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CATALOGUE DES CHANDELIERS ÉMAILLÉS

CONSERVÉS TANT EN FRANCE QU'A L'ÉTRANGER

ALLEMAGNE. — Musée d'art industriel, à Berlin. Chandelier. Longue branche surmontant un pied très bas chargé d’écussons : i° aux léopards d’Angleterre; 20 aux armes de Castille écartelées de Léon (?). Les intervalles sont émaillés en vert et blanc. XIVe siècle.

Eglise de Wissel (Clèves). Pied triangulaire; sur chaque face, un médaillon inscrivant un buste de saint et supporté par deux hommes prosternés. Le pied, le fût et la bobèche sont émaillés. Haut. om 16. xi IIe siècle.

Collection de S. A. R. Mgr le Prince Charles de Prusse. Pied rond et bobèche ornés d’enroulements à figures animales; sur le nœud, des quatrefeuilles. Haut. om 12. XIIIe siècle.

CHANDELIERS

ANGLETERRE. — Collection G. W. Braikenridge. Pied triangulaire ; les faces offrent un médaillon inscrivant un homme et supporté par deux lions. Epargne sur champ bleu. Haut. ora23. XIIIe siècle.

BAVIÈRE. — Musée germanique de Nuremberg . Pied triangulaire à fleurons rouge, vert et jaune; fond bleu lapis. Nœud émaillé de bleu turquoise avec rinceaux épargnés. XIIIe siècle. — Chandelier : Plateau bas en forme de pyramide hexagone tronquée, orné de quatrefeuilles à griffons réservés sur champ bleu lapis, bleu clair ou rouge vif. Tige haute et creuse. XIVe siècle.

Kloster in Au. Chandelier à trois pattes issant de têtes de lions. Sur le nœud, des paons; sur le pied triangulaire, des lions affrontés; devant, un disque où apparaît une figure humaine, vêtue d’une courte tunique, armée de l'épée et du bouclier. XIIIe siècle.

Musée national de Munich. Deux chandeliers émaillés; l’un provient de Saint-Gangolf, à Bamberg.

Belgique. — Musée des Antiquités , à Bruxelles. Chandelier ayant la forme d’une pyramide hexagone tronquée, et présentant comme décoration des écussons et des quadrilobes. Dans les écussons on voit des fleurs de lis ou le château de Castille en réserve sur fond bleu; les quadrilobes, alternativement verts et rouges, sont chargés d’oiseaux. XIVe siècle.

DANEMARCK. — Musée des Antiquités du Nord, à Copenhague. Chandelier à pied triangulaire porté sur trois pattes ciselées. Le pied, le nœud et la bobèche sont émaillés avec ornements en réserve. Haut. omT,53- XIIIe siècle. — Chandelier à pied hexagone, que rehaussent des armoiries et des monstres ailés, sous des arcatures trilobées accostées de fleurs de lis. Haut, o” 196. XIVe siècle.

France. — Ancienne collection Ducatel. Quatre chandeliers à pointe, entrant les uns dans les autres, de forme hexagonale; le pied est orné de quadrilobes émaillés de vert et de rouge, dans lesquels sont inscrits des écus armoriés. Fond bleu. La hauteur du plus grand est de o” 27, celle du plus petit o™ 125. Fin du XIIIe siècle. — Flambeau monté sur trois pieds. Le pied et le nœud sont réémaillés. Haut. ora22. XIIIe siècle. — Deux chandeliers à pointe, l’un entrant dans l'autre, de forme hexagonale. Le pied est orné de six figures grotesques dorées, inscrites dans un losange d'émail vert; entre ces figures, six écus triangulaires d’armoiries différentes, parmi lesquelles on distingue les armes de France; au-dessous, six autres plus petits. Haut. ora290 et om225. Fin du XIIIe siècle.

Collection Victor Gay. Petit chandelier itinéraire dont la pointe est portée sur une tige hexagone tronquée. Sur chaque face, un dragon en réserve dans un médaillon rouge. Fond général bleu. XIIIe siècle. — Quatre petits chandeliers à tige prismatique à un ou deux nœuds, terminés en pointe ou munis, au-dessous de la pointe, d’un petit plateau portant deux ressorts latéraux pour maintenir la bougie. Le métal est champlevé d'écus et de rinceaux pour recevoir l'émail. XIIIe siècle.

Musée de Cluny. Pied triangulaire élevé sur des pattes, orné de rinceaux sur fond bleu; il est surmonté d'une tige à nœud munie d’un plateau. XIIIe siècle.

Musée des Antiquités de la Seine-Inférieure. Pied hexagone surmonté d'une très longue broche à six pans. Sur le pied, écussons émaillés : fascé d'or et d'azur, à la bordure de gueules; d'azur, au lion d'or ; d'or, à deux quintefeuilles de gueules posées en chef à sènestre, et, en pointe, au franc-quartier de gueules à la croix fleurdelisée d'or. Entre chaque écusson, dans un médaillon rectangulaire, est gravé en réserve un dragon sur champ d’émail bleu ou vert. XIIIe siècle.

Collection Ch. Stem. Deux flambeaux à pied triangulaire.

Italie. — Musée chrétien du Vatican. Deux chandeliers appariés; sur leur pied triangulaire, l'on voit l’image en buste du Sauveur. Émail bleu. Haut. om 165. XIIIe siècle.

NorwÈGE. — Église de Urnes. Base triangulaire supportée par trois griffes et décorée de rinceaux en épargne sur champ bleu; sur chaque rampant, un dragon en relief dont la queue recourbée vient s’appuyer contre le fût; bobèche et nœud émaillés. XIIIe siècle.

RUSSIE. — Ancienne collection Basilewsky. Chandelier. Tige imbriquée ; nœud sphéroïde ; pied hémisphérique à trois pattes, issant d'un mufle de lion ; bobèche en calotte renversée. Sur le pied, des oiseaux, un quadrupède ornithocéphale, des végétaux. Sur le nœud, trois médaillons inscrivant des volatiles et entourés de rinceaux. La bobèche offre des enroulements compris entre deux filets. Gamme : bleu lapis, bleu clair, vert, blanc et rouge. Haut. om2i5. Xlle-Xilie siècle. — Chandelier. Tige cylindrique; nœud en cristal de roche ; bobèche circulaire. Pied en pyramide triangulaire, porté sur trois pattes issant d’un

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mufle de lion. Dans chaque écoinçon, un basilic. Dans les champs : deux cavaliers, la lance en arrêt; deux fantassins armés d’un bâton et d’une rondache ; un homme combattant à l’épée un lion, dont une femme saisit la queue. Personnages et animaux en partie réservés. Gamme : vert, jaune, bleu et blanc. Haut, o" 253; largeur du pied, o”oÔ3. XIIIe siècle. — Chandelier. Tige cylindrique interrompue par trois nœuds; bobèche plate. Pied pyramidal à trois pans; pattes sortant d’un mufle de lion. Chaque pan comporte un disque, inscrivant un buste d’ange à tête en relief, et soutenu par deux figures hybrides, moitié hommes, moitié dragons, le tout épargné sur champ bleu lapis. L’ornement des nœuds et de la bobèche offre des rinceaux et des rosettes bleues, blanches, vertes et jaunes, émergeant d’un fond turquoise. Haut, totale, ora37. XIIIe siècle. — Chandeliers de voyage entrant l’un dans l’autre. Pied conique d'où s’échappe une longue tige ; il comporte quatre écussons armoriés : Angleterre, de gueules, à trois léopards d'or ; écartelé, aux 1 et 4, de gueules, au château d'or ; aux 2 et 3, d'or, au lion d'azur (Limoges). Chaque blason est compris dans un quadrilobe. Hauteur du plus grand, ora245; diamètre, om 108. Hauteur du plus petit, om 18 ; diamètre, om095. XIIIe siècle. — Chandelier. Pied quadrangulaire pyramidal, creusé en gorge à la base; sur cette gorge courent des rinceaux à feuilles d’érable, émaillés bleu ou turquoise, dans un champ métallique. Triangles inégaux, chargés d’un même écusson coupé d'or et d’azur à la croix fleuronnée de gueules, accompagnée en chef d’un A et d’un Q, en pointe d'un I et d’un A. Chaque blason est inscrit au cœur d’un quadrilobe rouge en champ turquoise : les plus grands comportent des lions; les plus petits, des oiseaux. Hauteur oraio; largeur om 12 ; longueur om 16. XIVe siècle.

BURETTES

Les burettes (du vieux mot buire ) sont deux petits vases en forme d’aiguière destinés, l’un à contenir le vin, l’autre l’eau pour le sacrifice de la messe. Elles ont un double emploi : on s’en sert pour verser le vin dans le calice, puis pour répandre l’eau sur les mains du prêtre qui se purifie les doigts.

Tant que persista l’usage pour les fidèles d’offrir le vin du sacrifice, ils le présentaient dans des vases de formes diverses et le diacre le transvasait tantôt dans le calice sacerdotal, tantôt dans le calice ministériel, ou dans un grand récipient nommé ama ou amula (i).

Quand le clergé resta chargé de fournir la matière du sacrifice, le vin fut mis dans un vase spécial que l’on appelle, de nos jours, burette. Les mots : urceus (2), urceolus (3), ras (4), phiala (5), fiola (6), potum (7) ou potus , choppines (8), désignent, dans les auteurs anciens, ces objets liturgiques.

D'après les anciennes rubriques, le corps des burettes devait être en cristal, en verre ou quelque autre substance transparente, pour que le célébrant pût distinguer aisément le vin d’avec l’eau. Il y en avait aussi en bois, en terre cuite, en étain, en cuivre, en or et en argent.

Sur la tapisserie de Montpezat (xvic siècle), dont nous avons reproduit un fragment sous la figure 285, on voit près de l’autel, dans un enfoncement pratiqué dans le mur, deux grosses burettes: bleuâtres dans la tapisserie, elles rappellent la couleur du plomb ou de l’étain.

Les évêques Miron en 1622. de Rueil en 1644, Poncet de la Rivière en 1717, et de Vau-

(1) « Amæ, vasa sunt, in quibus sacra oblatio continetur, ut vinum. — Amula, vas vinarium. Amulæ dicuntur, quibus offertur devotio, sive oblatio, sirnile orceolis ». Du Cange, Glossaire, verbo Ama.

(2) 787. « Hic etiam ditionibus ecclesiæ (Fontanallensis) dimisit... calicem argenteum deauratum unum, urceos Alexandrinos cura aquamanilibus duos ». Gesla abb. Widonis, ap. Pertz, Monum. germ. histor ., t. II, p. 290.

(3) « Accipiunt et urseolum, in quo datur eis potestas infundendi aquam in calicem dominicum ». Steph. Eduensis lib. de Sacrant, altaris , c. 4, ap. Du Cange, verbo Urceolus.

(4) 1294. « Unum vas argenteum deauratum ad effundendum aquam in calicem ». Invent. d'Anagni.

(5) 1080. « In ecclesiis debent esse... phiala una cum vino et alia cum aqua ». Diction. Joli, de Gallandia.

(6) « Ponit calicem super aram, et accipit fiolam sine sanctificatione, et ponit super calicem dicendo... » Acta SS. Offic. Mozarab., t. V, jun. p. 219, col. 1.

t7) 1323. « Nicolaus de Nigella, aurifaber parisiensis, pro uno cipho argenteo esmaillato ad tripedem et duobus potis, uno ad vinum, et altero ad aquam, liberatis Régi ». Comptes royaux.

(8) 1498. « Un bacin d’argent doré pour servir à l’esglise, avec les choppines de mesmes, à mettre vin et eaue ». Invent. d'Anne de Bretagne.

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girauld en 1713, prescrivent dans leurs statuts diocésains les burettes d’argent, d’étain ou de verre (1).

Quand les burettes étaient en métal on eut souvent la précaution, pour éviter une erreur, de tracer un V ( vinum ) sur la burette au vin, et un A ( aqua ) sur celle de l’eau) (2). Cet usage ne paraît dater que du xive siècle seulement. Aujourd’hui, depuis la Renaissance, on semble affectionner les burettes transparentes, et dès lors les erreurs de ce genre sont à peu près impossibles.

Les anciennes burettes étaient presque toutes munies d’un goulot adhérent à la partie inférieure du vase; ce goulot avait l’avantage sur le bec dont on se sert de nos jours, qui sort de la bouche même de la burette, de permettre à l’officiant d’être maître du liquide et de ne le faire sortir que goutte à goutte. 11 semble que l’artiste voulait se conformer, a ce sujet, aux prescriptions du moine Théophile : « Si tu veux, fais à la burette une anse fondue comme celles que tu as façonnées pour le calice d’argent, et garnis la partie antérieure d’un goulot d’où coule le vin » (3).

La fantaisie a eu aussi sa part dans la forme des burettes, et on en trouve parfois qui affectent la forme d’un coq (4).

Les burettes vont par paire. Pendant la messe elles se posent aujourd’hui sur la crédence ; mais plus anciennement on les plaçait dans une excavation pratiquée soit dans le flanc même de l’autel, soit dans l’épaisseur du mur, comme nous le voyons sur la tapisserie de Montpezat (figure 285).

Il résulte d’un passage des Gesla abbat. Lobiensium , qui est du xie siècle, que primitivement les burettes se suspendaient sans doute par les anses : « Dum missas ageret, lecto evangelio, vas quod consuetudinaliter juxta altare cum vino pendebat, in calicem versât (presbyter), sed vinum ita congelatum erat ut nec gutta proflueret. Dat vasculum denuo ministranti ut glaciem ipse resolvat ».

Les burettes émaillées sont très rares et ne remontent pas au-delà du xme siècle. Celle que nous reproduisons sous la figure 592 a une hauteur de om 14 et se trouve à la Bibliothèque nationale, à Paris. Un ange en réserve inscrit dans une circonférence, et des rinceaux sur fond bleu, constituent la décoration. La burette figure 593 se trouve en Angleterre, dans la collection du marquis de Breadalbane ; le fond est bleu lapis, les fleurons rouge, bleu foncé et jaune. Sa forme diffère de la précédente en ce que l’ensemble du vase repose sur un pied circulaire; la courbure de l’anse n’est également pas la même.

La décoration de ces vases liturgiques varie peu : dessins géométriques, rinceaux ou figures d’anges; la donnée est presque toujours la même. Toutefois, une burette mentionnée dans Y Inventaire du Trésor de la cathédrale d'Anagni, sous Boniface VIII, représente la scène amoureuse du « Lai d’Aristote » (5).

(1) « Ampullæ argenteæ, stanneæ vel vitreæ ». Invent, de Saint-Mar tin- de-la -Place (Anjou), dans la Revue de l'Art chrétien , année 187g, p. 431.

(2) 1380. « Une burette d’or, pour chapelle... et est la gueulle à un bec, à dcmy ront, et sur la teste a un esmail ront de rouge cler, où il y a au milieu un A. — Une autre burete, pareille de celle dessus escripte, sanz aucune diferance, fors que sur l’esmail de dessus le couvercle a un V ». Inv. du duc d'Anjou.

(3) « Si volueris, fac auriculam fusilem eodem modo quo formasti auriculas argentei calicis, et in anteriori parte deductorium, unde vinum effundatur ». Theophili , Schedula diversarum artium, lib. III, cap. 58.

(4) 1573. N° 109. « 2 burettes d’argent doré, en façon d’un coq et d’une géline qui ont sous leurs pieds une terrasse aussi en argent doré en façon d’une fleur ». Invent, de la Sainte-Chapelle.

(3) « Item vnum vas argenteum deauratum ad effundendum aquam in calicem, cum speculis et muliere equitante hominum. XV vnciarum et dimidie ». Annales archéologiques, t. XVIII, p. 32.

BURETTES

Parmi les burettes émaillées nous citerons encore celle du Musée de Florence, dont la panse est ornée d’un buste d’ange émergeant des nuages et appliqué sur un cercle émaillé qui forme médaillon.

On trouve dans l’église de Milhaguet (Haute-Vienne) un curieux objet servant aujourd'hui de reliquaire. Il provient de l’ancienne abbaye de Granclmont et a été employé à des usages différents par suite des nombreuses restaurations qu’il a subies. C’est une burette en cristal de roche, munie d’une anse également en cristal, aujourd’hui brisée, mais dont on reconnaît visiblement les traces. On a gravé sur les deux faces de cette burette un aigle d’une allure superbe et le vol abaissé; elle est d’une époque indéterminée mais certainement très ancienne, et présente un style oriental bien caractérisé.

Quand le pied et l’anse en cristal de la burette furent brisés, ce qui empêchait de la poser ou de la manier commodément, on eut l’idée, au commencement du xmc siècle, de remplacer les parties manquantes par une monture en argent ciselé, gravé et niellé. Cette monture, d’une délicatesse extrême, se compose d’un support, d’une anse terminée en tète de serpent, maintenue par deux bandeaux à charnières qui enserrent le vase, et d’un collier prolongé en bec pour l’épanchement du liquide ; ce collier est surmonté d’un couvercle qui est un véritable chef-d’œuvre de bijouterie. La figure 596 (voir planche XLIV) nous donne l’aspect de la burette dans l’état que nous venons de décrire.

Enfin, vers la fin du xuie siècle ou au commencement du xive, les moines de Grandmont jugèrent à propos de changer la destination de notre monument, de l’élever pour le rendre plus apparent, et de le convertir en reliquaire. Ils ciselèrent en cuivre un pied, qui par son pourtour, sa tige basse et son nœud de cristal uni, rappelle les calices de

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l’époque. Ce pied, par sa forme, est ovale et s’harmonise ainsi avec l’objet qu’il supporte; il est décoré de dessins gravés au trait, représentant dans des médaillons circulaires des sujets qui dénotent la nationalité des artistes qui les ont composés, car saint Martial et sainte Valérie, qui s’y trouvent représentés, sont deux des principaux saints du Limousin.

Fig. 594. — Développement du pied du reliquaire de milhaguet.

Diam. o" 1 1.

Dans l’un de ces médaillons, on voit le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean; le Soleil et la Lune dominent les bras de la croix. Dans le second médaillon sainte Valérie,' agenouillée, présente sa tête coupée à saint Martial; dans le troisième un saint, debout, porte un livre, entouré de deux moines agenouillés qui l’invoquent; dans le quatrième la Vierge, couronnée, est assise, un sceptre à la main et tenant son Fils sur les genoux (voir figure 594).

Ainsi établi, ce reliquaire se présente tel que nous le montre la figure 595, pl. XLIV.

Les inventaires de Grandmont, dressés en 1495 et 1515, nous donnent l’énumération des reliques renfermées dans cette burette : De pannis beatœ Marice Virginis; de reliquiis beati Thomce apostoli; de reliquiis beali Thadcei apostoli et beati Joannis Baptistæ. Celui de 1666 constate qu’à cette époque on y avait ajouté des reliques de saint Eutrope (1).

(i) Abbc Texier, Dictionnaire dL' Orfèvrerie, col. 854 et 8^5.

ENCENSOIRS

L’usage, dans les cérémonies religieuses, de l’encens et des parfums qui exhalent en brûlant une odeur suave, remonte à une très haute antiquité. Souvent il en est fait mention dans les livres de Moïse, et le trentième chapitre de l 'Exode est consacré à la construction de l’autel des parfums, à la composition de l’huile sainte et du parfum sacré.

Les anciens ne connaissaient pas les encensoirs, à proprement parler; ils renfermaient l'encens dans une espèce de coffret et le jetaient sur du feu contenu dans un vase ou cassolette placé sur un support à trois pieds. Les bas-reliefs, les frises, les médailles qui montrent les vases pontificaux confirment cette idée; on y voit toujours le coffre à encens, jamais l'encensoir.

Quoiqu’on ne soit pas bien fixé sur la forme des récipients qui contenaient l’encens, on admet généralement qu’il y en avait de deux sortes : les uns fixes, qu’on plaçait soit devant les autels, soit devant les images des saints, soit sur leurs tombeaux; les autres mobiles, que l’on pouvait même porter a la main et dont on se servait pour encenser l’autel, le clergé et les fidèles pendant l’office divin.

Les monuments de la Haute-Égypte nous fournissent les modèles des instruments destinés à offrir de l’encens aux dieux dans les cérémonies religieuses ou aux héros dans leur triomphe (i). C’est toujours une cassolette hémisphérique munie d’un long manche. M. Leleux a donné dans la Revue archéologique , ire livraison de 1858, le dessin d’un encensoir a manche, analogue à ceux dont nous parlons, et dont on se servait dans un des monastères du Mont-Athos.

Chez les juifs, l’encensoir était une sorte de réchaud avec ou sans manche que le grand-prêtre posait sur l’autel des parfums ou qu’il portait dans le sanctuaire. Dom Calmet, dans son Dictionnaire de la Bible, article Prêtre, nous représente le grandprêtre entrant dans le sanctuaire tenant à la main un encensoir sous la forme d’un vase pédiculé.

Telle devait être aussi la forme de l’encensoir dans l’antiquité chrétienne, car il est probable qu’à l’exemple de l’Église judaïque, l’Église chrétienne adopta, dès son origine, l’usage des encensoirs; on sait en effet que les chrétiens ont conservé ou imité ceux des rites juifs qui pouvaient s’adapter au culte de la nouvelle loi.

On ne sait pas au juste à quelle époque on a commencé à se servir des encensoirs portatifs, mais il y a lieu de penser que l’Église grecque a devancé l’Église latine dans l'usage des encensoirs munis de chaînes. Ln effet, les plus anciennes peintures grecques nous représentent toujours les prêtres tenant de la main droite un encensoir avec des

(1) Vivant Denon, Voyage dans la Basse et la Hdute-Égyple pendant les campagnes du général Bonaparte, pl. 61, 65, 70 et 74. Paris, Didot, an X (1802).

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chaînes. En Occident on n’en découvre aucune trace avant le xe siècle. Ainsi, sur l’un des chapiteaux de la crypte de l’église de Saint-Denis, chapiteaux qui appartiennent à la construction conservée par Suger, deux jeunes clercs portent des reliques sur des brancards, au-dessous desquelles est attaché un brûle-parfums maintenu par trois chaînettes.

Dans la scène du Jugement dernier, représentée sur le tympan de l’église de Conques (Aveyron), église de la fin du xie siècle, on voit un ange élevant vers le Christ un encensoir presque rond, retenu par trois chaînes larges et courtes.

Les sculptures de cette époque sont généralement assez grossières; aussi toutes les fois qu’elles représentent des encensoirs, elles ne nous permettent pas de nous rendre un compte exact de leur usage, des moyens employés pour les ouvrir et jeter l’encens sur le brasier allumé. Ce n’est qu’à partir du xne siècle qu’il est possible de trouver quelques renseignements positifs sur ce sujet; c’est en effet au xnc siècle que l’on peut faire remonter les plus anciens encensoirs que possèdent les trésors de nos églises ou les collections particulières.

Ces encensoirs sont composés, comme ceux de nos jours, de deux parties distinctes : d’une capsule inférieure reposant sur un pied, dans laquelle on déposait les charbons et l’encens qu’on y faisait brûler, c’est la cassolette proprement dite; et d’une autre capsule supérieure, couvercle de la cassolette, percée de trous nombreux, par oû s’échappaient les nuages de l’encens. Ce couvercle est mobile ; il monte ou descend le long de trois ou quatre chaînes, fixées aux bords de la capsule inférieure, et qui viennent s’attacher par leur extrémité supérieure à une platine ou sorte de petit chapeau. A travers ce petit chapeau passe une chaîne centrale, terminée par un anneau, au moyen duquel on peut appeler ou renvoyer le couvercle à volonté.

Les encensoirs les plus anciens sont généralement assez petits; ils n’ont même pas souvent omi5 de hauteur; les chaînes sont très courtes, attendu que l’on encensait simplement en décrivant un cercle ; des auteurs ne leur accordent pas plus de trois pieds de long (i). Il y a loin de là à ces chaînes sans fin, nous dit Didron, dont on se sert dans certains diocèses et qui, à la manière de les faire manœuvrer, font ressembler les enfants de chœur thuriféraires à des prestidigitateurs de la plus habile espèce.

Les encensoirs ont varié de forme, suivant les différentes époques de l’art.

Pendant les XIIe et xnie siècles, l’encensoir a la forme d’une sphère coupée en deux par la moitié. La forme de cette sphère a singulièrement varié depuis cette époque jusqu’à nos jours, mais les deux sections, qui sont indispensables, se retrouvent dans les encensoirs de toutes les époques.

Au xiie siècle, le couvercle surtout était orné de ciselure et d’encadrements à jour et simulait une forteresse, une tour crénelée couverte de petits toits dont les fenêtres à jour facilitent la sortie de la fumée; ils sont décorés d’arabesques et d’inscriptions, de figures de lions, d’anges, d’animaux symboliques; on y voit aussi des figures humaines et la représentation de sujets tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’ornementation végétale que l’on y trouve rappelle exactement celle des chapiteaux de nos églises élevées pendant cette période.

Au xive siècle, les encensoirs suivent toujours les phases de l’architecture ; ils s’allongent et sont parfois surchargés de clochetons et d’étages. On s’ingénie à simuler des édifices avec leurs contre-forts, leurs arcs, leurs fenêtres, leurs corniches, etc.

(i) « Altitudo catenularum erit trium circiter palmorum, seu duorum pedum cum tribus circiter polli-

cibus u. Cœrem. mon., lib. III.

ENCENSOIRS

Du xive au xve siècle on couvre l’encensoir de riches ornements, depuis la simple ogive jusqu’aux découpures flamboyantes. A cette époque les encensoirs ont toujours des formes pyramidales; généralement ils sont à pans coupés.

Avec la Renaissance reparaissent les formes gracieuses du classique allégi; on y figure surtout des têtes d’anges se détachant sur des arabesques ajourées ou d’élégants rinceaux.

Au xvme siècle les encensoirs imitent des tours à dômes ou toits hémisphériques.

Aujourd’hui encore on déploie une grande magnificence dans la confection des encensoirs. mais on ne fait que reproduire les anciens modèles.

Les encensoirs avaient trois, quatre, ou une seule chaîne. Nous n’avons pas à entrer ici dans les interprétations mystiques que les liturgistes du Moyen-âge ont données de ces minutieux détails. Nous n’examinerons pas davantage les divers usages auxquels a servi l’encens qui, après avoir été destiné uniquement à la Divinité, a été offert chez les Romains aux empereurs et est devenu plus tard, sous la féodalité, un droit honorifique dû aux patrons, fondateurs et hauts-justiciers d’une église; nous renverrons les personnes qui voudraient étudier ces questions aux excellents travaux de l’abbé Barraud (i) et de M. le chanoine Bottier (2).

Les mots employés le plus généralement par les auteurs anciens pour désigner l’encensoir sont les suivants : Thymiamaterium (3), Turibulum ou Thuribulum (4), Turribularium , Turabulum et Thuribulorum (5) (corruptions du mot Turibulum), fumigatorium (6). Dès le ixe siècle on trouve l’encensoir désigné, dans les missels et les pontificaux, sous les noms d 'incensum, incensorium , incensarium et incensorius (7); ces mots, nous les avons traduits par encensier (8) et encensoir ; cette dernière dénomination française a prévalu jusqu’à nos jours.

On fabriquait les encensoirs en or, en argent, en cuivre et même en fer. On ne trouve, il est vrai, dans les inventaires aucune mention d'encensoirs en fer, mais il est incontestable qu’on en a fait avec ce métal. Honoré d’Autun, qui écrivait au commencement du xiic siècle, donne, dans son ouvrage De Gemma animce , les différentes significations symboliques du vase à brûler de l’encens; il indique les idées qu’on doit y attacher lorsqu’il est en fer (9). Guillaume Durand fait la même chose dans son Rational des divins offices (10).

(1) ' Notice archéologique et liturgique sur l'encens et les encensoirs, dans le Bulletin monumental, année 1860, pages 38g, 501 et 621.

(2) Élude sur les encensoirs, dans le Moniteur de l'Archéologue , 2me série, t. I, p. 74. Toulouse, 1866.

(3) « Tenens Thymiamaterium aureum pro foribus ponit incensum, ut pergat ante Pontificem thuribulum ». Ordo Romanus, cité par Du Cange, verbo Thymiamaterium.

(4) C’est la dénomination adoptée par la Vulgate, et presque la seule dont elle fasse usage; voir Y Exode, ch. xxv, v. 29; chap. xxvti, v. 16; le Lévitique, ch. x, v. 1 ; ch. xvi, r. 12, etc.

(5) 0 Pro Thuribulum. Lucerna, id est Thuribulorum ex auro cum sua offerturia ». In donatione S. Rudesindi Episc., t. III. Concil. Hisp., p. 180, col. 2. Du Cange, Glossaire, verbo Thuribulorum.

(6) « Fumigatorium, Thuribulum, incensorium. Chron. Casin., lib. III : Fumigatorium Græcum aliud cum nigello ». Du Cange, Glossaire.

(7) Voir Du Cange, Glossaire, verbo Incensum.

(8) « D’un grand toppace riche et clier,

Tient en sa destre un Encensier ».

Le Roman de la guerre de Troyes, cité par Du Cange.

(9) Honor. August., De Gemma animce, lib. I, c. xn, dans le Cours complet de Patrologie, t. CLXXII, col. 348. Citation de l’abbé Barraud.

(10) « L’encensoir d’or signifie la sagesse l’argent signifie la chair du Christ, pure de toute faute et

brillante de chasteté; le cuivre, sa fragilité et sa nature mortelle; le fer, la force qui l’a fait ressusciter ». Guil. Durand, Rational. div. off., lib. IV, c. x, N° 4.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

La figure 597 reproduit un encensoir en cuivre qui se trouvait à Roc-Amadour (Lot), et qui a été vendu vers 1865. La capsule formant couvercle est ajourée d 'entrées de serrure et glisse sur trois chaînes fixées sur les bords de la capsule inférieure.

Il existe aussi des encensoirs en cuivre émaillé, mais ils sont assez rares. On comprend l'hésitation bien légitime que l’on devait avoir de recouvrir d’une matière aussi fragile que l’émail des objets qui, par leur nature, étaient exposés à recevoir à chaque instant des chocs qui pouvaient les détériorer.

La figure 598 reproduit un de ces encensoirs que conservait une église voisine de Cahors. Le bas de la capsule supérieure représente un dessin ajouré formé par des rinceaux gravés sur un fond d’émail bleu. Au sommet, on aperçoit des fleurons de couleur rouge, vert foncé, vert clair, jaune et bleu vif, séparés par de petites feuilles rouge, bleu foncé, bleu clair et blanc, se détachant sur un émail bleu lapis.

Cet encensoir a été vendu, en 1891, à un marchand d’antiquités de Paris.

Fig. 597 et 598. — Encf.nsoirs.

(Ancien Trésor de Roc-Amadour.) (Provenant d’une église du diocèse de Cahors.)

Haut. om 1 35 ; diarn. om095- Haut. om 1 7 ; diam. o"'n.

Au Musée germanique de Nuremberg, on voit aussi un de ces objets qui remonte au xme siècle. Son ensemble en fait une pièce tout-à-fait hors ligne (voir figure 599). Le portechainettes, le couvercle et le réchaud sont décorés d’enroulements a fleurons rouges, bleus, blancs, jaunes et verts, sur fond bleu lapis et turquoise. Le couvercle est en outre rehaussé de boutons métalliques représentant des dragons estampés. La partie supérieure

ENCENSOIRS

est découpée en entrées de serrure. Cet encensoir est muni de quatre chaînes et repose sur un pied circulaire très bas.

Fig. 599. — Encensoir émaillé du xiii' siècle. (Musée germanique de Nuremberg.)

Haut. omi7; diam. omii5.

L'encensoir du Musée d’Auxerre (Yonne) offre une certaine analogie avec celui de Nuremberg (voir figure 600), mais il est moins complet en ce sens qu’il est dépourvu de

L’ËMAILLERIE LIMOUSINE

ses chaînettes et des boutons ciselés qui étaient appliqués sur le couvercle. Sa forme est plus élancée, et le couvercle présente une double rangée d’ouvertures.

Mentionnons aussi un encensoir émaillé provenant de la collection Soltykoff et qui se

Fig. 600. — Encensoir émaillé du xiii' siècle. (Musée d’Auxerre.)

D’après une photographie de M. É. Molinier.

trouve aujourd’hui en Angleterre, dans celle de M. G. H. Morland. Il est orné de rinceaux en métal réservé, à feuillages et fleurs polychromes sur fond bleu ; le couvercle offre trois monstres ciselés en relief. Sa hauteur est de omi5. xme siècle.

NAVETTES A ENCENS

L’accessoire obligé de l’encensoir c’est la cassette à encens, qui, au Moyen-âge, avait presque toujours la forme d’une petite barque élevée sur un pied et fermée par un couvercle, dont une moitié reste ordinairement fixe, tandis que l’autre moitié s’ouvre et se ferme, à la volonté du preneur d’encens.

Sur les vitraux, les pierres tombales et les bas-reliefs du xme au xivc siècle, la navette consiste le plus souvent en un simple bassin creux, sans couvercle, et contenant de gros grains d’encens et non de l’encens en poudre.

On ne connaît point aujourd’hui de navettes de ce genre, mais on les trouve représentées à la cathédrale du Mans, dans le vitrail de Saint-Nicolas à Vézelay, à la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, sur le tombeau de saint Étienne à Obasine (voir figure 601), etc.

Fig. 601. — Ange encenseur du tombeau de saint etienne, a obasine (Corrèze).

Peut-être est-ce ce genre de navette que les inventaires désignent sous le nom de discus (1) ?

L’Église fut la première à adopter pour les navettes à encens la forme d’un navire, forme qui avait une signification symbolique; mais plus tard, dans la vie privée, on désigna sous les noms de nef , vaisseau, navire, et même navette (2), le vase allongé qu'on

(1) « Unus discus plenus argenteus cum cocleari et cathena parvula, ponderans x s. » Invent, de Saint- Paul de Londres. Monastic. anglic., t. III, part. 2. p. 84. Les auteurs anciens se servent quelquefois du mot discus pour désigner des plats ou des bassins : « Da mihi hic in disco caput Joannis Baptistæ ». Mattli.. c. xix, v. 8.

(2) « 1360. Nez à mettre sur table, premièrement, une grant nef, dorée et esmaillée, de très grant ouvrage de maçonnerie et de ymages ». Invent du duc d'Anjou, N° 283. — « 1589. Tout au bout de la table, y avoit un assez grand vaisseau d’argent doré et tout ciselé, fait en forme de nef ». Isle des Hermaphrodites. — « 1571. Honorable homme, Richard Toutin, marchant orfèvre, confesse avoir faict marché de faire

LÆMAILLERIE LIMOUSINE

plaçait sur la table, en face du roi ou d’un grand seigneur. Ce vase renfermait tous les objets dont ce personnage devait se servir pendant le repas, c’est-à-dire les cuillers, fourchettes, touailles (serviettes), couteaux à découper, les coupes, la salière, les épices, les flacons de vin, etc., et tout cela était rigoureusement clos jusqu’au moment de s’en servir, tant était alors généralement répandue chez les grands la crainte de se voir un jour ou l’autre traîtreusement empoisonnés.

La navette destinée au service de l’Église a longtemps conservé sa forme hiératique ; mais de nos jours on modifie souvent cette forme en allongeant et recourbant une des extrémités et relevant l’autre. Elle est peut-être plus élégante mais ne rappelle point la nacelle : la forme du vase n’a plus rien de commun avec le nom qu’il porte.

Les auteurs latins de l’Antiquité, et quelques auteurs ecclésiastiques, ont le plus souvent appelé la boîte à encens : acerra (i), aceris (2), acerna (3), alveola (4), incensorium (5); et plus tard, lorsqu’elle prit la forme d’une nacelle : navis (6), nacella (7), navicula (8), naveta( 9); d’où le nom de navette (10) qui lui a été donné dès le xive siècle et qu’elle a conservé jusqu’à nos jours.

Les citations mises au bas des pages nous font connaître qu’on faisait des navettes en or, en argent, en laiton et en cuivre souvent émaillé, et qu’elles étaient presque toujours munies de petites cuillers propres à prendre l’encens pour le jeter sur la braise incandescente que contenait la capsule de l’encensoir. Tels étaient les métaux presque toujours employés; mais nous voyons, par un inventaire de l’église de Mayence, qu’il y avait aussi des navettes faites avec des pierres précieuses : « une acerre formée d’une seule onyx représentant un affreux lézard » (11).

et parfaire une navire couverte, poisant trente deux marcs ». Compte des dépenses pour l'entrée du Roy et de la Royne. — « 135 3. Une navette de cristal, garnie d’argent, dorée et esmailliée, à faire salière ». Invent, de V argenterie.

(1) « Quicl velint flores et acerra thuris plena miraris ». Horace, ode VII du liv. III, vers 2 et 3. — « Acer arbor, gallice arable, inde derivatur acerra, vas in quo thus ponitur super altare ». Diction, de Jean de Garland e (vers 1080).

(2) « Très concos et très acérés et duos orceolos et duas coginas... omnia hæc de laton ». Charta Ferdinandi imper. (1191) apud Du Cange, verbo Aceris.

(3) « Dédit etiam nobis (Steph. de Silvanectis episc. circa annum 1142)... 4 pallia et 2 dalmaticas... et duos urceolos argenteos cura acerna argentea ». Necrolog. Eccles. Parisiensis. Du Cange, verbo Acerna.

(4) « Alveola I eburnea, in qua thus continetur ». Barbier de Montault, Invent, de la basilique royale de Monza , p. 70. icr invent. (xe siècle), N° 28.

(5) « Turibula argentea duo, calicem aureum cum patena sua,... incensorium de argento unum ». Chronica sacri monasterii Cassinensis a Leone card. episc. Ostiensi. Paris, 1768, lib. II, c. xcvm, p. 311. Tout porte à croire que l’ incensorium dont parle Léon d’Ostie, dans l’énumération des dons qu’il fait au monastère, était une navette , car si c’eût été un encensoir, il l’aurait évidemment confondu avec les deux autres qu’il mentionne au même endroit et qui étaient également d’argent.

(6) « Do, lego ecclesiæ B. Pétri Belvacensis, calicem unum aureum et navem argenteam et missale ». Testament de Philippe , évêque de Beauvais (1217).

(7) 0 Thuribula III argentea cum nacella argentea ad thus ». Invent, de l'église de Salisbury (xme siècle).

(8) « Duas naviculas argenteas cum quibus ponitur incensum in thuribulis ». Liber Anniversar. Basil. Vatic. Du Cange, verbo Navicula.

(9) « Item una naveta argentea cum parvo cocleari argenteo tenente ad parvam cathenam ad ponendum thus ». Invent, de l'église de Noyon (1419), publié par le baron de Mélicocq.

(10) « Une navette dorée à mettre encens et est esmaillée à angloz et poise ij marcs ». Invent, du duc de Normandy (1363).

(11) « Acerras aureas et argenteas plurimas inter quas una erat de lapide integro onychino concavo, habens similitudinem vermis horribilis id est bufonis ». Invent, de l’église de Mayence (.1220). Labordc, Glossaire , au mot Encensoir.

NAVETTES A ENCENS

Dans les représentations sculptées des xne et xme siècles, les navettes n’ont point de pied ou l’ont excessivement petit; on était obligé de les tenir constamment dans la main (voir figure 601). Mais, dès cette époque, les pieds se sont insensiblement élevés et se sont élargis, de manière a permettre de poser la navette sur la crédence. D’après Y usage français, elles étaient tenues non par les thuriféraires, mais par des enfants de chœur nommés à cause de cela porte-navettes (i).

Les navettes, considérées sous le rapport de l’ornementation, du moins pour celles qui sont sorties des ateliers de Limoges, se divisent en deux catégories bien distinctes : celles qui représentent des figures d'anges ou de saints, et celles sur lesquelles on trouve des rinceaux, des étoiles, des fleurons, rehaussés parfois de cabochons ou de rosaces en cuivre ciselé.

Fig. 602 et 603. — Navette en cuivre émaillé et doré (xiiic siècle). Haut. om 05 5 ; long. omi70. — Église de Soudeiiles (Corrèze).

A la première catégorie appartient la navette de l’église de Soudeiiles (Corrèze). Les deux valves du couvercle s’amincissent à leurs extrémités et simulent le col et la tête d’un petit animal qui se replie en forme d’anse; sur chacune d’elles est représenté, dans deux médaillons circulaires, un saint à mi-corps, émergeant d’une zone de nuages, réservé et gravé sur fond d’émail. Le récipient de la navette est en cuivre doré, décoré sur tout son pourtour d’un bandeau orné de rinceaux gravés (voir figures 602 et 603).

(1) « Item unum vas argenteum, nuncupatum poncre gallice, ad defferendum thus per pueros psalletæ, ponderis duarum marcharum cum duabus unciis ». Invent, de la cathédrale d'Angers (1467), cité par Mgr Barbier de Montault, Le Trésor de l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, p. 19.

Au Musée de Rodez une navette présente, comme système de décoration, deux anges inscrits dans des médaillons dont la circonférence est ornée d’un large rinceau sur fond d’émail; sur la panse court un rinceau en réserve sur fond bleu. Elle a été décrite et figurée dans les Annales archéologiques, tome XIV, page 263.

Fig. 604. — Navette émaillée du musée de Clermont. Long, o™ 18. — (xme siècle.)

On peut classer dans la deuxième catégorie une navette du Musée de Clermont et une autre du Musée de Cluny.

La première (figure 604) offre un semis de rosaces et de cabochons.

Fig. 605. — Navette émaillée du musée de cluny. Long. om 175. — (xiii' siècle.)

La seconde (voir figure 605) présente, sur le couvercle, six roses d’émail blanc s’enlevant sur un cercle bleu cendré. Celui-ci se détache lui-même d’un fond général bleu foncé, sur lequel courent de nombreux rinceaux en métal réservé. Au milieu de chaque partie du couvercle on a rapporté deux cercles en cuivre, qui devaient maintenir un cabochon ou un bouton en métal, aujourd’hui disparu.

Sur un objet analogue provenant de l’ancienne collection Ducatel, le dessus est décoré de deux oiseaux chimériques en relief, et le pourtour de palmettes émaillées bleu turquoise sur fond gros bleu (xin' siècle).

Le Musée de Cluny possède encore le fragment d’une navette qui a été décrit et

NAVETTES A ENCENS

dessiné dans les Annales archéologiques , tome XIV, page 267; cette navette offre une technique toute particulière. Le récipient, le seul morceau conservé, n’est point uni ; il est composé de godrons en relief, alternativement émaillés de bleu pâle et de vert. Des rinceaux champlevés garnissent ces godrons, et des feuillages gravés ornent leurs intervalles. Il est à regretter que la pièce ne soit pas complète, car elle présente des différences bien marquées avec toutes les pièces analogues dont nous venons de parler.

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