LE MARTYRE DE SAINT VINCENT
La châsse d'Ally représente le martyre de saint Vincent, diacre de saint Valère, évêque de Saragosse. Pour la décrire nous n’aurons qu’à relater la vie du saint, en faisant remarquer que l’émailleur a deux fois interverti les scènes qu’il a représentées.
Fig. 471 et 472. — Le martyre de saint Vincent. — Châsse émaillée du xiiic siècle. Haut, o™ 24 ; long. om 38. — Église d’Ally, canton de Pleaux (Cantal).
Arrêté par ordre de Dacien, gouverneur de la province, Vincent est attaché sur un chevalet et son corps est déchiré avec des pointes de fer.
Vincent sortit victorieux de cette première épreuve. Alors Dacien, reprenant toute sa fureur, le condamna à la torture du feu en le faisant étendre sur un lit de fer posé audessus d’un brasier ardent. Les parties de son corps qui n’étaient pas exposées à l’action immédiate des flammes étaient brûlées par l’application de lames de métal toutes rouges.
Pendant ce supplice le saint conservait son calme et même sa gaieté, priant le Seigneur, les mains étendues vers le ciel.
Dacien ordonna alors qu’on le reconduisît en prison avec ordre de ne laisser pénétrer personne: mais la nuit suivante, le cachot fut subitement éclairé d’une grande lumière, et il fut visité par des anges qui vinrent chanter avec lui les louanges de Dieu. Quand Dacien eut connaissance de ce prodige, tout plein de rage il fit sortir le saint de sa prison.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
« Que ferons-nous de plus ? » disait-il, « nous sommes vaincus. Qu’il soit donc porté en un lit et qu’il repose dans des draps très moelleux, afin qu’il ne soit plus glorifié; il pourrait bien mourir dans ces tourments et nous échapper. Lorsqu’il aura repris des forces, nous le soumettrons à de nouveaux supplices ». Quand Vincent eut été porté sur un lit, les chrétiens vinrent avec empressement baiser ses pieds et recevoir dans des linges le sang qui en découlait. Peu après il rendit l’esprit à Dieu ; l’on croit que ce fut le 22 janvier de l’an 304.
Dacien fit jeter son corps dans un champ, afin qu’il fût dévoré par les bêtes sauvages: mais celles-ci ne lui firent aucun mal. On le porta ensuite à la mer, cousu dans un sac auquel on avait attaché une grosse pierre ; les restes du saint furent miraculeusement rejetés sur le rivage et enterrés hors des murs de Valence, dans une petite chapelle qui devint bientôt célèbre par les miracles qui s’y opérèrent. Les précieux restes du corps de ce bienheureux furent transférés, vers l’an 864, de Valence à Castres, en Languedoc, afin de les soustraire à la fureur des Maures. (La Légende dorée.)
Fig. 473. — Panneau de la chasse de saint-vincent, a ally (Cantal).
Le fond de la châsse est bleu ; les flammes du foyer, la lame de fer rougie qu’on applique sur le corps du saint, les ouvertures des deux tours sont en émail rouge, le lit sur lequel repose le saint en émail bleu clair; le jaune et le vert se trouvent sur le nimbe qui entoure sa tête ; les tenailles des bourreaux sont en émail noir.
Des plaques de cuivre estampé et doré recouvrent le revers de la châsse ; le dessin se compose d’un quadrillé rehaussé de petits fleurons. Sur ces plaques ont été appliqués six médaillons de omo85 de diamètre, inscrivant, sur un fond bleu, des anges en réserve qui émergent d’une bande de nuages rouge, bleu et blanc (voir figure 473).
Les pignons de la châsse sont garnis de deux plaques gravées du xvne siècle.