‹ L'Œuvre de LourdesChapitre 13 sur 47 · LES OS DE DE RUDDER · texte numérisé non relu

LES OS DE DE RUDDER

(Jn voilque l'os cassé a la niOiiic longuoui- ,|u<> laiitip, inalgn^ l'éliminalion diiii fragment il os de Irois cciilimclres de long. I.axc vertical de la jainljo conserve la môme direction des deuv colcs. Les deuv os de la jambe gauche avaient été cassés.)

46 l'œuvre de lourdes

Les médecins anglais

Deux médecins anglais, les D"^^ Jacques O'Donnel et John Sherry, ont voulu reprendre l'enquête de la guérison de Pierre de Rudder, désirant confirmer, si c'était possible, ou renverser les faits qui se trouvaient relatés dans les premiers récits. Après avoir examiné les ossements de de Rudder, conservés à Anvers, ils virent que les traces d'une carie d'une très longue durée étaient irrécusables.

Le médecin du malade, le D^' VanHœstenberghe, vert et vigoureux, nous dirent-ils, en dépit de ses soixante-quatorze ans, répondit à toutes leurs questions avec autant d'exactitude que de franchise. Tous les témoins interrogés reproduisirent leurs premières dépositions, et l'un d'eux, Van Horeen, décrivit l'état de la jambe la veille du départ pour le pèlerinage. Les savants anglais purent acquérir la certitude que, le matin même de la guérison, la plaie de la jambe était en pleine suppuration.

Ils n'hésitent pas à conclure que toutes les lois naturelles connues par la science ne peuvent faire que les os se soudent en un instant, qu'une vaste plaie se ferme et que la peau se reforme, le tout en quelques minutes. Ils ajoutent qu'aucune action nerveuse ne peut occasionner la soudure d'os brisés. Ils disent, sous forme de conclusion, que la guérison instantanée d'une fracture compliquée est contraire à toutes les lois de la nature que nous connaissons et que, par suite, la guérison de Pierre de Rudder est due à des agents surnaturels.

Le D"^ John Sherry habite 829, Goswel Road, Londres, E. C, et le D^ O'Donnel, Indd Str., Londres, W. C. Nous ignorons s'ils sont protestants ou

catholiques, mais il serait facile de leur écrire et d'obtenir, sur leur enquête, des détails plus circonstanciés.

Les médecins hollandais

Un certain nombre de médecins hollandais faisaient partie du pèlerinag^e des médecins catholiques à Rome. Ils nous édifièrent beaucoup par leur foi vive, par leur zèle pour le développement des œuvres catholiques. Nous donnons un résumé des communications qu'ils firent au congrès.

Le D"" Jorissen, d'Amesfort, nous disait, dans son rapport : « Nous ne sommes, en Hollande, que dix-huit cent mille catholiques, et nous avons dépensé 20 millions pour la construction de nos hôpitaux. Nous avons reçu, l'année dernière, plus de cinquante mille malades ; le peuple hollandais tient nos relig'ieux et nos religieuses en haute vénération et, à tous ces religieux dévoués, rendent hommage aussi bien les Israélites et les protestants que les catholiques.

« Grâce à Dieu, le kulturkampf n'est pas connu en Hollande. Nos frontières hospitalières s'ouvrent largement devant ces religieux, pour lesquels on a fait la patrie trop étroite. Ils viennent parmi nous sous l'égide de la liberté chrétienne, reconstituer leur famille dispersée et poursuivre les grandes tâches de dévouement dont notre patrie et nos œuvres recueilleront les heureux effets. »

Le Dr Hoffmann nous disait, de son côté : « Nous engageons notre parole et nous le déclarons au pied du trône pontifical: nous sommes catholiques jusque dans la moelle des os : nous vénérons l' l'église et ses lois. Le premier médecin qui a reconnu, parmi nous, en public, le caractère extraordinaire des guérisons

48 l'œuvre de lourdes

de Lourdes, est un catholique, le D' Van Eeden.Plus tard, leD' Banning ne craignit pas d'entrer en lutte, pour prendre la défense de Lourdes, contre le roman de Zola, et ce fut M. Riko qui vulgarisa, parmi nous, les travaux de M. le D' Boissarie. C'est ainsi qu'au milieu de tous les systèmes qui niaient l'existence de l'àme, au milieu de ces souffles de mort et de néant qui dévastaient notre pays, la Vierge de Lourdes apparut sur notre horizon, resplendissante de gloire et de lumière céleste. »

Tous les pays du monde ont envoyé des médecins à Lourdes et tous ces médecins ont laissé trace de leur passage dans notre Bureau des Constatations.

Combien de médecins ont emporté, de leur pèlerinage, des consolations et des espérances qu'ils n'avaient pas entrevues jusque-là ! Le D' Longo, ancien anarchiste, est Franciscain ; le D' Piou de Saint-Gilles, Père Rédemptoriste ; le D' Bull, protestant converti, est resté dans nos rangs. Nous avons raconté la vie et la conversion de deux de ses confrères.

Faut-il fermer Lourdes au nom de l'hygiène?

M. le Dr Vincent, agrégé, ancien chirurgien de la Charité de Lyon, reprenant pour son compte cette consultation d'un nouveau genre, a recueilli près de trois mille réponses de médecins. Nous trouvons dans ses listes des noms qui font autorité dans la science, des professeurs, médecins des hôpitaux, des membres de l'Académie. Tous se prononcent en connaissance de cause, ils ont visité Lourdes et sa piscine : tous sont unanimes à reconnaître que Lourdes rend de très grands services aux malades; que les dangers de

LES MÉDEt'.INS A LOURDES 49

contagion sont à peu près nuls, et les lois de l'hygiène bien sauvegardées. M. le professeur Renon, médecin de la Pitié, a donné sur cette question des conclusions qui semblent mettre fin aux débats (i).

Il dit: « S'il fallait fermer au nom de l'hygiène tout ce qui n'est pas conforme aux règles actuelles, il faudrait faire évacuer les hôpitaux, imposer relâche aux trois quarts des théâtres, démolir la moitié de la capitale. Et nous, les éternels berceurs de la douleur humaine, nous n'avons le droit de dire à personne : « Ta vie est finie, ne cherche pas au delà. » Briser le ressort moral que donne l'espoir, c'est plus qu'une cruauté, c'est presque un crime. »

Ce sont les forces morales qui mènent le monde.

Parler de fermer Lourdes, c'est oublier son caractère international. Si on fermait sa grotte sur les bords du Gave, pourrait-on fermer tous les sanctuaires du monde entier, fermer la grotte qui s'élève à l'ombre de Saint-Pierre dans les jardins du Vatican? En Belgique, on compte plus de grottes et de statues de Notre-Dame de Lourdes que d'églises paroissiales ; toutes les nations ont adopté le culte de notre madone pyrénéenne.

Il faudrait arrêter ce courant d'un million d'étrangers qui se se succèdent, chaque année, sur les bords du Gave. On n'arrête pas, par un décret, de pareils courants, la foi des pèlerins serait rendue plus vive par la persécution.

Si l'on fermait Lourdes, on préparerait une revanche

(1) Parmi les médecins qui se prononcent en laveur de Lourdes, nous comptons, nous dit M. le D' Vincent: 13 membres de lAcadémie de médecine, 36 professeurs de facultés de médecine, 16 professeurs d'écoles de médecine, 85 médecins des hôpitaux, 44 chirurgiens des hôpitaux ; 60 anciens chefs de clinique, de laboratoires, de travaux, licenciés, etc., etc. ; "76 anciens internes des hôpitoux de Paris, 62 anciens internes des hôpitaux de Lyon, 66 anciens internes des hôpitaux de province.

Un très grand nombre font partie de sociétés savantes et ont acquis, par leurs ouvrages, un nom apprécié dans la science.

5o l'œuvre de lourdes

éclatante, et nous entendons déjà les chants de triomphe qui nous ramèneraient des foules plus nombreuses. Lourdes fait partie du patrimoine de l'Église catholique, aucune puissance humaine ne peut effacer les enseignements partis de la grotte, ils sont gravés dans les replis les plus intimes de nos âmes.

Cette consultation du corps médical nous a permis de mieux faire connaître tous les détails de l'organisation de nos pèlerinages.

Lourdes. — Ses trains de malades, ses hôpitaux, ses piscines.

Nous recevons, chaque année, deux cent cinquante à trois cents trains de pèlerinages. Nos trains ont réalisé des progrès considérables, pour le transport des malades. Les wagons les prennent à leur point de départ et les conduisent jusqu'à Lourdes ; il n'y a pas de transbordement en route ; par suite, pas de possibilité de contagion.

Des infirmiers et des infirmières dévoués accompagnent les malades; les médecins montent dans les trains et donnent, pendant le trajet, tous les soins nécessaires. Ces jours derniers, les pèlerins de Lyon conduisaient avec eux six médecins, qui portaient les dossiers des malades et ne les ont pas perdus de vue pendant leur séjour ici. Les Belges méritent une mention particulière : ils ont réalisé le dernier mot du progrès avec leurs wagons-hôpitaux, qui ont figuré dans dwerses exposilionsi. Les lits sont superposés comme les couchettes de nos chemins de fer, mais l'espace est beaucoup plus large : les parois du Avagon sont en glaces, et les malades peuvent jouir des perspectives variées qui se succèdent dans la traversée de la France.

LES MÉDECINS A LOURDES 5l

Dans ce wagon se trouve une pharmacie, une salle pour les médecins, un autel où l'on dit la messe. C'est un véritable hôpital roulant dont le confort atteint et dépasse toutes les installations de nos trains de luxe.

Les grands wagons contiennent vingt-quatre lits isolés, suspendus sur de puissants ressorts ; un système de panneaux mobiles, découpés sur les parois, permet de retirer ces lits des gaines, où ils sont enchâssés, et de transporter directement les malades à l'hôpital ou à la grotte.

Dix, quinze médecins accompagnent les trains belges, sont prêts à répondre à tous les appels. Chaque malade reçoit les soins d'une infirmière dévouée, qui s'attache à lui et dont la sollicitude le suivra même au delà du pèlerinage. A l'hôpital, les médecins belges installent des postes de secours munis de tous les pansements et de tous les médicaments utiles. Là, se tient en permanence un médecin de garde : et dans cette salle tous les médecins se réunissent, chaque jour, pour rendre compte des améliorations constatées et de tous les incidents du pèlerinage.

On comprend que des malheureux qui n'ont connu de la vie que les privations et les souffrances, entendant murmurer à leurs oreilles les plus douces consolations, entourés d'un confort bien inconnu pour eux, soient bercés non par une suggestion, un rêve, mais par la plus douce des réalités. Quel admirable moyen de soulager la misère humaine, et cependant si nous ne pouvions olFrir à nos malades (jue ces soins matériels et ces installations conforlables, il y a longtemps que les chemins ([ui conduisent à Lourdes seraient abandonnés; mais une pensée plus haute les conduit: sans espoir de guérison du côté de la science, ils viennent faire appel à la suprême miséricorde.

52 l'œuvre de lourdes

Lourdes est la ville d'eau des pauvres et des déshérités, des malheureux sous toutes les formes, et ces malheureux se trouvent à tous les degrés de l'échelle sociale.

Vous ne rencontrerez pas nos malades dans les trains de voyageurs, vous ne serez pas exposés à respirer leur haleine, à subir leur contact. Nous ne les abandonnons pas ainsi perdus dans la foule. Nos trains les protègent et nos trains sont une garantie pour la santé publique, et je comprends que M. le D»^ Biraud, de Poitiers, ait pu répondre à M. de Bonnefon : « L'exode des trains de malades à travers la France ne présente aucun inconvénient pour la santé publique. Membre de la municipalité de Poitiers et vice-président de la commission d'hygiène de cette ville, où, depuis la création des pèlerinages nationaux, se sont arrêtés et ont séjourné des centaines de mille de pèlerins, j affirme que notre cité est restée absolument indemne de toute infection et de toute contagion, en particulier au point de vue de la tuberculose. »

Ainsi donc, nous avons des trains spéciaux pour nos malades, et c'est un progrès que personne ne peut contester. Tous les soins sont assurés, toutes les lois de l'hygiène observées, sous le contrôle des médecins attachés à ces trains. Un très nombreux personnel d'intirmiers et d'infirmières, intelligents et dévoués, veillent sur les malades. Si les Belges ont atteint le dernier mot du confort et du luxe, tous les pèlerinages ont adopté la même organisation, et tous viennent avec leurs médecins.

Il n'est pas permis d'ignorer tout cela quand on parle de Lourdes.

Les hôpitaux à Lourdes

A Lourdes, il n'y a pas d'hôpital dans le sens propre du mot; nous n'avons que des abris temporaires, qui servent pendant la nuit ou dans des cas exceptionnels. Les malades passent leur temps au grand air, en pleine lumière et bénéficient de tous les

Les piscines de Lourdes

avantages de la vie au dehors. Ils étaient enfermés chez eux dans des espaces trop étroits, sans air, sans soleil; anémiés par des séjours prolongés dans des salles d'hôpital, ils retouvent dans l'air vivifiant de nos montagnes une vie nouvelle. Leur teint se colore, ils mangent, ils dorment, c'esl le premier bénéfice qu'ils trouvent à Lourdes.

54 l'œuvre de lourdes

Si l'on pouvait disperser ainsi les malades de nos hôpitaux, pendant les jours d'été, dans des parcs ou des jardins, on réaliserait un bénélice supérieur à celui de la croisée ouverte pendant la nuit, souvent dans une rue étroite, aération bien insuffisante pour nos malheureux phtisiques.

Si nos trains ont réalisé de grands progrès pour le transport des malades, leur installation à Lourdes, leur vie au grand air marque un progrès plus décisif encore et ce que nous avons inauguré devra s'imposer tôt ou tard aux administrations de nos hôpitaux.

Les piscines à Lourdes

Nous n'avons pas à Lourdes de piscines dans le sens littéral du mot.

Dans les stations thermales, la piscine est une grande pièce d'eau où les malades se baignent ensemble, cinquante et plus à la fois; tous les contacts s'imposent, l'eau n'est pas renouvelée et l'air de la salle finit par être vicié.

Ici rien de semblable. Les malades ne font que des immersions d'une minute à peine de durée ; le malade est seul, protégé par un rideau, l'air circule partout autour de lui et la piscine est remplacée par une baignoire.

Nous n'avons pas de contagieux; mais des nerveux, des paralytiques, des aveugles, des sourds, des enfants rachitiques.

Les grands malades, les tuberculeux à la dernière période, les cardiaques ne sont pas plongés dans la piscine; on leur fait des lotions partielles, sans

les enlever de leurs couches; les plaies qui pourraient être contagieuses sont mises à part, baignées à la fin des séances et l'eau est soigneusement renouvelée après leur immersion. Avec le personnel nombreux, expérimenté qui dirige les piscines, nous pouvons être certains que toutes les précautions sont prises; nous n'avons jamais d'accidents et cependant on donne chaque année 70 à 80.000 bains.

Nous avons, dans nos piscines, des ablutions froides très rapides, avec des réactions franches; c'est le traitementde Kneipp, admirablement complété par la vie mouvementée de nos malades, les uns dans leur voiture, les autres sur leurs brancards, mais tous également entraînés.

En résumé, nos trains ont réalisé un très grand progrès; nous avons donné des indications qui seront suivies, non seulement pour le transport des malades de nos hôpitaux vers les divers sanatoria, mais encore on se demandera s'il ne serait pas possible d'avoir des trains spéciaux pour les milliers de tuberculeux qui se rendent chaque année dans nos stations thermales et climatériques.

L'application peut être difficile, mais l'indication est posée.

De même, le jour où nos hôpitaux pourront s'ouvrir sur la campagne et procurer à leurs malades tous les avantages de la vie au grand air, en plein soleil, on aura réalisé un grand progrès.

Entin, nous avons dans la piscine un traitement hydrothérapeutique toujours favorable, chez les phtisiques, surtout lorsqu'ils sont réchauffés par le soleil, ce grand destructeur de microbes.

Voilà, sans doute, pourquoi la mortalité est si faible à Lourdes : un million d'étrangers et quinze mille malades qui passent ici ne donnent que huit à onze

décès par an. La ville n'a pas d'épidémies, et, depuis quarante ans, la moyenne de sa mortalité varie de dix-huit à vingt-six par mille, et tend plutôt à décroître.

Pour justifier ces conditions exceptionnelles de salubrité, il fallait établir que les règles de l'hygiène étaient sauvegardées et que nous étions même en progrès sur les organisations officielles.

Page 1