TRESOR DE CONQUES (AVEYRON
Reliquaire bit Lanterne be saint Vincent. Fig. 95. - Reliquaire bu pape Pascal II.
L’ÉMAILLERIE AU MOYEN-AGE
Les volutes ou les feuillages représentés sur ces plaques sont réservés sur le métal et se détachent sur un fond d’émail rouge translucide : une autre plaque émaillée de vert, à nuance terne, est fixée maladroitement au centre du bandeau qui borde le sommet du toit (figure 86). Tous ces émaux, ainsi que les suivants, sont représentés dans nos dessins en grandeur naturelle.
Fig. 89.
Fig. 90.
Reliquaire dit de pépin ii, au trésor de conques.
Face postérieure. Fig. 88, 89 et 90, écussons émaillés des niches.
L’autre face est percée de trois baies en plein-cintre, au fond desquelles on voit des émaux également vert translucide (figures 88 à go) ; ces baies sont séparées entre elles par deux pilastres filigranés et gemmés, surmontés de deux plaques émaillées leur servant de chapiteaux (figures 91 et 93). Deux aigles en or estampé, se détachant sur un
Fig. 91. Fig. 92. Fig. 93.
Reliquaire dit de pépin ii, au trésor de conques.
Face postérieure. Fig. 91 et 93, écussons des chapiteaux; fig. 92, ailes émaillées de l’aigle.
fond gaufré en creux, décorent le toit; leurs ailes sont rapportées et composées de petites plaques d’émail cloisonné en or, bleu, rouge et blanc (figure 92).
Les faces latérales de la châsse sont garnies par deux lames en argent repoussé représentant des personnages; elles ont été coupées sur un reliquaire du Trésor de Conques, reliquaire dit de Bégon et Lanterne de saint Vincent, où leur place est encore visible. Outre cette restauration, notre monument a subi plusieurs autres transformations à des époques qu’il est difficile de préciser.
« Parmi les plaques d’orfèvrerie qui recouvrent l’âme de bois, il faut faire deux parts : l’une comprend des ornements exécutés en or jaune et en émail champlevé ; ce sont les plaques fixées dans les baies, les chapiteaux des pilastres de la partie postérieure, enfin la petite plaque clouée sur le haut du devant de la châsse. Ces émaux sont contemporains des plaques d’or jaune estampé qui leur servent de support; on peut en être
HISTOIRE DE L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
certain car l’ornement en grènetis qu’on y remarque épouse la forme des émaux. L’autre part comprend les figures en or repoussé, les bandeaux gemmés, les aigles aux ailes d’émail cloisonné en or ».
Ces émaux du reliquaire de Pépin sont des plus intéressants ; on ne connaît aucun similaire ; on ne possède aucun émail champlevé sur or avec lequel on puisse les comparer; « si l’on doit montrer beaucoup de prudence pour fixer l’âge de ce monument, ou plutôt des fragments qui composent le reliquaire de Conques, il n’en faut pas moins apporter à la délicate question de son attribution à un centre artistique déterminé, puisque les termes de comparaison pour les parties les plus caractéristiques nous font défaut. Mais serait-il trop téméraire d’avancer que le prince a donné la relique et que c’est à Conques même que son enveloppe a été fabriquée ? Il n’y aurait là rien de contraire aux habitudes du Moyen-âge, sans cependant que l’on puisse être plus affirmatif sur ce point que sur les autres ».
Telles sont les conclusions qui se trouvent à la fin de l’étude de Ch. de Linas, étude qu'il a laissée inachevée. Il avait réuni sur ce sujet quelques notes éparses que M. Émile Molinier a été chargé de recueillir et de classer; en homme conscienceux, M. Molinier s’est borné à reproduire ce qu’il a trouvé décrit. Nous sommes convaincu que notre regretté ami aurait été encore plus formel ; nous émettons cette opinion d’après le contenu d’une lettre qu’il nous écrivait peu de jours avant sa mort. Nous nous bornerons à faire remarquer l’analogie existant entre le fond gaufré et quadrillé sur lequel se détachent les deux aigles, et celui qui se trouve sous la tête de plusieurs personnages appliqués sur un autre petit monument également fort curieux et traditionnellement connu sous le nom de Lanterne de saint Vincent; nous allons le décrire :
Ce reliquaire est en bois recouvert de lames d’argent dorées par parties et travaillées au repoussé (voir planche III, figure 94); sa hauteur est de om 39. Sur un pied cubique, dont les quatre angles supérieurs sont taillés en biseau, s’élève un petit édifice de forme octogonale composé de huit colonnes carrées engagées, à leur partie inférieure, par des plaques d’argent représentant, au repoussé, un buste de saint vu de face. C’est le fond sur lequel se détachent ces tètes qui nous rappelle celui du reliquaire de Pépin. Les colonnes sont en outre séparées, dans la partie supérieure, par des plaques transparentes qui sont aujourd’hui en verre et permettent ainsi d’apercevoir les reliques de l’intérieur. Ces colonnes supportent un entablement sur lequel repose une coupole hémisphérique. La coupole, dont les côtes simulent une couverture de tuiles creuses, est surmontée d’un petit cylindre décoré de filigranes et de pâte de verre aux couleurs blanche, bleu turquoise et bleu lapis translucide. Plusieurs archéologues ont supposé que ce petit cylindre devait servir à introduire jusqu’aux reliques des linges qu’on leur faisait toucher, pour les distribuer ensuite aux fidèles ; mais la petitesse du diamètre du cylindre, qui pourrait même avoir été ajouté après coup, s’oppose à cette manière de voir. Nous penserions plus facilement qu’il pouvait servir de support à un anneau de suspension ou de base à une croix qu’on enlevait à volonté.
Les quatre faces de la base de ce monument étaient recouvertes de figures exécutées au repoussé. Sur deux des faces était représenté le Sauveur, assis sur un coussin recouvrant un trône à décoration architecturale ; sur l’une il tenait dans les mains le globe du monde et le livre des Évangiles, et sur l’autre un agneau nimbé sur les genoux. Il ne reste, de ces deux figures, que les pieds nus et une main portant le globe, mais les parties manquantes ne sont point perdues; ce sont celles qui recouvrent les pignons du reliquaire dit de Pépin. Des fragments d’inscription, que nous
L'Œuvre de Limoges
Pl. IV
Fig. 96. Coi \ EltCLE DU COFFRET DE SAINTE FoY, AVANT LES RESTAURATIONS
FlS- 97- — Face postérieure du coffret de sainte Foy, après les restaurations