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CHAPITRE IV

LES PRINCIPALES GUERISONS OBSERVEES A LOURDES DEPUIS 1900 jusqu'aux DERNIERS PELERINAGES

Péritonites tuberculeuses. — P. Salvator, capucin. — Marie Baillj. — M"^ de Franssu, de Tournai.

Dans notre dernier ouvrage, Les Grandes Guérisons de Lourdes, nous nous sommes arrêtés à l'année 1900; nous allons continuer le récit des principales guérisons constatées depuis cette époque.

Nous reprendrons nos études sur la suggestion. Les progrès de la science, les observations que nous relevons dans notre Bureau nous obligent à compléter sans cesse nos travaux à ce sujet.

L»E P. SAliVATOR

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Le 25 juin 1900, à une heure de l'après-midi, le P. Salvator (Rouelle d'Omfront), de la maison de Dinard, descendait à la gare de Lourdes. Soutenu par deux autres religieux, il marchait, ou plutôt il se

traînait, courbé, plié en deux, la figure émaciée, le regard éteint. On voyait qu'il était encore jeune, mais il était difiicile de mettre un âge sur cette physionomie décomposée.

La pensée d'être à Lourdes semblait pourtant le ranimer un peu. Le voyage avait été moins pénible qu'on ne le craignait, il était arrivé vivant, c'était tout ce qu'on demandait, et plus que les médecins n'osaient espérer.

Lorsque les religieux viennent demander leur guérison, leur maladie est toujours sérieuse : ce sont des mourants que l'on nous envoie.

Le P. Salvator était tuberculeux; ce n'était pas le poitrinaire vulgaire, avec des lésions limitées aux poumons ; les lésions étaient partout, et surtout du côté du péritoine. Depuis quinze ou dix-huit mois, il se faisait sur ce point des poussées plus rapprochées et plus graves.

Le médecin, qui l'avait vu la veille à Nantes, lui avait dit : «Vous avez dans l'abdomen des tumeurs qui ne peuvent disparaître que par un miracle. » Le pauvre Père ne connaissait que trop bien son état, et ne se faisait pas illusion sur la gravité de son mal.

C'était une phtisie par contagion qui germait sur un terrain bien préparé.

La maladie. — Les médecins désespèrent de la guérison. — Le Provincial fait le vœu d'envoyer le malade à Lourdes.

Le P. Salvator finissait sa théologie dans la maison du Mans, lorsqu'il fut chargé de l'infirmerie. Il y avait là deux frères poitrinaires, dont l'un était gravement atteint. On avait écarté les jeunes religieux. Quant à lui, on lui avait laissé la garde de ce malade, il avait

PÉRITONITES TUBERCULEUSES Sq

trenle-qualre ans, il paraissait pouvoir résister davantage.

Pendant quatre mois il n'a pas quitté le chevet de ce poitrinaire, vivant de sa vie, passant les nuits à ses côtés, respirant le même air, ne prenant aucune précaution pour se préserver de la contagion.

La contagion était partout autour de lui; en dehors des lésions du poumon, le malade avait encore des plaies tuberculeuses à la figure qu'il fallait laver et panser chaque jour.

Avant la mort de ce Père, le P. Salvator fut pris d'une toux sèche, persistante, d'une fatigue générale, d'une fièvre lente; lorsqu'on le fit ausculter, plusieurs mois après, on reconnut une induration tuberculeuse du sommet du poumon droit.

Le Père résistait pourtant de son mieux, il voulait être ordonné prêtre au mois de juin, il le fut en effet, mais déjà il avait le pressentiment de sa mort. Ses titres universitaires le firent choisir, quelque temps après, comme directeur de l'école de Dinard. Dans ce dernier poste, le i5 janvier 1899, une crise d'une gravité extraordinaire se déclare. La fièvre esl à ^o'^. Est-ce l'influenza? la fièvre typhoïde? Les médecins prononcent ces deux mots; mais n'est-ce pas plutôt une poussée tuberculeuse généralisée?

Il s'est fait une incubation lente et la maladie éclate brusquement comme un violent incendie. Au mois d'avril commencent ces poussées de péritonites qui ne s'arrêteront plus. Quatre médecins sont appelés en consultation; le D^ Ménager, de Nantes, nous dit : « On nous réunissait avec le D"^ Mordret, du Mans, pour faire un lavage du péritoine, mais devant l'épuisement du malade dont le pouls irrégulier battait i3o fois par minute, avec l'absence de liquide dans le péritoine, avec les indurations que l'on sentait partout, nous

6o l'œuvre de lourdes

avons décidé d'un commun accord que nous ne tenterions pas l'opération. »

Le Provincial voyant l'état désespéré du malade, avait fait le vœu de l'envoyer à Lourdes s'il pouvait supporter le voyage. Pendant un an, on avait essayé vainement de mettre ce vœu à exécution.

« C'est une folie, disait le médecin, le malade mourrait en route. » Le P. Salvalor avait dit à son supérieur : «Je vous dégage bien volontiers de ce vœu, je fais le sacrifice de ma vie, je crois néanmoins que si j'allais à Lourdes, je serais guéri, mais il n'y faut pas songer. »

Cette alternative cruelle s'était prolongée pendant quinze mois: quelques jours avant le départ, le Père rejette la sainte hostie que l'on a dû recueillir sur le corporal; son estomac ne digère plus rien; souvent, nous dit-il, après la sainte communion, je sentais les saintes espèces encore intactes qui remontaient dans ma bouche, à trois et quatre reprises différentes pendant une heure; je recommençais mon acte d'adoration etj'attendais, plein d'anxiété, la lin deces convulsions.

Au mois d'avril dernier, le Provincial lui dit : « Quoi qu'ilarrive, à l'automne vous irez àLourdes. — Al'automne, mon Père, je ne serai plus en vie. » En effet, les crises se rapprochent, s'aggravent. C'est alors que voyant tout espoir perdu, on fait partir le malade avec ses deux intirmiers. De nombreux et lidèles amis s'intéressent à sa guérison. Trois d'entre eux veulent payer les frais de son voyage; un juif converti que le Père avait conau dans le monde, qu'il avait aidé de ses conseils, un médecin, son parent, son ancien directeur de Notre-Dame des Victoires. Le samedi 23 juin on arrive à Nantes ; c'est là que le D^ Ménager constate l'étal du pauvre religieux. « Je le trouve très faible, nous écrit noire confrère, l'amaigrissement est très marqué depuis ma dernière visite, le

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