HISTOIRE
DE
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
'ÉMAIL ET SES DIFFÉRENTES APPLICATIONS. — L’émail est Ull
verre réduit en poudre, coloré par des oxydes métalliques qui le laissent généralement transparent mais qui, quelquefois, le rendent opaque ; l’opacité est obtenue par une addition d’une certaine quantité d’oxyde d’étain. Délayé avec de l’eau, en pâte liquide, il s’applique à froid également sur la terre cuite, le verre et les métaux, principalement l’or, l’argent et le cuivre, pour y adhérer par le seul fait de son humidité. Soumis à la haute température du four, il entre en fusion à un degré de chaleur qui lui est propre pour faire corps avec son excipient, d’une façon indélébile, et l’enrichir de couleurs brillantes.
L'application de l’émail sur les différentes matières que nous venons d’énumérer a reçu le nom général d'émaillage ; mais on réserve exclusivement le mot êmaillerie à l’art d’émailler les métaux, et, par métonymie, on donne le nom d'émail à tout objet en métal recouvert, en totalité ou en partie, de verres colorés fixés par le feu ; on dit : un émail byzantin, un émail de Limoges.
Les procédés de fabrication de l’émaillerie sur métal ont varié à l’infini. Toujours en quête de perfectionnement, souvent même pour se plier au caprice de la mode, l'orfévre-
HISTOIRE DE L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
émailleur abandonna sa première manière de faire pour recourir à d’autres qui, à leur tour, furent successivement délaissées.
Les émaux peuvent se diviser en deux grandes classes : en émaux incrustés et en émaux peints. Chacune de ces classes comprend plusieurs subdivisions.
Émaux incrustés. — Ce qui caractérise les émaux de cette classe, c’est que l’émail est contenu dans des espèces de cases ou cellules que présente le métal, et qui peuvent être obtenues par différents procédés. Suivant le mode de fabrication de ces cases ou cellules, ces émaux se partagent en trois groupes principaux qu’on appelle émaux cloisonnés, émaux champlevés ou en taille d’épargne, et émaux translucides sur relief ou émaux de basse-taille. Les émaux incrustés ont été employés dans l’Antiquité, et surtout au Moyen-âge jusqu’au commencement du xve siècle.
Les émaux cloisonnés tirent leur nom du mode de fabrication qui leur est tout particulier. L’opération du cloisonnage consiste à tracer, avec une pointe très fine, un dessin sur une plaque de métal généralement en or, quelquefois en cuivre, plus rarement en fer; puis à découper de minces lamelles d’or ou de cuivre qu’on fixe par la tranche sur la plaque métallique, en leur faisant suivre le contour des traits qui y ont été tracés. On a formé ainsi des cloisons dont les sinuosités reproduisent le dessin, et dans les intervalles qui les séparent, offrant autant de cavités distinctes, on verse de la poudre d’émail. Ce procédé, pratiqué surtout par les Byzantins, se présente à nous sous deux aspects différents : tantôt l’artiste a émaillé la plaque de métal tout entière, dont les bords relevés ont formé une sorte de cuvette, et le métal n’est employé dans l’intérieur de cette cuvette que pour exprimer les traits du dessin par des bandelettes rapportées sur le fond (i); tantôt c’est le métal qui sert de fond au tableau, et l’on a obtenu la cuvette destinée à recevoir la matière vitreuse en emboutissant la plaque sur une matrice donnant en creux la forme générale du personnage ou de l’objet destiné à être émaillé; les divisions intérieures sont seules rapportées suivant les nécessités du dessin (2). Cette seconde manière de faire, qui paraît être une simplification, se rencontre cependant concurremment avec la première et devait amener forcément à la pratique des émaux champlevés.
Les émaux champlevés ou en taille d’épargne sont exécutés en creusant, en champlevant dans la plaque métallique, toutes les parties destinées à recevoir l’émail; les traits du dessin y sont réservés sous forme de cloisons fixes, épargnées par le burin, et, dans les cavités ainsi formées, on coule de la pâte vitrifiable diversement colorée. Après le passage au feu, les émaux sont usés et polis de manière à affleurer le métal et à former avec lui une surface plane et bien unie. Les objets ainsi décorés sont généralement en cuivre ou en bronze, exceptionnellement en or (3).
(1) Nous en avons un exemple dans la plaque représentant saint Théodore qu’à reproduite Labarte dans Y Album de son Histoire des Arts industriels (Planche cv); cette plaque, qui a fait successivement partie des collections Pourtalès-Gorgier, Debruge-Dumesnil et Soltykoff, puis de la collection Basilewsky, a été également gravée dans le catalogue de cette dernière collection par M. Darcel, pl. xiv.
(2) C’est ce que l’on remarque sur les émaux de la couronne royale de Hongrie (xic siècle), ainsi que sur les fragments provenant d’une autre couronne de la même époque, découverts en 1860 à Nyitra- Ivanka et conservée au Musée National hongrois. Voyez Bock, Die Kleinodien des romischen Reiches, pl. 16 et 38; et C. de Linas, L'histoire du travail à l’exposition de 1867, pages 1 2 1 et suiv.
(3) Nous citerons comme émail champlevé sur or les dix chatons d’émail vert translucide décorant la couverture d’évangéliaire attribuée à l’archevêque Héribert, et qui se trouve aujourd’hui au Trésor du Dôme de Milan.