CI :®OIUH>WÆl
Fig. 541. — Inscription du reliquaire de chateauponsac (Haute-Vienne).
En 1790 l’abbé Legros décrit à son tour ce reliquaire, en constatant que deux des tourelles qui reposaient sur le plateau avaient disparu : « Un reliquaire de vermeil, orné de filigrammes de même matière, enrichi de plusieurs pierreries, dont le soubassement porte une plaque qui le couvre en entier, comme une table, aux quatre coins de laquelle il y avait autrefois quatre petites tourelles, dont il ne reste plus qu’une entière; une seconde a perdu sa flèche par le laps du temps, les autres manquent. Au milieu de cette plaque slélève un christal carré et ciselé qui paraît être de christal de roche ; il est surmonté d’un bouquet de feuilles de chêne et aussi de vermeil, dont est toute la matière de ce reliquaire, sous le pied duquel, qui est carré, et sur les quatre faces d’icelui est gravée l’inscription en caractères gothiques » (1).
Il convient de compléter cette description et d’en rectifier certaines parties : Le prétendu cristal de roche n’est qu’un flacon de verre coulé relativement moderne; il a rem-
(1) Abbé Texier, Annales archéologiques , t. XIII, p. 32g. — Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 899.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
placé le tube de cristal qui devait renfermer les saintes reliques; il ne reste plus que deux des petites boules en cristal de roche qui ornaient tout le pourtour du plateau central. Parmi les pierres qui décorent le monument nous signalerons l’améthyste, le saphir, une turquoise pointillée, la turquoise ordinaire, l’émeraude, la topaze, la cornaline et le rubis ; nous remarquerons aussi une intaille antique, de couleur bleu clair, gravée avec beaucoup de finesse et représentant un petit lapin, assis sur le train de derrière au-dessus d’un panier et mangeant des feuilles de vigne.
Quatre émaux cloisonnés, translucides, du plus vif éclat, de forme ronde et ayant omi7 de diamètre, ornent chacun des côtés de la base du reliquaire; ils sont montés en bâte comme des pierres précieuses. L’un d’eux représente un quatrefeuilles blanc, richement décoré, à cœur jaune et bleu se détachant sur un fond vert et inscrit dans un cercle rouge (voir figure 542) ; les trois autres figurent une croix de sinople, à bords ondulés, décorée au centre d’un petit quatrefeuilles blanc ; le fond est rouge et encadré par un cercle bleu (voir figure 543).
Nous signalerons comme travail de ciselure des mieux réussis ce gros nœud percé à jour qui relie le soubassement pyramidal à la partie supérieure du plateau : on y voit courir des dragons aux yeux d’émail, qui s’entrelacent et se mordillent (1); ils sont traités d’une façon magistrale.
Ce précieux reliquaire aurait été donné à l’abbaye de Grandmont par les religieux de Saint-Sernin de Toulouse. Voici ce qu’en rapporte l’abbé Texier : « En 1226, les abbayes de Grandmont, près Limoges, et de Saint-Sernin de Toulouse, s’affilièrent mutuellement à la fraternité de leurs ordres. Ce langage, peu intelligible aujourd’hui, signifiait que les deux communautés entraient en participation spirituelle de toutes les bonnes œuvres qui s’accomplissaient dans chaque monastère. C’était une mise en fonds commun des mérites particuliers. A cette occasion, ces deux abbayes célèbres échangèrent des dons affectueux. Saint-Sernin possède une châsse émaillée par le procédé limousin qui pourrait bien avoir cette origine. Mais le fait, douteux pour Saint-Sernin, est positif à Grandmont. Les anciens inventaires et Bonaventure de Saint-Amable désignent ce joyau comme donné à Grandmont par Saint-Sernin en 1226. Il a d’ailleurs tous les caractères du commencement du xme siècle, si ce n’est même de la fin du XIIe » (2). Nous avouerons que malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu retrouver cette mention dans les ouvrages cités par l’abbé Texier. Aussi doit-on admettre tout au plus que les religieux toulousains ont donné seulement les reliques, et que le reliquaire a été fait, sinon à Grandmont même, du moins dans un des nombreux ateliers que possédait le Limousin.
(1) Le moine Théophile, au chapitre LXXIV du livre III de son Essai sur divers arts, s’exprime ainsi à propos de l’encensoir : « In quibus sint flores, bestiœ, et aviculæ sive dracones concatenati collis et caudis ».
(2) Annales archéologiques, t. XIII, p. 326. — Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 895.
L'Œuvre de Limoges,
Pl. XLIII.
Fig. 544 — Phylactèbe ee l’église d’Abnac-la-Poste (Halte-Vienne) .
(XIIIe SIÈCLE.)
Haut., 29 cent.; diam. du pied, i5 ce;.f.
PHYLACTÈRES
Les jolies petites arcades cintrées qui décorent la plinthe du pied se retrouvent sur la croix de l’église d’Eymoutiers et sur le reliquaire d’Arnac-la-Poste ; les dragons du nœud, l’ornementation filigranée et gemmée ont des similaires sur un grand nombre de nos pièces limousines. Nous allons parler du reliquaire d’Arnac-la-Poste :
Ce reliquaire, qui provient de l’abbaye de Grandmont, est ainsi décrit, sous le N° XXX, dans l’inventaire de 166b : « Un reliquaire de cuivre doré, orné de tous côtés de pierreries, dont le pied est de six demi-cercles disposés en rond, et le haut aussi, où il y a sur chacun d’iceux un petit cristal qui se ferme avec un couvercle de cuivre doré, et un au milieu de ces susdits cristaux, où nous avons trouvé un os un peu brisé, plié de
quelque drap, sur lequel est ce billet : Blasii, mart Tous les autres cristaux sont
remplis de saints ossements. Il n’y a point d’autre écriteau que celui qui est attaché à un d’iceux, qui peut suffire, joint le témoignage de quelques inventaires, pour croire qu'il y a de toutes les reliques qui sont contenues dans l’écrit : In cristallo snnt hœ reliquice : de sancta Barbara; de titulo sanctce Crncis ; de sancto Ignacio , de sancta Margarita ; de sanctis Leonardo, Philippo, aposlolis, Blasio, et de lancea sancti Blasii, marlyris ; de sancto Laurentio ; de sanctis Christophoro, Dyonisio » (1).
Le pied est orné de filigranes d’une exquise délicatesse, semé de cabochons, de pierreries et d’intailles. Les filigranes sont en argent fondu et doré, et chaque tigelle se termine par une boule qui, par son épaisseur, a facilité le travail de soudure. Les intailles, au nombre de onze, représentent : le Temps, barbu et ailé, accosté des lettres CI; un homme debout, nu, portant la main gauche à son visage, dans le champ la lettre A; deux têtes de femme et une de jeune homme; un guerrier debout, armé de la lance et du bouclier ; un laboureur dont la charrue est traînée par des chevaux ; deux enfants se disputant; une danseuse; un amour traîné sur un char par deux oiseaux; et un homme debout, bandant un arc (voir planche XLIII, figure 544).
Le dessous du plateau était probablement orné de pendeloques en cristal, comme le reliquaire de Châteauponsac, autant que peut le faire supposer les agrafes qui subsistent encore.
Quant aux ampoules en cristal qui contenaient les reliques, elles affectent toutes des formes différentes; elles sont enchâssées dans un socle de métal, montées à charnières, et une double bande rehaussée de turquoises rejoint la base au couvercle. Tous les couvercles sont surmontés d’un petit anneau, dans chacun desquels devait probablement s’engager une chaînette qui aboutissait au couvercle du vase central.
Le séraphin crucifié qui apparut à saint François d’ Assise, lors de sa stigmatisation sur le mont Alverne, est un fait tellement frappant dans l’histoire ecclésiastique (2) qu’il serait étonnant de ne point le rencontrer sur des reliquaires limousins. On connaît l’influence immense que le fondateur de l’ordre des Franciscains exerça, en général, sur les beauxarts. C’est à lui que l’École ombrienne doit sa naissance. Mais écoutons à ce sujet le récit de saint Bonaventure :
« François était le matin en prières du côté de la montagne Il vit comme un séra-
(1) Abbé Texier, Dictionnaire ci' Orfèvrerie, col. 853.
(2) A une certaine époque, au commencement du xvinc siècle, on était incrédule, même dans le clergé, aux stigmates de saint François. Charles de Vintimille, archevêque de Paris, supprima, dans le bréviaire qu'il fit imprimer en 1736, jusqu'à la simple mention de stigmates (voir Dom Guéranger, Institutions liturgiques, vol. II, p. 305). Il est vrai que ce nouveau bréviaire avait été rédigé par Mesengny et Coffin, jansénistes déclarés, et par Vigier, oratorien suspect de jansénisme.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
phin ayant six ailes éclatantes et toutes de feu qui descendait vers lui du haut du ciel. Ce séraphin vint d’un vol rapide se placer dans l’air auprès de lui. Entre ses ailes paraissait la figure d’un homme crucifié qui avait les mains et les pieds étendus et attachés à une croix. Ses ailes étaient disposées de manière qu’il en avait deux sur la tête, qu’il en étendait deux pour voler et qu’il se couvrait tout le corps avec les deux autres. A ce spectacle, François fut extraordinairement surpris; une joie mêlée de tristesse remplit son cœur. La présence de Jésus-Christ, qui se montrait à lui sous la figure d’un séraphin d’une manière si merveilleuse et si tendre, lui causait une joie inexprimable; mais
ce douloureux spectacle de son crucifiement le pénétrait d’une vive compassion Après
un entretien secret et familier, la vision disparut ; mais l’âme du saint resta embrasée d’une ardeur séraphique, et son corps fut extérieurement marqué d’une figure semblable à celle d’un crucifix ».
Fig. <545. — La vision de saint François. — xin' siècle. Haut, et long, o’ 21. — (Musée du Louvre.)
Le Musée du Louvre possède une plaque émaillée, en forme de rosaces à quatre lobes (voir figure 545), représentant la vision de saint François. Dans le lobe inférieur, saint François, pieds nus, est debout, nimbé, tonsuré, barbu et élevant les mains. Il est vêtu d’une robe à capuchon de couleur bleu lapis, ceinte par un cordon à nœuds en émail
PHYLACTÈRES
jaune: de chaque côté du saint s’élèvent, en s’étendant à droite et à gauche, sur les lobes latéraux, deux groupes d’arbres dont les troncs et les rameaux sont émaillés de vert et les feuilles de blanc, de bleu clair et de noir sur l’un, de jaune, de vert et de noir sur l’autre. Dans le lobe supérieur apparaît la figure symbolique, nimbée et entourée d’une zone qui simule les nuages. Les personnages sont émaillés et se détachent sur un fond guilloché et doré orné de dessins gravés au trait, représentant des fleurs à quatre pétales remplacées par des étoiles à six pointes dans le lobe supérieur. Les carnations sont émaillées de blanc légèrement rosé, les nimbes réservés et cerclés de rouge. Les pennes des ailes de l’ange sont nuancées : bleu foncé, bleu lapis, bleu clair et gris perle; — vert et jaune, avec quelques parties rouge; — bleu, vert et jaune. Les stigmates du saint sont en rouge.
Fig. 546 et 547. — La vision de saint François. — xm° siècle. Haut. om 36; diam. o" 21. (Ancienne collection Ducatel.)
Saint François d’Assise, né en 1182. eut sa vision en 1224; il mourut en 1226 et fut canonisé par Grégoire IX le 16 juillet 1228. La plaque du Musée du Louvre ne peut donc être antérieure à cette dernière date puisque saint François est représenté nimbé.
Des petits trous ménagés sur les bords de la plaque indiquent qu’elle faisait partie d’un ensemble qu’il serait facile de reconstituer, grâce à un objet analogue qui est parvenu jusqu’à nous sans avoir subi aucune détérioration; il provient de l’ancienne collection Ducatel.
L’EMAILLERIE LIMOUSINE
Cette pièce remarquable (voir figures 546 et 547), en forme de quadrilobe, est fixée sur un pied circulaire et une tige émaillée d’imbrications interrompue par un nœud côtelé orné de pierreries. La plaque principale est absolument pareille a celle du Louvre, à quelques détails près. Au revers se trouve une autre plaque de cuivre décorée de cinq gros cabochons, qu’entourent des cabochons plus petits placés tous dans des bâtes à sertissure tout unie. Cette plaque, montée à charnières, recouvre une autre plaque dans laquelle cinq ouvertures en forme de croix laissent apercevoir des reliques. Sur le pied figurent deux groupes de paons affrontés et émaillés, séparés par une coupe (1).
Fig. 548 et 549. — Reliquaire en cuivre doré, a l’hôpital de limoges. — Vers 1300.
L’église de l’hospice, à Limoges, possédait autrefois un reliquaire qui, selon toute probabilité, devait être monté comme celui que nous venons de décrire. Nous ne savons pas ce qu’il est devenu, et nous ne le connaissons aujourd’hui que par une courte mention de l’abbé Texier (2) et par un dessin de Victor Gay. Nous reproduisons ce dessin sous les figures 548 et 549.
Le reliquaire de l’église Saint-Sylvestre (Haute-Vienne) provient aussi du trésor dispersé de l’abbaye de Grandmont. L’article XXXII de l’inventaire de 1666 en fait mention en ces termes : « Un reliquaire d’argent, qui est doré en certains endroits, le pied rond, autour duquel il y a gravé : F. P. de Montrai me fecit fieri. Reliquiœ beatorum Juniani et Amandi , et corrigiœ Domini. Et sur le pied est gravée une image, au côté de laquelle
(1) Catalogue des objets d'art de la collection Ducatel , p. 7, fig. Paris, 1890.
(2) « A l’église de l’hospice, reliquaire représentant un ange dans un quatrefeuilles, tout couvert de cabochons à la face opposée ». Dictionnaire d'Or/évrerie, col. 1259.
PHYLACTÈRES
il y a gravé : Beatus, et de l’autre : Amandus. Plus haut il y a un cristal enchâssé en argent rond, gros et long environ de cinq travers de doigt, dans lequel nous avons trouvé
un os du doigt plié de taffetas, sur lequel on voit cet écrit : Sancti Fiacrii Au haut
du cristal il y a une image d’argent, en bosse, sous le pied de laquelle est gravé : Beatus
Fig. 55 o. — Reliquaire de saint-sylvestre. Haut, o™ 29. — (xme siècle.)
Fig. 551. — Reliquaire de saint-goussaud. Haut, o” 30. — (xnie siècle).
junianus, par où l’on voit que c’est l’image de saint Junien, et non pas de saint Fiacre^ quoiqu’on lui donne ordinairement ce nom, et, par l’inscription qui est autour du pied, que ce reliquaire a été fait pour mettre les reliques de saint Junien et saint Amand » (1).
Le pied du reliquaire est formé par le calice renversé d’une fleur dont plusieurs sépales étaient ornés de personnages gravés au trait (la plupart sont effacés); on y reconnaît encore l’effigie de saint Amand foulant aux pieds un dragon, ainsi que le constate
(1) Dictionnaire d' Orfèvrerie , col. 854 et 855.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
l’inscription : BEATVfm] AMANDV[m]. La tranche du pied montre en outre cette inscription : FR[ater] : P[etrus] : DE MO[nJ VAL[ier] (i) : ME FECIT : FIERI : RELIQVIE :
B[eator]V[m] : IV[nia]N[i] : ET : AMA[n]DI : ET CORIGIE : DfomiJNI (voir figure 550).
Le cylindre en cristal est maintenu par un double collier et trois bandes latérales, enrichis de filigranes d’une grande délicatesse. Une croix moderne a remplacé au sommet la statue de saint Junien.
Le reliquaire de l’église de Saint-Goussaud (Creuse), comme un grand nombre de ceux qui proviennent de l’abbaye de Grandmont, a subi des remaniements (voir figure 551).
L’inventaire de 1666 nous fait connaître son état primitif : « Un reliquaire dont le pied est carré, de cuivre doré, sur lequel il y a huit médailles d’argent, quatre au haut, où sont les figures de quatre anges, et quatre en bas des quatre Évangélistes. Au haut du reliquaire sont quatre petits clochers de cuivre doré, dans trois desquels il y a des ossements pliés avec du taffetas sans écrit; et, au milieu des quatre, un cristal garni d’argent en façon d’une tour, où nous avons trouvé un paquet de cendres pliées dans du taffetas rouge, où il y a ce billet : Sancti Clodoaldi conf.; plus quelques autres cendres pliées dans deux taffetas sans écriteau ».
Celui de 1566, nombre 31, s’exprime ainsi : « Un reliquaire de cuivre doré, le pied en carré, ayant une pomme de cristal, le vase d’argent et quatre petits clochers ayant des reliques; le vase de ce reliquaire est de cristal garni d’argent » (2).
Ces textes des inventaires, et le phylactère de Châteauponsac reproduit sous la figure 540, planche XLII, nous permettent de reconstituer par la pensée le reliquaire de Saint- Goussaud. Le pied, avec ses appliques d’argent découpées en quatrefeuilles et ses rinceaux gravés au burin, le nœud en cristal, sont les seules épaves du monument primitif. Les clochetons qui contenaient les reliques ont été remplacés, à une époque relativement moderne, par un tube de verre emboîté dans deux douilles de cuivre, et terminé par une croix.
A la catégorie des phylactères se rattache un pied de reliquaire provenant de l’ancienne collection Basilewsky. Il a la forme d’un cône légèrement arqué en dedans, porté sur trois pieds et sommé d’un nœud sphéroïdal côtelé qu’amortit une pointe. Un dragon, la queue retournée en crochet, s’allonge au droit de chaque pied. Quatre zones divisent la surface conique. En haut, des imbrications gravées; au-dessous, la légende émaillée de bleu : DE S[an]C[t]0 BLASIO. ^ DE LIGNO DfomiJNI ; puis vient une large bande
chargée de rinceaux épargnés sur champ bleu lapis; enfin une bordure offrant cette inscription : * DE S[an]C[t]0 LAVRE[n]CIO. * DE VESTIMEN[t]0 VIRGINIS MARIE. Ce phylactère, d’une hauteur de om 14, date du xmc siècle.
(1) Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 859.
(2) « En 1225, Pierre de Monvailler (De Monte Valerio ), archiprètre de Nontron et chanoine de Saint-
Junien, fit exécuter une coupe d’argent pour abriter le chef de saint Amand 11 lui fut permis, en retour
de ce don, de distraire quelques parties des reliques du pieux cénobite; il en fit don à l’abbaye de Grandmont, qui, pour le récompenser, l’admit à la fraternité de l’ordre. C’est l’explication du titre de frère, qui précède son nom. Ce reliquaire dite donc de 1225, et le nom abrégé de Mo val se complète ainsi : Monte Valerio , Montvailler ». Abbé Texier, Dictionnaire d'Orfèvrerie , col. 900.
TRIPTYQUES
Les diptyques étaient, dans l’Antiquité, deux petites tablettes de bois, d'ivoire ou de métal, réunies par une charnière et se repliant l’une contre l'autre comme un livre qu’on ouvre ou ferme a volonté. L'intérieur était enduit de cire sur laquelle on écrivait. De la le nom de 8nm»/oi et de pugillares qu’on leur donna, le premier à cause de leur double pli, le second en considération de leur petitesse qui permettait de les renfermer dans la main. Ils servirent d’abord aux missives secrètes. Plus tard ce furent des dons que l’on offrait à ses amis, principalement au commencement de l’année ; les consuls et les autres magistrats romains se faisaient surtout remarquer par ce genre de libéralités (i). Les faces extérieures des diptyques étaient souvent sculptées et offraient parfois l’image des donateurs.
L’Église primitive adopta les diptyques pour son usage personnel: ils avaient alors des destinations diverses : les uns portaient les noms des nouveaux baptisés, les autres celui des bienfaiteurs de l’église, des souverains et des évêques; il y en a qu’on peut considérer comme des espèces d’obituaires et de martyrologes. Quand le christianisme fut officiellement reconnu dans l’empire, les consuls ne manquèrent pas de comprendre les principaux évêques parmi les personnes auxquelles ils envoyaient leurs diptyques, et ceux-ci, par une pieuse reconnaissance, les placèrent sur l’autel afin que le magistrat donateur fût recommandé aux prières pendant le sacrifice de la messe. Les diptyques consulaires se trouvèrent ainsi convertis en diptyques ecclésiastiques. L’Église en fit aussi faire de spéciaux pour elle: il est facile de les reconnaître aux sujets religieux qui y sont représentés.
Les diptyques ecclésiastiques n’étaient pas toujours pliés en deux parties seulement, mais quelquefois en trois, en quatre, en cinq et plus encore, à peu près comme nos paravents, et on les appelait triptyques, pentaptyques, et polyptyques quand le nombre des tablettes dépassait cinq.
Pendant tout le cours du Moyen-âge on se servit des diptyques et des triptyques pour orner les églises, les oratoires et l’intérieur des maisons; mais ces objets religieux furent alors appliqués à d’autres usages que ceux dont nous venons de parler : on en fit des reliquaires et des portefeuilles d’images qu’on déployait sur les tables sacrées pour les exposer à la dévotion des fidèles. Ces diptyques eurent dans les églises une destination analogue à celle de nos tableaux d'autel, qui anciennement affectaient des formes toutes semblables. C’étaient comme de petites armoires qui s’ouvraient et se fermaient à volonté.
Léon de Laborde fait remarquer que le mot grec diptyque qui, comme nous l’avons
(i) Une loi du Code Théodosien (lex. XI, tit. XI), de l’année 384, interdit à tout autre qu’aux consuls ordinaires de donner des diptyques d’ivoire.
L’EMAILLERIE LIMOUSINE
dit, a été primitivement appliqué aux tablettes de cire et que la langue latine a étendu aux tablettes consulaires, épiscopales et mortuaires qui étaient sculptées et ornées à l'extérieur, n’est jamais passé dans le français. On a tort de nos jours, en l’adoptant, d’en exagérer le sens et de le donner aux tableaux composés de pièces se repliant sur ellesmêmes, peints ou sculptés à l 'intérieur (i).
Au Moyen-âge, ces tableaux ornés à l'intérieur étaient appelés tableaux cloants, ployants et ouvrants (2). Au xvic siècle on adopta la forme des tablettes de dévotion pour de petits portraits qu’on portait avec soi, et ces tablettes, d’un caractère moins élevé, prirent le nom de livrets (3).
Nous n’aurons à nous occuper que des triptyques ou tableaux à deux volets se repliant sur un panneau central.
Les triptyques ou tableaux à volets en émail champlevé sont excessivement rares, surtout en état parfait de conservation ; le magnifique spécimen qui existe encore au trésor actuel de la cathédrale de Chartres n’en est-il aussi que plus intéressant, nonobstant les mutilations et restaurations dont il a été victime.
11 offre l’aspect d’une petite maison de forme rectangulaire, plus haute que large, à pignon aigu, reposant, comme la plupart des châsses limousines, sur quatre pieds carrés; mais ces pieds, au lieu d’être simplement gravés, sont revêtus d’un émail polychrome. La face principale s’ouvre au moyen de deux volets mobiles que l’on peut maintenir fermés par une serrure et deux taquets. La charpente du meuble, en bois de chêne, n’apparaît à nu qu’au dos et au-dessous; les autres surfaces, tant internes qu’externes, sont recouvertes de lames de cuivre, soit émaillé, soit doré. Un bandeau métallique, rehaussé de cabochons et de dessins gravés au trait, garnit les rampants du pignon. Ce bandeau est surmonté d’une crête découpée en trèfles, qui est d’une époque beaucoup moins ancienne que le reste du monument.
A l’intérieur de l’édicule et sur la paroi du fond, on a figuré la scène de la Crucifixion. Le Christ est attaché à la croix au pied de laquelle Adam sort du tombeau; à droite et à gauche sont représentés l’Église, la Vierge, saint jean et la Synagogue. Audessus de la croix, dont le titulus porte l’inscription IMS XPS, on aperçoit trois figures d’anges à mi-corps ; l’un occupe le sommet, les deux autres soutiennent le disque du Soleil et le croissant de la Lune (voir figure 552).
Les personnages, à l’exception de la figure cl’Adam qui est en réserve, sont rapportés et en relief, et se détachent sur un fond bleu lapis enrichi de dessins en réserve terminés par de beaux fleurons aux couleurs variées. La croix est en émail vert terne rehaussé de rinceaux en cuivre doré. L’ancien Christ, dont on aperçoit la silhouette épargnée, a été remplacé au xvnc siècle par une effigie en ronde-bosse.
Les parois latérales et le dessous du toit sont recouverts de lames métalliques treillis-
(1) Laborde, Glossaire français du Moyen-âge, p. 253.
(2) « 1399. Uns tableaux de bois cloans de quatre pièces et y a painct en l’un le roy Charles-Quint, le roy Jean, son père, l’empereur, son oncle, et Édouart, roy d’Angleterre ». Inventaire de Charles VI.
« 1416. Quatre tableaux de painture ployans ». Inventaire du duc de Berry.
« 1467. Ung petit tableau d’or, ouvrant, esmaillié dehors, de saint Jehan Baptiste et saint Jehan l’évangéliste, pesant ij onces ». Ducs de Bourgogne, N° 2082.
« 1467. Ung tableau d’or rond, qui se euvre, et y a dedens un crucefix d’ivoire et une annonciation et y a escript : il me tarde ». Ducs de Bourgogne, N° 2079.
(3) « 1586. Un livret quarré de deux grands lapis, enchâssés en or esmaillé, dans lequel sont les portraicts du roy de France Henry III et de la royne sa femme, attaché à une chaine d’or faicte de leur chiffre ». Inventaire de Marie Stuart.
TRIPTYQUES
sées ; on a appliqué sur ces lames métalliques et sur chaque paroi une plaque en forme cle losange, cantonnée de quatre plaques triangulaires. Ces plaques, qui ont subi une restauration, représentent l’Incrédulité de saint Thomas, le Renoncement de saint Pierre et des anges. Les personages sont en réserve, le fond en émail bleu lapis clair semé de rinceaux à fleurs émaillées.
Fig. 5 $2. — Triptyque de Chartres (ouvert).
Cliché emprunté à l'ouvrage de M. F. de Mély, Le Trésor de Chartres.
L’ordonnance intérieure de la face des volets est symétrique. Dans des auréoles en forme de vesica piscis , cantonnées d’un côté par quatre anges et de l’autre par les symboles des Évangélistes, on voit, a gauche, une sainte debout tenant une petite croix; a droite un apôtre; au-dessus sont représentés en pied deux anges thuriféraires. Il est évident que les deux saints personnages qui occupent le centre des deux plaques sont encore le fait d’une restauration. Beaucoup trop grands, ils n’ont pu entrer dans l’auréole qui devait les envelopper, et pour les fixer on a été obligé d’entailler dans le bas les ailes des anges et des animaux symboliques. Les silhouettes des personnages primitifs se distinguent encore et montrent qu’ils étaient assis; tout porte à croire que d’un côté on avait représenté la Vierge, et de l’autre le Christ.
Le meuble, fermé, expose d’une façon aussi remarquable qu’insolite la Descente du Saint-Esprit : sous douze arcades trilobées, disposées en trois registres séparés par des baguettes émaillées, les douze apôtres sont assis et s’enlèvent en relief sur un fond bleu
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
semé de rinceaux. Au-dessus, au sommet de chaque volet, apparaît une main du Christ, car on aperçoit la trace des clous qui la fixaient à l’arbre de la Croix. Cette main est ouverte ; des flammes rayonnantes, simulées par un émail rouge, s’échappent de l’extrémité des doigts pour aboutir aux têtes des disciples (voir figure 553).
Fig. 5 153. — Triptyque de Chartres (fermé). Cliché emprunté au Trésor de Chartres.
Fig. 554. — ■ Triptyque de ci-iartres (flanc). Dessin de Ch. de Linas.
Le toit et les flancs externes sont habillés de cuivre estampé. Le dessin consiste en un quadrillé inscrivant dans chaque maille un petit quadrilobe, et sur lequel on a rapporté des médaillons circulaires ornés d’anges à mi-corps, gravés (voir figure 554).
Ce triptyque est dénommé châsse de saint Aignan. D’après une tradition, il ne serait entré qu’au commencement du siècle dans le trésor de la cathédrale. Un orfèvre de Char-
TRIPTYQUES
très, Garnier-Soyer, l’aurait acheté après le pillage de l’église de Saint-Aignan et revendu, le 7 avril 1806, a M. de Sainte-Affrique, pour le compte de la fabrique de la cathédrale, moyennant le prix dérisoire de 161 fr. 50 (1).
La figure 555 est la reproduction d’un triptyque qui faisait partie de la collection Jean Paul, à Hambourg, vendue à Cologne en 1882. Ce triptyque, cintré dans le haut, est en argent repoussé et recouvert de cuir. Les volets sont divisés en trois tableaux superposés représentant : ceux du bas, des apôtres assis; ceux du haut, des rosaces filigranées rehaussées de cabochons. Ces deux derniers sont en outre entourés des inscriptions suivantes : S THOMAS APOST’ . SPEM MORES — S BARTOLOM[eu]S D[iscipulu]S . CRVCIATVM.
Fig. 555. — Triptyque (ancienne collection J. Paul, à Hambourg). ■ — xmc siècle. Haut, du panneau central om 46 ; larg. o" 295 ; long, totale om6i.
Au milieu du panneau central, on a appliqué une plaque d’émail limousin représentant la Crucifixion, avec la Vierge et saint Jean; deux anges à mi-corps accostent le croisillon supérieur; Dieu le Père apparaît au sommet de la croix. Les personnages sont en réserve avec tètes rapportées; le fond est bleu, coupé de lignes horizontales turquoise, agrémenté d’enroulements épargnés à fleurons polychromes. Le champ du panneau sur lequel est fixée cette plaque est couvert de filigranes à volutes élégantes, rehaussé de cabochons. En dessous on lit une inscription qui ne se rapporte en aucune façon au sujet représenté : VIRGO XPM PAR1TVRA, ce qui vient confirmer la première impression qu’on éprouve en voyant cet objet, qui paraît être formé d’éléments hétérogènes. La bordure en émail, entremêlée de filigranes et de cabochons, qui suit le contour du
(1) Ch. de Linas, Les Émaux limousins et le Triptyque de la cathédrale de Chartres, pages 55 à 57 du tirage à part. — De Mély, Le Trésor de la cathédrale de Chartres, pl. I et II, 1886.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
tympan, a été faite par des artistes rhénans, comme la plus grande partie du reliquaire; mais le Christ de majesté et les deux anges qu’elle encadre, tous en relief et émaillés, sortent sans aucun doute des ateliers de Limoges. Les personnages sont appliqués sur un fond uni gravé de fleurs de lis. On lit au-dessous de cette dernière scène : DISCE FIDEM PATRVM. Les inscriptions sont en réserve sur fond d’émail.
Fig. 556 et 557. — Battant de la Haut, o™ 334; long. om 146. — xme siè
irte d’un triptyque (face et revers).
. — (Ancienne collection Julien Gréau.)
Le catalogue de la collection Julien Gréau décrit, sous le N° 1240, l’un des battants de la porte d’un triptyque que nous reproduisons sous ses deux faces. « La partie supérieure est découpée en ogive. Sur le devant, divisé en deux registres : sainte Marie et la Visitation (voir figure 556). Dans le bas, sous trois arceaux, les trois Mages couronnés et portant des présents. Toute cette face est rehaussée d’émaux champlevés à quatre couleurs : rouge, bleu lapis, bleu turquoise, brun foncé. Au revers les quatre Évangélistes, dont un sans nimbe, portant chacun un livre » (voir figure 557).
OSTENSOIRS
L’ostensoir est un vase destiné à recevoir la sainte eucharistie pour être exposée à l’adoration des fidèles. L’exposition du saint sacrement dans les églises date de l’année 1264, époque à laquelle la Fête-Dieu fut instituée par le pape français Urbain IV ; par conséquent les instruments liturgiques réservés pour cette cérémonie, au plus haut qu’on les fasse remonter, ne peuvent être que de la fin du xme siècle.
Alors qu’on n’était pas pourvu de vase spécial pour cette nouvelle destination, on se servait de certains reliquaires des âges antérieurs. Aussi a-t-on donné d’abord à l’ostensoir le nom de monstrance qui s’applique aux reliquaires à jour, montrant la relique qu’on doit vénérer, et avec lesquels on est exposé à le confondre.
Souvent, par raison d’économie, on faisait reposer l’ostensoir tantôt sur le calice ou la custode, tantôt sur un reliquaire (1). Le Saint-Siège a condamné depuis longtemps l’un et l’autre systèmes, car si l’on adore la sainte hostie on ne doit qu’un culte de vénération aux dépouilles mortelles des saints.
On se mit alors à fabriquer des vases spéciaux, surtout lorsque l’usage de porter solennellement et a découvert le saint sacrement hors de l’Église fut autorisé, en 1311, au concile de Vienne, par le pape Clément V. Cette date de 1311 est précise, car on trouve à la bibliothèque du Vatican une inscription qui ne laisse aucun doute à ce sujet; elle est peinte au-dessous de la représentation du concile de Vienne : CLE- MENTE V PONT1F1CE PROCESSIO SOLEMNITATIS CORPOR1S DOMINI INSTI-
TVITVR (2). Jean XXII, Martin V et Eugène IV ne font dans la suite que confirmer et répandre ce qu'avait fait leur prédécesseur.
La forme préférée d’abord pour le vase destiné à l’exposition du saint sacrement fut
(1) Dans Y Ordonnance de V archevêque de Bordeaux, en 1612, relative à Soulac, et dans Y Inventaire de Soulac de 1676, on trouve les mentions suivantes : « Veu que la custode qui tenoit le saint sacrement n’est dorée que par le dedans, ordonnons qu’elle le sera promptement pour y tenir le saint sacrement sans linge. Ensemble sera fait un soleil d’argent pour exposer le saint sacrement et le porter en procession, lequel pourra être mis sur la dite custode ». — « Plus un grand reliquaire, sur lequel on a monté un soleil d’argent doré ».
Un procès-verbal de la commanderie de Bourganeuf (1672), publié par la Société des Antiquaires de l'Ouest en 1842, porte : « Plus, autre reliquaire en laiton, où il y a des reliques, et au-dessus un soleil pour porter le Saint-Sacrement ».
« Item, tabernaculum portatile, quo defertur corpus Domini in quo continentur reliquiæ quæ sequun-
tur » Inventaire de l'église de Nouaillé. xvn' siècle.
M. Odiot possède « un ciboire-ostensoir » fabriqué « au delà des Pyrénées » au xvi° siècle. « La coupe pose dans une fausse coupe très renflée sous le culot, et son couvercle est amorti par un disque vertical à jour destiné à recevoir l’hostie ». Gazette des Beaux-Arts, t. XVIII, 2mc pér., p. 556.
(2) Barbier de Montault, Bibliothèque vaticane, p. 20.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
celle d’un cylindre en cristal élevé sur un pied de calice et surmonté d’un couvercle en clocheton, souvent épaulé de contre-forts et d’arcs-boutants. Le tube est fréquemment accompagné latéralement d’appendices ornés de statuettes de saints ou d’anges adorateurs. Ce reliquaire est encore indifféremment désigné dans les anciens inventaires sous les noms de phylacterium , joyau, vaissel, custode , tour, reliquaire, tabernacle (1), coupecouverte, ou bien sous les dénominations spéciales de sacraire, porte-sacre , porte-Dieu , « abillement à porter Corpus Domini ». Celle de soleil , indiquant une forme spéciale, date de l’époque à laquelle les orfèvres donnèrent au contour de l’hostie l’apparence de cet astre projetant des rayons alternativement droits et flamboyants ; on la trouve employée pour la première fois dans Y Inventaire du Trésor de la Sainte-Chapelle de Bourges dressé en 1405 (2). Le mot ostensoir a de nos jours prévalu.
L’ostensoir est ordinairement muni d’un croissant, c’est-à-dire d’un arc de cercle en vermeil avec une rainure dans laquelle on plaçait l’hostie consacrée. Ce système ayant l’inconvénient de détacher des parcelles de l’hostie, on a remplacé depuis quelque temps le croissant par une lunule, sorte de boîte circulaire formée par deux verres maintenus par deux montures en or ou en vermeil, qui s’emboîtent l’une dans l’autre.
A l’origine l’ostensoir était petit, mais on lui a donné peu à peu des dimensions de plus en plus grandes, surtout en France et en Espagne. Celui de la cathédrale de Perpignan pesait 400 marcs : il fallait huit prêtres pour porter celui de la cathédrale de Narbonne (3). Aujourd’hui l’ostensoir a 1 m 65 à Notre-Dame de Paris, 3m n 5 à Séville, 4™ 50 à Tolède (4).
En Portugal, dans une église conventuelle de Para, celle des moines de La Merci, un grand crucifix sert d’ostensoir. Ce crucifix, en bois polychrome, surmonte un trône de six degrés qui domine le maître-autel. Du côté de la plaie du cœur, un petit gousset servait à fixer la tige du support d’un soleil précieux semblable a ceux dont nous nous servons. On y exposait le saint sacrement à l’adoration des fidèles.
L’absence de prescriptions liturgiques pour la nature de l’ostensoir provient de son emploi relativement récent. On en a fabriqué en argent, en cuivre doré ou émaillé.
Les ostensoirs émaillés sont excessivement rares. Celui dont nous donnons la reproduction (figure 558) appartient actuellement à l’hospice de Limoges; il a été signalé pour la première fois en 1855, par Maurice Ardant (Emai lleurs et Emaillerie de Limoges, p. 51).
Sur un soubassement plat et rectangulaire s’élève une tige à nœud supportant une plate-forme allongée. Aux extrémités de cette plate-forme se dressent deux colonnettes à six pans, surmontées des statuettes de la Vierge et de saint Jean. Entre ces colonnettes est fixé un globe de cristal maintenu à son pourtour par une série de dents aiguës. Actuellement il renferme des reliques de sainte Raparate, de saint Étienne de Grandmont et de saint Caprais; mais primitivement il était destiné à abriter l’hostie consacrée pour
(1) Tabernacle est le terme liturgique maintenu à la fois dans le Cérémonial des Évêques et le Rituel : « Tabernaculum pulchrum ex auro vel argento, sive ostensorium, in quo SS. Sacramentum ponendum portandumque erit » Cœrem. Episc., lib. II, cap. xxxiii, n° 14. — « Sacerdos primum celebret, in qua duas hostias consecret : et sumpta una, alteram in tabernaculum in processione deferendam ita reponat ut per vitrum seu crystallum, quo ipsum tabernaculum circumseptum esse> débet, exterius adorantibus appareat ». De procès, in fesl. SS. corporis Chrisli. Citations de Mgr Barbier de Montault : Les Ostensoirs du xiv' siècle en Limousin.
(2) « 62. Item : Un grand vaissel rond de cristal, de deux pièces pareilles faites en manière d’un soleil,
garni d’or en façon d’une grande couppe » Annales archéologiques , t. XI, p. 324.
(3) Robert de Hesseln, Dictionnaire de la France, t. IV, p. 640.
(4) Revue de l'Arl chrétien, année 1885, p. 49 et suiv.
OSTENSOIRS
l’exposition ou la procession du saint sacrement ; on l’introduisait par une ouverture ménagée à la partie postérieure, et qu’on ouvrait ou qu’on fermait à volonté à l’aide d’une goupille. Au-dessus s’élevait une croix, remplacée aujourd’hui par un petit bouton en forme de vase.
Fig. 558. — Ostensoir a l’hospice de limoges (xivc siècle). Haut. om3o; longueur du pied, ora 188.
Le pied du reliquaire est en émail d’un bleu excessivement vif ; il appartient au commencement du xive siècle. Sur cet émail se détachent de petites roses à six pétales réservées dans le métal, quatre dragons gravés qui s’étendent de la tige du support aux angles extrêmes de son pied et quatre médaillons polylobés en émail rouge et bleu, alternant avec les dragons. Ces médaillons représentent des tètes de femmes couronnées ; ils ont été rapportés après coup et occupent sur le métal la place d’un objet de forme ronde, probablement une rosace ciselée en relief qui se détachait sur un cercle émaillé de vert.
Les parois des colonnettes sont remplies d’un émail alternativement bleu et rouge.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
L’abbé Texier, dans son Essai sur les Émailleurs et les Argentiers de Limoges , page 167, nous dit que l’ostensoir de Limoges provenait de Grandmont : mais l’attribution ne concorde nullement avec l’article de l’inventaire qu’il invoque, et nous n’avons trouvé dans les inventaires du Trésor de la célèbre abbaye aucune mention pouvant se rattacher au reliquaire dont nous parlons.
Fig. 559. — Ostensoir de l’église de darazac. Haut. om 28. — xve siècle.
Fig. 560. — Ostensoir du musée de guéret. Haut. om 355. — xive siècle.
L’ostensoir de l’église de Darazac (Corrèze) est en cuivre doré (voir figure 559). Il a la forme d’un petit édifice rectangulaire surmonté d’arcs en accolade, flanqué de quatre contre-forts et terminé par une flèche que dominait autrefois une croix. Les grandes faces de cet édifice, ornées d’un dessin échiqueté gravé au trait, sont percées d’une ouverture circulaire pour pouvoir y placer l’hostie. Le tout est supporté par une tige, munie d’un nœud hexagone, qui repose sur un pied élargi, placé lui-même sur un plateau à pans coupés.
Le Limousin possède aussi plusieurs ostensoirs-reliquaires se composant d’un cylindre vertical qui contenait des reliques. Ce cylindre est élevé sur un pied et surmonté d’un fronton triangulaire, percé au centre d’une ouverture circulaire maintenant une fermeture en verre dans laquelle on plaçait le « Corpus Domini ».
Celui du Musée de Guéret offre surtout de l’intérêt par son pied, qui est recouvert d’émail (voir figure 560). Ce pied de forme rectangulaire, à côtés légèrement concaves,
OSTENSOIRS
mesure om 168 sur omi48; il est émaillé d’un beau bleu lapis très intense, et les angles sont occupés par quatre médaillons d’anges en réserve, nimbés de rouge et issants denuages. De ce pied se dresse une tige, taillée à pans, interrompue vers son milieu par un nœud, et qui supporte un plateau rectangulaire très étroit sur lequel s'allongeait le tube en cristal, aujourd’hui disparu, qui contenait les reliques; il ne reste plus que les montures des extrémités. Au-dessus s’élève, entre deux petits clochetons, un pignon central triangulaire, tréflé à son tympan et percé, au centre, d’un oculus destiné à abriter l’hostie consacrée. Le tout est surmonté d’une croix représentant d’un côté le Christ, et de l’autre l’Agneau divin.
Fig. 561. — Ostensoir-reliquaire.
Haut. om 14. — xive siècle.
Église d’Eymoutiers (Haute-Vienne).
Fig. 562. — Ostensoir-reliquaire.
Haut. ora2 7. — xve siècle.
Église d’Orliac-de-Bar (Corrèze).
Les ostensoirs-reliquaires d’Eymoutiers et d’Orliac-de-Bar sont en cuivre doré mais non émaillé. Le premier (figure 561) est formé d’un cylindre horizontal de cristal surmonté d'un pignon à deux pinacles, et supporté par un pied rond dont la tige est ornée d’un nœud hexagone. Ce pied est gravé de dessins représentant quatre médaillons inscrivant des anges, entre lesquels s’épanouissent des fleurs de lis. Le pignon sommé d’une croix, décoré de dessins également gravés au trait, de trèfles et de fenestrages percés à jour, présente au centre l’ouverture circulaire garnie d’un disque de cristal, où l’on plaçait l’hostie.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Le second (figure 562) offre une grande analogie avec celui d’Eymoutiers. Le cylindre en verre est remplacé aujourd’hui par un cylindre en cuivre maintenu par deux montures du même métal, dont les extrémités gravées représentent l’une un ange à mi-corps, l’autre une flamme. Le pied est hexagone; la croix du pignon a disparu, et l’ouverture cirulaire du centre est entourée d’une série de trèfles percés à jour.
Signalons aussi, dans l’ancienne collection Soltykoff, un ostensoir-reliquaire, en cuivre doré, formé d’un cylindre horizontal élevé sur une tige à nœud qui repose sur un pied circulaire. Au-dessus du cylindre se dresse, entre deux contre-forts, un fronton triangulaire dont le centre est percé d’un oculus.
Oh b£
MONSTRANCES
On désigne sous le nom de monstrance (du latin monstrare ) des pièces d’orfèvrerie portatives destinées à abriter et à laisser voir des reliques, et même quelquefois l’hostie consacrée, que l’on exposait sur l’autel ou qu’on portait solennellement en procession.
Fig. 563. — Monstrance de l’église de glmel (Corrèze). — xme siècle. Haut, o " 2 1 5 ; larg. o"' 1 1 5 .
Dans le premier cas, celui dont nous nous occupons exclusivement dans ce chapitre, resque toujours une inscription gravée sur le pied ou en tout autre endroit, renseinait sur la nature de la relique qui y était renfermée.
5io
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
« Au xe siècle », nous dit l’abbé Texier, « une contagion, connue sous le nom de mal des Ardents, sévit en Aquitaine. En peu de jours elle emporta quarante mille habitants
de cette province Les populations, éperdues, eurent recours à l’intervention divine.
Le corps de saint Martial, retiré une seconde fois de son tombeau, fut exposé à la vénération publique;.... toutes les reliques des saints conservées dans la province le furent aussi, comme pour faire cortège d’honneur au saint apôtre de l’Aquitaine. Dieu se laissa toucher, la contagion disparut subitement » (i).
A dater de ce moment se développe dans le diocèse de Limoges l’usage d’exposer à nu les reliques de saint Martial et des autres saints. Ces expositions devinrent de plus en plus fréquentes. De là cette multitude de reliquaires affectant les formes les plus diverses que l’on trouve, de nos jours, disséminés dans les églises.
Une monstrance de l’église de Gimel a la forme ordinaire des châsses (voir figure 563); elle est en cuivre doré. Les deux faces principales sont percées d’ouvertures en forme d 'entrées de serrure; sur chaque pignon est gravé le monogramme du Christ. Un clocher conique, surmonté d’une grande croix, domine l’édifice. Tout laisse supposer que cette monstrance devait autrefois reposer sur un pied.
Une forme très fréquente de monstrance, et que nous avons déjà signalée pour les phylactères, est celle d’un cylindre de cristal ou de métal dans lequel est renfermée la relique, et que porte un pied absolument semblable au pied d’un calice ou d’un ostensoir.
Une des plus remarquables est celle qui appartient à Mme Fayette et qui a figuré à l’Exposition de Limoges en 1886 (voir figure 564). Le pied, à six pans soutenus à leur milieu par un empâtement en demi-cercle, est dentelé et décoré d’un cartel à quatre lobes en émail vert turquoise sur un fond émaillé d’un bleu vif. Sur chaque cartel est figuré un écusson : échiqueté d'or et de gueules au lambel de gueules. Du pied se dresse la tige qui supporte le cylindre en cristal et que surmonte un clocher pointu, côtelé, dont les divisions simulent la construction. Cette belle pièce d’orfèvrerie a une hauteur de om 102 ; elle remonte au xive siècle.
Parfois le cylindre est flanqué de contre-forts surmontés de pinacles, comme nous le voyons sur la monstrance de l’église de Beaumont, canton de Seilhac (Corrèze). Le cylindre, autrefois de cristal, a été remplacé il y a quelques années par un cylindre de cuivre, mais le soubassement de ce reliquaire mérite de fixer l’attention (voir figure 565). Il se découpe en quatre lobes, avec des angles saillants aux points de jonction. Sur ce pied, de cuivre doré comme le reste du monument, sont fixés quatre quatrefeuilles émaillés alternant avec quatre écussons également émaillés. L’un des quatrefeuilles représente, sur fond bleu, saint Georges à cheval, en réserve et armé de toutes pièces, portant un écu armorié : d’argent, à la croix pattée de gueules, qui est de Comminges ; l’autre, les armes des Comborn : d’or , à deux lions lèopardès passant l’un sur l’autre. Les autres quatrefeuilles et les écussons reproduisent les armes de la famille de Comborn avec plus ou moins de brisures, et celles des seigneurs du lieu : d’or, à deux lions lèopardès de gueules , l’un sur l’autre (2), brisé d’un lambel à cinq pendants ; d’or, à quatre pals de gueules, au chef d’azur; d’azur, à la bande d’or accompagnée de six coquilles en or le (armes des Malbernard, qui étaient de Comborn); de gueules, à la bande d’or accompagnée de six roses en or le: sans doute pour : d’argent, à la bande d’azur accompagnée de six roses de gueules rangées
(1) Annales archéologiques, t. XV, p. 285. — Dictionnaire d' Orfèvrerie, col. 1252.
(2) Souvent les armes des Comborn ne portent que deux lions au lieu de trois. Voir Sigillographie du Bas-Limousin, Nos 174, 175, 176, 178 et 181.
MONSTRANCES
en or le, qui est des Beaufort; losangé d’or et de gueules (armes des Ventadour); d’azur , à la bande d'or (armes des Vasinhac ?).
Quatre petits losanges armoriés décorent en outre le reliquaire ; on distingue sur deux d’entre eux les armes des Comborn avec des brisures; les deux autres représentent : d’azur , au lion d’or; de gueules , aux trois croissants (?) d’or.
Le joli reliquaire de l’église paroissiale d’Eymoutiers (Haute-Vienne), voir figure 567, offre, par sa forme, beaucoup d’analogie avec celui de Beaumont; c’est un édicule cylindrique, recouvert d’un toit pointu surmonté d’une pomme à côtes et d’une croix; il est flanqué de quatre contre-forts élégants et légers que couronnent des pinacles fleuronnés. Ces contre -forts entouraient un cylindre de cristal qui a été récemment remplacé par un cylindre de cuivre. L’édicule repose sur un pied hexagone, dont la tige à quatre pans est interrompue par un nœud orné de six médaillons quadrilobés présentant des figures d’animaux fantastiques.
Fig. =564. Monstrance.
Coll. Fayette, à Limoges.
Haut. om 102 (xiv' siècle).
Fig. 565. — Monstrance.
Église de Beaumont.
Haut. om5 2 (xvc siècle).
Fig. 566. — Monstrance.
St-Georges-les-Landes.
Haut. om27 (xiii0 siècle).
Parfois le cylindre qui renferme la relique est remplacé par une sorte de burette en cristal affectant soit la forme cylindrique, soit celle d’un globe.
Nous trouvons ces deux types différents dans la Haute-Vienne, à Saint-Georges-les- Landes et à Saint-Michel à Limoges.
Le premier (voir figure 566) présente la burette de cristal emprisonnée dans une garniture ajourée d 'entrées de serrure dans la partie supérieure; elle est surmontée d’un
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
couvercle à bouton et monté sur un pied à nœud orné de turquoises, dont le bas, repoussé au marteau, s’évase en forme de calice renversé.
Le second provient de l’abbaye de Grandmont (voir figure 568).
Fig. 567. — Église d’eymoutiers (Haute-Vienne). Fig. 568. — Église saint-michel, a limoges.
Haut. om 33 (xive siècle.) Haut. om 30 (xine siècle.)
Il est ainsi décrit dans l’inventaire de 1666 sous le N° 27 : « Une autre petite image d’argent de la Vierge, en bosse assise dans une chaise, tenant un petit sur les genoux, au-dessous de laquelle est une pomme de cristal, où nous avons trouvé quatre petits paquets, dans un desquels il y a des cheveux pliés de quelques étoffes, où est attaché un billet où est écrit : De capillis beatee Virginis Mariæ
MONSTRANCES
« A l’ouverture du cristal dudit reliquaire où nous avons trouvé ces saintes reliques qui est garni d’argent, il y a ces mots gravés dessus : Hoc vas dédit Deo et b[t at]e Marie Grandim[onüs ] Pfetrus] de Quinsac » (voir figure 56g).
Fig. 569. — Inscription du reliquaire de l’église saint-michel, a limoges.
Celui de 1566, nombre 15, en parle en ces termes : « Une image de Notre-Dame sur un vase de cristal, et le pied en façon de calice d’argent doré ».
La base de ce reliquaire est circulaire, et ornée sur son pourtour d’une galerie ajourée d’où naît la tige composée de dix feuilles aiguës qui y étalent leur pointe, se relevant et se réunissant pour soutenir un gros nœud ciselé avec beaucoup de finesse.
Le procès-verbal de distribution des reliques de Grandmont constate que ce reliquaire fut donné a M. Vitrac, curé de Montjovis de Limoges, pour son église. Cette église paroissiale ayant été démolie pendant la Révolution, le reliquaire fut porté à l’église Saint- Michel à Limoges, où il se trouve encore.
D’autres fois le cylindre en verre occupe une position horizontale, comme nous le voyons sur ce reliquaire qui provient de l’église des Pénitents blancs à Égletons (Corrèze), et qui appartient actuellement à l’église paroissiale de cette localité (voir figure 570).
L’abbé Texier nous a laissé une description de cette curieuse pièce d’orfèvrerie :
« Quatre pattes de lion supportent un pied à encadrement du xivc siècle, semé de fleurons dorés a cinq pétales aigus sur fond d’émail. De ce fond se détachent en relief quatre figurines représentant sainte Valérie soutenue par un ange et offrant sa tête coupée à saint Martial. Ce soubassement est disposé horizontalement; il est surmonté de deux statuettes de la Sainte-Vierge et de saint Jean. Ces deux figures supportent un tube de verre couronné d’un arc trilobé qu’encadre un tympan feuillagé et que flanquent deux clochetons. L’autel est couvert d’une longue draperie » (1).
Disons tout d’abord que les différentes parties de ce reliquaire ne datent pas de la même époque. Seule, la partie qui forme le soubassement est ancienne et offre de l’intérêt. Elle a été formée par un mors de chape; nous la décrirons dans un article spécial.
La juxtaposition sur la base du reliquaire des deux statuettes représentant d’un côté un ange ailé (et non point saint Jean, comme le dit l’abbé Texier), et de l’autre la Vierge tenant son enfant sur le bras, est l’œuvre d’un artiste moderne fort peu versé dans les questions iconographiques. A-t-on jamais vu la Sainte-Vierge avec l'Enfant Jésus faire pendant a un ange pour supporter des reliques? Cet assemblage n’a pas sa raison d’être; disons plus, il est déplacé. La Vierge peut servir de couronnement à un reliquaire, elle
(1) Dictionnaire d Orfèvrerie, col. 1318.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
domine alors; mais quand, sur des objets analogues, elle n’est point représentée isolée, elle se trouve avec saint Jean et toujours au pied de la croix. Le cylindre horizontal, maintenu aux deux bouts par une monture découpée à jour, et le pignon en cuivre qui le surmonte, proviennent de reliquaires différents et sont également de travail moderne.
Fig. 570. — Reliquaire de l’église d’égletons (Corrèze). — xive siècle. Haut. om 335 ; diam. de la base om 122.
Les deux extrémités du cylindre, fermées par des plaques de cuivre gravé dont l’une s’ouvre a charnière pour permettre d’introduire la relique, représentent chacune un ange qui tient un livre (voir figure 571).
Un des types les plus fréquents des monstrances est celui d’une tour à quatre ou six côtés ajourés, superposés parfois en plusieurs étages; cette tour est surmontée d’un
MONSTRANCES
couvercle en forme de flèche très élevée, terminée par une croix. L’édicule repose sur
une tige plus ou moins élancée, interrompue par un nœud et fixée sur un pied rond,
Fig. 573. — Monstrance.
Coll. Durand, à Limoges.
Haut. om 303.
Fig. 574. — Monstrance.
Coll. Pau, à Bort.
Haut. om 30.
Fig. 575. — Monstrance.
Coll. E. Rupin, à Brive.
Haut. om 24.
à pans coupés ou polylobés. Les figures 573, 574 et 575 nous donnent des exemples de ces différentes variétés; les deux premières sont du xme siècle, la troisième du xv°.
La monstrance de l’église Saint-Martin, à Brive, figure 576, provient du monastère de
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
Coyroux, près d’Obasine, ainsi que le constate une inscription relativement moderne, gravée à la pointe, sous le pied : R . DE . COYROUX (voir figure 572).
Sa forme diffère de toutes celles que nous venons d’examiner. C’est une tour à huit côtés, crénelée, mais très élevée eu égard au pied qui la supporte et au toit fort bas
Fig. 576. — Monstrance en argent doré en partie (xive sièclel. Haut. ora 26. — Église Saint-Martin, à Brive.
qui la surmonte. Quatre des côtés sont percés de hautes fenêtres en arc brisé, divisées en deux parties par des meneaux surmontés de quatrefeuilles. Sur les quatre autres côtés sont simulées des ouvertures gravées. Le couvercle, à huit pans, s’ouvre à charnière et était dominé par une croix aujourd’hui disparue.
CHANDELIERS
L’usage du luminaire dans les cérémonies du culte remonte à une haute antiquité : l’Ancien Testament nous a conservé les détails du chandelier d’or aux sept branches, placé dans le Tabernacle. Durant les premiers siècles de l’Église catholique, on n’a pas toujours allumé des cierges à la messe en plein jour; on ne le faisait pas encore en l’an 400, car, lorsque Vigilance traitait de superstition, la dévotion des personnes pieuses qui allumaient pendant le jour des cierges aux tombeaux des martyrs, saint Jérôme, qui avait visité toutes les Gaules et parcouru presque tout l’Occident, et qui mieux que personne pouvait être au courant des usages de cette époque, répondit a ce sujet, en termes précis, par rapport aux offices ecclésiastiques : « Nous n’allumons point de cierges en plein jour, comme tu l’avances faussement. Nous ne les allumons que pour mêler quelque joie aux ténèbres de la nuit, pour veiller à la lumière et éviter de nous endormir comme toi dans l’aveuglement et les ténèbres » (1).
L’emploi des lumières durant le sacrifice divin vient des églises d’Orient, qui en allumaient à l’évangile et ensuite pendant toute la messe, d’abord pour rendre les offices plus solennels et ensuite pour des raisons mystiques, pour faire plus sensiblement connaître au peuple assemblé que cette lumière corporelle représentait Jésus-Christ, celui dont il est dit dans l’Évangile : « Il était la vraie Lumière ».
Ce qui était observé dans les églises d’Orient et qui s’y pratiquait constamment au ivc siècle, fut imité par les autres églises après le temps de saint Jérôme. On y alluma des cierges pour lire l’évangile, et on les éteignait dès qu’il était lu. La même raison mystique qui avait fait allumer des cierges pendant l’évangile détermina bientôt après de s’en servir pendant toute l’action du sacrifice, et même de les allumer dès le commencement de la messe (2).
Dès le principe, les cierges ne reposaient point sur l’autel; ils étaient déposés aux deux coins du sanctuaire ou tenus à la main par deux acolytes. Au ixc siècle le pape Léon IV [Homil. de cura pastorum) et le concile de Reims (Burchard, lib. 111. Decret., c. 97) prescrivent expressément de ne mettre autre chose sur l’autel que les reliques des saints et le livre des évangiles. C’est seulement dans les auteurs du xme siècle qu’on trouve des indications positives relativement à la présence des chandeliers sur l’autel, et ces indications sont conformes aux représentations figurées sur les châsses. Toutefois, à cette époque, cet usage ne s’était pas encore complètement généralisé, car nous voyons sur le reliquaire de l’église de Banise (figure 450), qui date du xine siècle, que les chandeliers
(1) « Cereos autem non clara luce accendimus, sicut frustra calumniaris; sed ut noctis tenebras hoc solatio temperemus et vigilemus ad lumen, ne coeci tecum dormiamus in tenebris ». Ep. ad. Vigilantium.
(2) Durandi. Raiionale divini officii, t. II, not. 4. — Voir aussi Lebrun, Explication de la messe , t. I, p. 67.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
sont tenus à la main par deux acolytes. On les plaça ensuite sur l'autel (i) : le nombre en a été très variable. S’il fallait s’en rapporter aux monuments figurés, il n’y en avait souvent qu’un seul (voir les châsses de saint Calmine et de saint Martial, figures 168, 169, 460 et 462); d’autres fois on en trouve deux (voir figure 173). On peut dire d’une façon générale que pendant tout le Moyen-âge et jusqu’à la fin du xvie siècle, on ne plaçait sur l’autel même que deux chandeliers aux jours ordinaires et quatre aux grandes fêtes, au lieu de six et de douze comme on le fait aujourd’hui, depuis les prescriptions insérées par Clément VIII dans le Cérémonial des Évêques.
Jusqu’au xve siècle, ces chandeliers ne furent pas à demeure; des acolytes les apportaient pour chaque cérémonie et les enlevaient ensuite.
Fig. 577. — Chandelier émaillé du musée de cluny (xiii' siècle). — Haut, o” 20.
Au Moyen-âge il conviendrait de distinguer deux sortes de chandeliers : les chandeliers de chapelle et les chandeliers domestiques, mais il arrivait souvent que les mêmes chandeliers servaient dans la vie usuelle aux usages sacrés comme aux usages civils ; aussi n’établirons-nous pas cette distinction dans les descriptions qui vont suivre. On peut dire que parmi les chandeliers, les uns figurent sur l’autel fixe et supportent de gros cierges, et que les autres sont construits de façon à se replier sur eux-mêmes ou à s’emboîter les uns dans les autres. « Faisant partie du bagage de la vie nomade des seigneurs », dit Laborde, « ils se plaçaient sur l’autel portatif de voyage, étaient rangés sur les corniches des salles de bal et de festin, sur les balustres autour d’un cercueil, le long des moulures d’une église tendue de deuil, partout où ils pouvaient servir, en longues files ou en rangées étagées, à déployer ce luxe de lumières dont on était si fier, et dont les comptes énumèrent si fréquemment la dépense » (2).
(1) Les liturgistes ne sont point d’accord pour fixer l’époque à laquelle cet usage fut adopté. D’après Thiers ( Dissert . sur les autels , ch. xix), ce serait au x' siècle; d’après Bocquillot ( Traité de la liturgie sacrée ), ce ne serait qu’au xve.
(2) Laborde, Notice des Éiraux du Louvre. Paris, 1852, p. 72.
CHANDELIERS
Les chandeliers d’église des xue et xme siècles, et ce n’est qu’à partir de ces époques que nous trouvons des chandeliers émaillés, s’inspirent des formes précédemment adoptées : ils ont en général un pied triangulaire à pattes de bête, au-dessus duquel s’élève une tige courte coupée par un ou plusieurs nœuds pour permettre de le prendre aisément avec la main, et un large bassin, ou bobèche, destiné à recevoir les gouttes de cire. Ce bassin est surmonté d’un tuyau ou d’une pointe pour y fixer le cierge. Ces chandeliers sont faits presque toujours d’une seule pièce. Le Livre des métiers recueillis au xiii' siècle par Étienne Boileau, contient à ce sujet une prescription formelle : « Que nus chandelliers de cuivre ne soient faiz de pièces soudées, pour métré sur table (titr. 45) ».
Fig. 578. — Chandelier émaillé.
(Porte de Hal, à Bruxelles.)
Fig. 579. — Chandelier émaillé. (Collection Spitzer.)
A quelques exceptions près, les chandeliers sont de petites dimensions; ceux que portaient les acolytes paraissent être un peu plus grands que les chandeliers qu’on plaçait sur l’autel.
Les mots candelabrum , ceroferarium (1), cerostata (2), sont ceux qui ont été le plus généralement employés au Moyen-âge pour désigner les chandeliers. Les textes de cette époque offrent de nombreuses variantes de ces déterminations. Le nom de flambeau ne
(1) « Ab Archidiacono accipiat Ceroferarium cum cireo ». Sacramentar Greg. M.
(2) « Cerostatas argenteas deauratas majores duas quæ stant usque hodie ante corpus B. Pétri Apost. In Vigilio, p. 40. Du Cange, verbo Cereostata.
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
s’appliquait d’abord qu’aux torches de cire (i). C’est par abréviation qu’au xvie siècle on a nommé flambeaux (2) ce qu’on appelait jadis chandeliers à flambeaux (3).
Depuis le xvue siècle, on réserve le nom de candélabre aux chandeliers à plusieurs branches, et aussi aux chandeliers destinés à porter une seule torche de dimension considérable.
Les exemples que nous donnons ici se trouvent souvent répétés, quant à la forme générale. Ils possèdent une bobèche, une bague, et un pied émaillé reposant sur trois griffes; la tige est simplement burinée. Le premier (voir figure 577) est au Musée de Cluny. Le second se trouve au Musée des Antiquités, à Bruxelles (voir figure 578); le pied, triangulaire, est orné de trois médaillons blancs au monogramme du Christ; sa hauteur est de om 20. Le troisième fait partie de la collection Spitzer (voir figure 579).
Fig. 580. — Pied de chandelier d’autel. — Haut, o” 10; larg. om 18. Trouvé à Lamazière (Corrèze).
La figure 580 est la reproduction d’un pied de chandelier d’autel trouvé dans les environs de Lamazière, canton d’Eygurande (Corrèze). 11 a été vendu en 1862. Le pied, triangulaire, est orné sur chaque face d’un médaillon circulaire entouré de rinceaux sur fond bleu. L’un d’eux représente la Vierge à mi-corps, nimbée et portant une palme. Sur le fond est réservé un bandeau de cuivre avec l’inscription : AVE MARIA.
A la même époque, on se servait aussi de chandeliers composés d’un plateau circulaire ou polygonal, surmonté d’une longue pointe sur laquelle on fichait le cierge. Ces plateaux, larges, légèrement coniques ou en pyramide, sont généralement décorés de gravures et d’émaux. La figure 581 est la reproduction d’un chandelier du Musée
(1) 1435. « Un flambeau de cire (wassen kerse) envoyé par le pape Martin au duc et béni par ce pontife ». Inv. du château de Louvain. Ann. de l'Acad. d’arcliéol. de Belgique, t. XI, p. 53.
(2) 1528. « 2 chandeliers et 2 flambeaulx d’argent doré, pes. ensemble 14 m., 3 o., 10 est. » Inventaire de Raveslain, à Gand.
(3) 1689. « N" 158. 3 chandeliers à flambeaux tout blanc, uniz, pes. 10 m., 4 o., 6 gr. » Inventaire de Catherine de Médicis.
CHANDELIERS
germanique de Nuremberg. Le pied, bas, en forme de pyramide hexagone tronquée, présente dans des quadrilobes, sur champ bleu lapis, des écussons armoriés : i° semé de France; 2° écartelé : aux i et 4, d’or, au lion rampant d’azur ; aux 2 et y, fascé d’or et de gueules de cinq pièces.
Sous le numéro 582 se trouve figuré un chandelier de forme analogue, mais beaucoup plus grand, appartenant à M. Rossignol, à Montans (Tarn). Sa hauteur est de om 32.
Le pied est a huit pans. Chaque pan est soutenu à son milieu par un empâtement en demi-cercle, tréfilé et décoré d’un écu en losange, accosté en bas de deux dragons et en haut de deux écussons presque triangulaires qui chevauchent sur le pan voisin. Les écus en losange sont : mi-parti de France et d’Anjou ancien ou de France, avec une bordure qui indique une brisure ; les autres écussons sont alternativement : bandé de cinq pièces ou au lion rampant.
Déjà, dès le commencement du xiue siècle, on sentit la nécessité d'exhausser les chandeliers bas de l’époque romane. On prit un moyen bien simple, celui de multiplier les nœuds oii s’implantait la tige : on a ainsi des chandeliers à deux et à trois nœuds. Celui dont nous donnons le dessin sous la figure 583 appartient au colonel Meyrich, en Angleterre. L’émail recouvre le pied, les nœuds et même une partie de la tige; le fond est bleu lapis, les fleurons rouge, vert et jaune.
Avec la Renaissance commence l’exagération des formes dans les chandeliers, qui atteignent iraoo et même 2raoo de hauteur.
Les figures 584 à 590 reproduisent six chandeliers qui se trouvent au Musée du Louvre. Ils sont formés d’un disque bombé, surmonté au centre d’une longue pointe creuse et allant en décroissant en dimensions, de façon à ce que la pointe de l’un entre dans celle qui lui est de dimensions immédiatement supérieures. L’ornementation posée sur le pied se compose de six écus triangulaires, armoriés, semblables deux a deux : semé de France : — d’azur , à la bande d’argent accompagnée de deux cotices d’or, qui est de Champagne : — coticé d'or et de gueules de douze pièces , qui est de Turenne en Limousin.
Ces six chandeliers, qui s’emboîtent les uns dans les autres, occupaient ainsi un
Fig. 581. — Chandelier en cuivre doré et émaillé (xive siècle). Musée germanique de Nuremberg.
522 L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
volume très restreint. Au xme siècle, les seigneurs emportaient en voyage tout un mobilier complet : sièges, pliants, lits de camp, flambeaux, batterie de cuisine, etc.; or, il
était facile de ranger dans un coffre plusieurs de ces flambeaux qui tenaient ainsi peu de place. Nous trouvons même dans Y Inventaire de Philippe-le-Bon (i), dressé en 1420, la
(1) « N° 4090. 2 chandeliers nuefs d’argent... desquelz les bacins se mettent et ostent à viz, qui font bouteille dessoubs, pour mettre en l’un du vin et en l’autre de l’eaue, quant on chevauche, pour dire les messes, et se mettent lesd. bacins dedans les picz qui ont double fons, pour estre plus portatifs, pes. 16 m., 6 o. ».
CHANDELIERS 523
mention curieuse de deux chandeliers portatifs dont les pieds se démontaient de façon à pouvoir être convertis en burettes au moment de la célébration de la messe.
Haut, o” 22:
Haut, o"' 215.
Disque bombé formant bobèche.
Diam. du plus grand : o” 100; du plus petit : o™077.
Haut. om 1 o<5 .
Fig. 584 à 590. — Chandeliers itinéraires au musée du louvre (xivc siècle).
A cette catégorie de chandeliers portatifs se rattachent les flambeaux à pieds tour-
L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE
nants, qu’on pouvait ranger facilement dans les bagages. Celui du Trésor de Roc-Amadour (voir figure 591) est intéressant. Les trois pieds se replient les uns sur les autres.
Ce chandelier de Roc-Amadour est en métal légèrement gravé de dessins au trait, mais on en rencontre dans les collections qui sont recouverts d’émaux. C’est ainsi que dans le Catalogue de la collection Ducatel, nous trouvons mentionné sous le N° 44 : « Deux flambeaux pliant, en cuivre champlevé et émaillé. Le pied de chacun d’eux, ornés d’écussons émaillés, se compose de trois branches tournant sur la base de la tige. Limoges, xine siècle. Haut. om22 ».