CATALOGUE DES VIERGES-RELIQUAIRES
CONSERVÉES TANT EN FRANCE QU'A L'ÉTRANGER
Belgique. — Collection Vermeersch , à Bruxelles. Vierge-reliquaire différente de celle décrite sous le N° 5 1 S. Statuette assise, en cuivre doré; trône émaillé élevé sur quatre pieds et représentant sur les flancs l’Annonciation. La porte sur le revers est ornée d’une figure de saint Pierre. Tonalité des émaux médiocre. Haut. om28. XIIIe siècle.
Collection Benoni Verhelst, à Gand. Vierge en cuivre ciselé et doré, assise sur un riche trône élevé sur quatre pieds; des cabochons et des petites perles décorent la couronne, le manteau et la robe de la Vierge. L’Enfant Jésus est assis sur le genou gauche. Le trône représente sur le revers la Vierge nimbée, entourée de deux femmes. Les personnages sont émaillés de blanc, de bleu clair et de bleu foncé sur un fond de cuivre doré. Fin du XIIe siècle. (Reproduit dans Le Moyen-âge et la Renaissance .)
France. — Eglise de Moussac-sur-Vienne. Vierge en cuivre doré et émaillé, décrite par M. de Longuemard dans les Mémoires des Antiquaires de l'Ouest , année 1878. Hauteur om43. XIIIe siècle.
Musée de Toulouse. Vierge en cuivre repoussé et ciselé, avec l’enfant sur ses genoux; elle est assise sur un trône élevé sur quatre pieds, et qui présente sur ses faces saint Pierre et la scène de l’Annonciation se détachant en réserve sur un fond d’émail bleu. XIIIe siècle.
Collectioyi La Bêraudière. La Vierge, en cuivre ciselé et doré, un voile et une couronne sur la tête, est assise tenant sur le genou gauche son enfant, également assis et couronné. Le trône sur lequel elle repose, ajouré dans sa partie supérieure, est orné d’une double rangée d’arcatures. abritant des personnages en réserve. XIIIe siècle.
Russie. — Ancienne collection Basilewsky. Groupe en ronde-bosse. L’Enfant Jésus est couronné. Le siège, cubique, bordé d’une galerie ajourée d 'entrées de serrure , est surmonté de quatre pommes, une à chaque arête. Trois des côtés du siège sont émaillés et figurent des scènes de l’Annonciation. Le siège repose sur une plate-forme décorée de rinceaux réservés sur fond bleu et soutenue par quatre pieds. Haut. om395- XIIIe siècle.
(1) Voir, sur cette statue : Abbé Guélon, Histoire de La Sauvetat-Rossile, chef-lieu d'une commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, en Auvergne, p. 17 à 20. Clermont-Ferrand, 1882. — Bulletin monumental , année 1883, p. 497 à 504, figures.
STATUETTES-RELIQUAIRES
« Saint Etienne de Muret est une des plus grandes figures de l’ordre monastique. Il renonça au pouvoir que lui assurait sa naissance illustre ; il rechercha une solitude affreuse pour y vivre sur un rocher, sans abri. Son armure de baron n’était plus qu’un instrument tourné contre lui-même, au profit de la mortification. Par humilité il ne voulut jamais se laisser ordonner prêtre ; il est probable aussi que par dévotion pour saint Étienne, premier martyr, il voulut rester diacre toute sa vie. Et cependant on peut dire que dès ce monde il obtint la récompense de vertus qui n’aspiraient qu’au ciel. Ses larmes fertilisèrent le désert le plus aride. 11 donna, malgré lui, naissance à un ordre nouveau de moines à la fois agriculteurs, savants et artistes ; les rois recherchèrent son amitié. L’impératrice Mathilde, femme de l’empereur Henri V, lui offrit une dalmatique de soie précieusement conservée jusqu’à nos jours. Longtemps après la mort du saint, Amaury, roi de Jérusalem, en souvenir de ses vertus, léguait à son ordre un reliquaire byzantin contenant une partie considérable de la vraie Croix. Déjà Constantinople avait doté Grandmont de riches étoffes orientales. »
Tels sont les faits qui ont inspiré le ciseleur auquel nous devons ce reliquaire, reproduit sous les figures 525 et 526, l’une des œuvres les plus élégantes de la fonte, de la ciselure, de la gravure, de l’émaillerie et de la joaillerie du xme siècle. Toute la métallurgie du Moyen-âge est là, et merveilleusement représentée.
« Revêtu de ses ornements de diacre, saint Étienne de Muret porte respectueusement sur un coussin (1) et offre a la vénération publique le reliquaire donné à Grandmont par le roi Amaury (2). C’est bien là ce reliquaire, tel que nous le montrent les inventaires et une vieille gravure : il est carré, uni, bordé de pierreries, avec une croix à double traverse que rien ne séparait de l’œil et des lèvres des fidèles. Malgré la réduction, cette petite copie conserve les proportions du reliquaire original. Et, pour lui faire undigne accueil, le saint austère a pris ses plus beaux ornements. Les franges de pierreries, le réseau losangé, semé de croissants, de la dalmatique, rappellent qu’arabe par le tissu, byzantine par la richesse, elle est un don de Constantinople Après cette vue géné-
rale, nous noterons les détails : la large tonsure ou couronne sur la tête; l’amict très abaissé et qui dégage entièrement le cou; la dalmatique fermée aux manches et au corps; l’étole longue et droite, entre l’aube et la dalmatique; les sandales richement brodées-.
(1) Tel est l’usage liturgique que mentionne, en 1 5 18, l'Inventaire de Saint-Donatien de Bruges : « Unuro pulvinar parvum de corio cervino albo ad usum evangeliarii ». Citât, de Mgr Barbier de Montault.
(2) Les inventaires font parfois mention de statuettes portant sur la poitrine un reliquaire. On lit dans celui du Trésor de Notre-Dame de Laon , de 1502 : « Tertia imago est major ceteris, argentea deaurata, tenens coram se phylacterium esmaillatum, reliquiis plénum ».
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
les quatrefeuilles du coussin ; les ornements gravés sur la base et la chaussure : le fruit à côtes semées de turquoises et alternant avec des losanges où sont inscrites de minces fleurs de lis. On remarquera la grâce des enroulements d’or s’épanouissant sur le fond qui est en émail bleu. Ce reliquaire, dont nos orfèvres modernes devraient si bien s’inspirer, appartient aujourd’hui à la paroisse de Billanges, voisine de l’abbaye de Grandmont ».
Fig. 525 et 526. — Statuette de saint Étienne de muret. — xme siècle. Église de Billanges, canton d’Ambazac (Haute-Vienne).
« Il resterait à étudier la figure du saint comme portrait authentique. Les petites perles d’émail bleu qui forment les prunelles nuisent à la physionomie, en donnant de la dureté ou trop de fixité au regard. Au reste, nous possédons deux autres portraits de saint
STATUETTES-RELIQUAIRES
Étienne de Muret. Le premier, en émail incrusté, est conservé au Musée de l’Hôtel de Cluny (i) et provient du maître-autel de Grandmont ; l’autre, beaucoup plus remarquable, est le buste d’argent émaillé que le cardinal Brissonnet (2) fit exécuter en 1494 » (3).
Nous ajouterons quelques réflexions à la savante description de l’abbé Texier : le saint et son support sont deux objets complètement différents que l’on a réunis ensemble et qui, dans le principe, n’ont pas été faits l’un pour l’autre. La statue n’est pas en rondebosse, elle n’est saillante qu’en partie et devait être appliquée contre un autel ou une châsse ; il est facile de s’en convaincre en jetant les yeux sur une des gravures que nous donnons (voir figure 526). Au surplus, les pieds du saint reposent sur une base élargie qui réclamerait pour le coup d’œil un piédestal analogue, et non point ce nœud arrondi que nous voyons, beaucoup trop étroit pour le socle, et qui tout en coupant la ligne d’une façon désagréable, n’a pas ici sa raison d’être.
Nous avons déjà décrit ce support à la page 306. C’est un pied de croix constituant par lui-même une pièce fort remarquable.
La statue seule du saint est de om32 de hauteur; avec son support elle atteint om49; elle est en cuivre finement ciselé et doré, rehaussé çà et là de cabochons. On ne sait trop comment l'église de Billanges est devenue propriétaire de ce beau morceau d’orfèvrerie ; il n’avait pas été donné à cette paroisse lors de la distribution du Trésor de l’abbaye de Grandmont aux églises du diocèse de Limoges.
Le reliquaire que possède actuellement l’église de Saint-Sulpice-les-Leuilles (Haute- Vienne) provient de l’abbaye de Grandmont; il se trouvait autrefois dans la chapelle de Balezys qui dépendait de cette abbaye (4).
L’inventaire de 1666 le décrit ainsi : « Un ange en bosse, de cuivre doré, émaillé, porté sur un pied carré, et qui a sur la tête un petit cristal garni de cuivre doré, sur lequel est ce billet : De sancto Juniano, et dedans nous avons trouvé un os du doigt plié de quelque drap violet avec cet écriteau : Sancti Juniani confessoris. Les inventaires (plus anciens) ne parlent point de ce cristal ni des reliques qui sont dedans, ce qui nous donne à connaître qu'elles y ont été mises depuis peu » (5).
Ceux de 1495 et 1515, numéros 51 et 62, se contentent en effet de la mention suivante : « Y a ung angelot de cuivre doré, faict à l'ancienne façon » (6).
Nous ne nous arrêterons pas à cette question, qu'il serait peut-être difficile de résoudre; nous nous bornerons à dire que l’inventaire du Trésor de la cathédrale d’Angers de 1255 relate un reliquaire qui offre, par sa composition, beaucoup d’analogie avec celui de Saint-Sulpice-les-Leuilles, puisqu’il est formé d’un ange en vermeil portant une ampoule de cristal dans laquelle étaient renfermés des cheveux de la Sainte-Vierge (7).
Quoi qu’il en soit, ce reliquaire offre un grand caractère ; c’est un véritable petit chefd'œuvre d’exécution. L’ange est en cuivre fondu et ciselé, et le travail de ciselure est poussé a un haut degré de perfection. Comme dans presque toutes les œuvres limou-
(1) Voir planche XIV, figure 163.
(2) Voir planche XL, figure 493.
(3) Abbé Texier, Annales archéologiques , t. XIII, p. 324, 325. — Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 891.
(4) Maurice Ardant, Émailleurs et Émaillerie de Limoges , p. 68.
(5) Abbé Texier, Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 868.
(6) Louis Guibert, L'École monastique d'Orfévrerie de Grandmont, p. 42 et 50.
(7) « Capilli beatæ Mariæ Virginis cum angelo argenteo deaurato in ampulla cristalina ». De Farcy, Inventaire de l'ancien Trésor de la cathédrale d'Angers, — Revue de l'Art chrétien, année 1881, p. 214.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
sines des gouttes d’émail forment la prunelle de l’œil, ce qui donne à l’ensemble de la physionomie un aspect dur et étrange (voir figure 527).
Mais tout l’intérêt de cette remarquable pièce d’orfèvrerie consiste dans les ailes de l’ange qui présentent, dans les alvéoles du champlevé, des émaux bleu lapis, bleu turquoise, vert, rouge et blanc. Le haut des ailes dessine des imbrications; il est séparé des pennes par une bande horizontale en émail bleu semé de rosaces rouges formées
Fig. 527. — Reliquaire de saint-sulpice-les-feuilles (Haute-Vienne). — xuc siècle.
par des cloisons rapportées. Les deux procédés du champlevé et du cloisonné se trouvent donc réunis sur une même pièce d’orfèvrerie, et certains auteurs ont voulu en conclure que cette belle pièce était étrangère au Limousin.
Le fait n’est cependant pas unique, car nous avons déjà signalé plusieurs pièces de
STATUETTES-RELIQUAIRES
fabrication limousine où l’émail cloisonné se trouve allié à l’émail champlevé. Rappelons, à ce sujet, la splendide plaque représentant le Christ de gloire , faisant partie de la collection Frédéric Spitzer (voir planche XXI, figure 225), et l’autel recouvert de plaques émaillées du Musée provincial de Burgos (voir planche XXII, figure 256). On reconnaît sur ces deux reliquaires le même travail que sur celui de Saint-Sulpice-les-Feuilles.
Fig. 528. — Saint côme ou saint damien. Haut. ora23. — xv' siècle.
(Église du Jardin.)
Fig. 529. — Statuette de saint clair.
Haut. om 2 8. — xiv' siècle.
(Cathédrale de Tulle.)
Saint Corne et saint Damien étaient frères. Ils naquirent en Arabie et se rendirent tous les deux en Syrie pour s’y livrer à l’étude de la médecine. L’an 303, sous la persécution de Dioclétien, ils furent arrêtés ensemble par l’ordre de Lysias, gouverneur de Cilicie, et reçurent en même temps la couronne du martyre. Les deux frères sont appelés par les Grecs anargyres , c’est-à-dire sans argent, pour montrer le désintéressement avec lequel ils se sont consacrés au service de l’humanité.
En iconographie ils sont représentés avec le même attribut : une petite boîte renfermant les remèdes qu’ils distribuaient gratuitement aux malades; aussi est-il difficile de les distinguer l’un de l’autre.
Le reliquaire de l’église du Jardin, canton d’Égletons (Corrèze), en cuivre doré, repré-
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
sente l’un des deux saints debout sur une base circulaire de fabrication moderne, munie sur le devant d'un gros cabochon recouvrant une relique. Le saint, nimbé et imberbe (1), est vêtu d’une longue robe et d’un ample manteau agrafé sur la poitrine. De la main droite il tient une longue spatule et de la gauche une boîte de médicaments, de forme circulaire, divisée en compartiments par de petites cloisons (voir figure 528).
Saint Clair est un des patrons de la cathédrale de Tulle, qui possède une grande partie de ses reliques. Une tradition rapporte que ces reliques sacrées furent retrouvées, il y a plusieurs siècles, sur la colline qui s’élève entre la Corrèze et le petit ruisseau de la Solane et qu’on appelle pour cela le Puy Saint-Clair (2). Aussi ne devons-nous pas nous étonner de trouver dans le trésor de l’église des reliquaires représentant ce saint.
Celui dont nous donnons le dessin sous le numéro 529 est une figure d’applique provenant sans doute d’une châsse. Cette figure, fixée sur un reliquaire moderne de forme rectangulaire, est en cuivre fondu, ciselé et doré. Le saint évêque, bénissant de la main droite, est représenté debout, la mitre en tête, la barbe et les cheveux longs et frisés. Il porte un amict à collet bordé d’orfrois, l’aube, la manipule, et une chasuble dont les plis nombreux tombent avec souplesse sur les bras. Un mouvement de hanche bien caractérisé rappelle les statues du xive siècle. La statue seule mesure om 28 de hauteur; avec son socle elle atteint ora 40.
(1) Dans l’iconographie byzantine, saint Côme et saint Damien sont représentés suivant les prescriptions du Guide de la Peinture (p. 330), « jeunes, barbe en pointe ». Voir dans les Annales archéologiques , t. XVII I , p. 109 et 125, le triptique byzantin en ivoire conservé à la Bibliothèque Nationale, et le reliquaire de Limbourg.
(2) Bertrand de Latour, Histoire de l’église de Tulle, traduction Bonnélye, p. 60.
BRAS-RELIQUAIRES
Les bras-reliquaires ont entre eux la plus grande analogie. Ils sont en plaques d’argent repoussé et doré par parties, ou en plaques de cuivre souvent doré, appliquées presque toujours sur une âme en bois. La main bénit à la manière latine, c’est-à-dire qu’elle a les trois premiers doigts levés et les deux autres repliés; elle sort cl'une manche étroite
Fig. 530. — Bras-reliquaire de sainte félicité. Fig. 531. — Bras-reliquaire de saint émélien. Haut. om 49. Haut. om 36.
Église de Beaulieu (Corrèze).
dont le poignet est plus ou moins ornementé. La manche de dessus, plus large que l’autre, est unie ou couverte de plis nombreux.
Sur un des bras-reliquaires de Beaulieu (voir figure 530), sur celui de Guéret (voir
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figure 532), la main tient entre le pouce et l’index une boule, ou plus probablement une pomme, qui a certainement un sens allégorique mais qu’il est difficile d’expliquer (1).
Une ouverture pratiquée vers le tiers inférieur de la manche, et munie presque toujours d’un grillage fixe ou mobile, permet de voir la relique placée dans l’intérieur. On introduisait les reliques soit par cette ouverture, soit par une partie évidée ménagée sous le reliquaire et qui se fermait alors au moyen d’un couvercle retenu par des charnières. Ce couvercle est souvent décoré de dessins gravés au trait; celui du Musée de Guéret est constitué par une plaque d’émail. A Saint-Mary (Cantal), le bras-reliquaire est élevé sur quatre petits pieds en forme de griffes (2).
Fig. 532 et 533. — Bras-reliquaire de saint pardoux (xme siècle). Haut, o"1 43. — Musée de Guéret.
L’église de Beaulieu (Corrèze) conserve encore deux bras-reliquaires du xmc siècle provenant de l’ancienne abbaye de Bénédictins. Ils sont formés d’une âme en bois sur laquelle sont appliquées des feuilles d’argent battu au marteau et doré par parties; ces feuilles sont réunies entre elles soit par de simples soudures, soit par de petits clous à tête ronde que l’ouvrier n’a généralement pas pris le soin de dissimuler.
(1) Mgr Barbier de Montault croit en avoir trouvé l’explication dans cette inscription qui interprétait, au xme siècle, la mosaïque de Saint-Pierre de Rome :
« Devotus Christo qui templo servit in isto Flores virtutis capit fructusque salutis. #
Le fruit qui naît de la pratique de la vertu, comparée à une fleur, est un fruit de salut, « fructus salutis ». Ce fruit a été cueilli par le saint, qui s’en pare dans les jardins célestes, et ce saint nous le montre pour nous inciter à suivre son exemple. Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, année 1884, p. 486.
(2) Dans le Trésor de Saint-Maurice d’Agaune, les bras-reliquaires de saint Bernard de Menthon et celui de saint Maurice sont élevés sur un petit édifice de forme rectangulaire. Les deux bras conservés dans l’église Saint-Cunibert, à Cologne, reposent sur un socle circulaire. A Saint-Paul-lès-Vence (Alpes-Maritimes), la main seule sort d’une sorte de pyramide percée de deux ouvertures, mais tous ces reliquaires n’appartiennent point à l’École limousine.
BRAS-RELIQUAIRES
L’un de ces reliquaires (voir figure 530) renferme des reliques de sainte Félicité (1). Les doigts sont longs et minces, le médius est rompu à sa base. La main n’a pas été dorée, mais elle tient entre le pouce et l’index une pomme. Le poignet, orné d’un quadrillé sur métal doré, est bordé d’un double bracelet enrichi de filigranes d’argent et rehaussé de cabochons montés sur sertissure. La manche, sans plis, est composée d’une seule feuille d’argent dont les bords sont réunis par des clous de même métal et cachés par une bande recouverte de filigranes tordus et de cinq petits cabochons.
Des semis d’aigles aux ailes éployées, en partie disparus aujourd’hui, décorent cette manche, qui porte vers son tiers inférieur une fenêtre ajourée.
Fig. 534. — Reliquaire de vigeois (Corrèze). Fig. 535. — Reliquaire de saint-fréjoux (Corrèze). Flaut. om45. —xme siècle. Haut. om 30. — xnie siècle.
L’autre bras-reliquaire est un peu plus grand et d’une exécution assez grossière (voir figure 531). La main bénissante montre une manche plissée, garnie au poignet et à la base d’un bandeau de filigranes sertissant des cabochons. La main est en argent, les doigts sont gros, celui du milieu a été brisé; les ongles sont bien marqués, les phalanges bien accusées. Il est certain que l’artiste a eu l’intention de figurer la main d’un homme. Ce bras contient en effet les reliques de saint Emélien ou Éméli, moine, considéré comme l’un des principaux patrons du monastère et qui mourut vers l'an 760.
(1) « Item fuit exhibitum aliud reliquare argenteum, cum sua porta seu janua, factum ad modum brachii, infra quod consistit brachium beatæ Felicitatis ». Invent, de l'abbaye de Beaulieu, cité par Amand Vaslet dans Y Abrégé de l’histoire de Saint-Pierre de Beaulieu, publié par M. le chanoine Poulbrière.
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Le Musée de Guéret possède un bras-reliquaire en cuivre repoussé et doré (voir figure 532). La main tient aussi entre le pouce et l’index une pomme ; le bras, dans la partie inférieure, est ajouré d’une ouverture fermée par un grillage fixe qui laisse voir les reliques que l’on introduisait par le bas en ouvrant une plaque émaillée à charnière, dont nous donnons le dessin sous la figure 533.
Celui de l’église de Vigeois est en cuivre gravé et doré (voir figure 534). Le bras est entouré de deux manches; celle de dessous, étroite, est bordée au poignet d’un ornement quadrillé inscrivant des fleurettes; celle de dessus, plus large, garnie à son sommet et à sa base d’un large orfroi enchâssant des cabochons, est semée de cercles gravés inscrivant des rosaces ou des fleurs de lis épanouies; sur l’un des côtés se voit une petite fenêtre munie de découpages en forme d’entrées de serrure. Au-dessus du pied est gravé au trait, sur une croix à branches égales, une main bénissante.
Mentionnons encore le bras-reliquaire de l’église de Saint-Fréjoux, commune d’Ussel (Corrèze); il est en cuivre battu, gravé et doré (voir figure 533); la manche est semée de rosaces gravées inscrites dans des cercles, et percée d’une petite fenêtre à grillage mobile.
Le bras-reliquaire représenté sous la figure 536 se trouve dans le Trésor de l’église de Saint-Marcel (Indre). On remarquera l’ampleur de la manche de dessus et l’ouverture vitrée sous laquelle on lit une inscription sur parchemin faisant connaître la nature de la relique : Brachium sancti Marcelli.
Le bras-reliquaire, figure 537, appartient à l’église paroissiale de Mailhac (Ute-Vienne) ;
BRAS-RELIQUAIRES
il est en bois recouvert d’une feuille d’argent repoussé et offre, au tiers de sa hauteur, une large ouverture vitrée. Le bras est revêtu d’une manche d’aube passée par-dessus une manche de tunique, munie au poignet d’une riche broderie. L’aube, ainsi que la partie inférieure du bras, est bordée d'un orfroi très large formé par d’élégants rinceaux. Dans celui du bas on trouve un écusson chevronné, cantonné de deux fleurons, avec un lion rampant en pointe (armes de Georges Barny, abbé général de Grandmont, xvne siècle).
Le bras-reliquaire de Saint-Mary-le-Cros est en cuivre argenté (voir figure 538; il repose sur une base élevée sur trois griffes, autour de laquelle est gravée l’inscription suivante en caractères gothiques : Bfrachium] SANCTI : MARII : DE CROZO : CONFESSOR : EP : (1).
Signalons aussi deux objets analogues qui se trouvent l’un à Conques (Aveyron), l'autre dans l’église de Chamberet (Corrèze). Le reliquaire de Conques, haut de om 58, en argent repoussé et dopé par parties, semble appartenir à la fin du xmc siècle. Il contient le bras de saint Georges, moine de Conques au ixe siècle et évêque de Lodève en 877. La main bénissante sort d’une manche étroite ornée d’un quadrillé dont le champ est décoré de griffons en relief. La manche de dessus, plus large que l’autre, est formée par une feuille
(1) Saint Mary, solitaire, florissait sur la fin du vi' siècle et mourut vers l’an 600. Il n’a jamais été évêque; aussi le dernier mot de l’inscription, EP[iscopo], paraît être le fait d’une erreur du graveur et avoir été mis pour celui de Pfresbytero].
Fig. 538. — Bras-reliquaire de saint-mary, canton de massiac (Cantal).
xve siècle.
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d’argent autrefois unie, mais aujourd’hui toute plissée par suite des chocs qu’elle a dû recevoir. L’ouverture pour la relique est couverte par une petite porte rectangulaire formée par des filigranes tordus rehaussés de pierreries. Un crucifix, au sommet duquel vole un aigle nimbé, repoussé et doré, est fixé sous la porte (i).
Le reliquaire de Chamberet, d’une hauteur de om47, est en cuivre battu, ciselé et doré; il appartient au xive siècle. La main est dans l’attitude de la bénédiction. Le bras est recouvert d’une double manche ; celle de dessus est garnie, au poignet et le long de la couture, d’un large galon. Une fenêtre grillée laisse voir la relique, que l’on introduisait par le fond monté à charnière.
Les bras-reliquaires, avons-nous dit, sont généralement en argent ou en cuivre souvent émaillé, mais on en trouve aussi en bois qui sont confectionnés pour les églises pauvres. Ces derniers sont devenus, de nos jours, excessivement rares à cause du peu de valeur de la matière qui les constitue ; on les a détruits ou tout au moins relégués dans des coins d’églises, exposés qu’ils sont continuellement à mille causes de destruction.
C’est ce qui est arrivé pour un reliquaire de ce genre que nous avons découvert récemment à Roc-Amaclour (Lot), dans la sacristie de la chapelle souterraine.
Ce reliquaire (voir figure 539) est grossièrement sculpté; la main est ouverte, les doigts sont étendus. Dans la partie inférieure de la manche, l’on a ménagé une petite cavité destinée à recevoir les reliques. La main et la manche ont été recouvertes d’une affreuse et épaisse couche de couleur blanche et rouge.
(1) Décrit et dessine par M. Darccl dans les Annales archéologiques, t. XXI, p. 120 et 184.
5 39- — Bras-reliquaire en bois, a roc-amadour (Lot). Haut. om 60.
L'Œuvre de Limoges.
Pl. XLII.
Fig. 540. — Phylactère de l’église de Chateauponsac (Haute-Vienne).
(xme siècle.)
Haut., 285 millim.; larg. du pied, 12 cent.
PHYLACTERES
L’abondance des reliques a toujours été telle au Moyen-âge que la plupart des reliquaires ont contenu des objets ou des reliques de plusieurs saints. Quelquefois les reliques sont très nombreuses, mais anonymes ; elles sont alors désignées d’une façon générique : « De sanctis reliquiis quorum nomen Deus novit » (i).
Un des reliquaires de cette nature, des plus intéressants, est le phylactère de Châteauponsac (Haute-Vienne), auquel l’abbé Texier a cru devoir donner le nom de « Reliquaire de tous les saints » (2), bien que cette dénomination ne se trouve dans aucun inventaire. 11 voulait désigner par là que ce reliquaire contenait tellement de reliques (il en renferme trente-six) qu’on pouvait croire qu’on aurait voulu, si cela eût été possible, les y mettre toutes.
Les auteurs ne sont point d’accord sur le sens à donner au mot phylactère , et cette diversité d’opinions provient de ce qu’on a étudié ces reliquaires plutôt d’après les textes que d’après les monuments de cette nature existant encore.
Mgr Barbier de Montault nous semble avoir tranché la question en définissant le phylactère : « Un reliquaire de forme et matière indéterminées (3), affecté exclusivement à la conservation de parcelles de reliques ». Que la relique soit unique (4) ou que plusieurs soient groupées ensemble (5), cela ne change pas la dénomination du reliquaire : il suffit que ces reliques soient minuscules et que ce soient plutôt des fragments que des reliques entières, susceptibles d’avoir un nom par elles-mêmes, comme seraient un fémur, un tibia, etc. (6).
Quelquefois les phylactères étaient de toute petite dimension, et on les portait au cou comme un objet de dévotion. Les textes, en les disant remplis de reliques, ne manquent pas d’indiquer leur usage tout personnel (7). Ils sont, dans ce sens, synonymes du mot encolpium.
(1) Inventaire de Grandiront de 1666, N° LUI. Dictionnaire d’Orfévrerie , col. 871.
(2) Dictionnaire d’Orfévrerie, col. 897.
(3) « Reliquiæ Tanchæ virginis in philaterio oblonguo argenteo deaurato, cum figura ejusdem tenentis caput suum. — Reliquiæ Agnetis virginis in philaterio cristalino cum pede et coopertorio argenteis. — Reliquiæ beati Blasii in philaterio quadrato argenteo deaurato cum cristallo in medio. — Item philaterium jaspidis cum capitellis argenteis et cathena argentea ». Invent, de la cath. d'Angers, 1255, publié par
M. de Farcy dans la Revue de l'Art chrétien.
(4) « Quintum (philacterium) est perforatum in quattuor locis et continet sub crytallo os sancti Quintini, martyris ».
(3) « Philacteria, id est capsule in quibus reservantur minute reliquie sanctorum ». Invent, du Trésor de
N. -D. de Laon , 1523, publié par Ed. Fleury, 1 vol in-40, Laon et Paris, 1835.
(6) Barbier de Montault, Le Phylactère de Châteauponsac , — Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, année 1887, p. 267.
(7) « Phylacterium a collo usque ad pectus pendes, sanctorum reliquiis refertum, quorum patrocinio se
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Le reliquaire de Chàteauponsac offre l’avantage de nommer l’objet et de le montrer (voir planche XLII, figure 540).
Sous le pied du reliquaire se trouve une longue inscription en majuscules gothiques qui, tout en désignant le reliquaire par son vrai nom : « PHILECTERIA », pour phylacteria, phylacterium (1), donne l’énumération des reliques incluses jadis dans le phylactère (voir figure 541).
Cette inscription, gravée entre deux lignes, se divise en quatre parties, occupant chacune un des pans du dessous du pied.
* IN MAC PHILECTERIA SVNT HE RELIQ[ui]E :
QVIDAM PILVS D[omi]NI ; DETVNICA INC ONSVTILl i DE CRVCE DfomiJNI j DE S EPVLCHRO D[omi]NI | DE TABVLA IN QYA F VIT POSITVM COR PVS D[omi]NI ■
DE SEPVLCRO BEATE MARIE ; DE VESTIMEN TO ; IPSIVS l DE (2) BfeatJI 10H|anni]S B[aptist]E | DE Sfan]Cft]0 ANDREA ;
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DE SLancto] THEODORO i DE Sfancto ELEVTERIO (3) MARTIRIBfus] j DE Sfancto] MARTINO j DE Sfancto] NICHOLAO :
DE Sfancto] ILARIO i DE Sfancto] IACOBO P[er]SIE (4)
DE Sfancto] GREGORIO i DE Sfancto] IERONIMO
DE Sfancto] ZEBEDEO i DE Sfancto] SIMEONE DE Sfancta] MARIA | MAGDALENA i DE Sfancta] EVFEM IA : DE Sfancta] CATHERINA ;
DE SPINIS CORONE DfomiJNI i
Le phylactère de Chàteauponsac a, dans son ensemble, une hauteur de ora285. Le pied
in periculis tutum futurum credebat ». Albericus, in Chron. — Reliquiarum Phylacteria, tenui argento fabricata, vilique pallio de collo suspensa ». Joan. Diaconus, in Vita Gregorii Mag., Iib. IV, cap. 80.
(1) La substitution de la lettre e à la lettre a est très fréquente au Moyen-âge, dans le langage populaire. Voir, à ce sujet : L. Charles, Mélanges et aperçus sur diverses questions littéraires ou archéologiques. Le Mans, 1861, in-12, p. 27-28.
« E pro A interdum ponitur, ut Condemnetus pro Condemnaius , in Privilegio ann. 696, apud Felibian. Hist. San-Dionys. pag. xvn. Ebonnatus pro Abonnatus ». Du Cange, Glossaire, vu E.
(2) Ce DE est presque effacé; le ciseleur s’était trompé ou la place lui a manqué. On lui avait sans doute donné à écrire : de vesiimenio beati Joannis Baptistæ , puisque ces trois derniers mots sont au génitif. S’apercevant probablement trop tard qu’il avait oublié vestimento, il a effacé le de qui était déjà gravé, mais a négligé de le remplacer par le mot oublié qu’il aurait pu au moins indiquer par une abréviation.
(3) Le ciseleur avait gravé « Elvterio », ensuite il a ajouté un tout petit e entre les lettres l et v.
(4) Cette lecture, qui rappelle le lieu de naissance de l’illustre martyr, est motivée par ce texte de la Légende dorée : « Jacobus martir, cognomento intercisus, nobilis genere, sed fide nobilior, ex regione Persarum et civitate Elape oriundus fuit ». Legenda aurea, édit. Grœsse, p. 799.
PHYLACTÈRES 489
mesure om 122 en largeur, tandis que le plateau supérieur n’a que om85. Il provient de l’abbaye de Grandmont.
Un inventaire de 1567 le mentionne en ces termes : « Une pièce d’argent doré, en carré, où il y a quatre petits clochers d’argent, et des christallins et perles qui pendent tout autour d’icelles, garnye de pierreries ou il y a du christallin et une penne d’argent dorée, par le dessus, bien ouvrée ».
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