saint Pierre est sur la porte d’entrée. Les tons des émaux sont le blanc, le rouge, le bleu et le vert d’eau.
La construction des châsses limousines, jusque vers la fin du xme siècle, se fait en bois de chêne ou de châtaignier recouvert de plaques de cuivre assemblées d’une façon assez grossière; l’ouverture pour introduire les reliques est pratiquée dans le dessous ou sur l’un des pignons, ou encore sur le toit de l'une des faces principales, comme nous le montre la châsse de Chamberet (figure 18c). Vers la seconde moitié du xme siècle on
Fig-, 392. — Chasse en cuivre doré et émaillé (xiiic siècle). Haut. orai65; long. omi6; prof. om 06.
supprime souvent la construction en bois, et les plaques de cuivre sont alors réunies aux angles par des tenons et des mortaises; souvent aussi la châsse a une forme plus allongée; elle est plus haute sur ses pieds. Le toit forme couvercle; il est muni de charnières et d’une serrure à moraillon (voir figures 395 et 398).
Toutes les châsses qui, du xue au xive siècle, sortirent des ateliers de Limoges, peuvent se diviser, au point de vue de l’étude, en deux grandes catégories : les châsses fabriquées d’avance, cl’une vente assurée, pouvant contenir indifféremment toutes les reliques, sous la garde des apôtres ou des anges, rangés symétriquement tout autour ou sous le patronage des grandes scènes de la Passion, et les châsses faites sur commande pour un objet déterminé, avec des légendes particulières propres à l’histoire du saint dont elles devaient contenir les restes. Ces dernières sont de beaucoup les plus intéressantes.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Nous allons décrire successivement les châsses sur lesquelles sont figurés les apôtres, les anges, le Christ en croix ; nous passerons ensuite à celles qui représentent des épisodes du Nouveau Testament et des légendes des saints.