LE MARTYRE DE SAINT SERNIN
Saint Saturnin, appelé saint Sernin en bien des contrées, premier évêque de Toulouse, fut envoyé dans les Gaules par le pape saint Fabien, vers l’an 245. Il évangélisa les peuples du Languedoc et opéra en peu de temps de nombreuses conversions. C’est vers l’an 250 qu’il fixa son siégé épiscopal à Toulouse, où il avait fondé une église. Pour se rendre à l’assemblée des fidèles lorsqu’ils se réunissaient dans cette église, il était obligé de passer devant le Capitole, qui était le principal temple des dieux. C’est là que les démons rendaient leurs oracles; mais le saint évêque les rendit muets. Les prêtres, exaspérés se saisirent de lui au moment où il passait, le conduisirent dans leur temple, et sur son refus de sacrifier aux faux dieux, l’attachèrent par les pieds à un taureau qu’on était sur le point d'immoler. L’animal, qu’on venait d’irriter, devint furieux, et il traîna le martyr avec tant de violence que bientôt il eut le crâne enfoncé et la cervelle répandue sur le pavé.
saint Pierre soit représenté sur une châsse limousine; pour ce qui concerne le département de la Corrèze, saint Pierre est le patron des paroisses de Vigeois, d’Arnac-Pompadour, d’Alleyrac, d’Argentat et de Beaulieu. (1) Collin, Histoire de la vie des saints du diocèse de Limoges.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Telle est la scène représentée sur la face principale de la châsse (voir figure 447). Saint Sernin, ainsi que le constate l’inscription SATfuJRNINVS placée entre sa tête et un personnage qui excite le taureau à l’aide d’un aiguillon et d’un fouet à trois lanières, vient de mourir, et son âme bienheureuse, représentée sous la forme d’un corps sans sexe, qui s’échappe de la bouche avec le dernier souffle, est recueillie par deux anges qui descendent du ciel. Sur le toit figure l’apothéose du saint : son âme est entourée d’une gloire soutenue par deux anges. Ces anges, vêtus d’une longue robe, sont représentés en pied.
Saint Sernin fut enseveli par de saintes femmes, non loin de l’endroit où il fut laissé pour mort (1). L’église actuelle de Notre-Dame du Taur, appelée encore au xic siècle Saint-Saturnin du Taur (2), marque l’emplacement du premier tombeau. C’est là que saint Honorât, regardé toujours comme son successeur immédiat, aura vénéré ses restes. Plus tard, dans le cours du ive siècle, on entreprit, sur l’emplacement de l’église actuelle de Saint-Sernin, la construction d’une basilique digne de recevoir les l'estes de l’apôtre de la foi dans la capitale des Tectosages. Saint Sylve, évêque de Toulouse, eut l’honneur de la commencer, et saint Exupère, son successeur, celui de la finir (-j- vers 415). Ce sont ces deux funérailles en deux endroits différents, l’une primitive et remontant à saint Honorât, l’autre postérieure et datant de saint Exupère, que représente la face postérieure de la châsse (voir figure 448) (3).
Saint Honorât, HONORAT VS, accompagné d’un acolyte qui tient d’une main une clochette et de l’autre un bénitier portatif, jette, avec un goupillon, l’eau bénite sur le corps du saint.
Saint Exupère, EXVPERIVS, revêtu aussi des ornements pontificaux, crosse en main et mitre en tête, également accompagné d’un acolyte, répand de l’encens sur le corps du saint. Une petite cavité circulaire, qui a été ménagée entre les figures des deux prélats, permet d’apercevoir les reliques renfermées dans la châsse.
Sur le toit le Christ en majesté, la tête accostée de l’A et de l’Q, occupe le centre de la scène, assis dans une auréole elliptique-. La Vierge, MARIA, placée à la gauche du Sauveur, lui présente l’âme de saint Sernin, SATVRNINVS, figurée par un corps nu et sans sexe. Deux anges, vus en entier, assistent à cette scène.
Dans l’intérieur de la châsse se trouvent plusieurs authentiques, mais qui malheureusement ne peuvent servir à fixer la date de sa fabrication et l’atelier d’où elle est sortie. Ces authentiques, en effet, accompagnaient les différentes reliques qui tour-à-tour ont été placées dans le reliquaire.
L’un est relatif à des reliques de sainte Marie-Madeleine, SANCTA MARIA MAGDA- LENA ; l’autre mentionne des reliques du vieillard Siméon, certifiées par saint Fulbert, évêque de Chartres (1007-1030) : In Dei amore. Heccc reliquie Sanctum Simeonem qui recepit Dominion in brachia sua. Sanctus Foïibertus episcopus de Chantas, scripsit istum brève. Inutile de faire remarquer que ce n’est pas l’évêque de Chartres qui a délivré l’authentique actuel, car on ne peut admettre qu’il eût mis le mot Sanctus devant son propre nom. L’authentique actuel en aura remplacé un de plus ancien.
Une troisième languette de parchemin a trait cette fois aux reliques de saint Sernin.
(1) Gallia christiana, XIII, 2, 3.
(2) Cartulaire de Saint-Sernin , p. 16, 48, 98, 480, 481, 484, 487, et introduction, p. XXXV, XXXVI.
(3) C. Douais, Deux reliquaires de l'église Saint-Sernin, à Toulouse. Revue de l'Art chrétien, p. 154 et suiv. — Nous faisons de nombreux emprunts à cette notice.
CHASSES
l'ig- 447- et 44§- Chasse de saint sernin, a l’église, saint-sernin, a Toulouse
Haut. om 125 ; long. om 165.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
L’inscription suivante présente une écriture qui paraît remonter au commencement du XIe siècle : In nomine Domini nostri Yhesu Xpisti, Hece Reliquiai Sancti Saturnini Tolosa cuius eclesie Charolus magnus multa donaria dédit. Anianus (?) episcopus scripsit istum brevem.
Le parchemin, à l’endroit qui porte ces mots : cuius eclesie Charolus magnus multa donaria dédit, a été gratté, et ce passage remplace le texte primitif. L’écriture paraît remonter à la fin du xue ou au commencement du xme siècle.
Le reliquaire de saint Sernin a la forme d’un petit édifice rectangulaire, élevé sur quatre pieds carrés et surmonté d’une toiture à double versant. Il est formé de plaques d’argent fixées sur une âme en bois, et les personnages représentés, exécutés au repoussé, sont en argent doré et se détachent sur un fond guilloché.
Ce reliquaire est antérieur à l’année 1246, car il se trouve mentionné dans Y’ Inventaire des biens meubles et immeubles de l’abbaye de Saint-Sernin, dressé cette année par les soins de Bernard de Gentiac : Capsa argenti in qua sunt reliquie capitis sancti Saturnini (1), mais nous croyons qu’on ne peut le faire remonter au-delà des premières années du xme siècle. La mitre des évêques, par sa forme et par ses ornements; l'encensoir sphérique, bivalve, et à trois chaînes reliées entre elles, surmonté de l’anneau par lequel le célébrant le tient à pleine main, nous reportent à la fin du xne siècle ou au commencement du xme. Ajoutons que ce n’est que vers cette époque que l’âme a commencé à être représentée sur les monuments sous l'image d’un corps nu et sans sexe.