‹ L'Œuvre de LourdesChapitre 15 sur 47 · LE PERE SALVATOR · texte numérisé non relu

LE PERE SALVATOR

Capucin de la Maison de Dinard Ancien professeur de l'Université

ventre est ballonné, farci d'indurations, surtout à gauche, et lorsque le malade me dit qu'il guérirait à Lourdes, cela me fit sourire. »

Le lundi, à i heure, on arrivait en gare de Lourdes, et nous venons de voir dans quel triste état ce religieux descendait de wagon. On le conduit directement à la grotte; il reste une heure en prières , attendant l'ouverture des piscines. A 2 heures, il entre dans l'eau, il est suffoqué, il pousse deux ou trois cris étouffés, et bientôt il se redresse, il ne sent plus aucun malaise, il a de la peine à contenir l'expression de sa joie. Lui, tout à l'heure courbé comme un vieillard, le voilà bien droit, libre dans tous ses mouvements ; il revient à la grotte et de son cœur ému monte vers la Vierge un hymne de reconnaissance que nous ne saurions traduire.

Il est 4 heures lorsqu'il vient au Bureau des Constatations. « Je ne sens plus aucun malaise, nous ditil, et depuis trois ans je n'ai pas eu un jour, une heure sans souffrance. »

Nous examinons le Père, son ventre est souple, sans gonflement, sans douleur, les indurations ont disparu; à peine reste4-il quelques petites traces de ganglions à gauche.

En nous quittant, il nous dit : « Je suis à jeun depuis vingt heures, et depuis dix-huit mois, je n'ai pris aucune nourriture solide; puis-je manger? — Si vous êtes guéri, lui dis-je, vous n'avez plus aucun régime à suivre, mangez à votre gré. » Il rentre à l'hôtel à 5 heures; alors, c'est une véritable gageure, il mange de tout, des mets les plus indigestes, il ne peut se rassasier, et le lendemain, après une nuit excellente, il déjeune deux fois. Cependant, dès le second jour, il faut mettre quehjue règle dans ses repas; après une inanition si prolongée, il faut laisser l'économie se ressaisir d'une façon lente et graduelle.

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Le retour. — Les impressions des médecins de Nantes et de Dinard

Le Père reste six jours à Lourdes et prend régulièrement deux bains de piscine par jour. Il part le samedi pour Nantes, il fait le voyage sans ressentir aucune fatigue. A Bordeaux, il dine au buffet, mange avec grand appétit; la cherté des vivres, seule, nous dit son compagnon, limite le repas de l'ex-malade.

De Bordeaux à Nantes, il repose profondément et ne se réveille qu'une fois : il arrive à 5 heures du matin. Avant de rentrer dans son couvent, il veut aller voir son médecin, il a hâte de recueillir sa première impression, il veut qu'il le voie dans les conditions les plus défavorables, avant de prendre aucun repos, sa guérison ne sera que mieux constatée.

Le docteur se lève pour le recevoir: il l'examine, il est renversé, il pleure de joie: « J'admirais votre foi en partant pour Lourdes, mais je n'espérais nullement vous voir revenir guéri. Je regrette beaucoup de ne pas vous avoir fait examiner par le professeur X..., qui ne croit pas au miracle. »

Le docteur nous écrit de son côté: « En quittant le malade, le samedi aS juin, je ne pus cacher aux autres Pères mon incrédulité profonde pour sa guérison. Deux jours après, une dépèche m'apprenait l'événement, je n'y crus pas encore et je me dis : Que sont devenues toutes ces tumeurs? Enlin aujourd'hui, ler juillet, à l'arrivée du train, à 5 heures et demie du matin, je suis réveillé [)ar le P. Salvalor. qui vient me faire constater sa guérison ; je le fais coucher sur une chaise longue et, malgré un minutieux examen, je ne trouve plus d'induration, sauf peut-être une très petite au niveau du liane gauche.

« J'ai été émerveillé, attendri, j'alïirme (j[u'il est

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impossible avec des moyens naturels d'arriver à un pareil résultat; j'avais nié jusqu'ici les faits miraculeux qu'on m'avait racontés, mais je m'incline devant ce fait merveilleux qui s'est passé sous mes yeux. »

Le docteur de Dinard, celui qui s'opposait au voyage, devait à son tour apporter son témoignage; comme son collègue de Nantes, il constatait la guérison, tout en renonçant à l'expliquer d'une façon naturelle.

Le Père nous écrit : « Le lundi 2 juillet, à i heure, nous quittions nos frères de Nantes et à 6 heures nous étions à Dinard.

« En descendant du train, j'allai directement frapper à la porte du D' Lecovec. En une seconde j'eus quitté mon habit, pour permettre au bon docteur de m'ausculter, dans les coins et recoins : « Il y avait là, me « dit-il, une masse d'induration qui remplissait tout « le ventre; je n'en trouve plus trace.

« — Qu'avez- vous ressenti dans lapiscine ? — Rien. » Il resta interdit. Il cherchait comment l'eau miraculeuse avait pu opérer pareil prodige. Mais la sainte Vierge ne livre son secret à personne, sans diplôme de médecin elle guérit quand et comme il lui plait. »

Avant de partir pour le Mont-Dore, dans le commencement de juin, le D' Lecovec avait dit à son remplaçant: a II y a chez les capucins un Père dont l'état est désespéré..., c'est la fin. » A son retour, il trouvait le Père guéri contre toute prévision et par un procédé qui n'était plus de son ressort; la sainte Vierge venait, dans une seconde, de ressusciter son malade.

Dans un certificat très consciencieusement rédigé, le D'^ Lecovec établit que le P. Salvator avait une péritonite tuberculeuse des plus graves; le ventre était ballonné, farci d'indurations, et l'état général très mau-

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vais, le Père ne se nourrissait pas, gardait le lit, la iièvre montait souvent jusqu'à 4o°-

Le docteur ajoute : «Le i^' juin, je partis pour le Mont-Dore, laissant le malade dans itn état fort inquiétant. A mon retour j'appris qu'il était à Lourdes et, le 2 juillet, à 6 heures du soir, je voyais le Père entrer dans mon cabinet pour me faire constater sa guérison. Après un examen minutieux, je constatai que le ventre avait repris sa souplesse, qu'il n'était plus douloureux, qu'il n'y avait plus trace d'indurations, si ce n'est une petite à gauche. »

«Cependant, la veille de la guérison, le 24 juin, le D' Ménager, de Nantes, avait constaté comme moi la présence de ces tumeurs, de ces fausses membranes. Le lendemain,à 5 heures, trois médecins constataient, à Lourdes, qu'il ne restait plus trace de ces masses indurées qui remplissaient tout le ventre. J'affirme, conclut le D"^ Lecovec, que la disparition subite de toutes ces lésions ne peut s'expliquer que par une interçentlon divine. »

Le D' Mordret résume son impression en ces termes :

« Ce religieux est allé à Lourdes et en est revenu guéri; j'ai été très heureux de le constater à son passage au Mans; j'avais vu cet homme moribond et je l'ai trouvé en parfait état de santé. »

Le P. Salvator, dans un élan de reconnaissance, nous écrit :

« Depuis mon pèlerinage à Lourdes, oîi l'on sent vraiment que la sainte Vierge a posé son pied virginal, j'aime davantage le bon Dieu, je veux mieux encore servir Notre-Seigneur; je me sens au-dessus de moimême, comme soulevé par les bras de la très sainte Vierge. J'ai promis à notre bonne Mère de m'cmployer à la faire aimer davantage, elle et son divin Fils

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Priez, pour vjue je ne perde pas le fruit d'une grâce si exceptionnelle... »

Cette guérison porte la marque d'une facture divine. C'est à son arrivée, à son premier bain, que le malade guérit. Mais aussi, quelle préparation ! comme on a prié dans les communautés! Pendant cette longue maladie, quelle résignation, quelle soumission à la volonté de Dieu !

A son départ, son supérieur lui dit : « Vous demanderez votre guérison à Lourdes, je vous l'ordonne. J'envoie souvent des religieux qui reviennent dans le même état; au lieu de demander leur guérison, ils demandent de conserver leur maladie. Ne faites pas comme eux, priez pour votre guérison.

— Je le ferai, mon Père. »

La jeunesse du P. Salvator.— Ses débuts dans l'Université. Les Capucins à la grotte de Lourdes.

L'histoire de ce religieux, sa jeunesse, sa vie dans le monde, tout présente un intérêt particulier, une note personnelle. Elevé au collège de Tinchebray (Orne), tenu par les Pères de Sainte-Marie, il avait commencé très tard ses études de latin ; à vingt ans, il finissait sa rhétorique. Il fallait opter entre le séminaire et le service militaire. Il sentait un appel vers le sacerdoce, appel encore indécis, qui ne lui permettait pas de prendre d'engagement définitif.

Pour étudier et laisser mûrir sa vocation, il entre dans l'enseignement, comme instituteur adjoint. Il prépare seul son baccalauréat; avec ce titre, le voilà maître d'étude au collège d'Argentan. La licence lui ouvre les portes du collège Rollin; c'est là qu'il tinit son engagement de dix ans, en préparant son agrégation avec le tilre de professeur suppléant.

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Par son travail opiniâtre, il avait franchi seul tous ces degrés, et l'instituteur adjoint d'une petite commune était devenu le professeur d'un lycée de Paris.

« Dans l'Université, nous dit le P. Salvator, je n'ai jamais été gêné pour mes pratiques religieuses, j'étais plus libre qu'un fonctionnaire, et mes collègues r espectaient mes convictions. J'allais chaque matin à la messe, et les deux dernières années je faisais la communion tous les jours.

« J'avais une dévotion particulière pour Notre-Dame des Victoires; c'est à elle que je dois d'avoir conservé ma vocation. J'ai fait souvent des retraites à Glamart, chez les Pères Jésuites, mais je ne trouvais pas mon orientation de ce côté.

« La dernière année, je fus mis en rapport avec le provincial des Capucins, je fis une retraite au Mans et là, je sentis un appel bien net, ma résolution fut bientôt prise. Peu de temps après, je faisais mes adieux à mon proviseur : « Oii allez-vous? me dit-il. « — Chez les Capucins. — Vous dites? — Chez les « Capucins, ma vocation m'appelle là, et je dois me « rendre. » Il n'insista pas, et nous nous quittâmes en bous termes. »

Dans la vie religieuse, c'est avec la souffrance, la maladie que le Père allait se trouver aux prises, mais la maladie, en terrassant sa constitution épuisée, n'avait pu atteindre les énergies de son àme, et c'était d'un œil tranquille qu'il mesurait l'espace chaque jour plus étroit qu'il lui restait à parcourir.

Sous ces robes de bure, nous trouvons des coeurs généreux et souvent des intelligences d'élite, des hommes pris dans les milieux les plus élevés de la société.

Parmi les Frères Mineurs qui sont venus à la grotte dans ces dernières années, nous en avons surtout

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remarqué trois : un médecin de Paris, un officier supérieur de la marine, et le professeur de l'Université dont nous parlons ici.

Le médecin, nous avons raconté sa vie sous ce titre : Conversion d'un anarchiste. Après avoir connu tous les entraînements et suivi les plus dangereuses doctrines, il est entré chez les Frères Mineurs de la rue de Puteaux. Nous aurions quelque peine à reconnaître le collaborateur du journal La Révolte, dans ce moine au regard doux, presque timide, qui passe inaperçu au milieu de ses frères.

Un capitaine de frégate, officier de la Légion d'honneur, venait aussi sous le costume des capucins.

J'étais d'autant plus heureux de le voir que nos deux fils, officiers de marine, étaient ensemble à ce moment à l'école des torpilles. En échangeant nos souvenirs communs, je sentais que sous l'habit du religieux le cœur du père était resté bien vivant et vibrait à l'unisson du mien.

Enfin, le P. Salvator est un ancien universitaire. Pendant près de dix ans, il a tenu sa place, avec honneur, dans un lycée de Paris. Il était sur le chemin de l'agrégation, lorsqu'il a entendu l'appel de Dieu.

Notre société, si éprise d'égalité, devrait reconnaître comme ses meilleurs citoyens ces hommes qui sacrifient les plus brillants avenirs, pour se dévouer aux tâches les plus humbles. Ils tiennent souvent au peuple par leur origine^ parfois aux classes supérieures par les positions qu'ils ont occupées dans le monde.

Quoi qu'elle fasse, notre démocratie si tourmentée ne pourra arracher de ses flancs des hommes qui lui sont dévoués jusqu'aux moelles et qui dépensent leur santé, leur intelligence, leur vie tout entière, pour conserver la foi parmi nous.

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Le 22 juillet, le P. Salvator nous écrit : « Depuis mon retour de Lourdes, j'ai engraissé de dix-sept livres, à peu près d'une livre par jour; tout le monde est surpris de la rapidité avec laquelle reviennent mes forces. »

Mflt^lE BAIIiIiV

La guérison de Marie Bailly est une des plus intéressantes que nous ayons constatées. EUeest intéressante surtout au point de vue scientifique ; il est impossible de trouver une enquête conduite avec une méthode plus sûre, plus rigoureuse. Depuis trois ans, cette jeune fille est en traitement dans les hôpitaux de Lyon et de Sainte-Foy; huit médecins lui ont donné leurs soins et viennent apporter leur témoignage. Un médecin, dont on ne peut soupçonner ni le talent ni l'impartialité, monte dans le train du pèlerinage, il ne perd pas un instant cette malade de vue; à Lourdes il la suit à l'hôpital, à la grotte, aux piscines, partout.

11 est témoin de sa guérison, il note heure par heure, minute par minute, les changements qui s'opèrent sous ses yeux. C'est en quelque sorte une résurrection qu'il décrit en homme de science, écartant de sa pensée et de sa plume tout commentaire, notant un à un tous les symptômes qu'il constate : cette respiration haletante qui se régularise, ce cœur agonisant qui reprend un rythme, ces joues violacées qui se colorent de teintes roses. C'est une photographie qui l'ait passer sous nos yeux l'image d'un des drames

les plus émouvants ; la science seule pouvait fixer ainsi avec précision tous les détails d'une guérison trop importante pour être abandonnée au jugement, aux impressions de la foule.

Sa jeunesse, sa maladie

Le père et la mère de Marie Bailly sont morts de tuberculose pulmonaire, un de ses frères est mort de la même maladie, un autre a été réformé par le conseil de revision comme tuberculeux. Marie Bailly devait échapper difficilement à cette influence héréditaire. «Dèsl'âgede treize ans, nous dit-elle, le médecin dema famille, le D^^ Terver, me conseille le séjour à la campagne et m'interdit tout travail intellectuel. J'avais une toux très inquiétante, souvent des crachements de sang, des bronchites interminables pendant l'hiver. Après des alternatives diverses je fus prise à dix-sept ans, au mois de février 1896, d'une double pleurésie avec épanchement considérable; je dus entrer à l'hôpital Saint-Joseph pour être opérée; mon état était si grave que le D^ Ghabalier refusa de faire la ponction, disant que je ne passerais pas la nuit. On me fit administrer et la Sœur me mit au cou une médaille miraculeuse.

« Contre touteattente, le lendemain j'étais mieux et les docteurs me trouvèrent en état de supporter l'opération. Ils sortirent deux litres et demi de liquide dans deux ponctions successives. J'ai gardé le lit cinq mois ; après ma sortie de l'hôpital, je me suis remise assez pour pouvoir mener le train de vie ordinaire pendant deux ans.

« La mort de ma mère survenue en décembre 1898 provoqua de nouveaux accidents : j'étais enflée des pieds jusqu'à la tète, j'étouffais; nouveau séjour

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à l'hôpital Saiiit-Josepli, dans le service du D»" Clément. La feuille d'observation porte dyspnée nerveuse, mais dans l'espace de deux mois on me mit sept vésicatoires; je prenais des calmants, mais aussi du phosphate de chaux et du cacodylate; comme je ne me remettais pas, on me tit partir le 7 avril 1899 pour l'hôpital de Sainte-Foy. »

Le D' Roy, médecin de l'hôpital, écrit sur safeuille: tuberculose pulmonaire, laryngite. Il continue l'arsenic en pilules et en injections, donne la créosote, essaie de la chaise longueau grand air. La voix s'éteint, la maladie semble gagner le larynx, on fait des attouchements des cordes vocales à l'acide lactique. Le D'^ Fondet reconnaît une infiltration des cartilages; espérant qu'un air plus pur pourrait être favorable, au mois de mai 1901, Marie Bailly part pour Ghabannes, près Le Puy.

C'est à ce moment que la malade ressentit de violentes douleurs dans les intestins et que la tuberculose parut vouloir étendre ses ravages de ce côté. L'été se passe dans de mauvaises conditions, l'état général décline, la malade maigrit, l'appétit se perd. Le ventre augmente de volume, devient très sensible. Le 7 novembre 1901, cette jeune fille revient à l'hôpital Sainte-Foy. Le D' Roy fait le diagnostic de péritonite tuberculeuse. La malade se mit au lit au commencement de décembre pour ne plus se relever que le 128 mai 190.2 dans la piscine de Lourdes. Au mois de janvfer 1902, douleurs de tète violentes, raideur de la nuque et des membres, délire. Le D^ Roy reconnaît une méningite tuberculeuse, le pronostic lui parait fatal; un jour môme il aurait signé son certificat de décès.

Vers la fin de février, la méningite guérit, mais la péritonite continue son évolution. Au mois de mars, le D' Roy envoie sa malade à l'hôpital Saint-Joseph

pour être opérée: c'est une dernière tentative pour enrayer les progrès de la péritonite.

Marie Bailly fut reçue dans le service du D' Goullioud, chirurg-ien de l'hôpital. Ce dernier examine la malade, il l'ausculte et la fait ausculter, il fait rédiger par son interne son observation. Il rappelle les mauvais antécédents; le ventre est ballonné, douloureux, pas de liquide. Au poumon, souffle caverneux au niveau de l'épine de l'omoplate droite; la température présentait de grandes oscillations, pas d'albumine. Le D» Goullioud fait le diagnostic de péritonite tuberculeuse, g\. devant la gravité de l'état général, l'opération lui paraît contre-indiquée.

Il fait passer la malade dans le service du T>^ Clément ; ce dernier fait également, nous dit-on, le diagnostic de péritonite tuberculeuse, nous n'avons pas son observation. Marie Bailly ne resta que quelques jours dans ses salles et fut renvoyée de nouveau à l'hôpital Sainte-Foy. Son état continue à s'aggraver, son amaigrissement est extrême, le ventre très douloureux; le D' Roy la considère comme perdue, il la laisse partir pour Lourdes avec un certificat où il affirme l'existence d'une péritonite tuberculeuse.

Jusque-là, tout paraît justifier ce diagnostic : les antécédents, la pleurésie, les poussées tuberculeuses du côté de la poitrine et des méninges, les affirmations du Dr Goullioud, le certificat du D' Roy, qui a gardé deux ans et demi cette malade dans les salles de son hôpital; l'accord paraît unanime.

Le pèlerinage. — La guérison

« Comment suis-je venue fi Lourdes? Sans doute par un secret dessein de la Providence, nous dit Marie Bailly. Depuis longtemps je ne demandais plus

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ma giiérison. Un jour, à l'hôpital, le médecin dit devant moi que j'étais poitrinaire; ce fut un jçrand déchirement, j'avais vingt ans à peine, et je ne pouvais me faire à l'idée que j'étais condamnée sans espoir; on accepte la maladie, la souffrance, tant qu'une lueur subsiste à l'horizon, mais si l'avenir se ferme brusquement, c'est la mort, c'est le tombeau.

Le transport des malades

Cependant, peu à peu je réagis, je lis le sacrifice de ma vie, j'attendais ma fin, soumise, résignée, et je ne comprends pas comment j'ai eu la pensée d'aller à Lourdes.

«Une nuit, dans le courant du mois de mars, dans un moment de cruelle souffrance, cette pensée de Lourdes s'est présentée brusquement à mon esprit: j'ai compris que là je devais trouver la guéiison. Malgré l'opposition des membres de ma famille, des religieuses même qui essayaient de me détourner de cette idée, ne me trouvant pas en état de supporter le voyage, je me suis fait inscrire et je suis partie avec

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les malades du pèlerinage; ou m'a portée sur une civière dans le train, où je fus couchée surun matelas, repliée sur moi-môme, le wagon trop étroit ne me permettant pas de m'élendre.

Le voyage fut extrêmement pénible; les douleurs d'entrailles étaient horribles, je crus que je n'arriverais pas vivante à Lourdes. Le docteur, qui est resté longtemps dans mon compartiment, a dii s'étonner de me voir résister. Il me demandait si je pensais guérir, si j'avais la foi ; il ajoutait : « Touslesmaladesensontlà. » Et moi je pensais que la sainte Vierge me guérirait, maisj'ajoutais : « Qu'ellese dépèche, car je m'en vais. » Pendant tout le voyage, je n'ai rien pris, pas même une cuillerée de thé. »

Nous prenons ici le récit du médecin. Il est auprès de Marie Bailly pendant le voyage, il ne la perdra pas de vue pendant toute la durée du pèlerinage.

Lundi -20 mai. Dans le train. — Jeune fille de vingt-deux ans, pâle, amaigrie, les traits tirés, couchée sur le dos, habillée d'une robe noire dont la jupe est maintenue par un ruban tixé par une épingle.

Elle attire immédiatement l'attention sur son ventre, très ballonné. Il y a, du côté gauche, une saillie un peu plus marquée, là se trouve une masse plus résistante: pas de sensation liquide, matité à la percussion.

Il semble que l'abdomen contient des masses dures séparées par une partie plus dépressible ; c'est l'aspect d'une péritonite à forme ulcéro-caséeuse. En présence de ces symptômes, des antécédents héréditaires et personnels, du diagnostic d'un chirurgien aussi compétent que le D' GouUioud, j'ai fait le diagnostic de péritonite tuberculeuse. Il était impossible de faire raisonnablement une autre hypothèse.

La pression sur la partie gauche du ventre est très douloureuse, la respiration rapide et saccadée. Pouls

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à 120, œdème des jambes. A certains moments, la figure se crispe: néanmoins, la malade est calme, pas d'exaltation mystique.

Mardi ay mai. Lourdes. — A 2 heures, la malade est descendue du train et transportée à l'hôpital, salle de l'Immaculée-Gonception. Elle est couchée et mise au repos jusqu'au lendemain. Sous l'influence du voyage son état s'est aggravé. Vomissements, douleurs beaucoup plus fortes; la respiration s'est accélérée, pouls à 120.

Mercredi 28 mai. — Malgré le repos, l'état de la malade ne s'est pas amélioré. Sur sa volonté expresse, on la met sur un brancard, on la transporte à la grotte, aux piscines; on ne la baigne pas, on ne lui fait que quelques lotions d'eau froide sur la poitrine, sur le ventre. A son retour à l'hôpital, vers 10 heures du matin, son état est très alarmant. Pâle, les traits tirés, la respiration très rapide. Le cœur lâche à i5o, la ligure un peu bleue. Injection jde caféine, linges chauds, glace sur le ventre.

28 mai, I heure i5. — Etat très mauvais. La malade répond avec difficulté et d'une manière vague aux questions qu'on lui pose. Ventre très douloureux, très tendu. Pouls irrégulier, petit, presque incomptable à 160; respiration saccadée à 90, face grippée, très pâle, légèrement violacée. Le nez, les oreilles, les extrémités se sont refroidis.

A ce moment arrive le D' Geolfray, de Rivede-Gier; il regarde la malade, palpe, percute, ausculte le cœur et le poumon, il nous dit qu'elle est à l'agonie. Comme il n'y a plus rien à perdre et que la malade veut aller de nouveau à la grotte, on l'y transporte sur un brancard.

/ heure 5o. — Arrivée de la malade aux piscines. Elle est inerte, couchée sur le dos, la figure renversée en arrière, décolorée, avec une teinte violacée aux

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pommettes, respiration très rapide ; sous la couverture on aperçoit la saillie du ventre.

Elle entre dans les piscines. Marie Bailly va compléter ici le récit des médecins : « Au point où j'en étais, personne ne pouvait penser que je voudrais être ramenée aux piscines. Je l'ai exigé cependant, et grâce au dévouement de mon infirmière, j'y fus entin de nouveau transportée, suivie d'une personne qui portait mon drap mortuaire. Les brancardiers pensaient à prier pour mes derniers moments. Le docteur disait que le transport avançait ma mort et que dès les premiers pas je ne serais plus qu'un cadavre.

« Je ne pouvais plus prier, mais, malgré tout, je pensais à la bonne Vierge et j'avais la conviction que je partais mourante, mais que je reviendrais guérie. Arrivée aux piscines, on ne voulut pas m'y plonger, on me lotionna. Au premier moment^ j'ai souffert horriblement; ces dames ne voulaient pas continuer, mais, sur ma prière, elles continuèrent néanmoins. A ce moment, je dis intérieurement à Notre-Dame de Lourdes : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir, « aussi bien par les lotions que par le bain. »

On reprend les lotions sur son brancard, on n'ose la remuer : au contact de l'eau, elle ressent une souffrance sans précédent, une douleur atroce la transperce, puis subitement le calme se fait, elle se soulève : « Je suis guérie ! » dit-elle. « Elle devient folle ! » reprend l'infirmière qui l'accompagne ; cependant ses joues se colorent, son regard s'anime; en sortantdespiscines elle s'unit au chant du Magnificat.

2 heures 20. — Nous reprenons ici le récit du médecin : Au sortir des piscines, on la transporte devant la grotte, le brancard est déposé sur le sol, peu de monde encore, les cérémonies religieuses ne sont pas commencées, la malade est en pleine lumière ; il est facile de l'examiner.

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2 heures 3o à a heures ^o. — La respiration se ralentit et devient plus régulière. L'aspect de la figure se modifie, une très légère teinte rose se répand sur la peau de la face. La malade parait se sentir mieux et sourit à son infirmière penchée au-dessus d'elle.

2 heures 55. — Le profil du corps visible sous la couverture se modifie et la saillie du ventre s'aflaisse, l'amélioration de l'aspect général s'accuse et devient évidente.

3 heures lo. — Les mains, les oreilles, le nez sont chauds. La respiration s'est ralentie, 4o par minute, le cœur plus fort, plus régulier, mais rapide à 140. La malade nous dit qu'elle se sent mieux, on lui fait prendre un peu de lait, il n'y a plus de vomissements.

3 heures 20. — La malade se soulève et regarde autour d'elle. A la place du ventre la couverture s'est déprimée.

Les jambes remuent et le corps se tourne du côté droit. La figure est revenue calme et rosée.

3 heures ^5. — On transporte le brancard au Rosaire.

4 heures 10. — L'amélioration s'est accentuée. La respiration est tranquille, la figure rose. La malade me dit qu'elle se sent très bien et que si elle osait, elle pourrait se lever. Son allure change tellement que tout le monde s'en aperçoit. Elle est alors portée au Bureau des Constatations. Elle arrive couchée sur un matelas. Elle repart assise dans une petite voiture. Les déclarations des docteurs sont inscrites sur nos registres. Notre procès-verbal reproduit exactement les impressions de nos confrères.

j7 heures 3o. — Examen à l'hôpital. Aspectgénéral excellent, figure très amaigrie, calme et rose, respiration très régulière. Le ventre possède à présent la paroi souple, élastique et déprimée d'une jeune fille de vingt ans bien constituée et très amaigrie. Cette

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paroi extrêmement mince permet une exploration très facile et nette des organes ; l'aorte bat sous le doigt; du côté droit, dans laprofondeur^ masse dure, qui occupe le flanc et remonte dans les lombes. Entre les deux mains on circonscrit un gâteau très dur non douloureux, gros comme l'avant-bras, solidement tîxé contre la paroi postérieure de l'abdomen. Cette tumeur ne se déplace pas pendant les mouvements de respiration.

8 heures du soir. — L'amélioration continue ; voix plus forte, respiration, 3o; pouls, loo, régulier et plein.

Le lendemain 2g mai. Jeudi, 6 heures il 2 du matin. — État général parfait. La malade se lève et mange, respiration, 18; pouls, 88, ventre absolument normal. La masse dure perçue hier dans la région lombaire a disparu presque complètement. Il reste une petite tumeur indolore profondément adhérente, très dure.

3o mai. Vendredi. — La malade s'est habillée et se promène. Elle peut gravir un escalier. Les forces reviennent très vite. Elle monte presque sans aide en wagon et voyage vingt-quatre heures assise sur la banquette d'un compartiment de troisième classe. Elle est très calme, aucune excitation mystique, se soustrait autant que possible à la curiosité des gens qui l'enlourent. Rentre à l'hôpital de Sainte-Foy.

Après la guérison

Mercredi ^ juin. — Marie Bailly a Taspect d'une jeune fille en bonne santé ; bon appétit, augmentation rapide de poids, près d'une livre. Ventre absolument souple, disparition de toute tumeur.

Pas de stigmate d'hystérie, pas de plaques d'anes-

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thésie, pas de diminution du champ visuel, pas de troubles intellectuels. Dans le courant de sa maladie, du reste, on n'avait pas trouvé chez elle de symptômes d'hystérie, pas de crises nerveuses, ni dépression, ni excitation, caractère doux et calme.

a y juin. — Depuis quinze jours, augmentation de 6 kilos, santé parfaite.

Juillet. — Pendant la deuxième semaine de juillet, il n'y a plus de g-onflement de jambes. La malade est entièrement guérie. Son poids augmente d'un kilo par semaine. Etat général parfait. Cette jeune tille est modeste, calme, assez intelligente, mémoire très nette, ne parle de sa guérison que lorsqu'on l'interroge, ne joue pas à la sainte.

8 août. — Quitte l'hôpital, est acceptée comme novice parles Sœurs de Saint- Vincent-de-Paul.

Depuis cette époque, les médecins ont pris, à deux ou trois reprises, du sang de Marie Bailly pour faire le séro-diagnostic de la tuberculose. Cette réaction a été positive ; ce qui prouve que Marie Bailly a été tuberculeuse.

Pratiquement on doit la considérer comme guérie. Il est difficile de se faire une idée de ce que pouvait être cette jeune fille le 28 mai, à 2 heures de l'après-midi. C'était un cadavre que l'on emportait aux piscines. Depuis plusieurs années, on avait suivi, chez elle, l'évolution de la tuberculose sur le poumon, sur le cerveau, sur le péritoine. Ce n'était pas une tuberculose par accident, mais par droit de naissance : son père et sa mère étaient morts de cette maladie. Depuis l'âge de treize ans, elle se débattait contre les étreintes de ce mal implacable. Son économie était à bout, tous les ressorts étaient usés, elle agonisait.

Les médecins qui se trouvaient à Lourdes à ce moment ont voulu consigner leurs impressions sur

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nos registres, et nous lisons dans notre procès- verbal : 'j8 mai, y heures du soir. — « Notre stupéfaction a été profonde de voir la malade du matin assise sur son lit, causant avec les intirmières, répondant en souriant à nos questions, de voir la disparition complète de l'énorme ballonnement du ventre. Les tumeurs qui l'encombraient se fondaient à vue d'oeil, la respiration et le cœur avaient repris leur jeu normal. C'est une guérison subite, merveilleuse, une véritable résurrection. » Le D^ Geoffray, de Rivede-Gier, ajoutait de sa main :

Cette constatation médicale que je signe est la vérité simple ; une allection aussi grave n'a jamais pu guérir en quelques heures, comme le fait s'est produit ici.

Lourdes, 29 mai 1902.

D'' Geoffray.

Le lendemain de saguérison, Marie Bailly prenait, en actions de grâces, son premier bain de piscine. Il fallait, dès ce jour, établir autour d'elle une double garde de brancardiers, la placer à l'hôpital dans une chambre séparée. La foule se précipitait sur ses pas et la suivait partout en l'accompagnant de ses acclamations enthousiastes.

Marie Bailly au noviciat des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul

Marie Bailly est depuis le mois de novembre 1902 au noviciat de la rue du Bac ; c'est là que nous l'avons vue dans le milieu de février suivant. Nous n'aurions pas reconnu notre malade du pèlerinage de Lyon. En quittant Lourdes elle était guérie, mais elle était encore pâle, faible, chancelante, elle conservait sur son visage la trace de ses longues souffrances.

A Paris je trouvai une jeune fille transformée. Elle

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avait engraissé de dix-huit kilos ; de soixante-dix-huit livres elle était arrivée à cent quatorze. Tout, dans son regard, dans sa physionomie, respirait la vie, la sanlé. Dans ses yeux on retrouvait la limpidité de son âme, le noviciat ajoutait ce quelque chose de parachevé que donne le travail de la grâce. Avec une grande douceur dans la voix, elle répondait lentement mais avec précision, faisant effort pour vaincre sa timidité; très sobre de détails, elle attendait mes questions.

L'histoire de sa vie se résume dans un mot : la souffrance. Depuis l'âge de treize ans, elle a toujours été malade. C'est sans doute la souffrance qui lui a mérité les grâces exceptionnelles dont elle a été l'objet. Elevée à l'ombre du sanctuaire de Notre- Dame de Fourvières, elle avait une grande dévotion pour la sainte Vierge et le Meniorare était sa prière de prédilection.

Elle se demande comment la pensée de Lourdes a pu se présenter à son esprit, c'était toujours à Notre- Dame de Fourvières qu'elle portait ses supplications et ses prières. A dix-sept ans elle entre à l'hôpital ; son état paraît si grave que les médecins refusent de l'opérer ; on met à son cou la médaille miraculeuse, dès le lendemain elle est mieux, l'opération réussit. Cette première crise est conjurée.

Plus tard l'eau de Lourdes arrête le cours d'une méningite tuberculeuse dont l'issue paraissait fatale. Plus tard encore, pendant une nuit de cruelles souffrances, la pensée de Lourdes se présente à son esprit; malgré l'opposition de sa famille, de son entourage, celte jeune fille si soumise, si résignée jusque-l;^, fait preuve d'une force de volonté qu'on ne lui soupçonnait pas. Elle se fait inscrire, elle part avec les malades de Lyon.

Elle guérit à Lourdes, et la pensée d'une vocation

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religieuse bien vague encore se précise et c'est au noviciat des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul qu'elle se sent appelée, au berceau des apparitions de la Vierge immaculée.

Elle devient le témoin vivant des manifestations surnaturelles qui ont rempli le siècle dernier ; toutes les étapes successives de ce poème divin sont marquées dans sa guérison, depuis la médaille miraculeuse jusqu'à la piscine de Lourdes ; sa vocation la ramène dans la chapelle de la rue du Bac ; la Vierge immaculée semble laisser sur elle la double empreinte de ses apparitions.

Je lui demandai si elle désirait revoir Lourdes? « Mais je ne puis désormais quitter le noviciat », nous dit-elle. Pourtant ce nom de Lourdes produit chez elle une émotion qu'elle ne peut dissimuler ; elle ne se souvient de rien que de la grotte, elle n'a pas vu autre chose. Au noviciat elle passe inaperçue, les autres novices ne savent pas qu'elle a été l'objet d'une si grande faveur, rien ne la distingue de ses compagnes, et son plus vif désir est d'être oubliée. Par la souffrance qui remplit sa vie, par cet amour de l'humilité, ce désir de rester ignorée, elle continue ce rôle des Bernadettes, que Notre-Dame de Lourdes se plaît à reproduire en faisant revivre dans des âmes choisies quelques-uns des traits qui distinguaient sa fidèle interprète (i).

(1) Sœur Bailly est aujourd'hui à l'orphelinat de Pau, dirigé par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, et sa santé se maintient en parfait état.

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|V[llc DE FHflNSSU

« Le pèlerinage beige, dit le Courrier de VEscaut, a été particulièrement favorisé par la Vierge. Quatre guérisons ont été obtenues. La plus remarquable est sans conteste celle de M^ie Cécile Douville de Franssu, âgée de dix-neuf ans, demeurant place de Lille, à Tournai.

« Lourdes, à force de voir chaque année des milliers et des milliers de malades, est un peu blasé sur les faits extraordinaires qui signalent presque chaque jour la grotte Massabielle. Le cas de M^ie de Franssu l'enthousiasme pourtant, et, vieille à peine de quelques heures, la guérison de cette jeune fille est dans toutes les bouches.

« A l'âge de treize ans, Cécile de Franssu fit une chute qui amena une tumeur blanche au genou droit ; elle vint par deux fois à Lourdes, tout en trouvant un changement notable, elle se fit opérer. La guérison vint, mais le long repos auquel elle avait dû se livrer avait développé chez elle les germes d'une maladie très grave que les médecins traitants ont ainsi qualifiée :

« I " Le 4 septembre iç)o5 : « Cécile de Franssu est « affectée, depuis novembre 1904, d'une péritonite « tuberculeuse avec lièvre quotidienne et douleurs « intenses, nécessitant l'application continuelle de « glace; la malade, incapable de quitter son lit, ne peut « ni s'asseoir, ni se mettre sur le côté, obligée de gar- « der constamment le dccubitus dorsal; sonalimenta- « tion est presque nulle. »

« 2" Le i5 du même mois : « Péritonite chronique « dont les débuts remontent à dix-huit mois. Cette

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« péritonite seprésenteaveclessymptômesordinaires. « Traitement : application de glace sur l'abdomen. »

« La jeune malade a fait le voyage dans le train vert. Elle a été menée de sa demeure à la station de Tournai dans la chaise portative de la police, par des veilleurs de nuit, aucun autre mode de transport ne pouvant être employé. De Tournai à Mons, elle s'est évanouie plusieurs fois, et son état parut un instant si grave que sa mère, sa sœur et son frère qui raccompagnaient, furent sur le point d'interrompre le pèlerinage. A la demande de la malade, il fut cependant poursuivi. Il fut terrible. Plus d'une fois, on crut voir mourir la jeune fille; pour la ranimer, on se servit de morphine.

« A Lourdes, son état s'aggrava. C'était pitié de la voir transportée en civière à la grotte ou à la procession du Saint-Sacrement.

« Lundi, elle prit froid, et mardi elle ne put être portée à la grotte. Mercredi, avec une foule de précautions, on la mena aux piscines où elle prit un premier bain; jusqu'ici, vu son état, on s'était contenté de la lotionner. Le bain ne produisit aucun résultat, au contraire ; une heure même, au retour de la grotte, on la crut morte; les brancardiers formaient autour d'elle la chaîne comme s'ils escortaient un cercueil. Le soir, on sonna le glas. Tous les pèlerins — il y en avait lo.ooo — qui avaient vu le tragique cortège de la malade, crurent que c'était sa mort (\ue la cloche annonçait. Il n'en était rien.

La malade gisait dans son lit, inanimée. Jeudi matin, elle demanda qu'on la descendît aux piscines. Un premier bain la fit souff'rir horriblement. Au second, elle poussa un grand cri : « Je suis guérie! » Elle se leva et se tint debout, sans aide, ce qu'elle n'avait plus fait depuis plusieurs années. Conduite au Bureau des Constatations, elle fut exa-

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minée par plusieurs médecins, notamment par le D' Boissarie, qui constatèrent la disparition des symptômes reconnus par les médecins traitants.

« L'après-dîner, elle vint, en voiture, à la procession du Saint-Sacrement, au milieu d'un concours inouï de pèlerins. Elle lit une nouvelle visite au Bureau des Constatations. Depuis son départ de

Une mère priant avec sa fille

Tournai, elle ne buvait que de l'eau, sans prendre aucun aliment. Jeudi, au sortir de la piscine, elle prit un bouillon et du pain. La digestion s'est faite normale.

« Elle est guérie, nous certifie un médecin, et scientifiquement l'on ne peut s'expliquer la guérison instantanée d'une péritonite aussi aiguë que celle de la malade.

« Celle-ci est maintenant d'une exubérance et d'une joie sans égale. Elle se tient debout et assise, ce qu'elle n'a pu faire depuis très longtemps. Toute

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pâle encore, elle parle clairement, nettement. Ses yeux sont limpides. Elle a fait, de la grotte à l'hôtel où elle est descendue, une course triomphale. Des milliers d'hommes et de femmes Tovationnaient, chantaient le Magnificat, poussaient des vivats en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes.

«J'étais près d'elle dans la voiture et j'avais peine à en croire mes yeux, Au galop de ses deux chevaux, la voiture roulait à travers tout, sur les rails et les pavés affreux de Lourdes. Le cocher était transporté d'enthousiasme. 11 criait à la foule : « C'est une mira- « culée. Vive Notre-Dame de Lourdes! »

« La multitude répétait ces cris. Les mouchoirs et les chapeaux s'agitaient dans les airs. Tout le monde pleurait.

« La jeune iille seule souriait, en saluant des deux mains ceux qui l'avoisinaient, sans éprouver le moindre malaise de la chevauchée fantastique de sa voiture.

« Je l'ai vue la veille sur sa civière, les yeux clos, sans respiration, escortée, comme je le disais plus haut, par des brancardiers en ordre d'enterrement!

« C'est merveilleux ! Ce soir, elle a pris un souper complet, composé de quatre plats : bouillon, rôti, sole frite, glace. Cette fois encore la digestion a été aussi régulière que celle du matin.

« Mlle de Franssu rentrera à Tournai samedi aprèsmidi.

« C'est la plus remarquable guérison de cette semaine.

« Gloire à Dieu! Vive Notre-Dame de Lourdes! »

Par ailleurs, les meilleurs renseignements nous sont adressés par M. le D» Ballus, de Lille, sur la

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guérison de M^i^ de Franssu. L'éminent praticien écrit à M. le Dr Boissarie :

Lille, le 29 septembre 1905.

Mon cher Confrère,

Je viens de revoir, à Tournai, M"* de Franssu qui, pendant le dernier pèlerinage belge, aétésubilement guérie à Lourdes d'une péritonite chronique de nature tuberculeuse, et j'ai la satis l'action de vous annoncer que sa guérison se maintient complètement.

L'examen du ventre, pratiqué par M. le D"" Moreau lils, de Tournai, ne permet même pas de soupçonner une affection antérieure, et cependant cette dernière avait été nettement caractérisée.

A la sensibilité extrême du ventre, nécessitant des applications continuelles de glace, se joignait la sécheresse de la peau, l'empâtement, les îlots alternants de matité et de sonorité relative, indiquant l'agglutination des anses intestinales et la présence d'un épanchement cloisonné. Il faut ajouter l'exaspération des douleurs abdominales par l'ingestion des liquides alimentaires réduits à quelques cuillerées de décoctions végétales, plus tard de muscléine, la fièvre d'intensité moyenne, mais persistante, constatée au thermomètre, enfin la dénutrition, effrayante dans son expression. La malade semblait irrémédiablement perdue, et voici qu'elle nous revient radicalement guérie et ne portant même plus la trace de son ancienne affection. Elle suit le même régime alimentaire que le reste de la famille et digère parfaitement les mets les plus lourds.

Je vous laisse le soin de conclure.

D"" Baltus.

P. -S. — Vous savez, sans doute, que cette jeune fille avait subi, il y a quelques années, la résection du genou pour tumeur blanche. La péritonite était donc bien de nature tuberculeuse.

Le journal La Riposte d'Amiens, du i^r octobre, écrit sur le même sujet :

« Voici des extraits d'une longue lettre que Mii« de Franssu écrivait à une amie le soir même de sa gué-

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rison. Elle nous a autorisé à publier ces lignes « pour la gloire de la sainte Vierge, écrit-elle, et pour faire du bien aux incrédules ».

C'est en effet une merveilleuse leçon de foi et de surnaturel :

« Lundi soir, à la procession, il pleuvait à torrent; j'ai été trempée. Je n'ai pas eu ma connaissance plus d'un quart d'heure, depuis le départ de l'hôtel jusqu'au retour, c'est-à-dire pendant plus de deux heures. Après, dans mon lit où on m'a mise sans que je sente rien, je suis restée évanouie une bonne demi-heure; je n'avais plus de pouls. Le médecin, effrayé, m'a fait une forte piqiîre d'éther, pour me faire revenir à moi. Tous croyaient que c'était la fin et que j'allais mourir. Toute la journée j'ai poussé des hurlements, souffrant beaucoup malgré la glace.

« Le mardi je n'ai pas quitté mon lit... On arrêtait ma sœur [dans la rue; on lui demandait si j'étais morte. Tout le monde s'y attendait. Quant à moi, depuis le aS mars, jour où la sainte Vierge m'a fait penser à venir à Lourdes, j'ai toujours demandé de mourir le plus vite possible, tout de suite si le bon Dieu le voulait bien. Ici encore je le demandais sans cesse; mais que si le bon Dieu ne voulait pas de moi maintenant, eh bien! que la sainte Vierge veuille bien [me guérir pour que je fasse un peu de bien autour de moi, que cela convertisse des incroyants.

« Hier, mercredi, la journée a été détestable. Ce jour-là et l'avant-veille ont été mes journées de grandesjsouffrances. Gela dépasse tout. J'ai demandé en grâce qu'on me mette dans la piscine, malgré l'opposition de maman qui ne pouvait s'y résigner et mourait de peur. Six dames m'ont descendue dans un drap dans la piscine. J'ai senti comme si je mourais ; puis j'ai perdu connaissance dès que l'eau

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glacée m'a touchée. Quand je suis revenue à moi, longtemps après, j'ai eu un mal épouvantable. A la procession du soir, cela a été pire que tout, et le soir en rentrant, on a encore été bien etlrayé.

« A présent, je vais raconter la grande et inefl'able journée d'aujourd'hui. En me levant ce matin, à 6 heures, pour aller communier, j'avais uneconûance sans bornes. Je ne pouvais partir sans une amélioration; la sainte Vierge ne pouvait pas permettre cela.

« Je ne puis dire comme tous les pèlerins français et belges ont supplié pour que je guérisse. Que de communions on a faites pour moi ici! Il y avait chaque matin des messes pour moi de 5 heures à () heures, où on allait en foule. On faisait prier tous les malades à l'hôpital, les miraculés. En chaire, à la grotte, il y avait parfois des prêtres qui faisaient prier pour moi, en me montrant à la foule; et alors c'était émotionnant au possible, à fondre en larmes, de voir comme on le faisait avec ardeur, de tout cœur, les bras en croix. Il faut avoir vécu ces quelques jours ici pour se faire une idée de ce que c'était.

« Après avoir communié à la grotte et entendu deux messes, on m'a conduite à la piscine dans un bien triste état, mourante absolument. On m'a baignée deux fois, coup sur coup. La première baignade m'a fait un mal affreux, inouï. Tout craquait en moi. La seconde fois, la douleur a été en diminuant, puis s'est passée. Alors je me suis sentie bien, et j'ai crié : «Je suis guérie! Merci, Notre-Dame de Lourdes! » Je me suis levée dans l'eau, comme dans un cercueil, avec mon suaire. On priait près de moi : c'était admirable. Maman et M. L*** sanglotaient.

« Je suis remontée seule de ce trou et me suis habillée sur mes jambes. Je ne souffrais pas du tout.

L'enflure énorme du ventre avait disparu, ainsi que l'eau que j'avais de chaque côte,

« On a voulu que je sorte sur mon brancard, en faisant semblant de dormir, pour ne pas exciter l'enthousiasme de la foule. 11 ne fallait dire à personne ce qui s'était passé. INIais tout le monde l'a vu à nos airs radieux. On voyait que je n'étouffais plus, je ne perdais plus connaissance, j'avais bonne mine, moi qui étais comme morte jusqu'alors.

« Tous les brancardiers pleuraient d'émotion. On ne saurait croire comme ces braves hommes sont émus, pleurent et prient. C'est bien touchant et bien édifiant.

« Il était 9 heures du matin quand j'ai été guérie. En rentrant à l'hôtel, à lo h. 1/2, je n'en pouvais plus de faim. Il y avait six jours que je n'avais pris que de l'eau de Lourdes. J'ai pris du bouillon et un petit pain avec plaisir et sans aucun mal.

« Après le déjeuner, deux médecins belges sont venus m'examiner très minutieusement et n'ont plus trouvé quoi que ce soit. On pouvait me toucher et me frictionner le ventre sans aucun mal... Je suis sortie à 3 heures, cette fois assise dans une petite voiture, ne souffrant d'aucun choc, de rien! Je suis retournée me baigner dans la piscine, me suis déshabillée sur une chaise, me suis baignée seule; je suis montée et descendue de ma voiture seule...

« Au Bureau des Constatations, à 3 h. 1/2, trois médecins sont encore venus me visiter très attentivement, et le D^ Boissarie a fait son enquête. Je répondais à tout, sans fatigue et sans être intimidée, mais bien heureuse de proclamer la puissance de Notre-Dame de Lourdes.

« Quand je suis sortie il y avait une foule incroyable, criant, chantant, pleurant. Il y avait vingt brancardiers pour repousser la foule qui voulait me

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toucher, me faire toucher des chapelets. J'ai du m'enfuir dans l'église du Rosaire dont on a fermé les portes sur moi. Nous avons chanté là un touchant Magnificat.

« A 6 heures, on m'a reconduite chez le D^ Boissarie; la foule ne voulait pas me laisser passer. Là, on a lu, devant une assemblée nombreuse, l'histoire de ma maladie, les certiticats avant et après la guérison.

« En sortant de là, le D' Boissarie a fait chercher une voiture à deux chevaux pour me sauver de la foule qui m'aurait écharpée de joie. On chantait : « Magnificat! Vive Notre-Dame de Lourdes! » Je suis partie au grand trot, après être montée sans aide en voiture...

«... Au moment où j'ai été guérie, il y avait à la basilique l'abjuration d'un malade protestant à qui on m'avait recommandée et qui a fait sa première communion pour moi!... »

Cl»

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